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Conférence AZN Music à G.A.M.E. in Paris 3 le 4 novembre 2006 : compte rendu

Pour sa troisième édition, G.A.M.E. in Paris inaugure un espace J-Music/Mode destiné à accueillir les acteurs du milieu. Orient-Extrême et JAPAN VIBES / GAN-SHIN FRANCE étaient à nouveau présents, rejoints entre autres par Soundlicious, J-Music Distribution et Next-Stop Harajuku. Samedi 4 novembre, le festival connaît sa plus forte affluence, l’engouement pour le Cosplay in Japan de l’après-midi n’y étant certainement pas étranger… A 18h00, Orient-Extrême organise une conférence publique ayant pour thème la musique asiatique et plus principalement son traitement dans la presse concernée.

Six magazines sont représentés à cette conférence AZN Music : JAPAN VIBES, COYOTE, AZIUP, rock sound, JmusicEuropa et bien sûr l’initiateur du rendez-vous : Orient-Extrême. On notera l’absence de Kogaru dont la cessation d’activité a été confirmée en personne par Wendy, ex-rédactrice de ce magazine. Les abonnés ont d’ailleurs été avertis par courier. Musique asiatique, cela signifie que tous les pays d’Extrême-Orient sont concernés : le Japon, la Chine, la Corée, Taïwan… Si tous les magazines représentés traitent du Japon, seuls deux voire trois d’entre eux (AZIUP, Orient-Extrême et rock sound) parlent des autres pays. Cependant, le cofondateur de JaME a déclaré lors de sa présentation qu’il n’était pas impossible que JaME ouvre prochainement une branche coréenne. Sur scène, les média ont envoyé cinq garçons comme émissaires. Cela signifie-t-il quelque chose alors qu’il semble y avoir davantage de consommatrices que de consommateurs ?... Commençons par les présentations.

Christophe Lorentz, pigiste pour COYOTE et rock sound
COYOTE est l’un des magazines français incontournables du secteur "pop culture japonaise", édité par les Editions Tournon. Outre sa large pagination dédiée aux mangas et à l’animation, COYOTE est connu pour ses prépublications (Sentaï School…) et consacre quelques pages au cinéma, aux jeux vidéo… et à la musique. On peut y lire régulièrement des reportages et interviews en rapport avec l’actualité événementielle française (Ayabie, ANIMETAL, Anna Tsuchiya…).
rock sound est un mensuel traitant de la production rock et metal mondiale. Outre quelques critiques des derniers CD sortis officiellement en Europe, rock sound a publié un dossier sur le rock japonais. Le rock nippon interpelle les média généralistes, rock sound le confirme.

Jonathan Pavius / Jon, rédacteur en chef de JAPAN VIBES
Autre magazine papier bien installé dans le milieu, JAPAN VIBES est représenté par son rédacteur en chef Jon qui s’occupe également d’organiser des concerts de Jrock (Moi dix Mois, etc.). Un double rôle qui a son importance. JAPAN VIBES traite de la culture japonaise dans son ensemble et dispose d’un cahier J-Music avec beaucoup de Jrock, de la Jpop et une pincée d’autres genres tels que le nip hop.

Pierre Renaud / Reyep, cofondateur et créateur de JaME (JmusicEuropa)
JmusicEuropa est le premier site d’information et base de données européen spécialisé dans la J-Music avec un contenu majoritairement rock. JaME, accessible en plusieurs langues, accueille selon son fondateur une moyenne de 2000 visiteurs francophones par jour. News, fiches artistes, live reports, interviews, critiques CD, forum… Un site complet aux parutions quotidiennes.

Jérome, collaborateur et conseiller "musique" d’AZIUP
AZIUP est un petit magazine A6 gratuit aux parutions irrégulières, consacré à la pop culture asiatique, mais qui s’avère être l’un des rares à accorder une place importante aux scènes musicales non-japonaises, comme le prouve le dossier "rock coréen" (au milieu de la Jpop et de la Cpop) du dernier numéro distribué à G.A.M.E.. Issu de la communauté asiatique active d’Ile de France (avec nombre de soirées asian music), AZIUP touche donc d’autant plus facilement ce public particulier.

Eric, chef de rubrique "musique" d’Orient-Extrême
Le projet Orient-Extrême s’est concrétisé en 2005 par le lancement du webzine, puis plus tard par une première parution papier événementielle et gratuite à l’occasion de Japan Expo 7. La rubrique musique d’Orient-Extrême s’intéresse à tous les pays d’Extrême-Orient, sans spécialisation dans un genre particulier. Outre ses mises à jour hebdomadaires (critiques CD/DVD, reportages, interviews…), Orient-Extrême publie des news quotidiennes, et organise ponctuellement des animations et événements liés à la musique asiatique, tel les KARAOKE SHOW de G.A.M.E.




Pourquoi parler de musique asiatique en France ? Combien y aurait-il de lecteurs attirés par ce sujet dans la presse, et à combien estimez-vous le nombre de consommateurs de musique asiatique en France ?

Jon (JAPAN VIBES) : L’avènement du manga, le succès qu’on lui connaît, les génériques des animés qui sont des musiques japonaises… Tout cela explique l’arrivée de la J-Music. Les gens qui aiment les mangas ou les animés se retrouvent donc bon gré mal gré à écouter de la musique japonaise. De notre côté, on leur permet d’en approfondir la découverte. Chiffrer le nombre de lecteurs concernés par le sujet est un peu compliqué car on ne dispose que de chiffres de vente globaux pour les magazines. Je dirai qu’il y a au moins 50000 personnes qui seraient à même d’apprécier la musique, mais on peut descendre facilement à 10000 pour le nombre d’acheteurs de CD potentiels. Il faut en effet faire la part entre ceux qui downloadent et ceux qui vont passer à l’acte d’achat de ces produits.

