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MUCC IN EURO 2007 : interview et reportage sur le concert de Paris le 25 mars 2007

C’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons retrouvé MUCC à Paris, pour la troisième année consécutive à la Locomotive. Ce dimanche 25 mars, le quatuor japonais terminait alors la partie "oneman" de sa tournée européenne 2007 (qui comprenait un concert de 800 places soldout en trois heures à Helsinki) avant de partir en Allemagne pour quatre dates en coupling avec BALZAC. Pour être bien placés, certains fans français ont fait la queue dès la veille, en dormant devant la salle, alors que les portes ouvraient le lendemain à 16h. Après avoir liquidé la dernière douzaine de places, le concert affichait complet, ce qui n’était pas arrivé pour un groupe de Jrock à la Loco depuis la grande époque de Moi dix Mois. Les nouveaux adeptes du groupe ne sont pas passés inaperçus : le taux de testostérone à la hausse a entraîné une foule en délire, avec des pogos à gogo et des slams à tout va. Une évolution qui a chauffé MUCC à blanc. Retour sur un concert mémorable qui a privilégié le dernier album Gokusai, où spectateurs et groupe se sont mutuellement offert de très beaux souvenirs… en attendant le visionnage du nouveau clip tourné sur place avec tous les acteurs réunis !

Avant les stars, parlons du public composé équitablement de filles et de garçons conquis d’avance. Il a été incroyablement réactif, enjoué et énergique, surtout dans la fosse : une véritable marrée humaine, houleuse et indomptable. Il fallait rester vigilant pour ne pas se prendre une chaussure dans la face avec tous ces excités qui nageaient par-dessus la foule. MUCC n’a jamais reçu autant de cadeaux de la part des fans en France. Outre un petit mot passé au chanteur Tatsurô dès Gokusai par le premier slammeur de la soirée, les quatre Japonais ont pu récolter de nombreux sous-vêtements féminins, lancés tout au long du concert [NDLR : on ne dénoncera pas le membre du staff qui a discrètement caché un soutien-gorge dans la poche arrière de son jeans…]. Autre cadeau mignon : une petite peluche blanche s’est nichée au pied de la batterie de Satochi. Des lâchés de ballons ont coloré la salle mais ce n’est que pendant le rappel, sur Yasashii Uta, que Tatsurô, après avoir fait chanter la Locomotive dans son ensemble, osa enfin s’emparer de ces gentils perturbateurs pour les relancer à la foule après en avoir embrassé un avec fougue.



Le groupe a par contre été un peu décontenancé par l’intervention de Naomi, la poupée gonflable qui volait pendant Zetsubou (titre incontournable toujours joué en troisième position de setlist et dont les fans raffolent toujours autant). Cette intrusion d’un goût douteux (mais tout à fait dans le style du quartier…) a gêné une bonne partie de la fosse qui ne pouvait pas jumper en paix, et surtout le groupe incrédule face à ce jouet. Heureusement, MUCC a fini par se dérider complètement et a appris à s’amuser avec une population de slammeurs particulièrement vivace (Tatsurô et Miya étaient au début effrayés de voir tant de monde portés par le public jusqu’à eux, et reculaient inconsciemment dès qu’un spectateur posait le pied sur scène). Il faut dire qu’il y avait du spectacle jusque dans la fosse avec les pogos furieux qui animaient les chansons les plus puissantes, que ce soit sur Nageki no kane (rock effréné au refrain entêtant), Ryuusei (que Miya rend très mélodieuse) ou encore la détonante D.O.G. Bref, on peut être sûr que le public français, renforcé par une poignée de fans étrangers, a de nouveau surpris MUCC par son enthousiasme délirant et son énergie.

