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Tokyo Crazy Kawaii Paris 2013 : reportage J-Music et live reports de tous les showcases

Entièrement pensé et produit par un comité japonais, Tokyo Crazy Kawaii Paris s'est révélé auprès des fans et d'un plus large public en devenant dès sa première édition une référence qui compte parmi les festivals asianophiles français, à la fois grâce à son contenu musique et mode particulièrement développé, et grâce à son approche inédite "made in Japan". Le line-up musical de Tokyo Crazy Kawaii Paris 2013, composé entre autres de moumoon, SPYAIR et ANNA TSUCHIYA, avait même de quoi provoquer la jalousie de JAPAN EXPO, l'incontournable rendez-vous des fans de J-Music, intouchable depuis une dizaine d'années. Quel bilan dresser et que penser de ce challenger propulsé par le gouvernement nippon ? La réponse dans ce reportage spécial J-Music, avec les live reports de tous les showcases !

Du 20 au 22 septembre 2013 au Parc Floral de Paris, Tokyo Crazy Kawaii n'était pas seulement le nouveau rendez-vous des passionnés de (pop) culture japonaise, le festival est aussi parvenu à attirer un public plus familial que les conventions habituelles grâce à une communication conquérante, "moins otaku" et très portée sur la mode (un secteur peu mis en valeur par les concurrents). Pour compléter notre premier reportage global, nous revenons plus en profondeur dans ce dossier sur l'autre principale thématique développée par Tokyo Crazy Kawaii Paris : la musique.



Comme au Live House de la fameuse JAPAN EXPO, plusieurs artistes ont quotidiennement animé une grande scène avec des showcases pop, rock, folk ou électro de 15 minutes à 1 heure, que nous critiquerons individuellement un peu plus bas sur cette page. Outre son écran géant bien placé qui offrait une bonne retransmission multi-caméras des spectacles, l'originalité de la scène live de TCKP résidait dans une installation en extérieur qui a, par chance, profité du doux soleil de septembre. Parmi la dizaine d'invités programmés se trouvaient de (presque) parfaits inconnus comme KARINA et HIKARI., des curiosités typiquement nipponnes comme la troupe de ganguros BLACK DIAMOND et les travelos-rigolos de Bijomen Z, et des noms populaires et synonyme de qualité comme le duo moumoon, le groupe de rock SPYAIR, la chanteuse-mannequin ANNA TSUCHIYA (qu'on n'a plus vue en France depuis JAPAN EXPO 2006) et le producteur star du vocaloid DJ livetune. On décernera la palme du meilleur concert à moumoon, délicat, frais et chargé d'ondes positives, bien que SPYAIR n'ait pas démérité dans son show fougueux et énergique. Même les mini-showcases répétés des chanteuses KARINA (une débutante de 15 ans) et HIKARI., sorties de nulle part, ont beaucoup plu par leur style dance/club mainstream et l'impact visuel de leurs performances chorégraphiées. Ça nous changeait -enfin !- de l'envahissante niaiserie et des piaillements des idols japonaises qui ne comblent finalement que les fans hardcore, au détriment d'un élargissement de l'audience. Que les wotas se rassurent, un petit café leur été entièrement dédié avec des serveuses dévouées (en échange de quelques euros), qui poussaient de temps en temps la chansonnette en reprenant les derniers hits des plus grands groupes d'idols. A travers certains choix de programmation, on entrevoyait l'envie des organisateurs d'attirer une nouvelle audience, plus grand public et mainstream, à l'inverse de JAPAN EXPO qui se recentrerait ces dernières années sur son cœur de cible, davantage otaku. Autre satisfaction notable : la plupart des artistes étaient très accessibles : on pouvait par exemple saluer le duo moumoon qui s'était joint aux spectateurs des autres concerts. Obtenir sa dédicace ou celle de SPYAIR ne demandait qu'un peu de patience, alors qu'il s'agit plutôt d'une loterie à JAPAN EXPO.



Moitié moins d'artistes qu'à JAPAN EXPO, mais Tokyo Crazy Kawaii Paris affichait quelques noms plus prestigieux, inédits et de ce fait au moins aussi attractifs que ceux du géant de l'événementiel nippon made in France ces dernières années. Pour présenter un tel plateau dès leur première, les organisateurs japonais de TCKP bénéficiaient de quelques avantages considérables.