Eric (Orient-Extrême) : La grande incertitude concerne la pop. On sait qu’il y a beaucoup de gens qui en téléchargent (plus qu’en rock, selon moi) mais il est très difficile d’avancer un chiffre ; alors que du côté du rock, du visual kei, on a une plus grande part de consommateurs qui achètent. C’est donc plus facile d’évaluer leur nombre.

Reyep (JaME) : Le visual kei s’est développé plus vite que la Jpop, même si la Jpop a eu un "âge d’or" dans le milieu associatif qui s’est presque arrêté avec le développement du visual kei sur internet. C’est là que sont apparues des boites comme GAN-SHIN qui se sont lancées dans le visual kei, et qui ont pris le risque d’éditer des CD. D’un autre côté, au Japon, on ne peut pas vraiment comparer en terme de vente des artistes "indies" ou "jeunes majors" à des grands noms de la pop. On ne peut pas comparer les ventes de Dir en grey à celles d’Ayumi Hamasaki et autres, par exemple. Ici, il faut différencier les groupes "faciles à développer" car représentant un risque minimum pour les Japonais et leur marché, et les gros artistes comme Ayumi qui coûteraient de l’argent, beaucoup plus que pour Dir en grey. Les Japonais espéreraient des retombées beaucoup plus importantes pour ce genre d’artistes.
En ce qui concerne la fréquentation (pour en revenir au sujet du nombre de consommateurs), la partie francophone de JaME reçoit environ 2000 visiteurs par jour.

Christophe (COYOTE & rock sound) : Pourquoi parler de musique asiatique en France ? Mon avis est un peu différent car issu de la presse rock "classique" : rock sound, Rock One ou encore Rock Mag. Depuis deux ou trois ans, on commence à parler de plus en plus de visual kei exclusivement car c’est une musique, qui existait certes depuis longtemps, mais qui sortait de l’underground. Il y avait de plus en plus de fans en France qui achetaient les disques en import, et des structures ont commencé à diffuser un peu plus professionnellement et de façon plus "grand public" les artistes concernés. Ces artistes-là sont surtout venus jouer chez nous, et c’est à partir de là que les magazines rock ont senti un véritable engouement et un véritable public. Ils ont vu que les salles se remplissaient et qu’on pouvait parallèlement avoir accès plus facilement aux artistes japonais (rock exclusivement pour le moment) et aux disques via des éditions européennes. Il y a donc un boom indéniable et les artistes les plus côtés sont Dir en grey et kagerou, groupes qui bénéficient d’un minimum de promo et de distribution en France.
Chez COYOTE, on a suivi un peu le même raisonnement. On ne parlait que de Jpop et d’idoles et il y a eu un revirement à partir du moment où le rock a pris une plus grande importance en France. COYOTE reste beaucoup plus axé manga et animation, et on a donc quatre à cinq pages de musique maintenant presque exclusivement consacrées au Jrock.

Jérome (AZIUP) : Je n’ai absolument aucune idée du nombre de consommateurs de musique asiatique en France. AZIUP parle d’asian music pour répondre à une demande de la communauté asiatique. La base de notre lectorat vient des soirées asian où la musique japonaise n’est pas vraiment majoritaire. Toutes les communautés sont représentées : cambodgiennes, laotiennes, vietnamiennes et autres, de plus en plus chinoises alors que pendant un temps, c’était la musique thaïlandaise qui dominait en soirées (dont le fameux quart d’heure asiatique). La Thaïlande reste un pays influant. En terme de pop music, le Laos, le Vietnam, le Cambodge et autres n’ont pas vraiment de scène développée. On en parle pour rester proche des communautés présentes en France.
Le phénomène Jrock actuel n’est pas une exception française ou européenne. J’ai ramené le numéro d’octobre de MTV Magazine Thaïlande qui donne le classement des artistes asiatiques les plus influents pour les thaïlandais. Ça donne : 1er X Japan, 2ème L’Arc~en~Ciel, 3ème GLAY, 4ème Luna Sea, 5ème Lucifer, 6ème Malice Mizer, 7ème Dir en grey... Je pense donc que le Japon exporte globalement le même type de musique et d’imagerie partout dans le monde, ou que les autres pays importent la même chose, sans différenciation.




Quels sont les goûts musicaux du public asian music actuel en France ?
On a beaucoup parlé de Jrock, le genre qui perce en ce moment, et qui se différencie donc de la Jpop encore non éditée mais beaucoup téléchargée. A votre avis, parmi les genres musicaux, qu’est-ce qui est susceptible de mieux marcher en France et en Europe ?

Jon (JAPAN VIBES) : Il faut distinguer deux aspects. Il est difficile de quantifier le nombre d’auditeurs, mais il y en a énormément et je pense qu’il y a autant de gens qui écoutent du rock que de la pop. Après, on va rentrer dans des considérations d’ordre économique. S’il s’agit de vendre des CD et du merchandising, c’est le Jrock qui marchera le mieux. Les gens qui écoutent de la Jpop sont a priori moins fétichistes de l’objet. Ils vont juste vouloir avoir la musique, sans forcément posséder le CD, le livret, les photos... Il y en a quelques-uns, bien sûr, mais le Jrock compte beaucoup plus de fanatiques (pas dans le mauvais sens du terme) qui achètent.
Je ne sais pas ce qui plairait le plus d’un point de vue musical, mais d’un point de vue lucratif, c’est le Jrock, sans hésitation, qui marche le mieux.

