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ONMYO-ZA : reportage sur le concert du Trabendo à Paris le 21 octobre 2006

Ils avaient conquis le public parisien déchaîné au Triptyque en 2005, les métalleux au look nippon traditionnel d’ONMYO-ZA sont aujourd’hui de retour, emmenés par leur éblouissante chanteuse : KURONEKO. Sortez les éventails, la soirée s’annonce longue et spectaculaire !

C’est dans un climat automnal que les fans d’ONMYO-ZA et quelques curieux (intrigués par les excellentes critiques du concert 2005) se sont retrouvés devant le Trabendo en ce samedi 21 octobre 2006. Le groupe de heavy metal japonais ne joue pas dans la catégorie des poseurs ténébreux ; ses particularités sont d’une part le duo vocal mixte formé par la petite chanteuse KURONEKO et le gigantesque bassiste MATATABI, et d’autre part leur look traditionnel inspiré de l’ère Heïan. Quelques gothic lolitas parsèment la file d’attente ainsi que de jolies jeunes filles en yukata et kimono, mais la plupart des gens sont habillés normalement. Les portes s’ouvrent à 18h00 comme prévu et c’est sans bousculade que tous pénètrent sagement dans le Trabendo. Le gros de la foule s’installe dans la fosse, d’autres autour des barrières. L’ambiance est décontractée, conviviale, sans trop d’effervescence. On dénombre quelques 250 à 300 spectateurs, ce qui est finalement bien peu pour accueillir une formation de cette qualité. Le manque cruel de communication y est sûrement pour beaucoup, le changement de producteur courant août n’a pas non plus facilité les choses.



A 19h00, les lumières s’éteignent, les bras se lèvent et les premiers cris retentissent lorsque le guitariste KARUKAN entre en scène. Il est suivi par l’autre guitariste MANEKI et du bassiste et chanteur MATATABI qui visiblement déchaîne les passions chez certaines. Viennent ensuite le batteur TORA et la chanteuse KURONEKO, elle aussi très acclamée. Le groupe commence tout de suite avec KAMI NO FURUMEKI, une chanson rock assez lente parfaite pour un début, avant de saluer véritablement son public avec de très belles phrases en français. MATATABI se débrouille vraiment bien dans cet exercice. De sa voix virile, il approfondit le discours dans un japonais débité à 200 km/h… Il n’est pas dit que beaucoup de gens aient compris, mais cela n’empêche personne de crier à tue-tête après chaque petit speech. Le groupe continue avec KOGA NINPOCHO (qu’on attendait pas si tôt), OKA NO KOTOWARI et KIRAMEKI. Ce ne sont pas les chansons rock les plus énergiques de leur répertoire. Elles sont cependant parfaites pour réveiller petit à petit les muscles des spectateurs qui commencent enfin à s’agiter, en particulier grâce à KOGA NINPOCHO, générique de l’anime Basilisk qui fait hurler la salle de bonheur. MATATABI, avec ses cheveux longs, dégage un charisme saisissant lorsqu’il headbangue, c’est du plus bel effet. TORA se démène déjà comme un beau diable sur sa batterie, avec le même sourire malicieux que l’an passé. Les deux guitaristes sont les plus réservés, surtout KARUKAN, dont le visage est souvent masqué de sa longue chevelure (ce qui ne l’empêche pas de faire quelques clins d’œil et autres mimiques dont il a le secret aux spectateurs qui l’apprécient). MANEKI quant à lui a une voix rauque et un coffre du tonnerre, hallucinant pour un si petit corps, qu’il met à profit lors des chorus. Il a un look original avec son pyjama, pardon, son pantalon bouffant vert et ses chaussures pointues de lutin. Le groupe harangue régulièrement la foule qui répond aussi sec en augmentant le volume sonore de ses cris et en compressant les premiers rangs contre les barrières. On s’aperçoit dès lors que le groupe est en parfaite harmonie avec ses fans qui semblent bien les connaître. Pour ceux qui ont des yeux partout, ils auront pu voir avec jubilation le technicien du groupe, qui était sur la gauche de la scène, reprendre avec énergie les parapara (chorégraphies des bras) de KURONEKO sur KIRAMEKI. Un grand moment inoubliable !

