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KANG SAN-EH en conférence de presse au Centre Culturel Coréen le 27 novembre 2012 : compte rendu

La Kpop fait beaucoup de bruit, mais la Corée du Sud peut aussi compter sur quelques autres artistes aux styles très différents et aux univers singuliers pour la représenter en Europe. Le chanteur et musicien KANG SAN-EH, présenté comme le Ben Harper ou le Bob Dylan sud-coréen, fait partie de cette nouvelle vaguelette - aux accents folk-rock dans ce cas précis - qui devrait profiter du tsunami Kpop. A quelques jours de son tout premier concert en France, le 5 décembre 2012 à Paris, KANG SAN-EH rencontrait la presse française et coréenne au Centre Culturel Coréen. En trois morceaux joués unplugged, presque en improvisation à la guitare et à l'harmonica, l'artiste a captivé toute l'assistance. Il avait aussi plein de choses intéressantes à raconter, et ce n'était pas des niaiseries apprises par cœur à l'usine des boysbands et girlsbands. De l'authenticité, un regard vrai et des avis tranchés : on apprécie !






Presse : C'est la première fois que vous donnez un concert en Europe. Qu'est-ce qui a déterminé le choix de la France pour ce concert ? Allez-vous développer votre carrière en France et en Europe ?
KANG SAN-EH :
Ma venue à Paris s'est organisée par hasard grâce à un très bon ami rencontré au début de ma carrière, à Los Angeles, aux Etats-Unis. Cet ami, qui s'appelle Won Kim [NDLR : dirigeant de Pas de Dieux], vit à Paris depuis environ une dizaine d'années. Je lui ai rendu visite il y a deux ans et le projet de mon retour pour un concert s'est monté très naturellement. C'est cet ami qui a tout programmé pour ce concert. Je le remercie ami d'avoir organiser tout cela en France.
De nature, je suis très curieux des cultures étrangères, ça m'attire beaucoup. J'ai particulièrement ressenti la caractère multiculturel de Paris lors de mon premier voyage. Cette ville est le théâtre d'un vrai mélange de diverses cultures internationales. Je pense que cette diversité culturelle est un environnement idéal pour l'inspiration. C'est aussi pour cela que j'ai besoin de votre amitié et de votre soutien. "Merci beaucoup".

Presse : Vous êtes connu pour apporter votre soutien à de jeunes artistes de la scène indépendante coréenne. Quel est votre regard sur ces artistes indies et pensez-vous qu'ils aient un avenir en Europe ?
KANG SAN-EH :
C'est un style de vie personnel et c'est également une sorte de motivation. C'est comme si je suivais quotidiennement une lumière, une étoile lointaine : je suis vraiment attiré par ces artistes qui travaillent sur une matière personnelle, pas comme ces nombreux boysbands et girlsbands de la Kpop. C'est peut-être ma raison d'être : les soutenir. Quand je peux les aider, franchement, je n'hésite pas. Du coup, je traîne souvent avec des groupes indies dans le quartier de Hongdae. On va boire des coups. Je suis très ami avec eux.
Presse : Cette scène underground coréenne a-t-elle un avenir en Europe ?
KANG SAN-EH
: Moi, je n'en sais rien [rires] ! Personne ne le sait, c'est la vie, mais je les soutiendrai quoiqu'il arrive. Moi même, je ne savais pas que je ferai un concert ici, et je ne sais pas ce que je deviendrai après. Si j'avais pu lire l'avenir, je ne serai sûrement pas devenu musicien [rires].




Presse : Qu'est-ce qui nourrit votre inspiration et celle des jeunes groupes de rock coréen ? Parlez-vous de la Corée contemporaine ? Vous semblez loin de cette Corée dynamique incarnée par la Kpop. Décrivez-vous une autre Corée ?
KANG SAN-EH :
Effectivement, différentes visions s'expriment. Souvent, les groupes coréens reflètent l'image d'une Corée moderne alors que le monde traverse une période économique très difficile. C'est vrai, les thèmes abordés dans les chansons des indies parlent souvent de la perdition de la société, et d'autres thèmes assez semblables. Je pense aussi que ces jeunes artistes et moi-même ont grandi imprégnés de culture pop musicale anglaise, américaine ou plus généralement anglophone. Il faudrait qu'on s'ouvre davantage à toutes sortes de musiques au niveau international, que ce soit du folk ou autre. Je pense qu'on en a besoin.

Presse : Appréciez-vous un chanteur français ?
KANG SAN-EH hésite :
Je ne connais pas beaucoup d'artistes français, mais j'aime beaucoup la voix d'Edith Piaf. On m'a aussi beaucoup parlé de Serge Gainsbourg. Du coup, j'ai écouté ses morceaux et j'ai bien aimé. Dernièrement, j'ai assisté à un concert de Jane Birkin lors de sa visite en Corée.

Presse : Avez-vous des artistes coréens à nous recommander ?
KANG SAN-EH :
Il y en a... Il y en a même beaucoup ! Je peux vous citer Han Dae Soo ainsi que Shin Jung-Hyun. Il fait partie de la première génération du rock coréen et est vraiment considéré comme le père du rock en Corée. Ce genre d'artistes incarne la vieille génération, mais pour quelqu'un comme moi, c'était important d'avoir des repères. Ce sont eux qui m'ont accompagné dans la vie à partir de la vingtaine. Il y a aussi le groupe San Wool Rim... et beaucoup d'autres [rires]. Il y a également des artistes modernes. Je vous en donnerai, à l'occasion.