Reyep (JaME) : Je soutiens ce que vient de dire Jon, et j’ajouterai que la différence Jrock/Jpop est similaire à la différence Rock/Pop dans nos pays : il y a une scène rock "underground" qui ne fait pas beaucoup parler d’elle au niveau du grand public et des média, mais qui est présente, avec un public qui se déplace davantage aux événements que les autres. Autre illustration, en vous baladant dans les allées des conventions, vous voyez des fans déguisés en Jrockers, mais on n’en voit pas cosplayés en Ayumi Hamasaki ou en Koda Kumi [NDLR : Reyep regarde Wendy… et reprécise : "il y en a moins"]. La différence Jrock/Jpop n’est donc pas inhérente à la musique japonaise.
On voit aussi un retour du rock sur le devant de la scène occidentale avec des groupes comme Muse ou Placebo. Ça a du contribuer au développement du Jrock.

Eric (Orient-Extrême) : Je ne sais pas si JaME confirmera le même phénomène sur son site, mais sur Orient-Extrême [NDLR : magazine francophone qui privilégie l’actualité en directe d’Asie et qui donc accorde plus de place à la pop dominante là-bas], les sujets pop attirent plus de monde que les sujets rock/metal, pour les critiques CD/DVD notamment. En considérant des figures emblématiques de chaque genre, on constate qu’un article sur un "gros artiste pop" fait plus de hits qu’un article sur un "gros artiste rock/visual".

Reyep (JaME) : En ce qui nous concerne, c’est difficile à dire puisque JaME est international (multi langue). On a des visiteurs des quatre coins du monde et cela ne reflète donc pas les goûts de la France. En plus, on a un passé marqué Jrock et les gens nous connaissent surtout pour ça. On a encore du mal à se faire une place auprès du public Jpop. On y travaille pourtant.

Jon (JAPAN VIBES) : Comme je le disais tout à l’heure à Eric en privé, je ne saurais quantifier le nombre de personnes qui aiment la Jpop et le comparer au Jrock. Quand Eric nous dit qu’il y a plus de visites en Jpop sur un média internet (gratuit), cela prouve en effet peut-être qu’il y a plus de gens qui aiment la pop… A vérifier. Mais en prenant un exemple concret comme le concert de Dir en grey [NDLR : complet à L’Olympia soit environ 2200 entrées] par rapport au concert de KOKIA [400 entrées début 2006 et environ un millier pour le moment pour le BATACLAN en 2007], il y a une différence énorme entre les entrées de l’un ou de l’autre…

Eric (Orient-Extrême) : La comparaison n’est pas vraiment valable puisque KOKIA n’est pas du tout une des artistes majeures du genre pop [NDLR : on parle ici de popularité et pas de qualité] contrairement à Dir en grey pour le rock/metal. Fais venir Ayumi Hamasaki ou Koda Kumi et là, on pourra réellement comparer l’impact des artistes pop par rapport à celui de Dir en grey (ou d’autres "gros" groupes rock et metal qui sont déjà venus comme theGazettE en Allemagne).

Jon (JAPAN VIBES) avec le sourire : Ecoute… Bientôt, on verra…

Chistophe (COYOTE & rock sound) : Le Jrock touche différents publics, surtout depuis sa meilleure diffusion en France : les publics Jrock, metal, gothique… ; alors que pour le moment, la Jpop concerne uniquement les gens qui s’intéressent au manga et à la culture asiatique. Je constate aussi dans le lectorat des magazines rock et autour de moi que certaines personnes ne s’intéressent qu’à un ou deux groupes, type Dir en grey ou kagerou, et continue d’écouter plus généralement du metal, du rock… Le public semble se diversifier.

Jérome (AZIUP) : De son côté, la scène électronique japonaise n’a eu aucun mal à s’affirmer chez nous. Les DJ sont parfaitement intégrés à la house nation, il y a Takkyu Ishino au Rex club, Kennichi, Fantastic Plastic Machine aux Bains Douches, etc. Cette scène est particulière, mais on peut trouver facilement les disques en France, depuis longtemps. Pour le rock, comme la production du nord de l’Europe, ça peut passer par des labels plus petits et indépendants. Pour ce qui est de la pop… Effectivement, si Ayumi est lancée par un label indépendant auprès d’un public ciblé (typé manga), ça me semble évident qu’elle va avoir un potentiel équivalent (voire un peu moindre) aux artistes Jrock actuellement distribués. Par contre, la pop asiatique aura un potentiel beaucoup plus important si elle est lancée auprès du grand public par des majors.




Les groupes de rock japonais aiment particulièrement se produire en Allemagne et bénéficier de la couverture médiatique des festivals pour se lancer. On a aussi des sorties CD et des diffusions allemandes de remix d’Ayumi Hamasaki. Est-ce que l’Allemagne est vraiment la plate-forme de lancement de prédilection des artistes japonais en Europe ?

