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PSY en conférence de presse à Paris le 6 novembre 2012 : compte rendu et photos

Le phénomène GANGNAM STYLE (numéro 1 des ventes dans des dizaines de pays et prochainement vidéo la plus vue au monde) emporte tout sur son passage. Comme un ras de marée, une vague d'environ 20.000 spectateurs a éclaboussé le Trocadéro, face à la Tour Eiffel, lundi 5 novembre 2012 en début d'après-midi. Tout ce monde, de toutes les origines et milieux sociaux, uniquement pour assister à un mini-live de quelques minutes... Le performer coréen PSY et la Kpop ont définitivement réussi là où la J-Music a toujours échoué, en fédérant le grand public autant, voire davantage ici, qu'une superstar américaine. Pourtant, PSY reste d'un calme olympien dans tous ces rendez-vous médiatiques, s'exprimant avec une grande lucidité dans un très bon anglais. C'était donc un plaisir de l'écouter à sa conférence de presse du 6 novembre, avant son départ pour Londres (et son retour pour un concert à Paris en 2013 !).

Avant le compte rendu, retour en vidéo sur le live de PSY au Trocadéro, et son séjour promotionnel à Paris, au cas où vous auriez prématurément hiberné.

















Compte rendu de la conférence de presse PSY à Paris


Présentatrice : PSY, avant de permettre aux journalistes de vous interroger, pourriez-vous nous parler de l’expérience vécue au "flashmob" d’hier qui a eu lieu au Trocadéro ? Qu’avez-vous ressenti ?
PSY :
Personnellement, je ne suis pas de ceux qui croient tout ce qui se dit sur Internet. J’ai entendu dire que j’étais connu ici, en France, à Paris, mais je ne voulais pas le croire. Je crois uniquement en ce que je fais, ce que j’expérimente, et ce que je vois. Donc, hier en arrivant à Paris, je me posais encore la question de savoir si j’étais vraiment connu dans votre pays. Deux heures après, j’étais devant la Tour Eiffel où j’ai vu 20.000 Français littéralement déchaînés. J’étais très impressionné car ils chantaient les paroles en intégralité et prononçaient très bien le coréen. Je ne sais pas pourquoi…  J’ai vu beaucoup de vidéos de flashmobs sur YouTube, mais c’était la première fois que je participais à ce genre de rassemblement et c’était vraiment un des instants les plus émouvants de ma vie. [NDLR : il s'agissait finalement d'un mini-live bien encadré plutôt que d'une flashmob]
Présentatrice : Vous vous en souviendrez encore longtemps ?
PSY : Oui. Toute ma vie.

Présentatrice : Pouvez-vous nous dire comment tout a commencé ? Quelle était le concept initial de cette chanson pour qu’elle soit si amusante et dansante ? Quelle était l'idée ?
PSY :
Le contexte était mon sixième album coréen. Quand j'ai débuté il y a 12 ans en Corée, je voulais amuser les gens par l'intermédiaire de la musique, de la danse et de la vidéo. Après toutes ces années, j'étais devenu de plus en plus populaire, mais j'étais aussi devenu plus sérieux. J'ai fait ce constat en début d'année. Il fallait que je fasse marche arrière, que je redevienne drôle comme à mes débuts. Pour cette chanson, cette vidéo et cette danse, j’ai donné le meilleur de moi-même pour que le résultat soir le plus ridicule possible.

Présentatrice : Quand est-ce que tout a commencé ? L’été dernier ?
PSY : Oui, en effet. GANGNAM STYLE est sorti le 15 juillet.

Présentatrice : Et vous avez monté la chorégraphie vous-même ?
PSY :
Non, je l’ai montée avec mon chorégraphe en Corée.




Présentatrice : L’idée du clip était vraiment de s’amuser ?
PSY :
On a travaillé dur pour que ce soit ridicule. Nous avons expérimenté toutes les situations possibles. Par exemple, la scène des toilettes n’était pas prévue. C’était la dernière scène que nous avons filmée lors du tournage. Nous sommes allés au sauna et, avant de prendre ma douche, je suis allé aux toilettes à cause d'un incident personnel... J’étais assis et j’ai pensé à ma situation qui était plutôt ridicule. J’ai dégainé mon smartphone, je me suis vu et c’était vraiment marrant. Du coup, j’en ai fait part au réalisateur. Ce clip vidéo est vraiment basé sur ce genre de situations amenées par le hasard.