Tokyo Crazy Kawaii se présente comme un festival itinérant produit dans le cadre de la stratégie gouvernementale Cool Japan, destinée à promouvoir le Japon et sa culture à travers le monde. A ce titre, il bénéficie de soutiens financiers, humains et lobbyistes considérables, et de négociations facilitées par l'origine elle aussi nipponne du comité organisateur. Avec plus d'un million d'euros de budget, Tokyo Crazy Kawaii Paris a pu s'offrir des noms bankables. Le Live House de JAPAN EXPO (une production française) ne dispose pas de cette attractivité financière, les artistes viennent s'y produire gracieusement pour la gloire ou (re)lancer leur carrière. Musicalement et stratégiquement, Tokyo Crazy Kawaii Paris s'apparenterait plutôt à une réponse aux concerts Kpop géants et aux salons (KBEE et KDBE) financés par le concurrent sud-coréen, terrifiant d'efficacité, de réactivité et de capacité d'adaptation. La Corée du Sud s'est déjà accaparée une grosse part de la fanbase Asian Music en Europe, et on se réjouit de constater une (ré)action japonaise ; il était temps. Pour ne pas se fourvoyer bêtement en terrain inconnu, les Japonais de Tokyo Crazy Kawaii Paris se sont offerts les services de quelques spécialistes français expérimentés pour concrétiser et promouvoir l'événement : l'agence NOUS PRODUCTIONS, l'ex-directrice des relations internationales de JAPAN EXPO et ex-présidente de Soundlicious, la responsable presse/media d'un grand nombre de concert japonais et coréens... Difficile de se planter avec autant d'atouts !



Sur le strict plan musical live, Tokyo Crazy Kawaii Paris est une réussite, surclassant de loin le MANGA PARTY FESTIVAL de 2011 et se hissant directement au niveau de la référence européenne JAPAN EXPO. Les visiteurs et les artistes semblaient ravis de l'expérience, mais il nous fallait pointer du doigt le gros point noir de cette première édition : le médiocre rendu sonore de la scène. Malgré sa gestion confiée à un spécialiste des festivals en plein air, le son était beaucoup trop fort, et surtout trop saturé et inaudible dès qu'un artiste avait recours à un minimum de basses. Ça passait très bien avec la légèreté de moumoon, mais ça se dégradait aussitôt sur du rock ou de l'EDM, bien que la régie améliorait sensiblement la situation jour après jour. Lors des dernières heures le dimanche, l'installation arrivait hélas au bord de la rupture avec d'horribles parasites dès qu'un chanteur criait trop fort au micro... JAPAN EXPO aurait pu s'enorgueillir de meilleures réussites si le Live House n'avait pas lui aussi connu une cuvée étonnamment catastrophique en 2013. Ceci est une autre histoire, et le grand festival annuel français restera inégalé pour tout ce qui concerne le contenu additionnel : conférences publiques, talk-shows, produits dérivés, CD, DVD... Rien de tout cela à TCKP mis à part quelques goods et disques des invités, pauvrement mis en valeur. On pouvait toujours rêver pour s'offrir un album ou le t-shirt de la star du moment, alors que le Japon reste l'un des plus gros marchés musicaux au monde avec les USA, et le seul à enregistrer une reprise de ses ventes de disques. Sur cet aspect, la marge de progression reste importante : tout reste à faire !



Les visiteurs n'ont s'en sont probablement pas rendu compte, mais Tokyo Crazy Kawaii Paris a ravi les journalistes et media en accordant une liberté totale sur la prise d'images. Bien que les têtes d'affiche n'accordaient que de très rares interviews sur place, la presse s'est régalée en partageant un maximum de photos et vidéos, sans être engluée dans d'inextricables et lourdes contraintes de limitation et de validation "à la japonaise". En travaillant à l'Occidentale, comme les Coréens ces dernières années, TCKP a gagné en exposition et en sympathie. La stratégie d'ouverture du gouvernement sur cet événement pouvait presque raviver l'espoir d'un Japon conquérant et communiquant, mais la quasi-totalité des récents concerts indépendamment gérés par les managements, agences et maisons de disque nipponnes montre hélas la ténacité de l'hikikomori des professionnels japonais de l'industrie musicale, qui font tout pour que leur artistes ne soient ni vus ni connus en Europe, ou le moins possible. A contrecourant de la tendance suicidaire de la J-Music, Tokyo Crazy Kawaii Paris devient de ce fait l'une de ses meilleures vitrines, actuelle et - nous l'espérons - future.