Presse : Autour de vous, sentez-vous une envie ou une motivation grandissante des artistes indies coréens pour s'exporter en Occident, en Europe ou aux Etats-Unis ?
KANG SAN-EH :
Je n'ai pas ressenti un tel phénomène autour de moi, mais je pense que tout artiste, musicien... bref, toute personne travaillant dans ce milieu aimerait que son travail puisse être connu et partagé dans divers pays et cultures. Ça m'apparait comme une évidence.

Presse : Revenons un peu sur vos 20 ans de carrière durant lesquels on vous avez collé l'étiquette d'un artiste aux textes engagés. De quoi êtes-vous le plus fier aujourd'hui et qu'est-ce qui vous motive pour les années à venir ?
KANG SAN-EH :
Au tout début, quand j'ai débuté en tant que musicien, je n'écrivais pas de texte engagé. C'est venu un peu plus tard. Les textes de mes premiers albums parlent de mon vécu personnel, de mes émotions, de ce que je ressens, de ma mère... des choses vraiment très personnelles.
En Corée du Sud, on n'a eu la liberté de voyager à l'étranger qu'à partir de 1989 et c'est là que j'ai été confronté à un choc culturel. En 1989, j'ai pu aller pour la première fois au Japon et ce fut un choc pour moi. Je pense que ce voyage a bouleversé toute la suite de mon parcours artistique. C'est peut être à partir de la que j'ai commencé à écrire des textes plus engagés. Ça a aussi influencé ma musique, et ça m'a donné mon actuel style de vie.
Dans mon premier album, une chanson intitulée Ra Gu Yo parle de ma mère. Son histoire rejoint celle des familles déchirées par la séparation de la Corée du Nord et de la Corée du Sud. Peut-être que la société a commencé à me donner cette image de chanteur engagé à cause de ça, alors que ce n'était pas forcément volontaire de ma part. Cependant, j'ai eu cette étiquette depuis ce morceau là.
[pause de réflexion]
Au Japon, j'ai été frappé par un violent choc culturel. La comparaison était assez brutale : j'avais l'impression que le Japon reflétait un monde en couleur alors que la Corée était en noir et blanc, comme si on comparait une télé couleur à une vieille télé noir et blanc. J'ai ressenti de la colère et de la rage envers la vieille génération sud-coréenne, sans viser quelqu'un en particulier, mais plutôt l'ensemble de l'ancienne société. C'est à partir là que j'ai commencé à me rebeller. J'ai vécu mon adolescence psychologique et c'est pour cela que mon deuxième album s'intitule "En pleine adolescence".
Quand j'ai réalisé mon premier, mon deuxième puis mon troisième album, j'étais en pleine crise. J'étais confronté à plein de choses qui me révoltaient dans la société, la corruption dans le monde politique avec le président notamment. Il y a aussi eu beaucoup d'accidents dans le bâtiment avec des immeubles construits à la va-vite. Toutes ces choses m'ont vraiment révolté. Jusqu'au troisième album, je pense que j'étais un contestataire, même dans mon look. J'avais des cheveux longs que j'attachais. Maintenant, je me suis un peu libéré de cette image que je véhiculais, quand les gens me cataloguaient comme artiste engagé. Je me sens plus libre de faire selon mes envies. Je n'ai plus rien à prouver en sachant que j'ai ce passif derrière moi. Désormais, je sais que je peux faire ce que je veux, et c'est même peut-être un peu parti en vrille là...




Presse : Les paroles de vos chansons ont une importance primordiale. En tant que Coréen, je comprends leur signification, ce qu'elles représentent et ce qu'elles transmettent. Par contre, aujourd'hui en showcase et la semaine prochaine en concert, vous chanterez devant un public étranger, français. Comment ce public pourrait comprendre votre musique et vos textes alors qu'ils ne sont pas forcément traduits ? Comment imaginez-vous le ressenti d'un tel public ?
KANG SAN-EH :
A vrai dire, je n'ai pas vraiment le choix. Je n'ai pas vécu à l'étranger dans ma jeunesse, je n'ai réalisé aucun album en pensant que j'aurai un jour l'opportunité de chanter pour un public étranger. De ce fait, je ne peux que chanter en coréen, mais j'aimerais que le public français puisse ressentir les mêmes émotions qu'un public coréen. Des occasions comme celles d'aujourd'hui changeront peut-être ma façon de travailler dans le futur, m'orienteront différemment dans le conception de nouveaux albums. J'ai d'ailleurs une petite idée en tête. J'ai un plan… En fait, à mon retour en Corée, je pense travailler sur un album en anglais.

Presse : Vous avez une voix très charismatique et très chaleureuse. Comment l'entretenez-vous ? Mangez-vous quelque chose en particulier ?
KANG SAN EH :
Non, pas du tout. Au contraire, je mange et je bois tout ce qui est mauvais pour la santé : l'alcool, la cigarette… et autres. [rires]

Presse : Avez-vous un souvenir personnel à Paris ?
KANG SAN-EH :
Quand je suis venu à Paris il y a deux ans, j'étais très curieux de découvrir la vie quotidienne des Français, celle des vrais locaux. Je me posais des questions... Comment vivent-ils entre eux ? Quelles sont leurs occupations ? Où sortent-ils ? J'ai pu visiter et traîner un peu dans des bars, loin des lieux touristiques, et bavarder avec des locaux. C'est un très bon souvenir.
Presse : Vous n'avez pas eu une "histoire" intéressante à Paris... ?
KANG SAN-EH :
Non, je n'ai pas eu cette chance. J'espère que ça va venir. [rires]



A voir : le reportage, les photos et la vidéo du concert de KANG SAN-EH à Paris


Compte rendu et photos par Colinda d'Andresy et Eric Oudelet
Remerciements : Pas de Dieux, Liquid Map Art Project, l'interprète et le Centre Culturel Coréen
Reproduction du compte rendu et/ou des photos strictement interdite.




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