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Sub Rosa : interview de Guy Marc Hinant, fondateur du label électro/noise

"Dans la confidence", telle est la signification du nom et la philosophie du label belge Sub Rosa, acteur incontournable du paysage musical électronique sonore et expérimental européen. Depuis 1993, Sub Rosa se construit un catalogue atypique d’artistes de la scène électro tels que Scanner et David Shea ; catalogue qui compte aussi des disques étonnants où s’expriment de grands artistes du XXème siècle comme Gilles Deleuze et Marcel Duchamp. Plus intéressant pour les amateurs de sons asiatiques, Sub Rosa distribue non seulement des productions de WANG ChangCun, mais s’intéresse de près à l’ensemble des artistes électro et bruitistes chinois. Une bonne raison pour rencontrer son gérant et fondateur : Guy Marc Hinant.


Orient-Extrême : WANG ChangCun est réputé en Chine pour être, avec WANG Fan et quelques autres, l’un des autodidactes précurseurs d’un mouvement qui désormais s’impose dans les cercles intello-alternatifs locaux : l’art sonore et le bruit. Vu la qualité actuelle des productions chinoises dans le domaine, comment s’est décidé le choix de WANG ChangCun plutôt qu’un autre ? Quel partie de son travail vous a le plus attiré, convaincu, impressionné… ?

Guy Marc Hinant : Je l’ai vu en même temps que quelques autres à Bruxelles, il y a deux ans. C’était un des rares concerts qu’ils donnaient (un à Paris et un autre à Gant, je crois). Parmi les artistes que j’ai vus, c’est lui qui m’a paru le plus personnel. J’ai donc pris ses coordonnées et c’est ainsi que les choses se sont décidées, très vite. Cette première rencontre avec la musique chinoise m’a, du reste, poussé à une réflexion que j’ai partagé avec Karkowski : y a-t-il une spécificité nationale ou régionale dans la musique électronique ? A première vue, non. La raison en est que l’outil est devenu le même pour tous les compositeurs de New York à Shanghai en passant par Londres, Paris ou Moscou.

Orient-Extrême : D’un point de vue plus général, quel a été l’élément déclencheur qui vous a amené à écouter l’empire du milieu ? Pouvez-vous nous expliquer d’où vous est venu votre intérêt pour le son chinois et comment cela a pu évoluer d’une simple conférence sur la musique à Shanghai, à une action plus direct se matérialisant par cet album…

Guy Marc Hinant : Je suis intéressé par l’histoire de la musique électronique, il est naturel de vouloir savoir ce qui se trame en des lieux labourés de fraîche date par cette bonne vieille avant-garde bruitiste. C’est très impressionnant, sans conteste, de pénétrer un pays où les choses sont en train de se faire à l’instant même, et non il y a cent ans comme chez nous… Toute la différence entre une étude historique et l’Histoire qui s’écrit est là. Serrer la main à un homme qui a été le "premier" à créer un telle musique dans un pays si vaste, cela a quelque chose d’héroïque…

Orient-Extrême : Selon vous, quelles sont les particularités du son chinois par rapport au son européen (Karkowski…) et japonais (Haino, Merzbow…) ? Par exemple, lors de nos précédentes conversations, l’hypothèse d’un alignement sur des religions plus en phase avec le contemplatif et le mouvement, avait été soulevée. En pensez-vous toujours autant aujourd’hui ?

Guy Marc Hinant : C’est une piste sérieuse pour certains d’entre eux, comme WANG Fan que j’ai interrogé sur le sujet. D’autres sans doute moins. Le mouvement est encore très jeune et a besoin de trouver ses repères au-delà des modèles qui se sont imposés à eux – via le Japon principalement. Il faudrait, à ce stade, avoir la possibilité de pouvoir écouter avec une grande attention davantage de musiques issues de Chine. Il faut donc élaborer d’autres tissus de rencontre. La communication reste éminemment lente. Les réseaux se mettent en place mais ne s’interpénètrent pas suffisamment. Il ne suffit pas d’y être, de se dire que c’est là que ça se passe et d’attendre. Dickson Lee (aka LI ChinSung) est quelqu’un d’important pour la pénétration des idées nouvelles en Chine populaire. Venant de Hong Kong, il y maintient depuis des années l’idée de découverte et d’exploration.