Surprenant voire déstabilisant, Tokyo Crazy Kawaii Paris n'a laissé personne indifférent. Sa scène live a offert de grands moments aux fans de J-music, et ces derniers semblaient très motivés pour revenir en cas de reconduite de l'événement l'an prochain. Tout comme on nous annonçait un mini-Shibuya 109 pour la mode, on apprécierait alors l'apparition d'une véritable offre CD/DVD/goods, reflet de la production japonaise. Les organisateurs doivent se féliciter des retombées médiatiques, assez incroyables par leur ampleur, mais elles n'ont concerné quasiment que la mode sur les supports grand public. Il reste donc beaucoup de chemin à faire pour développer la musique japonaise en France. Avec sa stratégie d'ouverture idéale, cela ne passera peut-être que par un ou plusieurs grands noms capables d'enflammer les foules, comme sait si bien le faire la Corée ces dernières années. Avec l'appui du gouvernement nippon, Tokyo Crazy Kawaii n'a peut-être pas fini de nous surprendre, et à défaut d'envie propre aux majors et agences, ce serait l'un des rares à raviver l'espoir !


Eric Oudelet


 


Live report de tous les showcases de Tokyo Crazy Kawaii Paris


 


Bijo men Z


Déjà en tête de cortège du défilé Harajuku Fashion Walk dans les rues de Paris la veille, les travelos rigolos de Bijo men Z ont ouvert le bal dès le vendredi sur la grande scène de Tokyo Crazy Kawaii. Porte-étendard du délire bariolé à la japonaise, ce girlsband masculin composé de magical girls aux jambes poilues a fait danser les spectateurs sur ses mélodies pop-rock. Pas très inspirées et complètement anecdotiques, on s'en est contenté pour s'amuser une demi-heure dans une ambiance à la Patrick Sébastien. Un peu timide, le public dansait comme il pouvait en suivant les indications fléchées affichées sur l'écran géant et celles du leader de la formation : le facétieux comédien Sakurazuka Yakkun. Drôle et enjoué, c'était presque la mascotte de cette première édition de Tokyo Crazy Kawaii. Sympathique, avenant et souriant à toutes heures, même en off, ce personnage tragiquement disparu dans un accident de voiture quelques semaines plus tard était vraiment un modèle de professionnalisme. Les fans d'anime se sont  éclatés sur le medley avec les thèmes d'Evangelion, Dragon Ball Z, Puella Magi Madoka Magica, Saint Seiya, Sailor Moon ou encore Totoro. En fin de showcase et pour sauver la planète d'une attaque surprise, le public a dû se débarrasser d'un boss récalcitrant à coup d'applaudissements via un jeu à la Final Fantasy projeté sur l'écran géant. Du grand n'importe quoi bricolé avec amour, par des fans pour des fans !


Kumisolo


Pauvre petite Kumisolo en yukata, elle n'a attiré qu'une vingtaine de spectateurs au début de son showcase ! Heureusement, la Japonaise exilée chez nous, prolixe en français, a rapidement suscité la sympathie par ses anecdotes et provoqué la curiosité des chalands par sa musique disco-pop au style rétro-kawaii 60's to 80's empreint de kitsch, avec un petit côté PUFFY / Tommy february6 savoureux pour les connaisseurs. Timide et faussement fragile, Kumisolo mettait en chanson ses expériences françaises par des textes dans la langue de Molière, un choix idéal pour amuser et capter l'attention du public. On appréciait ainsi beaucoup les aventures quotidiennes de la chanteuse qui nous parlait des transports en commun, de recette de fondant au chocolat ou de chapardage dans les grands magasins... Et puis Paris, c'est la capitale de la mode, alors pourquoi ne pas reprendre Victime de la mode de MC Solaar dans un rap version kawaii !?  Décalé, mignon, attendrissant et drôle, ce petit showcase sous-estimé s'est avéré particulièrement plaisant à écouter sous le doux soleil de septembre.


