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kagerou : reportage sur leur concert d'adieux au BATACLAN le 17 décembre 2006

kagerou a annoncé sa séparation en septembre dernier. Cela fait maintenant trois mois que l'on peut lire sur leur site un message un peu sec qui fixe le moment fatidique de la rupture : janvier 2007. Les quatre Japonais ont été les premiers majors du visual kei à se donner la peine de faire le long voyage jusqu'en Europe pour satisfaire le caprice d'une poignée d'adeptes frustrés. Depuis, ils sont revenus chaque année jouer sur les scènes du vieux continent, et figurent parmi les favoris du (jeune) public français. Ils étaient donc très attendus pour leur dernière performance parisienne avant leur séparation.

Au lendemain d’une séance de dédicace réservée à 150 clients de JVStore, une longue file devant le BATACLAN serpente entre les cadavres de bouteilles et les sachets de chips éventrés, restes d'une froide nuit passée sur le trottoir à attendre les Japonais à l'affiche ce soir... Plus de mille personnes ont fait le déplacement en ce 17 décembre 2006 pour venir saluer le dernier live de kagerou en France. On note l’écrasante majorité d’adolescentes, au look souvent très soigné, du punk au gothic lolita. Les portes ouvrent à peu près à l'heure, et la cavalcade pour les précieuses places du premier rang commence.



Au BATACLAN, kagerou fait son entrée sur Eroa ; on distingue à peine leurs silhouettes sur la grande scène obscure, mais on hurle pour la forme, histoire de leur signaler qu'on attend d'eux un concert mémorable qui fera honneur à leurs sept ans de carrière. Le groupe commence tranquillement par leurs morceaux les plus récents : Lily, Baita no yu-utsu, puis shitsurentoiunano bojo. La salle fait une ovation polie à chaque fin de titres, mais on ne peut pas dire que ce soit l'hystérie… sauf au premier rang où un rush musclé du public fait craquer la barrière et la repousse d’une cinquantaine de centimètres, ce qui donne une suée au service de sécurité dorénavant acculé à la scène… Pour débuter, il est vrai que les morceaux de kurohata ne sont pas les plus adaptés au défoulement de jeunes en mal d'exercices, et le manque apparent de motivation des musiciens et du chanteur n'aide pas faire monter l'ambiance... Les quatre artistes n'ont jamais été très remuants en concert, mais parvenaient tout de même sans problème à faire fondre la foule en sueur, en larmes et en sang. Mais ce soir, et même si les images et surtout la vidéo qui illustrent cet article peuvent laisser penser le contraire, ils paraissent encore plus statiques, presque à se regarder dans le blanc des yeux. Le chanteur Daisuke passe la moitié de son temps à genou, caché derrière un vigile qui fait quatre fois sa largeur, pendant que KAZU gratouille sa basse. Il hoche la tête de temps à autre, fait quelques allers-retours sur scène… Il n’ose se lâcher timidement que sous l’œil de la caméra devant laquelle il prend des attitudes de poseur. Shizumi, planqué tout au fond derrière sa batterie, pourrait sembler absent s’il n’explosait pas de temps en temps par coups de folie, gratifiant les spectateurs des premiers rangs d’impressionnantes grimaces. Yuana, peu mis en valeur dans le sombre côté droit de la scène, essaie d'y mettre un peu de bonne volonté : il tournicote, sourit, jouera même un instant avec sa guitare derrière la tête ou avec les dents… mais rien à voir avec son entrain habituel. Le public, patient et acquis, attend le moment où ces messieurs daigneront mettre un peu de coeur à l'ouvrage.



3.2.1 et on pense être sauvé : rien de mieux qu'un bon vieux morceaux hargneux pour pousser les musiciens à donner un peu de leur personne et bousculer les vieillards de douze ans plantés au milieu de la salle, les mains dans les poches. Mais, même si les abords agités de la scène bouillonnent et font régulièrement des victimes, tout retombe très vite dans le reste de la grande salle et on reprend le cours pépère de ce concert à l'atmosphère étrange.

Un doigt pour la bouteille et on remballe

Daisuke se décide enfin à réveiller tout le monde et se lance dans son habituelle démonstration de la sexualité chez la bouteille. La petite "coquine" minérale va visiter le caleçon du jeune homme qui, pour la remercier de cette attention rafraîchissante, lui met deux doigts dans le goulot ! C'est charmant... et ça fait hurler la salle qui finit joyeusement arrosée par le crachat divin du sauvageon bridé. L'ambiance se réchauffe enfin, et le BATACLAN se lâche un peu. Il ne manque plus que quelques titres de Rakushuu, mieux connus dans nos contrées lointaines pour que la fosse entame les traditionnels pogos et slams, sans excès. Les premières lignes perdent encore plus de soldats, vite évacués par des vigiles bienveillants. Le quart d'heure ballades permet aux rescapés de souffler un peu et de se faire ravitailler en eau (les derniers litres restants) par les grands bonhommes désormais emballés dans des K-way rouges "anti-crachats de petit rockeur énervé".



Le BATACLAN est requinqué pour Hakanaki gekijou, morceau sympathique à la rengaine accrocheuse, parfait pour faire chanter le public. Et c'est Daisuke qui s'y colle, le micro tendu au dessus de la salle. Il tente de faire cracher quelques mots japonais à son public du soir, mais les débuts sont hésitants. Le chanteur simplifie alors l'affaire et c'est à coups de "lalala" qu'il arrive à tirer quelque chose de la bande d'ignorants qui lui fait timidement face. Pour la suite de son show, il préférera donc les chorégraphies de poignet : on tourne, on tourne et on assouplit... Après ce court instant de pseudo complicité avec le public, il plie bagage direction les coulisses... Les musiciens le suivent sagement, un coup d'œil rapide à la salle histoire de montrer qu'ils ont tout de même remarqué qu'elle était pleine aux trois quarts.



Le rappel commence par la dernière piste de kurohata, Kusattaumide oborekaketeiru bokuwosukuttekureta kimi, une ballade mignonne qui n'arrive pas à nous émouvoir malgré les circonstances plutôt propices à la larmichette. Daisuke décide alors d'aller léchouiller Yuana, résultats garantis chez les fangirls à l’imagination débordante, ça hurle et s'émoustille. Mais le vrai moment d'émotion commence avec Zetsubou ni Sayonara. Ce n'est pas qu'entendre Daisuke chanter avec des larmes dans la voix nous touche particulièrement, mais on est content de retrouver enfin un titre qui a fait les beaux concerts de kagerou. Fin du show quelconque et sans fioriture : le groupe évacue rapidement la scène, sans discours, sans folie, sans ruée ni saut dans la foule. On ramasse les filles en sanglots pour les ramener à leurs parents morts d’inquiétude sur le trottoir ; on panse les quelques blessés légèrement sanguinolents, direction la sortie où les extrapolations sur le coup de langue de Daisuke font fantasmer…



Bien que notre best-of vidéo, comme son nom l’indique, vous résume l’événement sous ses plus beaux atours, on regrette vraiment de voir kagerou quitter la scène après un show aussi bancal et impersonnel. Les musiciens n'ont pas mal joué, Daisuke, sans être dans un grand jour, n’a pas été mauvais, pourtant le concert est resté plat et mou. On s'attendait à un "au revoir" plus chaleureux, plus passionné même, mais le groupe est resté froid, distant, encore plus qu'à l'accoutumée. kagerou a survolé son concert sans jamais vraiment oser rentrer dedans, laissant une salle perplexe. On peut leur concéder qu'il est difficile de mettre du cœur dans quelque chose qui n'a plus d'avenir, mais un peu d'émotion n'aurait pas été de trop. Et la setlist, concentrée sur leur dernier opus kurohata (contrairement aux concerts japonais de cette ultime tournée), évinçant les grands standards du groupe, n'a pas aidé à faire réagir. Alors que quelques dizaines ou centaines de fans (transcendés par la fatigue, la bière et la chaleur) réussissaient à s’extasier un minimum, autour, chacun est resté dans son coin jusqu'au rappel, jusqu'à ce que le petit chanteur crie des "arigatô" les yeux mouillés, marquant ainsi la fin d’un "last live" vraiment laborieux.

Lorraine Edwards




Setlist (selon l’orthographe officielle du groupe) :
01 - Eroa
02 - Lily
03 - Baita no yu-utsu
04 - shitsurentoiunano bojo
05 - 3.2.1
06 - Rakka suru yume
07 - Aka no kyushoku
08 - Zecchou Spice
09 - Seisai to hangyaku
10 - Jyunkan kikei syoujyo A
11 - Rasen kubi
12 - Hikari no kage
13 - Setsudan Shittyôshô
14 - Shizumu sora
15 - Otiba to kimi to boku to
16 - Kogarashi
17 - Hakanaki gekijou
18 - Tonarimachi no Kanojo
19 - Morô epilogue
Rappels
20 - Kusattaumide oborekaketeiru bokuwosukuttekureta kimi
21 - Akatsuki
22 - Ichirin ha aoku
23 - Zetsubou ni sayonara



Remerciements : GAN-SHIN FRANCE et JVStore
Photos et vidéo : Eric Oudelet
Toute reproduction ou réutilisation du reportage, des photos et/ou de la vidéo est strictement interdite. Si vous ne parvenez pas à visionner notre best-of vidéo exclusif de kagerou au BATACLAN, télécharger le lecteur Flash 8.

A lire également : le reportage sur le COUPLING TOUR 2005 de kagerou et D’espairsRay (avec leurs interviews).
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