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Moon -Kana- European Tour : reportage sur le concert parisien du 24 février 2007 à la Locomotive

Le 24 février 2007, cinq mois à peine après son concert-karaoké au Glaz’Art, Kana se produit à nouveau à Paris. L’idole sweet lolita semble tombée sous le charme de notre lumineux pays connu pour ses châteaux, ses musées et ses sacs Vuitton… A la surprise générale, le groupe qui l’accompagne à la Locomotive (première étape de sa tournée européenne) se compose de trois musiciens français, trois gentils bad boys ténébreux au service d’une grande enfant habillée en poupée. Entre peluches de lapins poilues et costume de soubrette rose bonbon, entre hard rock et comptines pour enfants, bienvenue dans l’univers visuel et musical surréaliste et craquant de Kana.

Défilé de mode

Si à peine 200 à 250 spectateurs, adolescents pour la plupart, ont fait le déplacement -la proximité du précédent concert ayant dû pousser les moins fortunés à l’économie-, les fans costumées n’ont pas loupé le rendez-vous, photographiées sous toutes les coutures dans la file d’attente par les touristes du quartier Pigalle. Nombreuses sont également les peluches, pandas et autres animaux douillets, à escorter amoureusement les demoiselles… et la star de la soirée ! Kana, chanteuse, dessinatrice, styliste, mannequin, est plus qu’une simple adulescente, c’est un véritable personnage toonesque plongé dans un trip régressif halluciné, un trip un peu comparable à celui des soirées Gloubiboulga de la génération précédente, adapté ici à la musique rock et à la mode sweet lolita (l’équivalent glucosé des goth’ loli’). Kana, c’est un peu comme si votre petite cousine de cinq ans se mettait à faire du rock en mélangeant Chantal Goya et les visualeux de kagerou.



La petite salle située dans les profondeurs de la Loco accueille idéalement public et artistes, la chanteuse évidemment, précédée sur scène par son groupe dont la participation était annoncée et attendue. Que celui-ci soit composé de frenchies (Guillaume, Christophe et Marco, respectivement guitariste, bassiste et batteur) issus du milieu underground français constitue par contre une énorme surprise ! Avec leurs longs cheveux noirs et leurs baggys/t-shirts tout aussi sombres, le trio s’efface derrière Kana, couverte de tulle et de froufrous roses. La personnalité musicale des musiciens imprègne le concert : ils délivrent plus de puissance que les versions CD, et se lancent dans quelques solos techniques qui contrastent avec la simplicité désarmante des compositions (la palme du neuneu mélodique revient aux nouveaux titres en français…). Plus puissante, plus massive, cette orchestration live est aussi un peu plus "lourde" qu’au Glaz’Art (remarque qui concerne aussi le chant au rendu confus) et les puristes peuvent avoir quelques frustrations sur ce point. Kana est quant à elle fidèle à elle-même : une fille touchante toujours aussi timide, fragile voire gauche pour se présenter, qui devient magical girl hystérique quand résonne la musique.

Car Kana se transforme au cours du show, avec un effeuillage progressif gentiment émoustillant qui la mène jusqu’à un costume de lapin géant, avec les indispensables oreilles et le pompon collé aux fesses. La miss n’oublie pas de l’exhiber fièrement en soulevant sa jupe et en remuant son popotin. Dans un franponnais ou un japglish bafouillé, Kana, ou "Moon" puisque c’est le nom de scène qu’elle s’est choisi, échange régulièrement avec son public qui brandit la main avec deux doigts tendus en signe de ralliement (le signe du lapin ici, proche du "dix" de Moi dix Mois, ou plus généralement de la tête du diable dans le metal). La chanteuse le remercie avec une pluie de "meloussi", de multiples et attendrissants "je suis contente" avec le sourire jusqu’aux oreilles (ponctués d’un hochement de tête d’autosatisfaction pour s’être faite aussi bien comprendre, il en faut peu pour être heureux…), et descend quelques fois -un peu trop rarement peut-être par rapport au showcase- toucher les mains de ses fans aux anges.



Jeux de mains, jeux de gamins ! Pas de bras, pas de chocolat !