AMIAYA


Deux sœurs mannequins (et un peu anorexiques) qui se mettent à la chanson ? Ça donne AMI et AYA, en yukata pour Tokyo Crazy Kawaii Paris. La musique EDM aux voix de canards félins vocodés (imaginez la bête...) passait plutôt bien et le charme des frêles demoiselles transformait ce showcase électro-pop de 15 minutes en un bon petit divertissement, malheureusement saccagé par les basses saturées de la sono. Ceci expliquait peut-être la relative froideur du public, à moins que ce ne soit aussi la sensation générale de mollesse de la prestation, ou la difficulté des artistes à sourire durant la première moitié du set. Les filles manquaient de peps dans leur gestuelle, on en revient fatalement à l'anorexie et au manque de muscle...


IA et GUMI


IA et GUMI sont des idols virtuelles du mouvement vocaloïd dont la plus célèbre représentante s'appelle Hatsune Miku. Dans la pratique, ça donne de l'électro-pop commerciale chantée par des ordinateurs et incarnée par des nymphettes en images de synthèse. Leurs mini-concerts sur la scène Kawaii du festival (où se déroulaient les défilés de mode) s'annonçaient comme de véritables événements car ils auraient recours à la technologie 3D SORIS VLS. Il y avait donc des fans et beaucoup de curieux pour découvrir le phénomène. Finalement, ce fut la plus grosse déception de TKCP. Le public devait se masser bien en face d'une vitre inclinée à travers laquelle était projetée une animation 3D. Même dans l'axe, l'animation en boucle des chanteuses (qui se dandinaient mollement sans réelle synchronisation labiale) se déformait au grès des imperfections du miroir oblique. Musicalement pauvre, vocalement nul, raté dans sa mise en œuvre, le non-événement entrainait le public dans un ennui profond, à l'exception de quelques vocaloïd-addicts en transe.


livetune


Au début de sa campagne promotionnelle sur Facebook, TKCP annonçait Daishi Dance et Hatsune Miku avant de les faire disparaître en toute discrétion. Ce fut finalement un mélange des deux qui a clôturé la première journée du festival puisque les visiteurs ont vibré sur un set de livetune, DJ et producteur électro qui a connu la gloire grâce à ses chansons utilisant la voix de Hatsune Miku. La star virtuelle fut largement mise à l'honneur, pour le plus grand plaisir des fans, mais aussi du reste du public, emballé par l'énergie du set. Au soleil couchant, l'ambiance montait et les corps se mettaient irrésistiblement à danser. Oublié le flop IA/GUMI, le mix électro de livetune était l'événement à vivre pour les fans de vocaloïd ! Les réfractaires aux voix suraigües auraient pu larguer les amarres, mais la délivrance est venue au bout d'un quart d'heure avec les premières notes de Daft Punk. Une belle fin de journée électrisante à Tokyo Crazy Kawaii Paris !


BLACK DIAMOND


Autrefois fashion au Japon mais en voie d'extinction depuis la fin des années 90, les ganguro sont de retour ! Désormais appelées kuro gyaru, elles veulent conquérir le monde avec des ambitions toujours aussi puissantes : se goinfrer entre amies, faire du shopping, collectionner les purikura, danser en gesticulant des bras... Une vie de rêve intemporelle pour toutes les filles. Cramées aux UV, maquillées à la truelle et à la coiffure trop swag chez les petits poneys, elles se rassemblent en clans comme celui des BLACK DIAMOND, le plus important avec 120 membres issues de tout le Japon et de 20 autres pays. Sept représentantes de cette bande ont fait le voyage à TCKP pour un showcase totalement inédit, débuté par un étrange spectacle de calligraphie, façon barbouillage de classe maternelle, et cela sur la grande scène du festival. Sur une improbable techno "compilation de supermarché" mixée avec du shamisen, elles ont  aspergé de peinture un mur blanc au pistolet à eau pour représenter le drapeau français avant d'y barbouiller du japonais dégoulinant. C'était bien moche et long, mais on s'amusait finalement à la simple vision de ces drôles d'énergumènes au look ravageur. Les autoproclamées "voyous de la nouvelle génération" sont ensuite passées aux choses sérieuses en interprétant leur premier et unique single Avant Gyarude, un titre dance-pop/EDM passe-partout, platement chanté à trois avec quatre kuro-danseuses-gyaru en renfort. Tout ce beau monde gesticulait mollement en s'adonnant à un parapara approximatif et mal synchronisé. Une scène amusante et exotique qui n'a heureusement duré que quelques minutes, les plaisanteries les plus courtes étant les meilleures.


