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Les Romanesques à la soirée Maid in France, made in Japan : reportage et interview

L’Asian Bar, haut-lieu parisien de l’asianophilie upper-class trônant en plein milieu de l’imposante avenue George V, offrait à sa clientèle, en cette soirée Maid in France, made in Japan du 2 mars 2007, un spectacle attendu et insolite : une petite troupe de soubrettes nipponnes, authentifiées 100% originales, accompagne voire remplace les réguliers serveurs et serveuses de l’établissement. Ces "maids", véritable phénomène au Japon, exploitent le fantasme masculin du hamster anémique, pomponné, et (surtout) soumis… à la sauce française. Il ne restait à l’Asian plus grand-chose de l’ambigu qui habille les maids cafés nippons : tout juste de jolies jeunes filles se courbant à 90% et appelant le client "maître" dans un langage qu’une partie de la clientèle (moitié française, moitié japonaise) ne comprenait certainement pas.



Mais alors, était-ce cela, la soirée surnommée chafouinement Maid in France, made in Japan ? Des cocktails et des parodies de soubrettes ? Du tout… parce que les réels organisateurs de l’événement, le génial duo musical Les Romanesques, assuraient à partir de 23h le spectacle. Le chanteur, Romanesque Ishitobi, accompagné de sa patibulaire danseuse Romanesque Miyamae, étaient comme à leur habitude tous deux sapés comme chez Marie-Antoinette, les accoutrements excentriques provoquant déjà chez les non-initiés des rires incrédules. En un jouasse welcome prononcé dans un accent japonais déjà fameux, Ishitobi allume la boule à facettes du kitsch, fameux : un peu, déjà. Les Romanesques, qui écument depuis plusieurs années les salles françaises (dont un amphithéâtre de 1500 places bondé à JAPAN EXPO 2004, au CNIT), n’ont pas trop tardé à se faire remarquer des communautés nipponnes et nippophiles, leur caractère absolument barré ayant fini par payer. Pas des stars, mais des petites vedettes d’un milieu underground, jouant tout de même aux maîtres et maîtresse de cérémonie dans un bar situé à cinq minutes des Champs-Élysées. Et ils le valent bien : le live de leur titre culte J’ai 17 ans valait à lui seul le Bloody Mary.

Entre les frenchies tantôt amusés, tantôt écroulés, les groupies nipponnes tapant des mimines assises en tailleur, et les braves étrangers tentant de comprendre un traître mot du français chanté par Romanesque Ishitobi, Orient-Extrême se devait d’observer religieusement le spectacle d’une bonne demi-heure : l’interview du duo devait se faire tout de suite après…

Alexandre Martinazzo






INTERVIEW DES ROMANESQUES

Orient-Extrême : Comment ont commencé les Romanesques ?
Romanesque Ishitobi (surpris) : hééé !? "Comment ont commencé…
"

Orient-Extrême : Ou si vous préférez, POURQUOI les Romanesques ?
Romanesque Ishitobi (perplexe) : Hummm… C’est une bonne question…

Un groupe de Japonaises sort de l’Asian Bar, le temps pour Ishitobi d’expédier quelques "otsukaresama" du plus bel effet. Malheureusement, une fois le calme revenu, il n’a plus que moi vers qui se tourner, et replonge dans un silence à l’amertume glaçante. Devant son sourire contrit, on préfère mettre de côté la métaphysique

Orient-Extrême : Oui, j’aimerai savoir d’où vient ce trip, de quelle idée, de quel sentiment. Tout d’abord, est-il né au Japon ? Vous étiez au Japon quand ça a commencé ?
Romanesque Ishitobi : Au Japon, oui, tout à fait, j’y vivais à l’époque.

