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Merry : interview et reportage sur le concert à la Maroquinerie le 3 décembre 2006

Cela fait déjà quelques années que leurs camarades et compatriotes nous font le plaisir d’étendre leur tournée jusqu’à nos contrées lointaines, mais les cinq Japonais de Merry continuaient gentiment de se faire désirer… Leur premier album major nu cheminal rethoric était bien sorti dans l’hexagone en 2005, mais le groupe n’a été sollicité qu’en cette fin 2006, avec la sortie européenne de leur deuxième album major PEEP SHOW, pour venir nous faire une première démonstration de leur talent en live ce 3 décembre.



Entre tibias écrasés et mollets tripotés

La Maroquinerie se remplit lentement mais très sûrement ; ce soir, la salle parisienne d’une capacité d’environ 500 personnes est quasi pleine. Dans la fosse, on joue déjà des coudes pour s’assurer une place devant le chouchou, alors que les "chanceux" du premier rang commence doucement à s’inquiéter pour leur santé… Il n’y a en effet aucune barrière pour empêcher les genoux de venir se plier contre le rebord d’une scène très basse. Les lumières s’évanouissent, l’intro de PEEP SHOW agite la foule et, comme prévu, l’arrivée du groupe de rock jazzy est sans appel pour les tibias condamnés des fans de la première ligne, totalement écrasés contre la scène.



Comme sur l’album à l’honneur ce soir, c’est Kyôsô Carnival qui emboîte la note à l’intro, puis Sentimental new pop finit de désinhiber le public du soir, qui ne se retient plus d’agiter les bras dans tous les sens, de remuer la tête, quitte à se fracasser contre le voisin, et de tripoter allègrement les jambes des Japonais collés sur le devant de la scène en permanence. Merry est parti pour jouer la totalité de PEEP SHOW, (à l’exception étrange de Bluecat), mais n’oublie pas de taper au passage dans le reste de sa discographie : de Violent harenchi (issu de leur tout premier single), à haikarasan ga tooru (2001) en passant par FREAKS A GO GO, dernière piste d’un des singles 2006 (Ringo to uso). Le public français a ainsi le bonheur de découvrir PEEP SHOW en live mais aussi de se défouler sur les meilleurs morceaux de nu chemical rethoric et hurler sur quelques titres "indé". Ainsi, ça sautille sur les accords de guitare plaqués de Misemono Tengoko, et ça se dandine sur la basse ronronnante de Bara to katasumi no Blues. Le bourrinage des caisses claires sur Lost genaration nous donne à voir une magnifique démonstration de headbang général.

Cette setlist de rêve (n’ayons pas peur des mots !) est malheureusement desservie par un son surpuissant, trop fort (quasi assommant), avec une batterie ultra dominante. On n’entend pas forcement très bien le petit chanteur, Gara, qui s’égosille pourtant de toute son âme. Pour les premiers rangs, il est même parfois difficile de reconnaître les morceaux…



Un show de haute voltige

Si les trois musiciens à cordes font preuve d’une classe et d’un flegme remarquable dans ces conditions de frénésie généralisée, Gara et le batteur psychédélique Nero sont littéralement survoltés. Ce dernier est effrayant de maîtrise ; à regarder cet accro de la cymbale tambouriner hystériquement sa batterie, on jurerait qu’il a un ou deux bras de plus que le commun des mortels… Le batteur à crête rouge chante, hurle, micro où pas, gigote dans tous les sens à faire valser ses lunettes. Il joue debout, assis, debout, assis et quand il s’agit de hurler trois mots en français, il monte franchement sur son tabouret à moitié encastré dans sa batterie, et se penche vers la foule presque jusqu’à en perdre l’équilibre. On a du mal à décoller le regard de ce drôle d’énergumène, et on reste abruti d’admiration même quand il ne fait que se passer un coup de peigne entre deux morceaux…



Mais on est bien obligé de lâcher des yeux cette brute de la batterie, quand passe dans notre champ de vision un chanteur hirsute, tout sec, barbouillé d’encre, le micro à moitié dans le caleçon… Plutôt calme à regarder le plafond l’air perdu sur les premiers morceaux, Gara se déchaîne par la suite pendant tout le concert. Il gesticule dans tous les sens, parcours la scène de long en large, monte sur la petite table qui lui sert, selon l’envie, à faire le poirier ou à écrire des mots doux au pinceau à son public parisien. Il fait même une petite pause, affalé les fesses par dessus la tête, sur une des deux grosses baffles postées de chaque côté de la scène ; avant de se sauter dans la salle déchaînée pour aller se pendre par les pieds à l’armature qui tient les spots au plafond.



Ces quasi deux heures intenses nous auront mis sur les rotules, on compte d’ailleurs plusieurs blessés divers, preuve de l’engagement musclé du public. Que la mélodie soit douce ou incisive, le rythme est soutenu, et la salle, tout comme les Japonais sur la petite scène, est toujours prompte à sauter et à faire claquer les cheveux. D’ailleurs, un peu à l’étroit dans un si petit espace, Gara n’a mis que trente secondes pour écrabouiller les spots déposés au sol derrière lui… Au fil du concert, la foule extrêmement compacte dans la fosse a fini par glisser d’une grande fatigue (cette soirée était éprouvante) à un état second et euphorique, comme en transe. Chacun a ainsi reçu une soudaine poussée d’adrénaline pour une jouissance collective et fusionnelle illimitée… Fascinant à observer. Avec une setlist bien fournie qui passe en revue tous les titres de PEEP SHOW, sans oublier les grands morceaux passés du groupe (sauf peut être Yasashisa Kid qui manque à l’appel) et un show détonnant, les fans sont récompensés de leur patience et tous sont ressortis totalement satisfaits et ravis par ce concert exceptionnel. On espère juste qu’ils se feront moins désirer pour un hypothétique retour en France…

Lorraine Edwards





Setlist :
01 - Kyousou Carnival
02 - Sentimental New Pop
03 - Dekiai no Suisou
04 - PEEP HOLE 1
05 - Meisai no Shinshi
06 - Misemono Tengoku
07 - Kimatteru Taiyou
08 - PEEP HOLE 2
09 - Sayonara Rain
10 - Kousoubiru no Uede Last Dance
11 - Bara to Katasumi no Blues
12 - Refrain
13 - Kubutsuri Rondo
14 - Retro Future
15 - PLTC
16 - Lost Generation
17 - Japanese Modernist
18 - Nameless Night
19 - FREAKS A GO GO
20 - Mousou Rendez-Vous
Rappel :
21 - Ringo to Uso
22 - Madokara Nigeta Love Song
23 - BGM Wind
24 - Omoide Sunset
25 - Hi no Ataranai Basho
26 - T.O.P
27 - Violet Harenchi






L’interview de Merry

Vers 15h30, quelques heures avant le début du show, le chanteur et les deux guitaristes de Merry nous attendaient à la Maroquinerie pour clore la classique séance d’interviews. Gara était beaucoup plus expressif, amusé et enthousiaste que la veille. On aurait ainsi pu discuter longuement, mais le temps était compté…

Orient-extrême : Pouvez-vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs, et nous raconter comment s’est passé la formation de Merry ?

Gara : Je suis Gara, le chanteur, et… vas-y présente toi.
Yuu : Je suis Yuu, un des guitaristes et… C’est tout. [rires]
Kenichi : Je suis Kenichi, l’autre guitariste.
Gara : Maintenant, comment s’est formé Merry… Je venais de quitter mon groupe de l’époque et je voulais en former un nouveau. Quand j’ai rencontré les autres, j’ai vu qu’ils avaient tous une forte personnalité et… Merry est né ! En fait, je me suis dit qu’on pouvait sûrement faire quelque chose de bien ensemble. On a discuté un peu de ce futur groupe, on n’avait pas le but de devenir riche ou quoi que ce soit, c’était plutôt comme un rêve, un espoir.
Yuu : On a eu beaucoup de groupes avant Merry. Il n’y avait que Gara, notre chanteur, et Nero, notre batteur, qui jouaient dans un même groupe. Nous autres, on appartenait tous à des groupes différents. On s’est retrouvé sans formation à peu près au même moment, donc on s’est repérés, puis rassemblés pour former Merry.
Kenichi : Moi, je suis le dernier à avoir rejoint le groupe, mais je l’avais trouvé excellent et j’étais content. Et, comme l’a dit Gara, c’est la forte personnalité de chacun des membres qui est intéressante et…
Gara : Ouais, mais ça aurait pu être explosif ! En fait, ça aurait pu donner quelque chose de très différent. On n’aurait pu ne pas réussir à s’accorder et finalement faire nos trucs chacun dans notre coin… Mais non, on a réussi à former un groupe tout en gardant chacun notre indépendance et notre personnalité et créer un tout homogène. Heureusement !

