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Kana à Paris : reportage sur le concert de l'icône sweet lolita, le 8 octobre 2006 au Glaz'Art

A deux pas du périphérique parisien, entre les barres d’immeubles décrépis et la Cité des Sciences se trouve une petite salle de spectacle toute de rose vêtue : le Glaz’Art. Franchir les palissades qui l’entourent et arpenter le petit sentier qui mène à son entrée, c’est traverser un monde étrange ressemblant au Pays des merveilles où s’était fourvoyée Alice : un parc à jeux ensablé et abandonné, des cabanes bariolées, des fleurs en plastique, des ballons rouges, des cerceaux… On ne pouvait imaginer lieu irréel plus adéquat pour accueillir une artiste japonaise tout aussi atypique : Kana, l’icône du style sweet lolita aux allures de poupée, la princesse de la forêt magique qui chante avec sa famille les pandas et lapinous…



En ce 8 octobre 2006, la gent féminine s’impose à nouveau : une bonne cinquantaine de gothic lolita apprêtées s’est déplacée pour l’événement : un concert annoncé d’une heure puis un concours/défilé de mode… goth’ loli’. Elles sont accompagnées de quelques garçons, pour la plupart tout aussi sombres, mais plus sobres. En comptant les invités, c’est une bonne centaine de personnes qui s’est donnée rendez-vous au Glaz’Art. Tout ce petit monde patiente gaiement (parfois gay-ment ? –private joke inside-) dans le parc ensablé, où des branches d’arbres mortes repeintes en blanc rappellent étrangement le clip forestier et enneigé de Kana : Chimame. Tout compte fait : peu de monde (conséquence d’un manque de communication ?). Ce que les organisateurs perdent à la billetterie, les spectateurs le gagnent en étant proches de la scénette transformée en chambre de fillette période rococo. Au milieu de celle-ci, un grand fauteuil trône en face d’une petite table, avec un miroir et des accessoires. Les fans blotties les unes contre les autres trépignent d’impatience dans leur costume, il ne manque plus que l’extra-terrestre chantante pour lancer la soirée.

Extra-terrestre ? Peut-être… Kana est un véritable OVNI musical et artistique. Self-made (in Japan), la demoiselle âgée de 24 ans s’est forgée tout un univers féerique, une vie où se mêlent joie et tristesse, en harmonie avec ses zamis les zanimaux, surtout les pandas et ses peluches lapins qu’elle conçoit elle-même avec amour pour leur donner une âme (bouh ! les vilaines poupées industrielles fabriqués par des machines ! Elles ne sont pas zoulies…). Kana est une créatrice, elle réalise aussi des vêtements qu’elle présente elle-même lors de défilés, de séances photos… et dans ses clips puisque Kana est aussi chanteuse/compositrice dans un registre pop/rock "visualesque" rose bonbon tout mignon. Dans ce domaine aussi, Kana se distingue avec une voix suraiguë unique, si haut perchée qu’elle lacèrerait les tympans les plus aguerris. Le plus étonnant, c’est qu’on peut aimer ! Apparemment, beaucoup aussi ont fui…



21h30, une très courte projection inaugure le showcase. La chanteuse ne tarde pas à apparaître, comme une poupée déposée dans le diorama géant que constitue la scène. Une forte appréhension se lit sur son visage à travers la tartine de fond de teint, mais cette inquiétude quant à son accueil va vite s’estomper pour laisser place à de larges sourires. Kana se lance en effet dans une présentation timide en français qui fait craquer son parterre de fans : "Je suis Kana, enchantée. Appelez-moi Moon !". Irrésistiblement kawaii. Les yeux s’illuminent. Cela nous dévoile une facette méconnue de la demoiselle, qu’on connaît davantage par ses moues inexpressives et tristounettes dans ses clips, à la télévision et sur ses photos. Elle se met alors à sautiller dans tous les sens pour son excellent et populaire premier titre, Hebi Ichigo, qui fait jouir le public d’entrée. Choix d’une grande pertinence, Hebi Ichigo est non seulement l’un de ses morceaux rock préférés des spectateurs, mais aussi l’un des plus accessibles. Mieux encore, Kana chante parfaitement juste (ou complètement faux, on ne sait plus… mais le résultat sonne comme les versions CD) sur l’accompagnement musical pré-enregistré, au point de nous faire douter d’un éventuel play-back, hypothèse rapidement balayée par quelques minuscules hésitations tout juste décelables et naturelles en live. Le public manifeste son plaisir par des hochements de tête rythmés, accompagnés de grands sourires et même de rires quand Kana entame Maid : elle enfile un bonnet de lapin aux grandes oreilles récalcitrant et n’arrêtera pas de se battre avec durant tout le morceau.