Orient-Extrême : Alors comment la France est-elle entrée dans votre vie ?
Romanesque Ishitobi : Eh bien, en fait, j’étais journaliste au Japon. J’étais très occupé… et évidemment, très fatigué. Alors, j’ai décidé de faire un break, et j’ai choisi la France comme voyage. Ça a donc été un peu… un hasard. Comme ça…

Orient-Extrême : En clair, tu t’es dit "la France, c’est un pays méta-cool, je vais faire mon délire ici
" ?
Romanesque Ishitobi : Héhéééé, oui ! J’ai pensé "la France, pays… d’amour, pays… oui, c’est ça, d’amour !".

Orient-Extrême : On est d’accord, amen. Mais cela n’a tout de même pas pu débarquer comme ça ?... Par exemple, dans votre spectacle, on note une certaine influence de… Lady Oscar !
Romanesque Ishitobi : Aaaah et oui, un peu ! Bien sûr.

Orient-Extrême : On pense à cela en voyant votre spectacle. On sent la France vue à travers l’imaginaire japonais. Ichiguchi Keiko, une mangaka qui vit en Italie et qui dessine tantôt des mangas historiques tantôt des shôjos, nous a dit qu’à cause de cela, avant de venir en France, elle pensait que toutes les françaises étaient lesbiennes !
Romanesque Ishitobi : Oui, oui ! J’avais un peu ce genre de sentiments, moi aussi. Je m’imaginais à un monde un peu… un peu chic, élégant.

Orient-Extrême : En découvrant le pays, vous avez été déçu ?
Romanesque Ishitobi : Déçu ? Eh bien… oui ! Parfois ! [rires]

Orient-Extrême : Vous aviez des affinités avec le "rococo style" [prononcé à l’anglaise], avant ça ?
Romanesque Ishitobi (interloqué) : … lokoko ?

Orient-Extrême : Baroque.
Romanesque Ishitobi : Ah, bien sûr. Mais pas le baroque classique. Ce qui me plaisait, c’était les versions comiques. Les parodies de baroque. Ce que je fais. Un peu de neo-visual kei, aussi, ça me plait bien.

Orient-Extrême : Mais alors, les Romanesques, c’est uniquement pour rire, ou bien doit-on y trouver autre chose ? Il y a, par exemple, des chansons mélancoliques et graves…
Romanesque Ishitobi : Il y en a, oui ; mais la plupart du temps, c’est pour faire rire. C’est du travestissement de pop-culture japonaise, un mélange de mangas, de cosplay, d’un peu tous les éléments de la sous-culture.

Orient-Extrême : Vous vous adressez donc à un public underground… ? Ou bien à un public large et pas forcément ciblé ?
Romanesque Ishitobi :
Sans hésitation, large, un public large !

Orient-Extrême : Le public français en premier, ou bien le public japonais ?
Romanesque Ishitobi : Français. Mais on a aussi un public japonais. On chante là-bas environ un mois par an.

Orient-Extrême : Vous y chantez vos chansons également en français ?
Romanesque Ishitobi : Nooon… en japonais, en japonais. En France, c’est en français, au Japon, c’est en japonais. On garde pour nos spectacles nippons quelques chansons françaises, mais très peu… de toute façon, on ne comprend rien.

On a alors une pensée émue pour les Japonais présents dans la salle durant le show de ce soir qui, en dépit d’une assemblée de frenchies pliés en deux, demeuraient aussi graves qu’une crise cardiaque

Orient-Extrême : Bien sûr, bien sûr [Romanesque Miyamae entre dans la conversation]. Alors, à quand de nouvelles grandes salles de 1000, 2000 personnes ? Ca vous retente, ça aussi ?
Romanesque Miyamae :
oui, bien sûr. Demain, on va au Divan du Monde ; le 23, on revient ici, à l’Asian…

Orient-Extrême (l’œil lubrique) : Il y aura encore les maids ?
Romanesque Ishitobi : Oui, évidemment ! [rires]

Orient-Extrême : J’ai entendu dire qu’il y a eu une exposition Romanesques à Paris.
Romanesque Ishitobi : Oui, en 2003. On y trouvait des figurines, des photos, des posters…

Orient-Extrême : Cela fait presque quatre ans… Depuis, plus rien ? Où peut-on vous trouver, régulièrement ? Ou au moins trouver vos CD ?
Ensemble : Eh bien tout d’abord, ici, une fois par mois… après, pour les CD… Junkudo [rires]… Avant, on utilisait notre site internet pour cela, mais à présent, c’est surtout trouvable à Junkudo(1)

Orient-Extrême : Quand on appuie sur "play", on sent des influences musicales françaises. Pouvez-vous en revendiquer quelques unes ?
Romanesque Ishitobi (après un temps de réflexion) : Claude François ! [rires] Des chanteurs des années 60… et 80 !