ONMYO-ZA fait alors une petite pause MC pendant laquelle MATATABI et KURONEKO se partagent le micro. La chanteuse parle aussi vite que le bassiste et on ressent une petite frustration dans le public qui ne capte pas tout, il faut bien l’avouer. Mais les grands sourires des membres et leur "Merci !" font oublier l’incompréhension. Le groupe reprend ensuite avec TANUKI BAYASHI, KUGUTSU NINPOCHO et SOGENBI. Le rythme des chansons s’accélère et on sent que la foule s’est bien réchauffée. La fosse commence à s’animer et ce pour le plus grand plaisir du groupe. Leur engouement est communicatif. On peut même voir TORA sauter de son siège lors des moments forts des chansons. A la pause suivante, tous les membres du groupe nous disent un petit mot en japonais. C’est la deuxième fois qu’ils viennent en France et apparemment ils aiment beaucoup notre pays, notamment parce qu’on y mange et boit bien, dixit MANEKI. NUIKABE, WAIRA, KODÔ et ONIKIRI NINPOCHO sont les chansons suivantes. L’excitation commence à monter sérieusement. Il faut dire qu’ONMYO-ZA fait monter la pression, doucement mais sûrement, en jouant des titres de plus en plus rapides. Mention spéciale pour le jeu de scène de KURONEKO qui fait parfois penser au fantôme de RING avec ses cheveux longs, plongée dans la lumière bleue qui l’entoure. Elle mettra d’ailleurs le feu en sortant son éventail, mouvement qui sera repris en cœur par tous les fans qui sont, eux aussi, venus avec le précieux ustensile (également vendu ou distribué par les organisateurs). L’effet est tout simplement magique : c’est une rivière de couleurs qui déferle dans la fosse et qui bouge en rythme avec la musique. Le groupe est ravi que tous jouent le jeu et se donne encore plus. MATATABI enflamme le public en vantant les qualités de ses fans parisiens et en scandant "Paris ! Paris !", cri de guerre qui sera repris par tout le groupe puis le public. Les voix sont fortes et les poings levés vers le ciel pour cet hymne improvisé en faveur de la capitale française. Une impression de puissance et de fierté se dégage alors de l’ensemble des personnes réunies. Cet état d’esprit sera parfait pour enchaîner sur KUMIKYOKU "YOSHITSUNE", SHINSOKU-RINNE et ORABINAHAI, les dernières chansons du concert.



Mais le public est loin de vouloir laisser partir ONMYO-ZA comme ça, surtout après cet échange quasi fusionnel. Tout le monde est désormais chaud bouillant pour profiter encore un peu du rock énergique et spontané du groupe. Le rappel ne se fait pas attendre et c’est sous les sifflets et cris de joie du public que les cinq membres reviennent sur scène pour nous interpréter HOMURA NO TORI, HOYOKU et RASETSU. Les fans sont désormais déchaînés et font de l’ombre à MATATABI avec leurs headbangs, filles et gars mélangés. Les trois chansons passent à la vitesse de la lumière et c’est ahuri que l’on voit TORA balancer ses baguettes au public. Le groupe repart… le public reste. En effet les lumières ne se sont pas rallumées, on peut donc espérer un retour du quintet. La foule murmure un moment avant de scander le nom du groupe pour qu’il revienne. C’est chose faite quelques minutes plus tard, ONMYO-ZA revient sur scène en arborant fièrement le tee-shirt de sa tournée et en se démenant sur MANJI. Les fans souffrent alors d’un excédent de joie et ne savent plus que faire pour se déchaîner à leur tour. Le lien entre le groupe et le public est très fort, on sent vraiment une communion. S’ensuivent alors les salutations du groupe qui s’attardent. Toute bonne chose a malheureusement une fin. ONMYO-ZA s’en va de la scène avec un sourire jusqu’aux oreilles. Mais quelques petits faits interpellent : TORA n’a pas jeté sa deuxième paire de baguettes, personne ne vient enlever les instruments et les lumières tardent à se rallumer. Le groupe nous ferait-il l’honneur de revenir une troisième fois comme en 2005 ? C’est une véritable ovation qui s’élève lorsque le groupe réapparaît pour un final démentiel avec AKUROO. Le public explose et c’est une fosse en délire qui se trémousse sur ce rock décapant. Ce sera véritablement le dernier titre mais le public et le groupe sont désormais rassasiés. TORA se fera même le petit plaisir de descendre de la scène et de toper toutes les mains tendues qui passent à sa portée. Les membres seront grandement salués avant de retourner dans leur loge. Cette fois-ci, les lumières se rallument et la pression retombe doucement dans la salle. Les visages sont heureux, les fans ont été comblés. Le petit tour au stand goodies s’impose : beaucoup de choix mais on peut déplorer le prix assez élevé des articles (originaux 100% japonais) : DVD à 40 euros, superbes éventails à 15… A noter que MATATABI est très doué pour dessiner le groupe en SD (Super Deformed).