Reyep (JaME) : J’aimerai tout d’abord rappeler que c’est le concert de BLOOD à Paris qui a véritablement lancé le rock japonais en Europe (merci Renaud). Mais il est vrai que le marché allemand est plus important et mieux organisé que le notre, même au niveau associatif. Les allemands sont 80 millions, on est 60 millions… L’Allemagne est tout de même le plus gros pays d’Europe. Ils ont régulièrement des soirées Jrock, des soirées visual kei ou des soirées Jpop qui sont organisées aux quatre coins du pays. De notre côté, sorti de Paris, il ne se passe pas forcément grand-chose… Il y a par exemple quelques opérations en province comme des soirées à Aix en Provence (assez régulièrement). Que ce soit nous, JAPAN VIBES ou les autres… On est tous prêts à aider comme on le peut ceux qui veulent se lancer dans des soirées. Mais on ne peut pas toujours être derrière les gens à les pousser. Les labels ont aussi leur part de responsabilité, mais ne peuvent pas tout faire. Les fans doivent aussi se bouger s’ils veulent faire avancer les choses [NDLR : les structures professionnelles qui développent actuellement le Jrock en Europe ont été montées par des fans. Si vous voulez d’autres styles de musique, vous savez ce qu’il vous reste à faire…].


En parlant de ces nouveaux producteurs et labels français/européens (GAN-SHIN / JVStore / JAPAN VIBES, Soundlicious, No Sphere, J-Music Distribution, Nanimato…), en tant que représentants de la presse, comment s’organisent vos relations avec eux ? Même question par rapport aux professionnels japonais (artistes, éditeurs, etc.), est-ce que vous pouvez travailler directement avec eux ?

Jon (JAPAN VIBES) : JAPAN VIBES / JVStore / GAN-SHIN France [NDLR : cas particulier puisqu’à la fois presse, éditeur et producteur] est le prestataire des groupes en France. Nous sommes directement en liaison avec la maison mère au Japon et les labels nous mettent en relation avec les managers et les artistes. Ça se passe plus ou moins bien, les Japonais étant un peu plus pointilleux que les Français sur pas mal de petites choses qui peuvent nous sembler futiles ou inutiles. Une fois qu’on s’habitue à leur méthode de travail, ce n’est pas insurmontable. Dans l’ensemble, ça se passe plutôt bien. Ils sont très pointilleux sur les copyrights, vérifier "qui parle d’eux", "qui dit quoi"… Ils sont motivés à l’idée de s’exporter et font donc pas mal d’effort en conséquent. Si un magazine généraliste comme Rock One veut faire un CD sample avec une musique de tel ou tel groupe, il laisseront généralement sans problème une piste d’un de leurs albums.

Christophe (COYOTE & rock sound) : En tant que pigiste, je travaille directement avec JVStore, Soundlicious ou d’autres structures françaises qui distribuent ou font la promo des artistes japonais dans notre pays. Au niveau rock, on voit vraiment la différence par rapport aux artistes anglo-saxons ou aux labels indépendants : la manière de travailler n’est pas la même, les Japonais sont beaucoup plus pointilleux par l’intermédiaire de leur représentants en France. C’est un peu plus difficile pour nous d’obtenir des interviews. Il y a aussi la barrière de la langue évidemment : quand on fait une interview par mail, il faut d’abord qu’elle soit traduite en japonais, puis la réponse traduite en français… C’est toujours plus long et compliqué. Contrairement aux artistes anglo-saxons, on n’a pas non plus de journées promo avec le groupe qui vient se tenir à disposition des média pendant une journée, deux mois avant la sortie d’un album ; et qui reviennent deux mois après pour un concert… Heureusement qu’il y a un travail effectué par les labels et les structures de distribution françaises pour nous faciliter les choses.

Eric (Orient-Extrême) : Les remarques précédentes concernant surtout la scène rock, je parlerai donc de la situation pour les autres genres, en particulier la Jpop dont la promo et la distribution sont quasi inexistantes actuellement en Europe (ne parlons même pas de la musique des autres pays…). On est donc un peu obligé de se débrouiller par nous-mêmes. Les Japonais s’intéressent petit à petit à ce qui se passe chez nous, mais on attend encore d’avoir des relais qui faciliterait les contacts avec eux. Eventuellement, il va falloir contacter directement les professionnels nippons. On y travaille. Pour l’instant, les Japonais sont dans leur coin à nous observer, et nous, on est un peu isolés en France.
En ce qui concerne le travail avec les labels en France, ça se passe plutôt bien, ils sont en général ouverts et savent que le web est l’un des média les plus populaires et les plus utilisés en Europe pour s’informer sur l’actualité asian music [NDLR : la presse web est souvent dénigrée au profit de la presse papier, ce qui n’est pas le cas avec la majorité des structures françaises dans ce secteur]. Avec la plupart d’entre eux, la communication est facile, on peut accéder assez facilement aux événements et négocier des interviews (en fonction des consignes voire des demandes/exigences des Japonais). Les labels et producteurs sont donc dans l’ensemble plutôt coopératifs. On regrette quand même que certains labels soient très passifs au niveau de la diffusion des informations ou de l’envoi de CD presse, alors que d’autres sont au contraire très actifs [NDLR : et voient donc régulièrement leurs produits chroniqués dans nos pages]. Il arrive aussi que les critiques négatives ne pas plaisent pas…… [NDLR : remarque qui fait sourire ou rire certains dans la salle] Mais bon, on fait avec, on se débrouille… On reste honnête avec nous même et donc avec les lecteurs.

