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D'espairsRay : reportage sur le concert du 16 novembre 2006 à Paris

Dans le cadre de sa grande tournée européenne 2006, le groupe de rock gothique D’espairsRay met le feu à la Locomotive ce jeudi 16 novembre à Paris, quelques jours après leur passage à Strasbourg. En deux ans, Izumi (chant), Karyu (guitare), Zero (basse) et Tsukasa (batterie) sont devenus des habitués de la scène française et offrent ce soir-là à leurs fans fidèles un concert rondement mené, rythmé et dénué du moindre temps mort, avec une setlist nettement plus variée que celle du Coupling Tour avec kagerou. Les titres sont piochés dans tout leur répertoire, de Gemini à Sexual Beast en passant par BORN et [Coll:Set], avec un inédit en bonus. La grande satisfaction est aussi et surtout de voir un groupe professionnel dans son attitude sur scène, assurant le show du début à la fin, de façon plus engagée et percutante que lors du double concert de l’an dernier où les quatre ténébreux semblaient un peu fatigués et coincés sur l’étroite scène du Trabendo. Récit d’une soirée fusionnelle entre un groupe gothique chic au charme ravageur et à la sombre identité de plus en plus affirmée, et son public de Maniacs (surnom que D’espairsRay donne à ses fans) chaud(e)s comme la braise.



C’est sous une pluie légère mais persistante que les heureux possesseurs d’une place pour le concert de D’espairsRay font la queue de longues heures, tout proche de l’énorme car allemand aux vitres teintées affrété pour la tournée et garé juste en face de la Locomotive. Bien que la balance ne soit pas terminée, la salle ouvre ses portes pile à l’heure… sous la pression du Moulin Rouge dont l’entrée se trouve obstruée par une horde de visualeux, signe révélateur du nombre important de spectateurs, environ 600 personnes. A l’intérieur : nouvelle queue improvisée. Lorsque le rideau de velours qui sépare les fans de la salle principale s’ouvre, on assiste à une véritable ruée dans l’escalier, sous les yeux d’un videur submergé qui n’a plus qu’à se maintenir d’aplomb au milieu et à contre-courant du tsunami humain… presque 100% féminin ! En France, on n’a pas connu pareille hystérie pour un groupe japonais depuis Dir en grey à L’Olympia : des filles dégringolent des marches, bousculées ou piétinées, leur robe parfois coincée sous les semelles de leurs poursuivant(e)s…

A la surprise générale et comme le confirme la présence de deux batteries sur scène, nous avons droit une première partie de trente minutes assurée par les Allemands de LIMBOGOTT. Contrairement aux concerts de Dir en grey (malgré la bonne prestation de ETHS) ou de deadman (avec les soporifiques Violet Stigmata), le public accueille chaleureusement et énergiquement cette mise en bouche, pourtant donnée par un groupe quasi-inconnu. Leur metal électronique et industriel, accompagné d’un visuel sanguinolent pour les deux chanteurs, permet à la foule de s’échauffer physiquement et vocalement. Après une prestation honorable et appréciée, LIMBOGOTT laisse rapidement place à D’espairsRay pour une heure et trente minutes de folie furieuse. Un show à la hauteur de toutes les espérances !