Et MUCC, qu’a-t-il offert à son public ? Bien évidemment un concert exceptionnel avec en prime quelques surprises. Le son était bon (quoiqu’un peu tassé et saturé à l’avant), réglé pendant deux bonnes heures lors de la balance. La judicieuse alternance de titres lents et rapides a permis à tout le monde de se régénérer régulièrement. Dans le feu de l’action, Tatsurô a établi un minimum de communication en anglais à coups de "Paris ! Are your fucking ready ?" et de "Are you ready to go crazy !?" sous une avalanche de cris passionnés. Transcendé par l’engouement manifesté, le chanteur de MUCC s’est lancé dans des chorégraphies plus élaborées et représentatives des messages du groupe, surtout sur Media no Juusei. YUKKE, le bassiste souvent timide et réservé, est sorti de sa coquille et s’est régulièrement aventuré sur le devant de la scène se faire caresser les mollets par les demoiselles en délire du premier rang. Il tourbillonne sur lui-même et s’offre quelques mouvements de headbang sur Kinsenka et Utagoe, deux titres plus pop. Satochi, fidèle au poste (trop peut-être, car toujours caché derrière sa batterie), a gardé la banane durant tout le concert, relançant même le public avec toute une série de "Merci ! Merci ! Merci !". Miya, spécialiste du headbang avec de nombreux sourires en bonus ce soir-là, nous gratifia quant à lui de son superbe solo de guitare (malgré une petite hésitation au milieu qui a dû faire grincer les oreilles habituées). Avec celui de YUKKE, il a mis ses fans en extase. Au fur et à mesure des concerts, on sent que MUCC se libère de plus en plus rapidement et expressivement.



Après plus d’une heure quasi-non stop de live jouissif, le groupe s’est retiré pour faire un break. L’éclairagiste Uno-san décida de casser la longue attente en jouant les Jacquouille la Fripouille : il rallumait et éteignait plusieurs fois les lumières, ce qui faisait rager d’impatience les spectateurs tassés de la Loco remplie à craquer. Ils ne se doutaient pas de la surprise que leur réservaient les Japonais…

Les quatre stars de la soirée ont fini par revenir sur scène, tous remaquillés, spécialement habillés (salopette de garagiste pour Tatsurô, uniforme d’étudiant pour YUKKE…), suivis d’une cohorte de caméramen (qui se sont aussitôt dispersés dans la salle) et accompagnés d’un guest en costume/Rayban : l’interprète et responsable de GAN-SHIN FRANCE. Alors que nous l’imaginions déjà chanter avec Tatsurô [NDLR : un moment d’anthologie que nous n’aurons finalement pas vécu], le chanteur de MUCC a pris solennellement la parole et déclara "We’ve got something for you…". Terriblement excités, les fans apprenaient alors dans un moment de pur bonheur apoplectique que MUCC allait tourner ici-même, à la Locomotive et avec le public français, le clip vidéo de son prochain single, Fright, qui sortira en mai 2007 au Japon. L’hystérie s’est alors emparée de la salle. Le public, à la fois fier et heureux, s’est mis à lever les bras, à hurler et à sauter à l’unisson. Quatre prises en playback (parfaite synchronisation et aucun droit à l’erreur obligent) ont fait explosé la salle de plaisir dans une communion incroyable. Tatsurô a même joué le caméraman durant la dernière prise, entièrement dédiée à la captation de la foule. Un peu comme un remerciement au groupe d’avoir choisi la France pour tourner son clip, les quatre membres se sont vus successivement ovationnés lors des pauses. C’est Miya qui a le plus amusé par sa réaction : totalement absorbé dans le réglage de sa guitare, il a soudainement tourné la tête, surpris par la clameur, avant de réaliser que ses fans scandaient son nom. Un sourire s’est lentement dessiné sur ses lèvres alors qu’il se penchait en avant pour saluer, dans un grand moment d’émotion.



Après une nouvelle pause, le concert s’est achevé sur quelques titres forts : l’explosif et populaire Daikirai, et Yasashii Uta dont le refrain résonne encore aujourd’hui dans les esprits.