Reyep (JaME) : On a peut-être plus de difficultés à travailler avec les Européens qu’avec les Japonais dans la mesure où il s’agit souvent ici de petites structures et de petites équipes qui n’ont pas forcément la possibilité d’avoir une personne à plein temps pour s’occuper des relations presse. Comme le disait Eric, les envois presse ne suivent pas toujours… J’imagine qu’ils vont maintenant remédier à ça… [rires] De toutes façons, tout le monde se connaît et il y a toujours moyen d’accéder à une information, un CD ou un concert…


Jusqu’ici, on a beaucoup parlé du Japon, la musique japonaise ayant bénéficié de la vague manga, mais on voit petit à petit l'émergence de la musique coréenne, et beaucoup plus loin derrière, de la musique chinoise, taiwanaise... Peu d'entre vous en parlent. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Jérome (AZIUP) : La musique asiatique en France est surtout représentée par la musique japonaise. On sait aussi que pour les asiatiques, le marché à conquérir, c’est le Japon. C’est donc LE marché incontournable. La musique que nous importons du Japon correspond avant tout à une vision du Japon, arrivée et construite à partir des mangas, des animés…
Je suis persuadé que la musique asiatique (Chine, Corée, Taïwan…) ne pourra pas fonctionner en France au-delà d’un certain seuil tant que la communauté asiatique elle-même n’aura pas fait son coming out médiatique, comme l’ont fait les communautés black ou beurre (dans la chanson, la publicité, la télé, le cinéma…). La musique asiatique n’arrivera pas à s’implanter auprès du grand public si elle ne correspond pas à une réalité sociale.

Eric (Orient-Extrême) : La musique japonaise profite de l’engouement populaire pour le manga, le cinéma… Alors que la musique des autres pays concerne surtout les communautés implantées au niveau des grandes villes, la région parisienne tout particulièrement. Ça représente du monde mais les lecteurs sont apparemment beaucoup moins nombreux. En résumé, le Japon (et petit à petit la Corée) touche un grand nombre de gens d’origines différentes, alors que la musique du reste de l’Asie ne touche que les communautés asiatiques.


Entre vous, y a-t-il de la concurrence et si oui, comment est-ce que cela se matérialise ? Inversement, est-ce qu’il y a des coopérations ? (On voit des noms de rédacteurs communs dans certains magazines).

Eric (Orient-Extrême) : On essaie tout simplement de faire notre travail le mieux possible, mieux que le voisin de préférence [rires du public], mais sans se mettre de bâton dans les roues. Du côté des webzines, il y a une bonne ambiance, comme vous pouvez le voir aux concerts. On essaie de faire du mieux possible sans se gêner les uns les autres. Je trouve que cette saine concurrence est une bonne chose pour que chacun puisse se développer.

Jérome (AZIUP) : En ce qui nous concerne, je pense plutôt que nous sommes complémentaires. Nos sujets, autres que japonais, sont encore rarement traités dans les autres média dédiés à l’Asie.
Faits rarissimes, il arrive cependant que certaines démarches soient mal prises par des gens un peu intégristes qui pensent avoir les clés de tout le secteur. On sent parfois chez ces personnes l’impression que le phénomène "Asie" actuel existe grâce à eux, que "ça leur appartient". Et ils nous voient comme des concurrents.

Reyep (JaME) : Oui, il y a de la concurrence, mais elle est avant tout bénéfique. A ma connaissance, on n’a pas encore vu deux média s’affronter jusqu’à ce que l’un des deux tombe à terre. Ça se passe plutôt bien dans l’ensemble même s’il peut y avoir des accrochages occasionnels.
Notre rédactrice en chef (Tanja) écrit de temps en temps dans JAPAN VIBES. Pour moi, ce n’est pas du tout choquant. Il y a une complémentarité entre nous (webzine) et le papier.
La pluralité des média induit plusieurs points de vue différents et c’est toujours intéressant pour la communauté.

Jon (JAPAN VIBES) : Il y a bien une concurrence entre les magazines sur un même support. Nous et JaME, on a des rédacteurs en commun et des collaborations parce que JaME est un support web et nous un support papier. Nous serions deux magazines papier, ça ne se passerait pas comme ça [rires]. Il y a de la concurrence entre magazines papier, mais il y en a aussi entre sites web, à mon avis…
La concurrence, ce n’est pas plus mal, ça motive les troupes et plus on en parle, plus ça permettra au mouvement de s’amplifier. Après, du côté des magazines, les mauvais jarretteront et les meilleurs continueront.

Christophe (COYOTE & rock sound) : Je ne suis pas assez impliqué dans COYOTE. Je travaille de façon extérieure à l’équipe et je ne peux donc pas vous dire s’il y a réellement concurrence entre COYOTE et JAPAN VIBES par exemple. Ces magazines sont avant tout faits par des fans et, à mon avis, pas spécialement pour l’argent. Ils défendent ce qu’ils aiment, que ce soit au niveau de la musique ou du manga.
On tombe un peu toujours sur les mêmes sujets, mais tant qu’on reste à peu près complémentaires et tant qu’il y a suffisamment de public pour faire vivre tout le monde (magazines et webzines), tout va bien.




Comment voyez-vous le futur d'un point de vue "venue d'artistes" et "disponibilité de CD/DVD asiatiques" en France ?

Jon (JAPAN VIBES) : Comment on le voit ? C’est une chose. Comment on peut l’annoncer ? C’en est une autre [rires]. Il y a des artistes qui sont en train d’être travaillés. On ne pourra pas en parler tout de suite, mais il y de "gros artistes" prévus pour 2007 qui sont à confirmer.
La scène rock est déjà bien développée par tout le monde. En dehors du rock, il faut maintenant travailler par "offres". Il y a eu quelques expériences comme Akino Araï et KOKIA qui ont plutôt bien marché. Après, il faut voir la machine qu’il y a derrière : ces artistes sont amenés par des indépendants, avec édition de CD par des professionnels… C’est un peu complexe… Quoiqu’il en soit, la Jpop n’aura pas un potentiel important si elle n’est pas poussée par la vague manga.
Nous sommes en train de travailler sur des artistes qui ne sont a priori pas liés au manga. On ne peut pas encore annoncer de concerts, mais il est certain que le paysage musical n’est pas bloqué et va évoluer en 2007.