Orient-Extrême : Des années 80, aussi ?
Romanesque Ishitobi : Oui, ce gars, là… Jack, Jacky… euh… Dorothée !

Orient-Extrême (tétanisés) : Jacky du club Dorothée !?
Ensemble : Oui, oui.

Orient-Extrême : Vous connaissez l’émission, carrément ?
Romanesque Ishitobi : Oui. Dorothée, une fois, elle est venue nous voir, à un de nos concerts. Elle était avec Jacky…

Orient-Extrême : … Corbier, Patrick, Ariane, etc. ?
Romanesque Ishitobi : Non ! Juste Jacky. Les autres… je ne sais plus qui est qui. On connaît surtout Dorothée et Jacky.

Orient-Extrême : Oui… ce n’est pas surprenant. Jacky, c’est une méga-star. Il a son émission, etc. Nous, on kiffe Jacky.
Romanesque Ishitobi : Il est venu nous voir, je ne sais pas combien… Trois ou quatre fois peut-être !

Orient-Extrême : Jacky est un de vos réguliers… On en apprend, des choses. Donc, si l’on fait le bilan, vos influences, ce sont… Claude François… et Jacky [Les Romanesques acquiescent en éclatant de rire]. Et au Japon, alors ?
Romanesque Ishitobi :
Au Japon, moi, je suis assez fan de ces groupes de pop un peu ringards…

Orient-Extrême : Kawaii-pop ?
Romanesque Ishitobi : Non, non, pas de kawaii. Enfin, juste un peu. Plus des choses un peu… bizarres.

Orient-Extrême : Vous faîtes vous-même vos costumes ?
Romanesque Ishitobi : Oui, oui, c’est elle ! [pointant du doigt Miyamae] C’est elle, notre costumière.

Orient-Extrême : Miyamae, vous faites de très beaux costumes… C’est juste un hobby, ou bien vous les vendez aussi ?
Romanesque Miyamae : [rires] Oui, absolument, je les vends très cher ! 1000 euros la pièce. [re-rires]

Orient-Extrême : Vos influences de costumières, cela pourrait être… les mangas ?
Romanesque Miyamae :
Hummm… Oui, peut-être…
Romanesque Ishitobi : C’est surtout les drag-queens. Du Japon, de France, du Monde… ce maquillage, tout…

Orient-Extrême : A propos d’étrange, dernière question… pourquoi Nice (lieu de tournage du cultissime clip J’ai 17 ans) ?
Romanesque Ishitobi : Pourquoi ? Eh bien, euh… parce que c’est là qu’est né… le réalisateur, Alex Pilot !

Orient-Extrême : Ah, bon, d’accord, mais c’est très bien, hein… le décor, parfait. Digne de votre clip, et du reste de votre discographie… on aime beaucoup ce que vous faîtes… Romanesques, saiko(2) !
Les romanesques ensemble :
Arigatô !


Propos reccueillis par Alexandre Martinazzo et Arnaud Lambert.
Remerciements : Jean-Philippe Chameaux de l’Asian et le magazine gratuit Bonzour, co-organisateurs de l’événement.
Photos : Alexandre Martinazzo
Toute reproduction du reportage, de l'interview et/ou des photos est strictement interdite.

Notes :
(1) Junkudo est le nom de la célèbre librairie japonaise de Paris
(2) Terme exprimant, généralement dans une exclamation généreuse, le pied total, la jouissance éternelle, etc.

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