Orient-Extrême : Concernant ce The Mountain Swallowing Sadness, comment s’est déroulée votre collaboration avec WANG ChangCun sur le plan créatif ? (Carte blanche ? Aller-retour critique entre vous et lui, album déjà composé lors des premiers contacts, influences sur l’artwork ? Etc.)

Guy Marc Hinant : J’étais intéressé par une pièce longue. Il l’a créée et me l’a envoyée. Comme je refuse de me mêler de l’aspect créatif une fois la commande faite, je l’ai reçue et éditée telle quelle. Cette pièce est la plus élaborée de tout ce qu’il avait construit jusque-là. J’ai pensé, néanmoins, qu’une autre pièce de nature différente pourrait en être le pendant. C’est comme cela qu’il m’a proposé cette cérémonie funéraire. Les deux pièces fonctionnent très bien ensemble. La première image est une photo de montagne de Dominique Goblet, l’arrière est un autoportrait de WANG.

Orient-Extrême : Maintenant que tout est joué, le CD produit, titré et empaqueté… Je m’adresse maintenant à l’auditeur spécialiste de musique expérimentale : que pensez-vous du résultat ? Cet album répond-il à vos attentes initiales ? WANG ChangCun vous a-t-il surpris ? Qu’y trouvez-vous personnellement (d’un point de vue technique et émotionnel) ?

Guy Marc Hinant : Oui, nous sommes, ici, très contents de ce disque car il s’y passe quelque chose. Il a une rude fraîcheur que l’on voit peu en Europe.

Orient-Extrême : La musique expérimentale n’est déjà pas spécialement populaire, sortir un artiste chinois peu connu de l’Occident n’était-il pas une sorte de pari (seuls quelques titres sont sortis sur la compilation US référence China - The Sonic Avant-garde) ? Ou le fait de s’adresser via Sub Rosa à une clientèle plus ou moins fidèle fait que le nom d’un artiste n’a que peu d’importance sur le retour ?…

Guy Marc Hinant : Nous tentons d’explorer. C’est notre pari continuel. Notre action et notre pensée ont toujours été globales. Au sujet de l’arrivée de la musique chinoise en Occident, il faut rappeler le rôle Yao Dajun et de son label Post-Concrete. Ce fut grâce à sa double appartenance – Chinois établi aux USA – que cette musique vint à nous à travers une publication trouvable (en cherchant un peu). Disons que c’est le premier style perçu. Le reste suivra.

Orient-Extrême : Comment évolue le projet depuis sa sortie officielle ? Les retours critiques de nos confrères semblent plus que positifs mais cet album a t’il rencontré son public ? Pensez-vous réitérer l’expérience et sortir différents artistes sonores chinois dans le futur (si oui, quelques noms peuvent être dévoilés ?) et devenir un complément à NoisAsia de LI ChinSung ?

Guy Marc Hinant : Justement, j’élabore avec LI ChinSung une vaste compilation chinoise pour l’année prochaine. Je l’ai rencontré lors d’un tournage en Chine que nous avons fait, Dominique Lohlé et moi même, en mars de cette année. Ce film est pour l’instant en cours de montage, Karkowski y tient un rôle particulier. Il se pourrait que cela devienne un film très long, nous verrons bien. Il y aura des concerts, des entrevues, pas mal de bruit, une exploration de ce que nous avons ressenti et capté. En ce qui concerne l’anthologie sonore, cette fois, elle sera un peu construite sur le modèle de mes anthologies "sur la musique électronique et le bruit". Elle donnera pour la première fois une vision étendue de la musique en Chine populaire mais aussi à Hong Kong, Taiwan, Singapour… Un travail de fond, en réalité. LI ChinSung est quelqu’un de confiance, absolument désintéressé. Seul un travail de longue haleine sera déterminant pour la reconnaissance ou non de la nouvelle musique provenant de Chine.




Interview réalisée en septembre 2006 par Guillaume Maximim.
Le site officiel de Sub Rosa : www.subrosa.net
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