Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Conférence Hatsune Miku à JAPAN EXPO 2013 - Vol.1 : du logiciel au phénomène culturel

À quelques semaines de la sortie européenne sur PlayStation 3 du jeu Hatsune Miku Project DIVA F, et quelques mois avant les deux concerts-opéras THE END au Théâtre du Chatelet, la chanteuse virtuelle Hatsune Miku jouait de ses charmes auprès de ses fans à JAPAN EXPO 2013. Itô Hiroyuki, président de la société nipponne Crypton Future Media (qui produit et édite des logiciels de création musicale, dont Hatsune Miku) y animait deux conférences publiques les 6 et 7 juillet. La première revenait sur la naissance et l'évolution du phénomène culturel Hatsune Miku, la star des idols virtuelles basées sur le logiciel de synthèse vocale Vocaloid.

Certaines mauvaises langues, esprits chagrins et philatélistes impuissants verraient dans les conférences Hatsune Miku de JAPAN EXPO 2013, données par Itô Hiroyuki, la litanie interminable d’un quadra nippon flapi et rasoir dont la vie professionnelle et sociale semblerait se résumer à Hatsune Miku, hamster-cocker à poil vert, objet d’affection acnéique et d’obsession maladive, prouesse technique transformée par l’appât du gain en attrape-mongoliens se revendiquant d’un genre musical nouveau (sic) pour faire bander les mélomanes lyophilisés amateurs de NARUTO. Oui, certains y verraient toutes ces vilaines choses, comme d’autres, en écoutant "chanter" la "chanteuse", auraient le sentiment d’entendre hululer dans un tuba le fantôme celluloïd de Cher (version 90s, avec modulations et tout), dont on aurait préalablement coupé les hypothétiques bijoux de famille. Mais ça, à ces gens, ce serait leur problème, et rien que le leur. Rien à voir avec nous, qui avons assidûment écouté M. Itô lors de ses deux conférences, dont la première, Hatsune Miku Conference Vol.1 : du logiciel au phénomène culturel. On en frétillait d'impatience en attendant la grande annonce surprise promise par les organisateurs... qui n'était finalement que l'arrivée du logiciel Hatsune Miku sur Mac puisque la sortie de Hatsune Miku English cet été avait été entérinée par Itô Hiroyuki en interview l'hiver dernier [NDLR : l'information avait été maladroitement publiée puis retirée du site officiel].


Compte rendu de la conférence Hatsune Miku Vol.1 : du logiciel au phénomène culturel


Bonjour à tous. Je suis le président de Crypton Future media, M. Itô Hiroyuki, et c’est un grand honneur d’être présent aujourd’hui à JAPAN EXPO.

Bien sûr, nous sommes ici pour parler de Hatsune Miku. Mais j’aimerais aborder le phénomène dans son ensemble, à commencer par le fait que Hatsune Miku a donné naissance à une grande variété de créations, pas seulement musicales, je parle d’un véritable mouvement artistique qu’elle a engendré.

Notre entreprise a été fondée en 1995. Dès sa création, elle a conçu et vendu des logiciels de musique, si bien qu’aujourd’hui, elle est numéro 1 dans son secteur. Naturellement, elle est derrière le logiciel Hatsune Miku, que vous connaissez tous très bien.

Au tout début, nous avons vendu ce qu'on appelle des "instruments virtuels", reproduisant la couleur d’instruments comme les percussions, les cordes, etc., jusqu’à parvenir à émuler presque tout un orchestre. Mais nous étions conscients qu’il manquait quelque chose : une voix. C'est à cette époque que la grande société Yamaha travaillait sur un logiciel de synthèse vocale, qui ne s’appelait pas encore Vocaloid. Très rapidement, nous avons rencontré des gens de Yamaha. Voyant que nous étions sur la même longueur d’onde, ils ont décidé de nous confier la vente de Vocaloid. Ceci marqua la naissance de Meiko, premier Vocaloid parlant japonais, et premier Vocaloid pour lequel nous avons créé un personnage. C’est plus précisément un des employés de notre entreprise qui l’a créé en 2006. Puis nous avons créé un deuxième personnage, masculin cette fois-ci, nommé Kaito.



Hatsune Miku est notre troisième progéniture, bénéficiant d’une technologie bien plus avancée que les deux premiers. Vocaloid 2, c’est d’abord une qualité de voix bien plus naturelle. Cherchant à lui donner des intonations charmantes de personnage de dessin animé, nous avons demandé à une doubleuse professionnelle de nous procurer des échantillons sonores, à partir desquels nous avons travaillé.