Reyep (JaME) : Je suis assez content de ce qu’il se passe actuellement en Europe. Le mouvement a débuté en France puis s’est étendu en Allemagne, puis plus tard à la Finlande et la Suède, etc. Maintenant, on voit aussi des concerts arriver en Espagne et en Italie. On ne peut que se féliciter de voir l’ensemble de l’Europe considéré par les labels.
Pour ce qui est du futur, le Jrock n’a pas trop de soucis à se faire. En ce qui concerne les autres genres, les grosses surprises pourraient éventuellement venir de gros labels comme SONY ou avex qui se réveillent et pourraient se lancer dans la course. D’autres labels vont aussi se créer, ça s’est certain. Il y aura ensuite des rivalités, comme au niveau des mangas.

Jérome (AZIUP) : Nous avons rencontré l’année dernière le responsable du catalogue international de Mercury en France. Il était à deux doigts de lancer Utada Hikaru avec son album Exodus. Il ne l’a pas fait car il a d’abord observé son lancement en Angleterre, qui s’est révélé être un échec [NDLR : tout comme aux USA, quelques mois plus tôt]. Selon ses dires, nous aurions eu droit à une sortie médiatique avec des volumes "importants", le catalogue international de Mercury n’étant de toute façon composé que de grosses licences.
Pour ce qui est des autres pays, la Thaïlande fait ses premiers concerts à Paris en ce moment. Il y a eu Loso, très grand rocker Thaïlandais, qui est venu donner deux concerts. La semaine dernière, il y a eu le mini festival Bangkok Forever avec Futon, l’un des grands groupes électro rock de Bangkok monté par un ancien membre du groupe trip hop Suede. Autre chose à confirmer : une boite de production de concerts va essayer de faire venir le Taïwanais Jay Chou l’année prochaine. Enfin ça, c’est du double ou triple guillemet…

Eric (Orient-Extrême) : On s’attend donc à une évolution pour le futur proche, mais les réactions sont difficiles à prévoir. Si on sort des CD pop, les "consommateurs" qui ont toujours téléchargé changeront-ils leurs habitudes pour acheter des CD ? Ce n’est pas gagné du tout… Il serait intéressant de tester la musique asiatique dans des micro-événements un peu plus spectaculaires que des bornes d’écoute dans des conventions. Il faudrait proposer des journées-tests dédiées dans les grandes surfaces culturelles, c’est-à-dire des lieux avec une grande visibilité en particulier auprès du grand public. Si on pouvait diffuser des clips Jmusic sur les écrans LCD et Plasma d’une FNAC pendant une journée ou un week-end, ça pourrait être une expérience très intéressante pour voir les réactions du public.
Jérome d’AZIUP parlait d’Utada Hikaru et de son album Exodus. C’était peut-être le seul CD disponible au niveau des droits pour Mercury, mais ce n’était vraiment pas le meilleur pour Utada Hikaru… Il faudrait peut-être que les Japonais (ou leurs relais) consultent un peu les Européens avant de lancer n’importe quoi [NDE : entre commercialiser dans l’incertitude totale un mauvais CD et répondre à une demande, certes ciblée, en distribuant ses excellentes productions japonaises… mon choix serait vite fait].

Reyep (JaME) : Exodus n’est en effet pas son meilleur… D’un autre côté, on ne peut pas comparer ce que peut faire un label, certes important comme Mercury, et un très gros label japonais comme avex qui se mettrait à pousser à fond un artiste et ne se contenterait pas d’une promotion classique pour un artiste japonais en espérant une retombée.

Jérome (AZIUP) : C’est un débat qui a animé la petite communauté il y a quelque temps. Ce qu’a fait Utada au Japon est quand même bien plus significatif. Je pense que la façon dont elle a été lancée aux USA n’est pas si bête que ça. Pour une artiste étrangère comme elle, ce n’est pas facile de s’implanter dans le secteur pop au niveau d’un grand public qui mange de la variét’ et qui n’est pas forcément très ouvert. Pas mal de fans ont critiqué le fait qu’elle soit préalablement sortie via des remix sur singles et du clubbing. Mais les cas de tubes de dancefloor qui montent au grand public et se popularisent ne sont pas rares. A mon sens, c’était donc une stratégie comme une autre, intéressante. Utada Hikaru a été nominée à la Winter Miami Conference qui est le grand rassemblement house et électronique international… Même si elle a peut-être été pistonnée… Cette stratégie était valable.

Christophe (COYOTE & rock sound) : Le Jrock a moins de soucis à se faire que la Jpop ou l’électro. Il y a de plus en plus de concerts à Paris, en Province et en Europe. J’ai l’impression que ça va se développer de plus en plus et on voit que l’engouement monte dans l’ensemble du monde rock. Rock One a par exemple sorti un numéro spécial Jrock, rock sound est partenaire de la tournée d’adieu de kagerou… Même si ça reste centré sur les artistes les mieux diffusés en France, les journaux rock français ont vraiment bien intégré cette musique. Maintenant, il faut voir si les artistes japonais vont stagner à ce niveau de popularité ou vont parvenir à rentrer dans un succès un peu plus mainstream, à dépasser les 10000 ventes et à à faire des scores dignes de Rammstein et Marilyn Manson… Il y a toujours la barrière de la langue et le côté un peu plus extrême de la musique qui n’est pas forcément accessible par un plus large public. Au niveau du rock, je pense qu’il y a de belles choses qui s’annoncent.