Toujours dans un souci de communion permanent avec le public, Kana tente un "parapara" sur Papichan en essayant de faire suivre aux spectateurs une chorégraphie des bras et des mains. Pas franchement habiles dans l’exercice, ces derniers sont tout de même récompensés de leurs tentatives : Kana se retourne, soulève son jupon et montre ses fesses ! Enfin… juste sa culotte, ornée d’un lapin (le petit coquinou). Après toutes ces émotions, la chanteuse nous présente Charlotte, petite peluche poilue qui ne la quitte pas. "C’est mon amie !" dit-elle en français, pleine de tendresse (si vous avez besoin d’affection, les amis en question sont en vente de 40 à 60 euros au stand goodies). Sauter dans tous les sens, c’est fatiguant, d’autant plus quand il fait chaud. C’est pourquoi Kana se lance dans un léger striptease avant Butoukai. Toujours dans un style pop rock un peu fou, Kana profite des ponts instrumentaux pour bondir dans tous les sens comme un cabri. Imaginez votre petite sœur de cinq ans dans sa chambre se lancer dans le rock et vous obtiendrez une vision imagée et sonore assez précise du phénomène.

Parce qu’il faut bien souffler un peu, Butoukai laisse place à une ballade : Trump Game. Lumières bleues violacées, tempo lent et ambiance tamisée… Kana monte s’installer au sommet de son fauteuil pour une complainte larmoyante. La chanteuse profite de ces chansons posées ou mid-tempo (Shisha) pour regarder ses fans les unes après les autres, les yeux dans les yeux, de son regard espiègle et expressif. A 22h00, Kana invite le Glaz’Art à lever les bras sur Meron, comme pour saluer et remercier tout le monde. Le public ne suit pas vraiment, les plus actives étant les peluches du premier rang qui se balancent en rythme. Est-ce déjà fini !? Heureusement non, on ne pouvait s’arrêter sur ces quelques plages tristes alors que la sono défaille un instant avec des basses ronflantes désagréables.

Pour le final énergique et péchu, Kana enfile une combinaison rouge devant sa petite table. Le public se lâche enfin, sans hystérie démesurée, et brandit les points avec ferveur sur Kumo no doku. Kana donne ses dernières forces dans la bataille, la fatigue commence à peser… "Ça va être la dernière chanson pour aujourd’hui". A bout de souffle, Kana abandonne les acrobaties mais se rattrape dans sa gestuelle et vient chanter Nuigurumi tout au bord de la scène, entourée de son public. Elle privilégie tout particulièrement les fans placées au centre qui ont du savourer ce moment. "Merushi !" (merci). Ainsi se termine la prestation de Kana, toujours aussi souriante après 45 minutes de live. C’est court, mais mieux que Tomoe Shinohara lors de son premier showcase à Paris (il faut aussi tenir compte du prix d’entrée : gratuit pour Tomoe, une vingtaine d’euros pour Kana). Si l’occasion de revenir pour un véritable concert se présente, avec son orchestre cette fois, Kana aura bien besoin d’une ou plusieurs pauses pour tenir le rythme plus longtemps.

Pour prolonger la soirée, la boutique de mode japonaise Capsule Tokyo organise un concours gothic/sweet lolita. Une quinzaine de participantes défilent devant le public et sous les yeux de trois juges, dont Kana en personne, revenue avec sa copine Charlotte et son copain Kiki (le petit singe ringard devenu fashion) après l’entracte. C’est finalement la première fille arrivée au Glaz’Art à 9h00 du matin (!) qui remporte le premier prix avec un costume rose et blanc. D’autres ensembles, gothiques pour la plupart, ont eu du succès, mais le côté sweet du costume gagnant a du faire la différence, car davantage en adéquation avec le feeling présent de la star du jour.



Kana à Paris, c’était le mini-concert over-kawaii hallucinogène de l’année à ne pas louper. Les fans ont vécu une soirée inoubliable (excellente performance de la chanteuse qui s’est montrée très ouverte malgré sa fragilité), les détracteurs n’ont pas changé d’avis, et les autres sont retournés dans la vraie vie, toujours pas remis du choc. Encore !

Eric Oudelet


Setlist :
01 - Hebi Ichigo
02 - Maid
03 - Papichan
04 - Butoukai
05 - Trump Game
06 - Shisha
07 - Meron
08 - Kumo no doku
09 - Nuigurumi




Le site officiel de Kana : www.ref.co.jp/kana
Photos : Eric Oudelet
Remerciements : Capsule Tokyo
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