Orient-Extrême : Et qu’est-ce qui a fait que, malgré ces fortes personnalités, vous ayez réussi à constituer un groupe homogène ?

Gara : On avait discuté d’un concept tous ensemble, mais ce qui fait qu’on est passé au dessus de tout ce qui pouvais entraver la formation de Merry, c’est simplement une "obligation" : il fallait que ce groupe soit le dernier. On n’avait tous eu plein de groupes avant, et celui-ci devait être le bon, et on devait continuer jusqu'au bout.

Orient-Extrême : C’est la première fois que vous venez en Europe ?

Gara : Oui, c’est même la première fois qu’on sort du Japon ! On n’avait même pas de passeport, on les a fait faire exprès pour cette tournée.

Orient-Extrême (étonné) : Et que pensez-vous de l’Europe et surtout de la France que vous découvrez ? Est-elle comme vous l’imaginiez ?

Yuu : Comme on n’était jamais venus en France, ou même à l’étranger, on n’en avait que l’image qu’on peut voir à la télé, dans les films. En général, on a plutôt eu une bonne impression, c’est bien de voir la réalité. En ce qui concerne le public européen, on ne savait pas du tout à quoi s’attendre, mais ça s’est très bien passé en Allemagne, le public était très énergique. Contrairement au Japon, tout le monde faisait n’importe quoi et on attend de voir se que ça donne ce soir, en France.
Gara : Pour ce qui est de Paris, dans les films on voit toujours une très belle ville avec des grandes avenues, des rues propres… Mais en fait, c’est pas vraiment ça ! Quand on est venu en voiture tout à l’heure, on a vu le quartier et ça fait plutôt miséreux ! Et en plus, il n’y a pas de combini [NDLR : magasin de proximité ouvert 24h/24 au Japon, où on trouve de tout] ! Ni de distributeur automatique !
Staff français : Il y a tout de même des distributeurs. Il y en a même un juste devant l’hôtel.
Gara : Oui, mais… comparé au japon, il n’y en a pas beaucoup !
[S’ensuit un long débat autour des distributeurs japonais et français…]

Orient-Extrême : Pour revenir sur le concert d’hier en Allemagne, est-ce que quelque chose vous a marqué ?

Yuu : Ce qui m’a marqué, ce sont les réactions du public, très naturelles. C’est vraiment différent du public japonais qui reste plutôt "froid". Avant-hier, on avait devant nous un public qui faisait n’importe quoi : même sur des morceaux calmes, les gens se donnaient à fond et même parfois pogotaient ! C’était marrant.

Orient-Extrême : Hier, vous avez rencontré 150 à 200 fans lors des dédicaces à la boutique JVStore [NDLR : certains membres de Merry ont été particulièrement réservés et peu expressifs, notamment Gara qui avait pourtant réclamé des bisous dans notre interview de novembre !]. Vous les avez trouvés différents de vos fans japonais ? Dans leurs réactions par exemple…

Yuu : La plus grande différence, c’est qu’ils demandent à ce qu’on les embrasse [NDLR : il ne fallait pas les chercher !]. Au Japon, ce n’est pas dans notre culture de faire la bise pour se saluer, mais on s’y est tout de même plié. C’était un peu gênant… [rires] Mais on était très contents, c’est flatteur !
Gara : D’un autre côté, tous les Français qui sont venus hier ont eux aussi fait l’effort de s’adapter à notre culture. Par exemple, ils avaient appris quelques mots japonais. Tout le monde nous disait "konbanwa", "onegai shimasu", "sayônara"… Je n’avais pas l’impression d’être si loin de chez moi. Il n’y a pas tant de distance entre nous et nos fans français.

Orient-Extrême : En lisant certaines interviews, il semble que vous créez vos chansons indépendamment les unes des autres. Est-ce le cas ? Ou est-ce que tous les titres d'un album sont composés comme un ensemble, selon un ou plusieurs concepts communs ?