À peine le produit mis en vente, Hatsune Miku a littéralement conquis la communauté Internet, qui lui a permis d'entamer une carrière comme une véritable chanteuse l’aurait fait. Très rapidement, ses chansons ont été massivement diffusées et partagées sur le Web, et de nombreuses vidéos ont été mises en ligne. Aujourd’hui, on y trouverait environ 100.000 chansons basées sur la voix de Hatsune Miku, et ses fans atteindraient le million à travers le monde. Un signe de cette bonne santé est que ses concerts affichent presque toujours complet. On peut affirmer que Hatsune Miku a créé un genre musical à part entière. Mais il était important pour nous de comprendre comment cela avait pu aussi bien se passer. Pourquoi un tel succès ?

Une première piste de compréhension est l’importance cruciale de la "chaine de création". Grâce à ce logiciel de musique et à son emballage, des gens ont créé des vidéos, des cosplays, des illustrations, des animations en 3D, et même des dessins animés entiers. Grâce à cet immense mouvement collaboratif, Hatsune Miku a réussi à conquérir un public très varié. Afin d’encourager ce mouvement, nous avons créé un site web appelé Pia Pro, où les gens peuvent mettre en ligne leurs créations de toutes sortes. Afin d’encourager la diffusion de ces contenus, nous avons fait en sorte que ces créations soient libres d’utilisation par les autres utilisateurs. Afin d’éviter tout problème de droits d’auteur, nous avons créé une licence d’utilisation de personnage, qui permet à n’importe quel utilisateur de créer ses propres images à partir de Hatsune Miku, à condition que ça ne soit pas dans un but commercial. Exceptée cette condition élémentaire, n’importe qui peut diffuser ses créations sur notre site. Sur Pia Pro, il y a aujourd’hui plus de 700.000 contenus qui ont été créés par les fans de Hatsune Miku. Comme les fans de Miku se trouvent dans le monde entier, nous avons créé une plateforme nommée Mikubook.com qui leur permet d’échanger. On peut y créer des playlists de ses vidéos préférés, des recommandations… les fonctionnalités sont nombreuses, permettant d’apprécier au maximum l’expérience. Je vous invite tous à vous y rendre.



Comme prévu, cette quantité et cette variété de créations ont généré une demande croissante de produits Hatsune Miku, et c’est pour cela que nous nous efforçons d’encourager un maximum nos créateurs en herbe à laisser libre cours à leur imagination. Plutôt que d’adopter une stratégie marketing classique allant du haut vers le bas, nous avons tout fait pour les mettre à contribution, et pour mieux les connaitre. Par exemple, nous avons demandé à nos utilisatrices quels étaient leurs créateurs préférés, puis nous nous sommes tournés vers ces derniers pour leur demander expressément de créer plus de produits estampillés Hatsune Miku. Il ne faut pas oublier que cela leur fait une vitrine idéale.

Artbooks, mangas, nouvelles, romans, partitions pour orchestres, tous ces produits sont commercialisés. Cela peut se faire sous des formes plus insolites : par exemple, nous avons accordé une licence à une équipe de course automobile, qui a déjà remporté plusieurs tournois. Nous avons également signé des contrats avec des supérettes, au Japon, qui vendent des produits basés sur des chansons de Hatsune Miku. L’année dernière, jusqu’à mars de cette année, nous avons mis en place toute une opération où nous vendions des bonbons et des bentos estampillés Hatsune Miku ; cette opération a concerné 8.000 boutiques. Cela a été un énorme succès, tout comme les chansons liées à ces produits avaient elles-mêmes été de grands succès… et nous comptons renouveler l’expérience très prochainement. Bien sûr, nous avons aussi mis sur le marché plusieurs CD. Depuis 2008, nous avons également mis en place Karen-T, un label spécialisé dans les chansons de Hatsune miku, qui nous a permis de vendre plus de 4.000 titres. Ces derniers sont disponibles sur Itunes, nous vous encourageons à les télécharger sur cette plateforme.