Présentatrice : Une fois la vidéo finie, quand avez-vous compris que GANGNAM STYLE deviendrait un hit international ?
PSY : À vrai dire, et honnêtement, je n'ai fait aucun effort pour devenir un artiste international. Je n'ai fait qu'uploader ma vidéo... et seulement pour les utilisateurs coréens ! J’ai ensuite reçu plusieurs appels de mon agence me disant que il y avait beaucoup d’étrangers qui commentaient ma vidéo. J’ai regardé et j’ai vu plein de gens commenter en anglais, en français (que je ne parle pas, malheureusement) et aussi dans d’autres langues en Amérique Latine. Il y avait tellement de langues, et même de commentaires que j'étais incapable de tous les lire. J’ai donc essayé de comprendre pourquoi il y en avait autant, et j'ai trouvé la cause : plusieurs personnalités internationales trouvaient cette vidéo marrante et l’ont relayée sur Twitter. C’est ainsi que leurs propres fans sont allés voir ma vidéo. Puis ce sont les médias de masse internationaux qui ont commencé à s’y intéresser. C’est principalement grâce à Youtube [NDLR : special dédicace à l'industrie musicale japonaise], Twitter et aux célébrités que j'en suis arrivé là.

Présentatrice : Vous êtes une très grande star en Corée, où vous êtes actif depuis plusieurs années.
PSY :
C’est un peu embarrassant. Mais oui, je suis plutôt célèbre en Corée. Mais avant GANGNAM STYLE, je me considérais sincèrement comme une superstar. Après cette chanson j'ai réalisé que je n'étais pas encore une "super" star à cette époque. Etre assis en conférence de presse ici à Paris, ça, c’est super et énorme.

Présentatrice : Nous savons que vous êtes un musicien mais quel est exactement votre parcours ? En France, on ne vous connait que depuis GANGNAM STYLE...
PSY :
Quand j’étais enfant et que je voyais la foule dans toutes sortes d’événements (match de baseball ou de football, discours du président Kennedy...), je me sentais à chaque fois animé et excité. Mon sang bouillonnait, je ne sais pas pourquoi... J’ai passé mon enfance en Corée, puis je suis allé vivre aux Etats-Unis avec pour rêve de devenir un compositeur et non un chanteur. J’ai travaillé sur une cinquantaine de titres et je suis revenu en Corée pour des vacances. J’ai essayé de les vendre à des maisons de production. Deux ans plus tard, je n’arrivais toujours pas à vendre une seule de mes démos. J’avais alors 23 ans et j’ai décidé de "me vendre" ces titres. C’était la seule possibilité, et c’est comme ça que j’ai commencé en tant que chanteur.

Presse : Vous avez reçu la prestigieuse médaille de l'Ordre Okgwan du mérite culturel, votre vidéo va devenir la plus vue au monde sur YouTube... Mais à côté de ça, vous faîtes tellement d'efforts pour être ridicule... Quand commencerez-vous à prendre tout ça au sérieux ?
PSY :
Vous savez, je reste humain et il y a évidemment des moments où je suis sérieux.  Je ne suis pas ridicule tout le temps. Cependant, on peut voir les choses différemment en regardant PSY comme un produit, particulièrement en ce moment. Tout le monde, y compris les Français, m’aime pour GANGNAM STYLE, pas pour mes précédentes chansons. En Corée, on me connaît pour d'autres titres qui peuvent être ridicules, joyeux, tristes... Pendant mes concerts de 3h30, le public saute, s’amuse et à la fin pleure. J’ai vraiment fait tous les styles en Corée. Inversement, je reste un débutant ici et je sais ce que le public attend de moi. Actuellement, il veut quelque chose de drôle dans la même lignée que GANGNAM STYLE. Du coup, je vais devoir être encore plus ridicule. Mais si j’ai la chance et l'opportunité, j’aimerais présenter d’autres genres de chansons.

Journaliste : Vous êtes devenu très célèbre dans le monde et en particulier aux Etats-Unis, vous avez signé avec l'agence de Justin Bieber... Est-ce que des artistes vous ont contacté pour collaborer sur le marché américain ?
PSY :
C'est en cours. Cela se fera probablement très prochainement.
Presse : Mais vous ne pouvez pas nous en parler ?
PSY :
Oui, en effet.




Presse : Vous avez votre propre compte Twitter. Comment gérez-vous les commentaires désagréables, les critiques ?
PSY :
Mon travail est basé sur la culture et on ne peut pas dire qu'une culture soit bonne ou mauvaise. Tout le monde a des goûts différents. Il y a donc forcément des gens qui vont aimer et d’autres qui vont détester. Si quelqu’un n’aime pas ce que je fais parce que ça n'incarne pas ce qu’il aime, je ne peux rien y faire. Par exemple, mes fans adorent la danse du cheval alors que d’autres la déteste. Dans ce cas, j’ignore tout simplement les critiques.