Les premières notes de la chanson d’ouverture sont immédiatement accompagnées des cris de la foule. Ces derniers redoublent d’intensité et les bras s’agitent lorsque Tsukasa arrive sur scène, suivi par Karyu, Zero puis Izumi. On ne peut alors qu’admirer le look mi-gothique mi-dandy du groupe, aux vêtements et coiffures raffinées. Les D’espairsRay ne font pas que du bon metal, ce sont aussi de vrais poseurs. Le groupe commence très fort avec Grudge, une chanson très rythmée de l’album [Coll:Set]. Le bassiste Zero, très en forme, défie directement le public en sautant comme un beau diable avec sa basse. Il multiplie les sourires malicieux et les petits clins d’œil discrets à destination des (d’une ?) filles sur sa droite tout au long du concert. On sent qu’Izumi chauffe sa voix au début de la chanson pour retrouver rapidement son niveau. Le son est plutôt bien réglé, bien que ronflant et saturé sur les côtés de la salle, et son chant ressort très distinctement. Le batteur Tsukasa assure de son côté un jeu percutant et spectaculaire (merci à ses longues tresses colorées) tout au long du show. Quant à Karyu, dans l’ensemble plutôt sobre, il commence à headbanguer dès les premiers riffs un peu pêchus. Si le groupe à l’air en forme, le public tout bras levés n’est pas en reste et saute en rythme en chantant sur les refrains. D’espairsRay enchaîne directement avec l’excellent et puissant BORN, sans nous laisser le temps de souffler. On a le plaisir de voir Zero et Karyu échanger leur place sur cette chanson, chose qu’ils feront régulièrement tout au long du concert et qui avait tant manqué au Trabendo avec kagerou. Zero et Karyu s’y étaient avérés beaucoup plus statiques et n’avaient navigué sur la scène que pour la dernière chanson. La fin du morceau est accueillie par une avalanche d’applaudissements et de cris, et nous avons droit à notre première petite pause. Le concert vient de commencer sur les chapeaux de roues. Point de gros débordement dans la fosse cependant, la folie est contrôlée et les pogos plutôt gentillets. Aux abords de la scène, les fangirls (et un fanboy déchaîné aux mains baladeuses !…) s’en donnent pourtant à cœur joie.



Deux petites minutes dans la pénombre puis le groupe revient dans la lumière avec Infection, titre en anglais qui permet au public de s’époumoner, accompagnant Izumi dans sa complainte désespérée. Cela pousse d’ailleurs le chanteur à tendre le micro aux fans, mais les Français sont timides et ne se lancent pas tout de suite. Viennent ensuite Dears et In vain, deux autres titres de l’album [Coll:Set] que les fans hystériques connaissent par cœur. Karyu, Zero et Izumi haranguent la foule comme jamais, passant outre les enceintes pour se rapprocher de leur public, l’entraînant dans le tumulte en sautant et headbanguant à tout va. Les lumières se tamisent alors pour Reddish, l’un des morceaux phare de la discographie du groupe, et les projecteurs se mettent à illuminer deux boules à facette pour une ambiance colorée féerique : la Loco plongée dans l’obscurité scintille, comme envahie de milliers de lucioles clignotantes. C’est la folie dans la fosse et ça se bouscule sans condescendance. Karyu, qui a revêtu un chapeau haut de forme rouge s’accordant magnifiquement avec sa guitare rouge sang, en devient sublime avec son air dégingandé. Il pose ensuite son chapeau sur le micro de Zero. Ce dernier observe la scène d’un œil sceptique avant de décider de s’approprier l’objet en question et de frimer avec devant ses groupies béates d’admiration… Le bassiste des D’espairsRay est un décidément un poseur de première. Reddish sera suivi de Closer to Ideal puis Kogoeru yoru ni saita hana tiré de leur tout dernier maxi single du même nom.

Après une petite pause salvatrice, D’espairsRay interprète magistralement Yami ni furu kiseki, l’une de leurs plus belles chansons, issue le mini album BORN. Le public se calme et écoute presque religieusement ce morceau torturé et désillusionné. L’atmosphère est un peu brisée par la difficile évacuation d’une spectatrice, que la sécurité peine à atteindre à cause d’un véritable labyrinthe de barrières (une conséquence des précédentes casses dues à la furie des fangirls enragées en Europe ?). La pause qui suit sera du coup plus silencieuse que les précédentes. Abel to Cain est la chanson explosive idéale pour renvoyer les fans dans un abîme de perdition et c’est exactement ce qu’il se passe. Le public s’embrase d’un coup, répondant avec force à l’appel du groupe. Zero et Karyu reviennent sur le devant de la scène, Tsukasa reste concentré sur sa batterie tout en zieutant un peu partout et Izumi pousse sur sa voix. Il arrive aussi à faire chanter le public sur une phrase entière : "chijou ni maiorita shiroi hane wa mou fuminijare kegareta". Devant un tel succès, il réitère l’opération plusieurs fois pour notre plus grand plaisir. D’espairsRay continue sur sa lancée avec PIG, Garnet qui fait aussi beaucoup chanter le public, et enfin la dernière chanson Forbidden qui est accueillie à grand renfort de hurlements. Le public fait preuve d’une énergie sans faille jusqu’à la dernière note jouée par Karyu. Si D’espairsRay n’a pas fait beaucoup d’effort pour communiquer en français ou en anglais avec le public, ils se sont rattrapés par leur gestuelle très significative et leurs échanges tactiles avec les premiers rangs (certaines mains se sont d’ailleurs aventurées bien loin…). Zero joue de son charme et les médiators qu’il envoie dans la foule créent à chaque fois des mini émeutes, probablement parce qu’il les embrasse amoureusement avant de les jeter en pâture… On voit aussi Tsukasa tirer la langue avec une sensualité et une espièglerie exacerbées avant de lancer ses baguettes. Karyu et Izumi se contentent de se balader sur le devant de la scène pour dire au revoir. Zero lui s’amuse enfin à vider sa bouteille d’eau en la recrachant sur son parterre de fans toutes mouillées (…), la bouche grande ouverte pour ne pas en perdre une goutte…