Une fois de plus, Kana lance le concert avec son très populaire Hebi Ichigo, chanson idéale pour enflammer la salle… et faire fuir les éventuels néophytes qui se seraient aventurés à la Loco en ayant des tympans trop sensibles aux cris stridents ! Ce très bon premier set rock, délicieux et amusant bazar vocal et musical, continue de plus belle avec Kabi, bruité à la bouche entre deux hurlements, et Uchuufuku. Maid sonne ensuite le début de la séance "parapara" : tout le monde est invité à mouliner des bras et des mains en rythme.

Pour remercier ses fans européens qui font l’effort d’apprendre ses chansons en japonais, Kana a spécialement préparé trois nouveaux titres : deux en français et un en anglais, aux paroles et inspirations aussi épatantes les unes que les autres. Après Maid et un petit striptease, nous découvrons donc Lapin, ballade punk rock infantile et incompréhensible avec un court passage en valse à trois temps. Du grand n’importe quoi, et donc immanquable pour tout fumeur d’oryctolagus cuniculus qui se respecte, même si le public est reste plutôt tiède à son écoute. On sera moins convaincu par chocolat, le deuxième joué plus loin dans la soirée, trop basique et inintéressant, même sous l’emprise de cacao concentré.



Le concert enchaîne les titres rock, toujours simplistes avec un chant criard, tel Papichan ou Kumo no doku. Au fur et à mesure, une certaine monotonie peut s’installer, les quelques (simili) ballades ne bénéficiant pas assez de légèreté instrumentale pour aérer la setlist un poil (de lapin) trop homogène. Les petits speechs permettent ponctuellement à Kana de démontrer ses micro-progrès dans la langue de Casimir. Elle nous a d’ailleurs avoué en interview avoir encore besoin d’un peu d’entraînement avant d’enregistrer ses nouvelles chansons françaises pour un prochain album (qu’elle aimerait voir distribué en France…). Après s’être faite offrir par un admirateur une grande peluche bleue appelée Zack, Kana présente ses propres créations (des lapins : Fanny, etc.), avec l’aide du public pour retrouver leurs noms oubliés ("Euuhh… Who are you ?" dit-elle à la bête albinos en costume rouge), sûrement sous le coup de l’émotion. Elle insiste sur le "c’est fait-main", est-ce pour justifier leurs prix moins attendrissants de 50/60 euros au stand goodies ? Le concert se poursuit notamment avec un titre dédié à Toraburuta (panda, ami et soutien d’enfance de son état), le grand classique Chimame… jusqu’au final : Hebi Ichigo et Papichan, tous deux rejoués car réclamés à grands cris. C’est ainsi que s’achève une bonne heure et demi passée dans une autre dimension, un voyage hallucinatoire à faire au moins une fois dans sa vie.

Si l’on émet des doutes sur l’intérêt de concerts aussi rapprochés pour les non-fans, bien que la chanteuse ait pioché dans toute sa discographie cette année, il ne fait aucun doute que l’univers artistique de Kana mérite d’être découvert. Un échappatoire en dehors de la réalité, au pays du rock’n’roll kawaii où vivent lapins costumés et pandas chantants, ça ne se refuse pas. N’en déplaise aux rabat-joie, les gamineries, on aime ça !

Eric Oudelet





Setlist :
-intro-
01 - Hebi Ichigo
-MC-
02 - Kabi
03 - Uchuufuku
04 - Maid
-MC-
05 - lapin
-MC-
06 - Papichan
-MC-
07 - Shisha
08 - moon wings
09 - Kumo no doku
-MC-
10 - Butokai
11 - Niku
12 - Kuuchuu buranko
13 - Tsuno
14 - Toraboruta
-MC-
15 - chocolat
16 - Meigurumi
17 - Chimame
-MC-
18 - Momo
- encore -
19 - Hebi Ichigo
20 - Papichan


A lire également : l’interview de Kana à la sortie du concert.

Remerciement :
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Photos : Eric Oudelet
Toute reproduction ou réutilisation des photos et/ou du reportage est strictement interdite.
Le site officiel de Kana : www.ref.co.jp/kana (avec de nombreuses photos de son voyage en Europe)
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