Presse : Vous avez fait un clip sur le quartier Gangnam de Séoul. Quel est votre discours sur ce quartier ?
PSY :
Il n’y a aucune critique à propos de ce quartier. Cette chanson décrit l’ambiance calme qui y règne le jour, et la folie nocturne avec la transformation des filles sexy qui vivent à Gangnam. Gangnam est devenu le premier lieu demandé par les étrangers qui visitent la Corée, dès qu’ils arrivent à l’aéroport. J’ai appris que Gangnam souhaite me récompenser, en tout cas c’est que j’ai entendu dire.

Presse : Bonjour PSY [en coréen]. La deuxième partie de votre album sortira ce mois-ci. Avez-vous des informations à nous donner sur cette deuxième partie, sur d'éventuelles collaborations et peut-être sur une disponibilité à l'étranger ?
PSY :
Vous voulez dire la deuxième partie de l’album coréen n’est ce pas ?
Presse : oui.
PSY :
Au cas où vous ne le sauriez pas, GANGNAM STYLE était le single de mon sixième album coréen, plus précisément de la première partie car il a été scindé en deux. Mes fans en Corée attendent évidemment la deuxième partie de cet album. Cependant, depuis la sortie de la première partie beaucoup de choses imprévues sont arrivées... Comme la chanson GANGNAM STYLE est numéro 1 dans plus de 30 pays, je dois visiter, comme je le fais maintenant à Paris, ces 30 pays. Je dois aller saluer et remercier tout le monde et ça prend beaucoup de temps. Si je pouvais traverser un pays par jour, ça prendrait déjà plus d'un mois. Mais là... Il faut deux à trois jours par pays, donc deux à trois mois... Une fois que j'aurais accompli mon "devoir" international avec cette chanson, je sortirai mon nouvel album qui est prévu pour février ou mars 2013. Il ne s’agira pas de la deuxième partie de l'album coréen mais d’un album international. Il y aura un nouveau single qui sera chanté moitié en coréen, moitié en anglais. J'ai aussi prévu d'ajouter quelques-unes de mes chansons coréennes précédentes. Ce ne sera pas tellement nouveau chez moi (les Coréens le verront peut-être comme un best-of), mais ça le sera pour le reste du monde. J'aurai fait traduire quelques passages dans certaines de ces chansons et j'ajouterai des titres inédits. Ce premier album international devrait sortir au plus tard en mars.

Presse : J’ai vu votre performance dans le talk-show d'Ellen Degeneres aux USA. Elle vous a présenté davantage comme un simple danseur plutôt qu’un chanteur. C’est principalement pour la danse qu’on vous connaît en Occident. Vous êtes un performer, mais vous êtes surtout un compositeur et un musicien, non ?
PSY : Il s'est passé la même chose en Corée il y a 12 ans. Je composais mes propres chansons et j’écrivais les paroles comme je l'ai toujours fait jusqu'à aujourd'hui. Mais à cette époque-là, les chansons et les vidéos étaient vraiment insensées en Corée et il n’y avait aucune attente particulièrement envers moi en tant que musicien. Cela peut paraître désolant, mais je n'avais pas besoin de me définir comme un musicien, un compositeur ou autre. Petit à petit, j'ai fait ce qui me plaisait, le mieux possible, et le public m'a progressivement défini comme un mec drôle, qui essaie de faire de son mieux et qui est très sérieux quand il s’agit de production musicale. J’ai compris cette évolution de perception en Corée, de mes débuts à aujourd'hui.
Désormais, le monde entier pense que je suis juste un "comique" qui vient de Corée, qui fait des chansons drôles avec des chorégraphies marrantes, et qui fait des vidéos divertissantes. Pour moi, ça n’a pas d’importance car je fais ce que j'ai toujours fait, depuis maintenant 12 ans. Plus tard ils se rendront compte de qui je suis vraiment, sinon... tant pis !