D’espairsRay part sous les applaudissements mais les lumières ne se rallument pas. L’éclairage restant met en valeur la batterie de Tsukasa et le logo de la tournée qui décore la scène. Le public reprend son souffle quelques minutes mais ne tarde pas à rappeler les stars de la soirée. Les sifflements se font de plus en plus pressants, les noms des membres criés à la volée, puis les fans finissent par taper du pied et à scander "DesRay" en rythme. Le groupe ne nous fait pas attendre plus longtemps. Après des remerciements, Izumi annonce en anglais qu’ils vont interpréter une nouvelle chanson dont le titre restera couvert par les hurlements. Le morceau, plutôt doux tout en gardant des parties un peu plus rythmées, possède un beau refrain. La séduction était de mise et le public très attentif a bien applaudi cet inédit. Examen réussi. Ravi, D’espairsRay joue ensuite MAZE qui permet à tout le monde de se déchaîner une dernière fois avant Tatoeba kimi ga shinda ra. Nous avons alors droit à une deuxième cérémonie de séparation qui s’attarde un peu plus que la précédente. C’est Zero, très amusé, qui reste le plus longtemps, ne se lassant pas d’arroser ses fans avec sa technique si particulière… On est un peu frustré par la fin du show qu’on aurait aimé encore plus long, mais en même temps, on est heureux d’avoir partagé un excellent moment. Le stand goodies (aux prix standards) est rapidement dévalisé avant que les videurs de la Loco ne mettent tout le monde dehors sans laisser le temps de souffler.

D’espairsRay a confirmé son statut de groupe idolâtré avec un professionnalisme que l’on espère définitivement acquis. Izumi, Karyu, Tsukasa et Zero ont certes joué devant un public déjà conquis, mais ont néanmoins su maintenir la pression et l’excitation tout au long d’un show très humain, sans fioriture. Toutes les attentes ont été comblées et quelques Maniacs qui les ont attendus à la sortie vers 23h15 ont même eu la chance de leur serrer la main et de leur demander une rapide dédicace avant qu’ils ne montent dans leur bus. Les membres du groupe se sont pliés avec gentillesse et bonne volonté à ces petites requêtes. "DesRay" est en train de devenir une valeur sûre de la scène rock japonaise en France, et leur marge de progression vers le public rock généraliste est réelle. A peine le concert fini que l’on attend déjà le prochain avec impatience !

Gwenaelle Durand





Setlist :
01 - Grudge
02 - BORN
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03 - Infection
04 - Dears
05 - in vain
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06 - Reddish ~DIVA version~
07 - Closer to Ideal
08 - KOGOERU YORU NI SAITA HANA
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09 - YAMI NI FURU KISEKI
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10 - Abel to Cain
11 - PIG
12 - Garnet
13 - Forbidden

Encore :
14 - "new song"
15 - MAZE
16 - Tatoeba kimi ga shinda ra


Le site officiel de D’espairsRay : www.despairsray.jp
Le site officiel de LIMBOGOTT : www.limbogott.de
Remerciements : GAN-SHIN FRANCE et JVStore
Photos : Eric Oudelet
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