MUCC à Paris est toujours un événement attendu par la communauté Jrock française. Leur musique évolue, glissant d’un univers sombre et torturé vers un style plus pop-rock, mais la qualité des albums et des prestations scéniques ne diminue pas. De plus, et bien que gagnant petit à petit une certaine célébrité, les quatre Japonais restent très accessibles, en témoigne cette "longue" séance de dédicace improvisée sur le trottoir à la sortie du concert, pour tous ceux qui ont eu la patience de les attendre (avec signatures pour tout le monde, et petits échanges en japonais ou anglais pour les bilingues). L’intérêt des Français pour le groupe s’intensifie, de nombreux media non spécialistes, tels que les chaînes de télévision Arte et Canal+, ont ainsi manifesté leur intérêt par la présence de leurs équipes. MUCC semble aimer notre pays, le groupe se démène pour nous offrir des shows toujours plus marquants… Effort récompensé par un public de plus en plus nombreux, éclectique et connaisseur. Une histoire d’amour se profile à l’horizon, et elle est bien partie pour durer ! Prochain rendez-vous en 2008 à l’Elysée Montmartre ?

Gwenaelle Durand


Setlist du concert :
01 - Gokusai
02 - Nageki no kane
03 - Zetsubô
04 - Media no Juusei
05 - Saishû Reisha
06 - Rojiura boku to kimi e
07 - Shadan
08 - Gekkou
09 - Panorama
10 - D.O.G
11 - Insuto 25ji no yuutsu
-SE-
12 - Ryuusei
13 - Libra
14 - Utagoe
15 - Bôzenjishitsu
16 - Ranchu
-Tournage du clip-
17 - Fright (x4)
-Rappel-
18 - Daikirai
19 - Yasashii Uta





INTERVIEW MUCC : ENTRETIEN AVEC TATSURÔ ET YUKKE JUSTE AVANT LE DEBUT DU CONCERT

C’est entre la séance de maquillage et l’entrée en scène que deux membres de MUCC ont trouvé dix minutes à nous accorder pour l’interview la plus rapide du monde. Deux chaises disposées face à un banc et nous voilà en pleine conversation avec le chanteur Tatsurô et le bassiste YUKKE. "Hello, nice to meet you. Oh ! I remember you !" s’exclame le Playmobil légèrement peroxydé. Les deux hommes sont encore en tenue décontractée, et on notera le t-shirt typiquement japonais de YUKKE avec un monstre à la Iron Maiden sur-titré d’un magnifique slogan "MERCIBEAUCOUP" écrit façon Metallica. Le bassiste n’est pas dupe et s’en amuse avec nous.

Orient-Extrême : Cela fait dix ans que MUCC existe cette année. Vous souvenez-vous de ce qui a motivé la création du groupe ?
Tatsurô : Au début, on a vraiment fait ça comme un jeu. On n’avait aucune idée de l’ampleur qu’allait prendre le groupe. On était comme tous les jeunes, on s’est dit "Et si on faisait de la musique ? On pourrait bien s’éclater !". Puis le succès est venu, les demandes sont arrivées et les exigences du public ont augmenté. Du coup, on est devenu plus professionnel. Nous ne sommes plus le petit groupe de nos débuts, on est désormais un groupe major. Mais à l’origine c’était vraiment un jeu, on voulait s’amuser tous ensemble.

Orient-Extrême : MUCC a évidemment beaucoup changé en dix ans. Quel est le changement le plus important dans la carrière de MUCC selon vous ?
YUKKE : Je pense que le plus grand changement qui est intervenu au cours de ces dix années est le fait que nous nous sommes tous très renforcés individuellement. En créant le groupe, chacun de nous a beaucoup gagné en confiance, en puissance.

Orient-Extrême : Depuis Houyoku, votre univers s’éclaircit et il semble que vous abandonniez au fur et à mesure le son torturé qui caractérisait vos anciens albums. On a pu remarqué que vos singles, tels Utagoe ou Horizont, deviennent plus "lumineux".
Tatsurô : Mmmh… En fait, c’est juste une évolution naturelle. Avant, ce côté plus lumineux n’était pas ce qui transparaissait le plus chez MUCC. On aurait pu jouer ce genre de chanson mais cela n’aurait pas collé. Le temps passant, on a évolué et on s’est dit que l’on pouvait désormais chanter aussi des chansons plus enjouées, que l’on pouvait les intégrer à notre registre musical.

Orient-Extrême : Pourquoi ? Parce que vous êtes plus heureux vous-mêmes ?
Tatsurô et YUKKE rigolent.
Tatsurô : C’est peut-être ça.