Il y a aussi le jeu vidéo Project DIVA, développé par SEGA. C’est une série qui a déjà plusieurs épisodes différents. On y trouve une Hatsune Miku qui danse et chante, plus vraie que nature. Nous nous sommes dits : si Miku possède un avatar animé en 3D, pourquoi ne pas la mettre carrément sur scène ? Cela a été chose faite lors de son premier concert, en août 2009. Comme le succès a, là aussi, été au rendez-vous, nous avons remis le couvert l’année suivante, en plus grand. Depuis, nous répétons l’expérience tous les ans. Les concerts ne se tiennent plus seulement au Japon : on les organise également aux USA, à Singapour, à Hong-Kong… tous rencontrant à chaque fois le succès. Les spectateurs ne sont pas uniquement des spectateurs : ils s’apparentent aussi à des producteurs, et cela explique qu’ils soient portés par une telle passion.

Maintenant, je vais vous parler de nos projets en cours. En premier lieu, l’opéra Hatsune Miku, qui s’intitule THE END, est un opéra contemporain créé par Shibuya Keiichiro et développé avec la ville de Yamaguchi (plus précisément le YCAM, Yamaguchi Center for Arts & Media). Celui-ci a été dévoilé en mai à Tokyo. Dans cet opéra, il n’y a aucun chanteur en chair et en os. Les vêtements de Miku ont été créés en collaboration avec le designer vedette de Louis Vuitton, Marc Jacobs. Figurez-vous que cet opéra moderne est programmé au Théâtre du Châtelet les 13 et 15 novembre ! Je vous invite à y aller.



Il y a aussi un festival qui se tiendra cet été à Yokohama, plus précisément en août, intitulé Magical Mirai [NDLR : futur magique]. On y trouvera des concerts, des expositions de dessins de Hatsune Miku, des colloques et des conférences parlant de l’impact culturel de Hatsune Miku, des présentations de nouvelles technologies… Je me rends bien compte que cela va être assez difficile pour tout le monde de venir au Japon.

Nous recevons tous les jours des emails de fans étrangers nous demandant d’organiser des concerts dans leurs pays. Pour nous, ceci est extraordinaire. Mais nous avons un petit problème : nous ne savons pas exactement où se trouvent ces fans. Il y en a partout ! Nous aimerions donc dessiner une carte du monde qui nous permettrait d’y voir plus claire. Pour cela, j’aurai besoin de votre collaboration. J’aimerais vous demander à vous tous, fans de Hatsune Miku [sic], de nous dire exactement où vous êtes, en vous rendant sur le site Mikubook.com, et utilisant une de ses fonctions, intitulée Find me. Lorsque nous aurons une idée plus claire de la localisation de chacun d'entre vous, nous pourrons commencer à envisager plusieurs concerts à travers le monde. Comme vous le savez, l’organisation d’un seul concert n’est pas très pratique ; si vous utilisez tous cet outil, nous pourrons organiser une tournée en Europe.

J’ai une autre bonne nouvelle à vous annoncer. La page Facebook de Hatsune Miku va bientôt atteindre le million de fans. Pour vous en remercier, nous allons récompenser un utilisateur de la campagne Find me en lui offrant un billet d’avion pour le Japon et une place au concert d’août à Yokohama.



Pour finir, je vais vous annoncer quelque chose que tout le monde attend depuis très longtemps : la mise à disposition cet été de la version anglaise de Hatsune Miku. Dans notre entreprise, nous sommes soucieux de créer un logiciel doté de toutes les fonctionnalités nécessaires à la création de la meilleure et de la plus personnelle mélodie chanson. C’est pourquoi nous avons passé tant de temps à la création de ce logiciel on ne peut plus inclusif. Naturellement, pour Hatsune Miku English, nous avons recouru aux services de Fujita Saki, la doubleuse à qui l’on doit déjà sa version japonaise. Nous avons fait en sorte que cette voix soit tout aussi fluide, et tout aussi simple à intégrer à vos créations musicales. Il est possible d’y ajouter des accompagnements via divers plug-ins ; mais de toute façon, on trouvera dans le programme nombre d’instruments gratuits, comme la guitare ou les percussions. Simplement, les plug-ins permettront de mettre au point tout une orchestration si on le désire.

En plus de la version Windows, et suite à de nombreuses demandes, nous avons ouvert notre logiciel aux utilisateurs de Mac. C'était inévitable : la plupart des créateurs de musique officient davantage sur Mac. C'est le cas au Japon, ça doit également l’être en France. Enfin, c'est chose faite. La date de mise en vente devrait se situer vers la fin de l’été. Pour plus d’information sur Hatsune Miku English, rendez-vous sur mikuenglish.com.
















>> Voir le compte rendu de la conférence Hatsune Miku Vol.2 : art et loisirs

Compte rendu et photos par Alexandre Martinazzo
Remerciement : JAPAN EXPO
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du compte rendu strictement interdite











Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême