Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

EUTHANASIE : interview et reportage sur le concert du 8 décembre 2006 à Marseille

Quand on se retrouve à un concert d’EUTHANASIE, c’est un petit peu à l’aveuglette. On sait que c’est un groupe de "Digital NewWave" sans vraiment savoir ce que ça signifie, on a pu lire beaucoup de comparaisons à Depeche Mode, on a écouté leur discographie sans vraiment savoir ce que ça peut donner en live, on sait que leur univers est étrange, voire malsain, sans vraiment savoir ce que disent les paroles… Mais toutes ces interrogations s’envolent très vite, le groupe est déchaîné sur scène, Andro le chanteur, nous offre ses plus belles tenues "olé olé", Yoshiki (449) désormais au programming se change en prof d’aérobic et N@o à la guitare incarne la Grande Classe. C’est dire : le groupe est meilleur en live qu’en CD…

Vendredi 8 décembre 2006, 22h30 et des poussières, les pauvres bougres assis sur les fauteuils rouges du Trolleybus depuis 20h se réveillent soudainement quand Malakwa, première partie du concert, monte (enfin) sur scène. Le groupe joue de l’électro éclectique bien sympathique. Un chanteur à la voix rocailleuse, au T-shirt ensanglanté et au micro-poupée-vaudou-squelette-épouvantail, un bassiste aux cheveux longs qui le bouscule dans un élan "pogottique" incongru, une guitariste qui a un peu de mal avec son instrument… mais peu importe ! Ok, ça ressemble à de la musique de garage, mais ça fait bouger, et c’est le principal. Le ton est donné, le public est maintenant fin prêt à accueillir la "Cyber Romanesque Unit" comme il se doit.

Acclamations et applaudissements lorsque les trois membres d’EUTHANASIE entrent sur scène. Yoshiki installe son ordinateur à la hauteur de ses yeux, il arbore une magnifique coiffure à la Shuuji de Nobuta wo Produce (mais si… vous savez… la petite couette au dessus de la tête), sauf que là, Yoshiki a carrément la classe avec son haut en vinyle et ses plateformes. N@o quant à lui a opté pour un foulard résille qui lui couvre le nez et la bouche. Andro fait ses derniers réglages avec une veste arrivant jusqu’au genou, les collants résilles que l’on peut déjà apercevoir sous le manteau noir soulèvent au sein du public une question fondamentale : va-t-il oui ou non faire un strip-tease avant la fin de la soirée ?

Première disparition du groupe après les ultimes installations, on sent déjà qu’on va s’en prendre plein les yeux. Andro revient, sans la veste cette fois, et scintille fièrement dans sa première tenue de la soirée : un kimono noir ultra court et uber décolleté. Yoshiki qui avait l’air très posé la minute précédente semble déjà surexcité dès les premières notes. "Bonsoil Malseille !" lance Andro d’un air très sérieux. Et là, comme si on avait soudainement appuyé sur le bouton ON, les trois garçons passent en mode "fous à lier". Quoi de plus jouissif que l’alliance entre excellente musique et groupe déchaîné ?



Angel’s trumpet, un des titres les plus attendus car certainement le plus accessible de la discographie d’EUTHANASIE, débute le concert. Le public gigote, on sent qu’il attend du plus musclé et, juste comme si ces trois messieurs lisaient dans nos pensées, les chansons qui suivront ne nous laisseront aucun répit.

Yoshiki, increvable, commence sa séance de gym en s’accroupissant et se relevant au rythme de la musique. Là où certains auraient tenu trois secondes avant de s’écrouler, lui va tenir tout le concert. Andro est vraiment présent, agitant sa couette joyeusement, sautillant de droite à gauche, courant sur place sans jamais être essoufflé ; il chante avec une justesse impressionnante, avec le fameux petit plus par rapport à la version CD, celui que l’on recherche toujours en allant à un concert. N@o reste totalement placide, inexpressif certes mais au combien talentueux, l’homme machine a beaucoup de charisme.

Le seul débordement à noter des fans émoustillées serait sans doute les "Ai shiteru !" hurlés en réponse des "Je t’aime" qu’Andro et Yoshiki ont le soin de placer entre chaque morceau. Parce que Andro et Yoshiki, ils parlent très bien la France. Le chanteur sexy nous sert allégrement un "Je suis Andro" à chaque début de chanson, tandis que Yoshiki s’essaye à demander désespérément de l’aide. Pourquoi donc, vous demandez-vous ? Du haut de ses plateformes de 35 cm, monsieur Yoshiki dans un élan affectif vers son public a littéralement explosé un néon sur le bord de la scène ! Ayant du mal à expliquer la situation en anglais, il tend les restes de ce dernier à une fille du public en mimant quelqu’un qui balaie par terre. "Un balai ?" s’interroge-t-elle… "Ah ! Ok ! I need a … papari ?" s’exclame en réponse 449. Ceci n’est qu’un petit aperçu de ce que nous sert Yoshiki tout au long de la soirée. Quand Andro change de tenue dans les loges, Yoshiki se charge de l’animation ; ainsi goûtons-nous de son anglais japonisé à trois ou quatre reprises, entre autres pour s’excuser d’avoir tout explosé, pour nous inviter à acheter Queer Chronicle (leur dernier mini-album), pour encore s’excuser d’avoir tout explosé, et pour tenter de combler le vide avec des "Euuuuuh … Euuuuuh …" et les grimaces adéquates, en tournant en rond. On le pardonne, rien que parce qu’il était hilarant.

Une des chansons qui fait le plus d’effet en live est sans doute empire, dont les premières notes rappellent le cirque de notre enfance. Ce titre où la voix d’Andro pouvait sembler un peu faible en version studio, voit sa magie décuplée en live. Comme le disait le boss de Nanimato (l’organisateur de ce 1st European Tour) : quand on assiste à un concert d’EUTHANASIE, on pogotte pas, on danse.



Le début d’Enola Gay, tout le monde le connaît ; mais, mis à part ceux qui avaient entendu dire qu’ils l’avaient joué à Paris, on lit la surprise sur tous les visages. Andro se met à chanter ; et là, c’est l’illumination ! Cette chanson, venant pourtant d’Orchestra Manœuvre in the Dark, a sans doute été faite pour être jouée par EUTHANASIE. Lisez-donc l’interview à la suite de ce reportage pour en savoir un peu plus sur l’histoire de ce titre.

N’oublions pas de parler du défilé de mode que nous offre Andro tout au long du concert. Sa deuxième tenue est moins sexy que la première, plus longue, plus large, avec des fœtus blancs dessinés sur les longues manches noires. Son dernier costume tout en vinyle, histoire de s’accorder avec le haut de Yoshiki, est fendu jusqu’en haut de la jambe ; comme quoi, il y a matière à fantasmes pour ces mesdames (et messieurs, mais bon après tout cela ne nous regarde pas [NDLR : Hum hum… Reprends-toi, Aurélie…]). D’ailleurs, Yoshiki a bien compris qu’ouvrir et refermer son haut pour montrer son torse a son petit effet au sein de son auditoire alangui.

Lorsque Delusions a go go ! retentit enfin, le public pousse un cri unanime. Le titre rencontre un franc succès en live, et on comprend vite pourquoi. Yoshiki, qui confiera lors de l’interview que c’est la chanson qu’il préfère jouer sur scène, a l’air complètement hystérique : il rit, il tourne, il donne des coups de pieds en l’air, il se penche sur la barrière pour toucher les mains du public, revient derrière son ordinateur, puis saute sans prévenir dans la meute, complètement hilare, tandis qu’il prend son petit bain de foule quotidien, à grands renforts de mains baladeuses…

En parlant de bain de foule, Andro avait choisi trois personnes à Paris pour monter sur scène. A Marseille, le public décide de le faire tout seul ! Très vite, une vingtaine de personnes se retrouve aux côtés du groupe. Yoshiki est aux anges et vient se frotter à eux, serre des mains, danse, prend ses danseurs improvisés en photo… Nous observons lors de ce passage inopiné sur scène le magnifique fond d’écran de ce monsieur, une illustration "manga-style" représentant une jeune fille nue… Grillé. Mais un peu de sérieux, la fin est proche, il est temps de reprendre notre place initiale pour profiter des derniers instants.

Delusions a go go ! est à nouveau rejoué lors du deuxième rappel, parce que mine de rien, ce sont souvent les chansons les plus connues qui déchaînent les foules. Effet deux fois plus fulgurant que la première fois. Dernier déhanchement, dernier sourire, dernier salut, derniers applaudissements, ni une ni deux, direction les goodies. Trois CD pour 15 euros, ça ne se refuse pas, surtout quand on sait que le groupe accepte de donner quelques dédicaces dans les coulisses un peu après le show.



Que retenir de ce fameux concert dont tout le monde parlait ces temps-ci dans le milieu underground ? (C’est-à-dire pas tant de monde que ça, tous comptes faits) Agréable surprise, un groupe dynamique au jeu sans bémol, un véritable show malgré une scène minuscule, et un public entièrement conquis. De quoi convaincre les sceptiques et satisfaire les fans, ce concert ne laisse aucun arrière-goût désagréable de frustration, bien au contraire. A suivre, et surtout, à ne pas rater l’année prochaine.