moumoon


La scène en plein air de Tokyo Crazy Kawaii Paris était le cadre champêtre idéal pour accueillir le premier concert français - et étranger - de moumoon, un rêve pour le groupe et pour les fans, et une exclusivité qui valait à elle-seule le prix de l'entrée et qui a émerveillé les festivaliers. Comment pouvait-il en être autrement avec l'irrésistible musique pop-folk du duo composé de la guillerette et délicate chanteuse Yuka ainsi que du discret guitariste Masaki ? Même la sono n'a pas pu gâcher le plaisir ! moumoon nous a emmenés en balade très loin de Paris, sur un chemin à la fois ensoleillé et étoilé, fait de mélodies pop légères (Sunshine Girl), pétillantes, parfois très entrainantes (le public sautait comme une seul homme sur DREAMER DREAMER), ou particulièrement douces (la ballade moonlight). L'heure de best-of fut ponctuée par l'inédit et très beau LOVE before we DIE tiré du nouvel album. Fin du rêve éveillé et sourire sur tous les visages. moumoon a promis de revenir et ce sera à JAPAN EXPO en juillet 2014. Soyez-là car ce sera assurément l'un des plus beaux lives de toute l'histoire du festival.


Shonen Knife


Déjà vu en France, Shonen Knife est un trio rock féminin old school très expérimenté en provenance d'Ôsaka, guidé par une leader de plus de 50 ans. Peu après ses débuts, Shonen Knife était parti à la conquête des USA où les filles sont devenues les protégées de Nirvana et Kurt Cobain. Les voici quelques années plus tard, toujours aussi fougueuses, à Tokyo Crazy Kawaii Paris. Qu'on ne s'y trompe pas, leur set était bien plus nerveux que les performances d'AMIAYA ou de BLACK DIAMOND. Les spectateurs, à la moyenne d'âge en hausse, ont apprécié 45 minutes de rock accessible et mélodique, empruntant un style très garage, traversant les 60', 70's et 80's... La foule n'était pas si nombreuse, mais l'ambiance était au rendez-vous. Mention spéciale au fan de RAMONES en t-shirt rouge, possédé par le dieu de la danse et qui a du prendre un pied monstrueux aux abords de la scène.


KARINA


Quand un festival nous réserve des surprises, et des bonnes, on aime ! KARINA et HIKARI. brillaient par leurs absences au programme avant de mettre les pieds à TCKP, mais leurs courts showcases répétés sur les deux scènes du festival resteront parmi les meilleurs moments et les meilleures idées de cet événement. Plutôt que de miser sur des idols caricaturales qui auraient ravi un public limité de wotas fans du genre, les organisateurs ont testé ces deux chanteuses au style EDM mainstream, capable de capter un très large public en Europe. On pouvait même dire qu'avec leur look stylé et impactant associé à leurs chorégraphies avec backdancers, KARINA et HIKARI. s'inscrivaient dans la même tendance que la Kpop. A 15 ans seulement, à 3/4 japonaise et 1/4 américaine, KARINA est, comme FAKY, un pur produit nouvelle génération d'emblée conçu par le Japon pour le marché mondial. Elle débute à peine, et Tokyo Crazy Kawaii Paris était sa première scène européenne. Son premier single Take Mi Higher, produit par mixinc. en 2013 et unique titre chanté au festival, a immédiatement captivé l'audience dont l'attention venait d'être prise en otage par la superbe tenue bleue électrique et ultra-fashion designée par la styliste YUMA KOSHINO. Très entrainants et puissamment mis en scène (larges sourires, explosivité des mouvement, chorégraphie accrocheuse), les courts showcases EDM de la jeune KARINA étaient efficaces, parfaitement chantés et sur les talons des hits Kpop qui cartonnent dans le monde entier. On a vraiment hâte de voir la suite de sa carrière.


HIKARI.