Question à destination de l’unique distributeur représenté à cette conférence : que faites-vous pour lutter contre les contrefaçons venant de Hong-Kong et de Taiwan ? On trouve encore, notamment en convention, des CD contrefaits de Dir en grey, de MUCC ou de Gackt à moins de 10 euros. Allez-vous intenter des actions pour faire fermer les stands et magasins, ou faire de "l’éducation" à plus long terme comme en Angleterre ?

Jon (JAPAN VIBES) :
Nous sommes exposants aussi mais nous ne pouvons concrètement rien faire contre d’autres stands qui vendent ces produits. Tout ce que l’on peut faire, c’est vendre des CD originaux et les consommateurs verront éventuellement la différence de qualité. On a déjà eu des mots avec divers distributeurs qui importaient des CD contrefaits, mais de là à entamer des procédures… C’est beaucoup plus compliqué que cela en a l’air. Les organisateurs de salon stipulent pourtant bien dans toutes les closes qu’il est interdit de vendre des produits pirates. Ce problème existe donc réellement mais n’est pas facilement à résoudre. Honnêtement, en animation, c’est beaucoup plus facile à régler qu’en musique. Evidemment, ça nous embête un peu de voir des CD deux ou trois fois moins chers prés de nos versions françaises. C’est à nous de sortir de bons produits et, en parlant d’éducation, c’est au consommateur d’acheter ceux-ci. Comment savoir lequel est le vrai ? C’est toujours le plus cher ! [rires]

Reyep (JaME) : Les média peuvent participer à informer sur ce sujet. On remarque que certains revendeurs, notamment des petites boutiques de Province, distribuent des produits contrefaits sans le savoir, en toute bonne foi. On est en train de monter un dossier pour expliquer aux gens comment reconnaître les vrais des faux, où on peut trouver les vrais, qui sont les vrais labels, etc. Ensuite, c’est au distributeur de prendre les mesures qui s’imposent. D’un autre coté, le marché est sûrement trop petit pour susciter l’intérêt pour des réactions d’ordre répressif ou pénal.

Jérome (AZIUP) : Je vais vous donner mon opinion personnelle. Le piratage, ce n’est pas bien… et la contrefaçon, ce n’est pas top non plus… Après, il ne faut pas oublier que ce secteur (et le fait que les gens écoutent de la musique asiatique) existe grâce à internet et à tous les échanges qui ont tout à coup été rendus possibles. La musique asiatique est d’abord passée par le net. Je ne dis pas que le fait d’acheter une copie taiwanaise (une petite dizaine d’euros) est une bonne chose, mais avouez que les imports japonais à trente euros peuvent être difficilement accessibles. Acheter un officiel, ça représente une certaine somme… Le fait d’acheter des copies montre qu’il y a déjà une volonté de consommer, d’avoir le disque même si ce n’est pas le vrai. C’est, en soi, déjà une démarche vis-à-vis du mp3. Dans le négatif, il y a une part de positif aussi. C’est ça qu’il faut aussi retenir : les gens ont envie d’acheter le disque, il y a un marché.

Reyep (JaME) : Tant que les CD originaux ne seront pas disponibles en nombre suffisant, ceux-ci se fonderont dans la masse et les gens se rabattront sur les pirates. Je mettrais toutefois un bémol au niveau du problème téléchargements/pirates : je pense que la personne qui télécharge pourra encore "sauver son âme" en allant acheter le vrai CD ; alors que quelqu’un qui achète le produit contrefait n’en est pas forcément conscient. On a souvent des gens qui nous écrivent en expliquant qu’ils viennent d’apprendre qu’ils ont acheté un faux. C’est pour cela d’ailleurs qu’on prépare le dossier évoqué tout à l’heure.
Selon moi, c’est donc plus grave d’acheter du pirate car tout le monde est lésé : le consommateur, le producteur, l’artiste…


Suite à vos écrits, des lecteurs vont vouloir écouter un CD ou voir un DVD… Quelle est votre situation par rapport au fait que seule une infime partie de vos lecteurs va acheter le produit alors que tous les autres vont le télécharger illégalement ou se tourner vers un pirate ?

Les invités de la conférence prennent un air songeur…

Eric (Orient-Extrême) : Ce n’est pas facile comme question !...
Dans nos critiques, c’est très dur d’avoir une quelconque influence sur les comportements en ce qui concerne les albums ou les singles de base. Les critiques ont beaucoup plus d’impact en terme d’achat induit lorsqu’il s’agit de produits plus complets, comme par exemple des digipacks ou des box qui incluent des livrets, un t-shirt, etc. J’ai par exemple reçu des emails de lectrices qui ont acheté un coffret DVD suite à sa critique détaillée. Le produit était bon, le box luxueux… Il y avait des photos / cartes postales… Une bonne critique poussée de ce genre de produit développé induit des achats. Par contre, quand le consommateur n’a le choix qu’entre un CD tout simple et des mp3… on ne peut s’en remettre qu’à sa conscience.