Aurélie Mazzeo




Le lendemain après-midi, nous retrouvons un groupe à peine réveillé entre un lit gonflable et des Chocapic. Andro est malade (pluie et mistral, c’est fatal), N@o dort debout, mais Yoshiki semble bien tenir le coup… ses cheveux aussi d’ailleurs : il arbore une coiffure impeccable qui n’a nullement souffert de ses délires capillaires de la veille. Entre un éternuement et un bâillement, Orient-Extrême brandit son dictaphone pour une interview en anglais, puisque Yoshiki habite depuis plusieurs mois en Angleterre (voir l’interview réalisée avant la tournée).

Orient-Extrême : Alors, ce concert hier ?
Yoshiki : C’était vraiment, vraiment super. Avant-hier, on était à Bordeaux, c’était aussi fantastique ; mais hier, c’était… encore plus fantastique. Le public était génial…
Orient-Extrême : Normal, c’est parce qu’on était là [rires].
Yoshiki : Ouais, on a vraiment adoré.

Orient-Extrême : Vous avez du changer de nom en Allemagne et en Autriche…
Yoshiki : Oui, c’est parce qu’il a pas mal de problèmes en Allemagne et dans certains autres pays. On a préféré changer de nom pour éviter ces problèmes.
Orient-Extrême : Et qu’avez-vous choisi comme nom à la place ?
Yoshiki : En fait c’est juste la traduction en japonais.

Orient-Extrême : Ces temps-ci vous voyagez dans toute l’Europe, est-ce que ça correspond à l’image que vous vous en étiez faite ?
Yoshiki : Oui, fondamentalement, oui. La culture est intéressante. Mais chaque jour je suis surpris par quelque chose. C’est génial.
Orient-Extrême : Quel genre de surprises ?
Yoshiki : Surtout pour les paysages. Et puis la nourriture, et les mœurs.

Orient-Extrême : Vous avez fait quatre concerts en France maintenant : Lille, Paris, Bordeaux et Marseille. Lequel avez-vous préféré ?
Yoshiki : A mon avis, tous les membres d’EUTHANASIE pensent que le concert d’hier était le meilleur [Andro acquiesce]. Mais pour moi, celui de Bordeaux était aussi mémorable. On a beaucoup aimé chaque concert, en fait.

Orient-Extrême : Qu’avez-vous pensé du public européen ? [Yoshiki rit comme s’il attendait cette question] Quelle différence avec ce que vous avez vu au Japon ?
Yoshiki : C’est très différent. Mais d’un pays à un autre, c’est toujours différent. Par exemple en Angleterre, le public est très… [Yoshiki se tient droit, avec une expression du visage très neutre puis éclate de rire]. Le public est un peu coincé. En France, c’est plus … "bwaaaa" ! [Traduction : en France, on est plus motivé et expressif qu’en Angleterre]. En Autriche… [il tend ses bras vers l’avant et crie] "BWAAAA !" [Traduction : en Autriche, le public est déchaîné]. Oui c’est… [il repart en fou rire]… chaque pays est différent. En Italie, ils sont aussi plus agressifs.

Orient-Extrême : Hier à Marseille, et également à Paris, vous avez joué Enola Gay d’Orchestra Manœuvre in the Dark, pourquoi avoir choisi cette chanson ?
Yoshiki désigne Andro
Andro : A l’origine, ça vient de mon autre projet, AndroLaddie, qui a commencé il y a six mois au Japon. C’est AndroLaddie qui joue Enola Gay à chaque fois. On a décidé de la jouer uniquement en Europe, on ne joue pas Enola Gay au Japon.

Orient-Extrême : Quelle chanson préférez-vous jouer en concert ?
Yoshiki : Hum… J’aime jouer … Delusions a go go ! [rires] Oui, c’est vraiment celle que je préfère. Mais j’aime aussi Centripetal 25. J’adore la jouer aussi.
Orient-Extrême : Oui, on a bien vu que tu as adoré les jouer … [rires]

Orient-Extrême : Vous faites presque un concert par jour, comment faites-vous pour être aussi survoltés chaque soir ?
Yoshiki : J’adore être sur scène. C’est juste naturel ! Tout simplement, j’ai envie de rendre le public heureux.

Orient-Extrême : Vous avez donné une séance de dédicace à la Harajuku, la nouvelle boutique de mode japonaise punk/gothique à Paris. Avez-vous été surpris par les fans qui vous ont demandé une bise ?
Yoshiki : Oui, oui parfois !
Orient-Extrême : Vous avez acheté quelque chose là-bas ?
Yoshiki : … Non [rires]. Mais ! Mais j’ai bien aimé les Kitty version gothique.