Yuu
: Non, effectivement on compose les titres qui formeront ultérieurement un album indépendamment les uns des autres. Puis, au bout d’un moment, on a plusieurs "bouts" d’album et des morceaux importants s’ajoutent encore. On en parle, on dégage de ces essais les titres qu’on pense mettre dans le futur album, on fait des arrangements, etc.
Gara : Mais on n’attend pas d’avoir un "stock" de morceaux pour décider que tel jour, on va se réunir et en discuter… On fait tout au fur et à mesure que les titres nous viennent. Dès que l’un de nous a une idée, il en parle aux autres, et on l’exploite immédiatement, on travaille dessus…

Orient-Extrême : On pense aussi que vous avez peut-être changé votre manière de composer puisque le dernier album PEEP SHOW est plus varié que les précédents.

Yuu : En fait, ce n’est pas tant la manière de composer ou de construire notre album qui a changé, mais c’est plutôt le concept. On voulait que les chansons soient diverses et variées. La raison ? Avec PEEP SHOW, on souhaitait que l’auditeur puisse regarder Merry dans différentes situations, c’est-à-dire différents styles musicaux, comme si on risquait un œil au judas d’une porte. Les différents morceaux sont autant de petites pièces dans lesquelles l’auditeur peut lorgner "des Merry" différents. D’où le titre de l’album, PEEP SHOW.

Orient-Extrême : Suehiro Maruo a fait plusieurs de vos jaquettes de CD. Comment s'est passé votre rencontre avec lui ? Est-ce que c’était une de vos connaissances ?

Gara : Ce n’était pas du tout une de nos connaissances… Suehiro Maruo est un artiste au style "eroguro" (contraction de érotique et grotesque). Je suis un grand collectionneur d’objets de ce style. C’est pourquoi, quand nous avons décidé du concept de Merry à sa formation, après la décision de partir sur l’idée que nous serions un groupe eroguro, j’ai justement pensé que ce serait une bonne chose s’il dessinait une de nos jaquettes d’album. Alors j’ai pris mon courage à deux mains, j’ai cherché son adresse, puis je suis allé chez lui et je lui est demandé : "Est-ce que vous voulez bien dessiner pour moi ?" [Dit-il les mains jointes en se baissant bien bas]. Je me suis lancé, quoi ! Et il a accepté.

Orient-Extrême : Il connaissait déjà Merry ?

Gara : Non, pas du tout ! Je lui ai filé un CD, mais je sais même pas s’il l’a écouté… Je n’ai eu aucun retour de ce côté-là, en tous cas [rires] ! C’est un artiste très particulier. Je lui demandais une jaquette comme ci, comme ça ; et je me retrouvais avec quelque chose qui n’avait rien à voir ! Mais on a quand même réussi à travailler ensemble.

Orient-Extrême : Au sujet du single que vous allez sortir, calling, son titre est écrit d’une façon peu conventionnelle ("call" en katakana + "ing" en lettres romaines). Est-ce que vous avez voulu donner à ce mot un sens particulier ?

Gara : C’est le même sens qu’en anglais, "calling", mais on a voulu utiliser une écriture un peu originale.
Yuu : Oui, c’est calling, "c-a-l-l-i-n-g".
Gara: "Calling" un mot que tout le monde comprend au Japon, mais cette chanson aborde un thème complexe et profond. On a donc écrit le "calling" du titre, avec kooru en katakana et "ing" en alphabet latin pour interpeller les gens. C’est en quelque sorte pour qu’ils se rendent compte que le thème de cette chanson n’est pas si simple, tout comme cette façon d’écrire n’est pas conventionnelle.

Orient-Extrême : Et quel est ce thème ?

Gara : C’est un peu comme un requiem, à la base pour dire merci à tout le monde, mais… Récemment, quelqu'un qui m’était très cher est décédé… C’est donc surtout pour remercier cette personne. En fait, "Calling" est un appel, un appel aux gens qui me sont chers et à qui je veux dire merci.

Orient-Extrême : Enfin, avez-vous des projets à nous dévoiler pour 2007 ?

Gara (sourire en coin) : C’est top secret… Mais, je peux déjà dire que si les Européens nous réinvitent, on revient !




Interview réalisée par Lorraine Edwards et Eric Oudelet
Photos du concert : Eric Oudelet
Remerciements : GAN-SHIN France et JVStore
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