Reyep (JaME) : Ce qui manque aujourd’hui, au-delà de la critique, c’est l’accès à des extraits ou à des clips. Bref, l’accès légal à des extraits sonores ou vidéo, que ce soit sur des sites internet, à la radio… Ça a déjà été fait sur MTV, j’ai été agréablement surpris cet été en tombant par hasard sur des clips de D’espairsRay ou de kagerou. C’est donc ça qui manque car une critique reste une opinion personnelle, et ça reste de la lecture qui ne remplacera jamais l’audio. Il faut développer cet aspect sur internet. Il y a eu d’autres initiatives intéressantes, par exemple chez Rock One, telles que la diffusion de musique via les CD samples qui accompagnent les magazines. Ce sont vraiment des choses à développer.

Jérome (AZIUP) : En ce qui concerne les musiques non japonaises : coréenne, chinoise, thaïlandaise… Le problème est plus grand puisque aucun disque n’est distribué en France. Un disque de ces pays coûte de 3 à 10 euros par correspondance sur internet… Si quelqu’un en veut, ce n’est donc pas si inabordable.
Pour le moment il s’agit pour les média de faire découvrir et de susciter l’intérêt pour une scène musicale. Comment, où et à quel prix se procurer les CD ? C’est une question qui commence à se poser, mais la priorité reste de faire découvrir les artistes et de susciter l’intérêt des lecteurs.




On a vu récemment la Jasrac, sorte de SACEM japonaise, obliger le site internet Youtube à retirer 30000 vidéos concernant des artistes nippons (clips, etc.) de ses serveurs. Qu’en pensez-vous ? Les artistes japonais n’y perdent-ils pas une visibilité internationale importante ?

Jon (JAPAN VIBES) : C’est une tendance très japonaise en ce moment, qui ne concerne pas que la musique. Ils sont devenus aussi méticuleux en animation. Quand ils voient que quelque chose a tendance à bien marcher au-delà de leurs frontières, ils deviennent très rigoureux. Le fait qu’ils aient demandé le retrait de ces vidéos vient en parallèle à l’expansion du mouvement. Ils se rendent compte de l’engouement croissant pour la Jmusic dans le monde. Supprimer ces vidéos n’est pas forcément bon pour leur promotion, mais ils font sûrement cela pour inciter les gens à acheter, je ne vois pas d’autre raison.

Reyep (JaME) : Je pense que ce problème ne touche pas uniquement le Japon. C’est vraiment une mentalité qui touche les majors en général, qui ont encore du mal à appréhender ce que sera le futur, notamment au niveau de l’économie sur internet. Ils ne savent pas encore vraiment comment intégrer ce média dans leur développement, c’est pour cela qu’ils sont en phase de répression, que ce soit les Japonais, les Européens ou d’autres. Bien malin sera celui qui pourra prédire l’avenir sur le net.


Puisqu’ils font supprimer ces vidéos sur les sites gratuits et mondialement connus, alors qu’ils continuent de diffuser ces clips sur leur site officiel, n’est-ce pas pour s’octroyer le monopole de la diffusion ?

Jon (JAPAN VIBES) : Les droits leur appartiennent et c’est eux qui choisissent qui a le droit de diffuser et qui ne l’a pas. Diffuser des clips uniquement sur son site officiel est un choix qui leur appartient.
On peut payer des gens à surfer sur le net pour traquer les webmasters récalcitrants mais le vrai problème vient des structures (parfois industrielles) qui copient les produits et les revendent. S’attaquer à eux, les trouver… C’est autre chose et à un autre niveau…


La presse concernée parle beaucoup de la musique nipponne et les dires, essentiellement tournés vers le Japon lors de cette conférence, en sont un témoignage. Pourquoi parler si peu des autres pays ? Plus généralement, comment choisissez-vous les sujets de vos articles ?

Eric (Orient-Extrême) : Certains des magazines présents ici sont "spécialisés Japon". En ce qui nous concerne, le choix des sujets se fait selon différents critères dont les principaux seraient :
- Coller à l’actualité asiatique, en particulier aux sorties / sujets les plus marquants mais aussi ceux qui intéressent le plus les lecteurs français. A titre d’exemple, on ne pouvait pas passer à côté du nouvel album d’Utada Hikaru (ULTRA BLUE) sorti cette année après quatre ans d’attente.
- Nous essayons de couvrir également du mieux possible l’actualité française au niveau événementiel, et aussi au niveau des sorties CD/DVD (on favorise le traitement des produits qui nous sont envoyés par les services presse des labels/distributeurs).
- Il est évidemment très important de répondre aux demandes et aux attentes du lectorat. On va préférer faire un article qui passionnera des milliers de personnes plutôt qu’un autre qui en intéressera une cinquantaine. On peut se permettre ce genre de sujets occasionnellement, c’est toujours intéressant, mais ils ne sont –a priori- pas prioritaires, sauf coups de cœur particuliers.
Un paramètre vient moduler ces critères de choix : le fait que nous soyons une association. Par conséquent, notre staff travaille pour Orient-Extrême durant son temps libre, en dehors d’une activité principale (travail, études…). Si nous étions tous salariés à plein temps sur ce projet, le contenu d’Orient-Extrême serait autrement plus complet, fourni et diversifié.
Suite à tout cela, vous comprendrez donc que la scène japonaise domine dans nos pages, suivie de la Corée…

Jérome (AZIUP) : On fonctionne par coups de cœur avec par exemple, dans notre nouveau numéro, un dossier consacré au rock coréen (avec Jaurim, cherry filter, Yoon Do Hyun Band…).

Remerciements : G.A.M.E. in Paris qui a accueilli cette conférence, les intervenants et la présentatrice Wendy.
Photos : Alice Barthélemy

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