Presse : Quel genre de musique écoutez-vous ? Quel style de musique vous influence ? Aimez-vous la musique française ?
PSY :
Dans la production française, j’aime David Guetta. Quand j’étais jeune, j’adorais le rock. J’étais plus particulièrement fan de QUEEN, en plus d'autres groupes de cette période. A cette époque, je ne pensais pas que je deviendrais un musicien ou un chanteur, je n'étais qu'un simple fanboy. Puis je suis parti vivre aux Etats-Unis pour poursuivre mes études, entre 1996-1999. Le hip-hop y était à la mode et j’ai été influencé par ce genre de musique. Par la suite, j’ai commencé à composer mes chansons et à vouloir devenir chanteur. Mais je n’en étais pas vraiment un à cette période. J’étais juste "le mec drôle". Avec le hip-hop, j'avais l’impression que chanter était superflu pour être un chanteur. Je ne faisais que rapper, il me suffisait de parler vite. C'est en tout cas ce que je pensais à cette époque quand j'ai débuté. Ce sont principalement ces deux styles de musique, le rock et le hip-hop, qui m’ont influencé. A l'exception de GANGNAM STYLE, j’essaie de faire des chansons rock qui peuvent se danser. C’est ce que je fais en Corée.

Presse : Est-il difficile de faire des chansons sur la politique ? Utiliseriez-vous votre nouvelle influence pour délivrer un message politique au niveau international ?
PSY :
Honnêtement, quand j’étais jeune, j’ai écrit des chansons sur la politique en Corée, mais je n’aime plus trop le faire maintenant. Je vieillis, je ne changerai plus et je pense que le plus important reste de donner le meilleur de soi-même, au boulot dans un premier temps, puis de penser aux autres, à d’autres occupations. Mon travail n’est pas d’être un homme politique mais d’être un artiste. Avant tout, je préfère me concentrer sur mon travail, faire en sorte que PSY soit premier, et ensuite je pourrais passer à autre chose. Je n'aime pas quand les artistes s'immiscent un peu trop dans la politique.

Presse : Votre musique est connue dans le monde entier. Pensez-vous qu’elle soit écoutée en Corée du Nord ?
PSY :
Nous ne pouvons pas communiquer avec eux et je n'ai eu aucun retour à ce sujet. Comme GANGNAM STYLE est un phénomène mondial, j’espère qu'ils ont pu eux aussi danser sur la chorégraphie. Je n’ai aucune information sur eux, je ne peux que souhaiter et espérer qu’ils apprécient cette chanson.

Presse : Pensez-vous que votre succès dans le monde, ici et en Europe peut ouvrir les portes à d’autres artistes coréens tels que 2NE1, 4minute, SUPER JUNIOR, etc. qui sont très connus en Corée mais beaucoup moins en Europe ? Pensez-vous que votre succès peut leur permettre d’avoir la même réussite ?
PSY :
J’aime beaucoup cette question. Avant moi, beaucoup d’artistes Kpop [NDLR : pop coréenne] ont frappé à la porte des marchés américain et européen. La plupart d’entre vous connaissent ces artistes et les voient comme des gamins et gamines. Mais comme vous le constatez, je ne suis pas un gamin, et je suis fier d’être devenu aussi connu malgré mon âge. J’ai l’impression qu'avec le succès de GANGNAM STYLE sur les marchés américains, français, anglais..., les gens voient différemment les Asiatiques. Je ne voudrais offenser personne, mais on peut avoir l'impression que les Asiatiques singent les Occidentaux, en usant de mots anglais, dans leurs performances, leurs attitudes... On fait pareil, mais on est asiatiques. Du coup, en embarquant pour les Etats-Unis pour ma première performance, j'ai décidé que je voulais rester coréen. C'est vraiment ma résolution. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai pas changé les paroles de ma chanson. Si j’avais traduit les textes, j'aurais perdu ma spécificité. Il y a tellement de popstars qui parlent anglais... Usher parle par exemple mieux anglais que moi, mais je reste meilleur que Usher en coréen. C'est pour cela que je tiens à garder ma langue, mes mots.
Pour l’instant je ne peux pas parler de réel succès car je suis considéré comme un phénomène. En tant que phénomène, je ne considère pas qu'il vient de moi mais de toute l’agitation créée par les gens. C'est eux qui cliquent sur YouTube, qui regardent, écoutent, aiment GANGNAM STYLE, et qui le partagent dans le monde entier, pas moi. Je n'ai pas fait un succès, c'est eux qui "font le succès". Maintenant, c'est la 2ème étape et c'est mon tour : à moi de devenir, de faire un succès, par moi-même. Si c’est encore un succès, alors j'en conclurais que je sais comment réussir sur les marchés américain et européen. Je pourrais dans ce cas faire connaître davantage d’artistes coréens, il y en a tant qui postulent... Mais je pourrais le faire seulement si je réussis. J’aimerais pouvoir le faire dans le futur, c’est un de mes rêves.






Compte rendu par Camille Poulain, photos par Eric Oudelet pour Orient-Extrême. Reproduction / réutilisation strictement interdites.
Remerciements : Universal / Mercury








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