Orient-Extrême : Si vous deviez vous rappeler d’un seul moment de toute la tournée, lequel ce serait ?
Yoshiki : Ouah… Seulement une chose ? La première fois, on a joué en Russie. On appréhendait parce qu’on ne savait pas combien il y allait avoir de gens, comment allait réagir le public. C’était très impressionnant. Mais ils nous ont acceptés, et ils étaient vraiment enthousiastes. Je pense que c’est ce qui m’a le plus impressionné.

Orient-Extrême : Andro, ton pseudo vient d’ "androgyne", et ton look est en effet très féminin, pourquoi avoir choisi de cultiver cette ambiguïté ?
Andro explique sa réponse en japonais à Yoshiki. On reconnaît le mot hentaï qui signifie pervers…
Orient-Extrême : Hentaï ?! [rires]
Yoshiki : C’est très naturel pour lui.
Orient-Extrême (à Andro) : Et tu t’habilles souvent avec des fringues aussi sexy ?
Andro : Parfois. Surtout quand on joue, et quand je vais à des soirées gothiques.

Orient-Extrême : Vous préférez les Japonaises ou les Européennes ?
Yoshiki (du tac au tac) :
Les Européennes ! [rires] Les Françaises ! Enfin, c’est mon opinion.

Orient-Extrême : Qu’est ce que vous rêveriez qu’une fan vous fasse ?…
Yoshiki me regarde avec de grands yeux avec un air faussement choqué…
Orient-Extrême : Comme cadeau par exemple ! [rires]
Yoshiki : Aaaah ! Ok, ok, ok ! La chose la plus importante… Je voudrais leur demander de juste profiter pleinement de nos concerts. C’est très important ("bely important"). Et comme cadeau… Plein de bisous [rires].

Orient-Extrême : Est-ce que le boss de Nanimato (l’organisateur de la tournée européenne) est sympa avec vous ?
L’intéressé regarde Yoshiki…
Yoshiki : Oui, il est "too much nice" (trop gentil). Vraiment trop gentil. Génial.

Orient-Extrême : Avez-vous quelque chose de secret à nous confier à propos des habitudes d’un des membres d’EUTHANASIE ?
Yoshiki rit puis explique la question à Andro en japonais.
Andro (en japonais) : C’est la question la plus difficile … Quelque chose de secret …
Yoshiki (après un temps de réflexion, il montre N@o) : Il aime beaucoup boire ! [Littéralement : "Il est extrêmement saoul". Il mime quelqu’un en train de boire et tombe en arrière sur le lit]. Mais ça tout le monde le sait, ce n’est pas un secret ! [rires]
Yoshiki et Andro reprennent leur conversation pendant quelques minutes.
Yoshiki (finalement) : C’est la question la plus difficile [en chuchotant]. C’est très dangereux [rires]. On a des secrets dangereux, on tient à garder notre image innocente [il mime un ange].

Orient-Extrême : Dernière question –le meilleur pour la fin- : menottes ou bain de roses ?
Yoshiki : ?
Yoshiki ne semble pas comprend le mot "menottes". Je fais le cobaye et on fait mine de me mettre des menottes. Il comprend, mais n’a pas l’air d’être sûr de la signification de tout cela…
Orient-Extrême : Tu sais, les policiers, ils ont des menottes.
Yoshiki : Aaah… [L’air de dire "C’est bien ce que j’avais compris…"]
Orient-Extrême : Ou bain de roses ?
Yoshiki : Bain de roses ? [il s’allonge sur le lit en s’appuyant sur un coude et fait comme s’il y avait des fleurs partout sur lui]. Un bain avec des roses dedans ?
Orient-Extrême : Oui, un truc plus romantique que les menottes, quoi.
Yoshiki : C’est pas possible, mais c’est quoi cette question !? [rires]
Andro : Les deux sont romantiques ! [il dit quelque chose à Yoshiki en japonais]
Yoshiki (en riant) : Il a dit qu’il aime aussi… [Yoshiki fait alors semblant de se mettre un bandeau sur les yeux] Et moi j’aime vraiment beaucoup hum… [il mime le fouet en criant "Woutich"]
Andro : Il est sadique.
Orient-Extrême : Je vois, je vois ! Okay, merci beaucoup !
Andro : Merci.
Yoshiki : Merci beaucoup !
N@o : *grunt*


Interview réalisée par Aurélie Mazzeo le 9 décembre 2006.
Le site officiel d’EUTHANASIE : http://antimass.cool.ne.jp
Remerciement : Nanimato et EUTHANASIE.
Photos du concert : Aurélie Mazzeo
Toute reproduction partielle ou totale du reportage, des l’interview et/ou des photos est strictement interdit.
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême