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Onmyouza : reportage sur le concert du 30 septembre 2005 à Paris

Complètement inconnu sur notre territoire malgré leur succès au Japon, Onmyouza a réussi à se faire une jolie réputation en l’espace d’une courte tournée européenne. Encore loin de la "célébrité" qu’ont acquise chez nous Dir en grey ou même Kagerou, le groupe a donné un concert le 30 septembre 2005 à Paris qui n’a rien à leur envier : une communion avec le public comme on en a rarement vu, de la puissance, de la technique, du charisme et un duo vocal brillant… Les absents ont vraiment eu tort ! Remercions Paris Visual Prod. sans qui nous serions passé à côté de ce groupe étonnant.


Tradition et originalité : l’union fait la force

Onmyouza se distingue immédiatement par deux aspects : un look et des costumes traditionnels issus de la période Heian (datant d’un millénaire), et Kuroneko, une chanteuse à la voix fascinante alliant force et clarté, comparable à Tarja du groupe finlandais Nightwish. Elle est accompagnée au chant par Matatabi, bassiste à la voix grave et puissante qui contraste avec les habituels chanteurs de visual-kei. Le metal produit par Onmyouza est très teinté heavy, ce qui a surpris et conquis les rares spectateurs de plus de 30 ans. Poussés par la curiosité jusqu’au Triptyque (la salle parisienne où s’est déroulé l’événement), ils sont aussi devenus des habitués de ces nouveaux rendez-vous j-rock. Encore sous le charme à la fin du live, ces "papys précoces" ont retrouvé avec Onmyouza un son proche des groupes mythiques des années 80, mais aussi une technique qu’ils jugent faible chez leurs prédécesseurs japonais découverts sur les autres scènes françaises. Les présentations étant faites, place au live…


Malgré le peu de spectateurs pressentis pour ce concert parisien, la queue commence à se former tout doucement dès 9h00 du matin. Vers 18h30, une heure avant l’ouverture des portes, plusieurs dizaines de personnes, un tout petit peu plus âgées que d’habitude et avec une parité homme/femme presque respectée, patientent en se protégeant tant bien que mal de la pluie. Ce sont finalement 300 spectateurs qui pénètrent avec un peu de retard dans les profondeurs du Triptyque. Cette salle, d’une capacité maximale de 450 personnes, a des allures de sombre cave inquiétante au fond de laquelle se trouve une toute petite scène, à peine surélevée d’une trentaine de centimètres, sans aucune barrière de sécurité (et au plafond si bas que Matatabi jaugera régulièrement la hauteur pour ne pas y éclater son point ou sa basse). Les quelques fans japonaises venues exprès pour la tournée se frayent un chemin jusqu’au premier rang, avec autant de discrétion que de détermination... Onmyouza entre en piste, et comme l’avait espéré Kuroneko durant la conférence de presse, les premiers éventails surgissent dans le public, calme pour le moment et impatient de découvrir le groupe en action.

"Par le pouvoir du metal ancestral !.."

En formation compacte sur une scène qu’on dirait assiégée, Onmyouza balaie en quelques secondes tous les doutes qui pouvaient persister dans l’esprit des spectateurs. Les musiciens en pleine forme jouent à la perfection. Le son délivré est puissant, les riffs précis, chaque note vient directement frapper les tympans avec une clarté saisissante. La balance a été parfaitement réalisée et chaque instrument s’exprime pleinement, de même pour les chants qui survolent avec brio chaque composition par leur grande pureté. Il s’agit peut-être du meilleur son à ce jour pour un concert de metal japonais en France ! Le public ne tarde pas à manifester son plaisir, enthousiasme communicatif qui se transmet instantanément au groupe. Sourires, signes de la main, mimiques, clins d’oeil… les musiciens multiplieront les échanges avec la foule, pour l’heure de plus en plus remuante. Déjà avancés aux deux extrémités, Maneki et Karukan les deux guitaristes n’hésitent pas à venir tout au bord de la scène lors des solos, véritables démos techniques sous les yeux d’un public époustouflé qui se sentirait presque acteur à part entière de ce live, tant la proximité est évidente. Ne parlons même pas de Matatabi et Kuroneko, toujours à portée de main d’un premier rang plus que chanceux. Hélas, un tel dispositif « sans filet » ne pouvait pas tenir toute la durée du concert. Après une petite demi-heure, la première grande vague humaine partie de l’arrière de la salle fait craquer le premier rang qui s’effondre à moitié sur la scène. Le matériel de sonorisation a permis d’éviter les chutes en servant d’appui, mais cela n’a semble-t-il pas été sans dommage puisque qu’un grésillement désagréable viendra ensuite agresser nos oreilles lors des pauses. Il sera complètement inaudible quand les instruments jouent, mais gênant pendant les nombreux talks. A partir de ce moment, quelques membres du staff français viennent servir de barrière humaine en s’interposant entre la scène et les spectateurs, en particulier un imposant représentant du service de sécurité… Cette véritable armoire à glace de deux mètres de haut vient se planter en plein milieu, obstruant complètement la vue imprenable qui était offerte. Il était déjà difficile pour les personnes un peu éloignées de voir les artistes, scène quasiment au ras du sol oblige… mais là, même l’avant du public n’y voit plus grand-chose… Un très très gros gâchis qui aurait été évité avec la présence de 3 ou 4 barrières standards. Vraiment dommage et pourtant tellement prévisible.

Ce seront finalement et heureusement les seuls points noirs de ce concert musicalement irréprochable (si on met de côté le fait que les belges avaient raflé presque tous les goodies en quantités limitées deux jours plus tôt). Onmyouza, apparemment libéré de toute appréhension, semble se lâcher complètement et exploite chaque centimètre carré de la scène : les musiciens viennent régulièrement tester la foule, Matatabi appuyé sur un retour de scène vient headbanguer en survolant presque une partie du public fouetté par ses longs cheveux. Kuroneko n’est pas bien grande à côté mais elle bouge constamment. Pleine d’énergie, elle saute sur place et multiplie les gestes amples avec vivacité et sourires irrésistibles. Si vous n’aviez jamais vu une diva trempée encore radieuse après un show exténuant, il ne fallait pas rater l’occasion. Tora le batteur est un peu masqué derrière son instrument, mais il participe lui aussi par son talent et son visage expressif. Il aura même son petit mot à dire ! D’ailleurs, jamais un groupe nippon n’a aussi bien établi un dialogue avec ses fans. Certes, les déclarations enflammées du chanteur en japonais amusent, mais les exclamations en anglais de Kuroneko, traductrice improvisée du groupe en plein concert, font vibrer l’auditoire ! Le groupe tente même quelques mots en français. Les éventails (judicieusement vendus à la boutique) seront agités en rythme avec la musique, sous la direction chorégraphique de la chanteuse épanouie. On n’aura pas droit à la petite danse "para-para" (avec les bras) mais Onmyouza fait chanter le public en liesse sur un de leur dernier titre. Les paroles en japonais sont reprises par la foule de façon "légèrement yahourtée", mais le cœur y est !

Communion et triomphe

Onmyouza aura interprété la plupart des morceaux phares pendant deux heures, y compris le générique de l’animé Basilisk, acclamé. Toutes les chansons n’ont pas autant touché, excité ou ému (on a noté quelques passages un peu confus et des chants un peu étouffés par la musique vers la fin), mais dans l’ensemble, le public est littéralement tombé sous le charme. Le groupe effectuera trois rappels, à chaque fois sous un tonnerre d’applaudissements dans un concert qui n’en finissait plus. Et d’ailleurs, qui aurait voulu mettre fin à une telle ambiance !? Les cinq artistes ont maintes fois remercié les spectateurs qui n’ont pas été avares en signes démonstratifs : cris, applaudissements nourris, plusieurs "ola"… Les héros de la soirée ont même été jusqu’à prendre un mini bain de foule sur toute la longueur de la scène lors du final, touchant et serrant le plus de mains possibles : incroyable pour le public qui pouvait tapoter amicalement le bras ou le dos d’artistes japonais si inaccessibles d’habitude.


Sans qu’on puisse s’y attendre, Onmyouza a offert à Paris un concert mémorable avec une qualité sonore remarquable. La joie de tous les acteurs de la soirée était immense, et comme en témoignent les yeux humides du grand Matatabi en fin de soirée, le groupe a été très ému d’un tel accueil pour son premier concert en France. La proximité avec la foule et le côté intimiste de l’événement ont permis de créer un lien très fort et une ambiance incroyable. Voulue ou pas, une telle configuration de salle sans barrière, c’était un peu jouer avec le feu et cela a irrémédiablement causé quelques désagréments : la scène trop basse et la barrière humaine improvisée au premier rang rendaient les musiciens très peu visibles pour une bonne partie du public. Conclusion : il fallait arriver tôt pour profiter au maximum d’un spectacle visuel et sonore inoubliable. Onmyouza reviendra, Kuroneko l’a promis avant de souhaiter à tous une bonne nuit en français : "We will be back !".

Eric Oudelet



Remerciements : Paris Visual Prod.
Site officiel du groupe : www.onmyo-za.net
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