Peroxydée et vraisemblablement habillée par la marque galaxxxy, HIKARI. était l'autre performeuse-surprise des scènes de Tokyo Crazy Kawaii. Cette inconnue adepte des reprises n'en était pas vraiment une pour les habitués des festivals parisiens puisqu'elle a déjà participé à PARIS MANGA et très récemment à l'APOP Party de la Fête de la Lune. Depuis ses années lycée à Paris, elle aimerait bien faire carrière à l'étranger, et son style électro-dance combiné à l'impact visuel de ses showcases chorégraphiés la rapprocherait de l'esprit Kpop. Avec ses quatre danseuses, sa reprise de Believe de Cher (original sorti en 1998, 4ème single de HIKARI.) et son 2ème single My Crazy Love, elle a fait le spectacle et aimantait tous les curieux à TCKP. Rien à redire, c'était carré, dynamique, aussi court qu'efficace, et c'est peut-être cette pop mainstream et très entrainante (certes pas original pour un sou), proche de nos standards et loin de la niaiserie caricaturale des idols, qui pourrait attirer autre chose que les moqueries et servir de tremplin pour la musique japonaise auprès du grand public, celui que le Japon aimerait bien conquérir via Cool Japan.


SPYAIR 


Un vent de folie soufflait autour de SPYAIR à Tokyo Crazy Kawaii Paris, le groupe de rock nippon - inédit en Europe - était accueilli comme un boysband par le public féminin, et la queue était longue à la dédicace qui a suivi le showcase. Formés en 2005, SPYAIR a signé plusieurs génériques d'anime et drama comme BLEACH, Gundam AGE et Gintama, et a commencé à s'exporter avec réussite en Corée du Sud. Enorme ambiance et plus forte audience du week-end avec ANNA TSUCHIYA, le showcase de SPYAIR était digne des meilleurs moments du Live House de JAPAN EXPO. Le public s'est éclaté sur un best-of de 50 minutes uniquement composé de titres énergiques qui ont fait headbanguer les amateurs de rock nerveux. Entouré le musiciens expressifs, le chanteur mobile et aguicheur n'a pas cessé d'haranguer la foule, jusqu'à tenter un petit slam sur le dos en plein milieu du live. En vrai showman, le frontman n'a pas lésiné sur les gestes et mimiques et a fini trempé, en sueur, dans un Tokyo Crazy Kawaii Paris en ébullition et rugissant de plaisir. C'était bien sûr le concert le plus chaud du week-end.


ANNA TSUCHIYA


C'était l'une des stars "réelles" du phénomène NANA, quand les adaptations cinématographique et animée sortaient au Japon puis en France. La punkette qui interprétait l'un des génériques de la série et qui avait violenté JAPAN EXPO en 2006 était entretemps devenue femme, mais gardait assurément son regard félin sur la scène live de Tokyo Crazy Kawaii, en clôture du festival. Si les premières places des charts se sont éloignées au fil des années, la chanteuse-actrice-mannequin continuait d'occuper une place privilégiée dans le cœur des fans de J-Music, et elle les a comblés en démarrant son showcase par rose, le générique musclé de l'anime NANA. A la voir plantée derrière son pied de micro sur ce titre, on commençait à craindre que l'artiste ait été domptée par les années ; des doutes qu'elle a vite levés en lâchant la bride durant la suite du set, tout en gardant cette fougue, cette hargne - certes moins rebelle et davantage maitrisée - et cette voix rauque'n'roll si caractéristique. Il faut dire que ses musiciens, en particulier le bassiste arc-bouté sur son instrument, ont imprimé toute la bestialité indispensable à ce mini-concert, chose que la chanteuse seule ne pouvait plus accomplir malgré son engagement et son envie, manifeste, de donner le meilleur d'elle-même. Les titres rock énergiques comme GUILTY et Lucy ont agité la foule, et des ballades telles que Kuroi Namida, interprétées avec passion, variaient les plaisirs pour un set équilibré. De quoi terminer le week-end sur une bonne note malgré des basses saturées et un volume sonore assommant. La chanteuse aurait probablement peiné à maintenir l'excitation et l'intérêt plus longtemps car ses titres moins connus, à l'instar de l'électro-rock et anecdotique Bangalicious du projet ravex, ont eu tendance à refroidir rapidement les spectateurs.





Photos © Orient-Extrême
Remerciements : Tokyo Crazy Kawaii et Charlotte Naudin
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