Orient-Extrême : Libra mélange ces deux facettes de MUCC : ombre et lumière. Certains parlent de l’union de deux MUCC, l’un torturé, l’autre porteur d’espoir. En fait, c’est presque une double personnalité.
Tatsurô : Le cas de Libra représente bien les changements qu’a vécu MUCC. C’est parce que l’on a évolué que nous avons réussi à créer un morceau comme Libra. Maintenant, on peut considérer que les deux Tatsurô, celui du MUCC à l’ancienne et le beaucoup plus enjoué d’aujourd’hui, font partie intégrante des dix ans de vie de MUCC et qu’ils peuvent désormais être réunis.

Orient-Extrême : Cette année, MUCC ne fait qu’une date par pays européen, sauf en Allemagne. Regrettez-vous les concerts en province ?
Tatsurô : J’ai beaucoup apprécié les concerts en province, ça reste un bon souvenir. Mais cette année le plan de la tournée MUCC IN EURO 2007 est différent et nous ne pouvons par conséquent pas en faire. En revanche, on joue dans davantage de pays. C’est bien aussi. Mais j’aimerai bien refaire des petits concerts si l’occasion se présente.

Orient-Extrême : Vous continuez la tournée dans deux jours en Allemagne par quatre dates en coupling tour avec le groupe de rock BALZAC. Quelles sont vos relations avec ce groupe ?
Tatsurô : Les membres de BALZAC sont nos sempaï (des "camarades plus expérimentés"). Ils sont très respectés au Japon. Nous ne les connaissons pas vraiment mais nous n’avons aucun souci pour tourner avec eux. En fait, c’est l’organisateur allemand qui nous a demandé si on voulait bien tourner avec eux, car ils les distribuent eux aussi. Du coup on a dit "OK, pourquoi pas !".

Orient-Extrême : Pour le MUCC no hi de la devilish year, vous avez fait un concert assez mémorable au Budôkan (une grande salle de plus de 10.000 places à Tôkyô), vous en gardez quels souvenirs ?
Tatsurô se penche en arrière pour signifier à YUKKE qu’il le laisse répondre. Ce dernier, complètement absorbé par le nouvel accord qu’il est en train d’imaginer et qu’il joue dans le vent, sort de sa rêverie et demande tout égaré à notre interprète de répéter la question. A cet instant précis, alors que l’organisation se précipite, Satochi en chaussettes vient nous saluer avec un petit sourire… avant de se cogner malencontreusement au pied du banc. Il étouffe un petit "Itai !" et retourne s’afférer en clopinant et en grimaçant. Après une phase de reconcentration, nous reposons notre question à YUKKE, alors très attentif.
YUKKE : C’était la première fois que l’on faisait un "oneman" au Budôkan. Pour nous le Budôkan est un endroit légendaire. C’est une salle énorme. On en rêvait quand on était gamin et on n’aurait jamais imaginé y jouer un jour. Plus qu’un souvenir précis, c’est vraiment le fait de jouer au Budôkan en lui-même qui nous a le plus marqué.
Tatsurô : Tout à fait.

Orient-Extrême : Pour le MUCC no hi de cette année anniversaire, on s’attend à quelque chose d’encore plus impressionnant, vous avez déjà des projets ?
Tatsurô : On a du mal à réaliser que dix ans se sont écoulés. Ca me parait irréel. Pour le MUCC no hi de cette année, on y pense tout le temps. Même là, alors que nous vous parlons, nous pensons inconsciemment à ce que l’on va faire pour ce jour-là.

Orient-extrême (tentant le tout pour le tout pour percer le secret) : Vous avez bien quelque chose de précis en tête ?
Le traducteur (prenant les devants) : C’est surtout qu’ils ne veulent rien dire !

Le début du concert devient imminent et nous saluons YUKKE et Tatsurô, décontractés et surpris de constater la fin prématurée de cette interview. Après d’amicales poignées de mains et un "V" de victoire pour YUKKE, direction le chaudron de la Locomotive. Vous connaissez la suite…




Interview réalisée par Lorraine Edwards et Gwenaelle Durand, avec la participation d’Aurélie Mazzeo.
Photos : Eric Oudelet
Remerciements : GAN-SHIN FRANCE
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