Le Trabendo était loin d’être plein mais les fans et les curieux qui avaient la chance d’être là ont pu assister à une prestation chaleureuse, généreuse et éblouissante d’ONMYO-ZA, servie par des réglages sonores de bonne facture. Comme l’an passé, et même si la barrière créait ce soir une séparation physique entre le quintet et les spectateurs, le groupe est resté très proche de son public, dans un esprit fusionnel. Ils ont fait de nombreux efforts pour communiquer avec leurs fans et les faire participer. MATATABI a réussi à faire chanter les timides européens sur plusieurs chansons, permettant avec cette technique sympathique de faire monter l’excitation. Si le concert a démarré plutôt doucement, il s’est terminé en apothéose, une véritable relation d’amitié s’étant tissé en deux heures de temps entre ces cinq Japonais dynamiques et leur public avide de riffs furieux, de refrains entraînants et de musique technique à la sonorité unique. Le pari est donc gagné pour ONMYO-ZA qui confirme ici son statut de valeur sûre du metal et de la scène japonaise.

Gwenaelle Durand










Profiter pleinement d’un concert est-il l’apanage exclusif des esthètes de la scène martelée ? Peut-être bien que oui. Quoiqu’il en soit, s’il y a bien quelque chose d’abordable que les sabreurs d’ONMYO-ZA ont communiqué ce soir-là à l’enfant qui est en nous, ce fût un spectacle, dans le sens propre du terme, modeste par sa taille mais bourré de panache, à la fois gauche et excitant comme un dépucelage. C’est le genre de show symbiotique qui fait transpirer la chair pour d’autres raisons que la température ambiante de la salle – très bien réglée soit dit en passant.

Qu’est-ce qu’ONMYO-ZA ? Quelque chose d’étrange au premier abord, un mélange d’accoutrements traditionnels - kimono pour la fille et hakama (pantalon traditionnel japonais) bouffant et excentrique pour les garçons - et de gros son métallique sorti tout droit d’outre-Amérique, l’Amérique de Black Sabbath s’il vous plait. Leur musique fusionne influences yankees et nipponnes, de l’incontournable X Japan pour ses symphoniques lourdes, à l’enka-pop des années 70 lorsque la chanteuse adopte une intonation inspirant l’éventuelle retour d’une Yamaguchi Momoe ou d’une Kaji Meiko (pour les longs cheveux), désormais "baba" (un équivalent de "vieille peau " tiré d’obaasan, qui signifie "grand-mère").

Abasourdi par une ouverture de show, lors de laquelle certains chanceux bien placés ont pu admirer l’excellent jeu scénique du groupe, dans une dynamique d’assaut (l’assaut de la scène, l’assaut du public, qui lui semble déjà tout acquis), on parcourt des yeux l’espace musical qui prend naissance à grand renfort d’instrumentalisation chargée (une chanteuse, deux guitaristes, un bassiste, un batteur, rien que ça). On s’arrête sur la vocaliste, KURONEKO, pas farouche pour un sou, chatte noire symbolisant un peu cette biodiversité qui semble avoir engendré ONMYO-ZA. Vêtue d’un kimono photogénique somme toute sans fioriture, pieds nus comme pour rappeler que, contrairement aux amibes shibyuettes, elle n’a pas besoin de plateformes pour en jeter, la chanteuse sème l’imprévisibilité en jouant tour à tour la prêtresse fatale et "l’entertaineuse kawaii". Logique : le non-initié, aux vues du look de la demoiselle, ne peut que s’étonner lorsque cette dernière troque son expression lointainement gothique pour une moue souriante, tous bras s’agitant en l’air à l’adresse d’un public à qui elle semble bien partie pour dire "Je vous aime !" à la Tomoe Shinohara. Niet : la belle ne va pas jusque là, ONMYO-ZA, ce n’est pas le cirque, c’est du (bon) son.



Bon son : toujours KURONEKO, même si le reste de la troupe n’est pas en reste. Il est écrit plus haut qu’ONMYO-ZA évoque un peu l’enka-pop des 70’s, transposé dans la sphère rock bien entendu. N’avez-vous pas entendu, au tiers du concert, des accents plus doux de musique lounge, sur lesquels la chanteuse a poussé les vocalises (de Brel) vers la nostalgie d’un genre qui a, mine de rien, énormément inspiré les musiciens nippons contemporains, sous ses dehors de genre ringard pour papas de Saitama ? ONMYO-ZA, groupe éclectique ? On ne peut nier la progression du concert, parti d’un rock mélodieux pour finir sur du death metal baraqué. Et toujours cette voix de KURONEKO là-dessus, isolée ou accompagnée du charismatique chanteur MATATABI à la voix naturellement profonde, comme prolongement de ses longs cheveux noirs, voix avec laquelle KURONEKO ne semble pas avoir besoin de jouer comme une Amanda Palmer (Dresden Dolls). Non, elle ne joue pas avec, elle la lance, éperdue, comme un hameçon, et pêche les sens en exergue du public conquis. Ah oui, parce qu’en plus, elle est belle, KURONEKO, et c’est un facteur qui joue dans l’appréciation générale, et cette saloperie de monde matérialiste.

Pourquoi aime-t-on ONMYO-ZA ? Parce que c’est du bon metal, on l’a dit, mais aussi pour autre chose… Quelque chose que peut saisir l’inculte des planches qu’est l’auteur de ces lignes : l’interaction des membres du groupe (a priori, pas des têtes de nœud qui ne se sentent plus pisser au premier album vendu). La bonne ambiance qui caractérise ces interactions scéniques se montre admirablement communicative lorsque les éventails crépitent dans l’atmosphère, lorsque l’ingénieur-son fait du parapara en arrière-plan, ou lorsqu’au "premier rang", des chtites japs en yukatas (en octobre…) pogottent comme à un concert de Cradle of Filth. Mais cette osmose surligne essentiellement l’âme généreuse et simple du groupe, jouant la comédie sur scène (la scène de duel à l’éventail entre KURONEKO et MATATABI… ne manquaient plus que les fleurs de cerisier), ou improvisant un manzai (genre de duo comique fonctionnant au ping-pong, très populaire au Japon) sur scène entre le chanteur de le guitariste MANEKI… Le bassiste et chanteur MATATABI grimace, modulant joliment sa voix en fonction des couleurs qui baignent les corps des membres du groupe, en mouvement, parfois en transe lorsque KURONEKO se livre à une danse des morts des plus sensuelles…

"Paliiiiiii !" hurle à la bonne franquette le grimaçant MATATABI à la dégaine d’homme des bois nippon. La salle n’est pas remplie à moitié comme elle devrait l’être au centuple, les traits sont peut-être tirés, la voix de la chanteuse éraillée d’après son manager (on n’ose alors imaginer ce qu’elle donne "en forme")… Rien d’important dans tout cela ! ONMYO-ZA est à Paris, et Paris aime ONMYO-ZA. Elle les aimera davantage encore la prochaine fois qu’ils viendront réveiller les morts, avec la même énergie, le même talent, et euh… la même chanteuse !

Alexandre Martinazzo




Setlist :
01 - KAMI NO FURUMEKI
MC
02 - KOGA NINPOCHO
03 - OKA NO KOTOWARI
04 - KIRAMEKI
MC
05 - TANUKI BAYASHI
06 - KUGUTSU NINPOCHO
07 - SOGENBI
MC
08 - NURIKABE
09 - WAIRA
MC
10 - KODÔ
11 - ONIKIRI NINPOCHO
MC
12 - KUMIKYOKU "YOSHITSUNE" - AKKI-HOGAN
13 - SHINSOKU-RINNE
14 - ORABINAHAI
-- ENCORE 1 --
SE - HOMURA NO TORI
15 - HOYOKU - TENSHO
16 - RASETSU
-- ENCORE 2 --
17 - MANJI
18 - GAINAGATEYA
-- ENCORE 3 --
19 - AKUROO


Photos : Eric Oudelet
Remerciements : GAN-SHIN FRANCE
Le site officiel d’ONMYO-ZA : www.onmyo-za.net
Toute reproduction/réutilisation partielle ou totale du reportage et/ou de ses photos est strictement interdite.

Le reportage sur le concert 2005 d'ONMYO-ZA à Paris :
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La conférence de presse 2005 d'ONMYO-ZA à Paris :
www.orient-extreme.net/index.php?menu=musique&sub=artistes&article=49
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