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Tomoe Shinohara : reportage sur le concert et la conférence de presse du 18 nov. 2005 à Paris

Décrite comme la nouvelle ambassadrice de la culture pop japonaise en France dans la presse nippone, la chanteuse Tomoe Shinohara fait la une des journaux locaux depuis son retour de Paris. Son mini-concert au bar Asian, lieu branchouille de la culture aux yeux bridés de notre capitale, fut donc une opération promotionnelle rondement menée. 18 novembre 2005 : retour sur la soirée de clôture du festival Paris-Tôkyô qui est sur le point de commencer, inaugurée par le spectacle de musique expérimentale et de danse butô offert par les Yamatonatto…


Soirée MUSIK IN JAPAN Part 2 chez Asian

19 heures, avenue George V. L’humeur automnale, anormalement glaciale, précipite les brebis égarées dans les bras de l’Asian Bar, lieu de la haute bourgeoisie asianophile, décor quatre étoiles où les chantres de japonaiseries et les korean addicted se mettent minables à grands renforts de Tsing Tao, voire de cocktails coûteux.



L’entrée rappelle que nous sommes tout près des Champs-Élysées, jadis plus belle avenue du monde, jusqu’au voluptueux froissement des portes s’ouvrant sur nous, la hype est là, aussi présente que nous, et le grand portier black nous dit bonsoir, et on lui répond bonsoir, et elle est belle, la vie. Alors nous tombons nez à nez avec les mini-hôtesses d’accueil, entourées de bois, de plaqué or et de halos tamisés, habillées en lycéennes sexy d’un univers bâtard mais bien excitant, stimulant notre attache profonde pour ces terres lointaines, si si. Vous avez dit extrême ? L’Asian, de Singapour à Paris, s’affiche en plaque tournante des échanges pluriculturels médiatisés, et il le fait avec une efficacité typiquement américaine.

C
’est ainsi que l’on échoue dans la grande salle, celle du bar et de la scène économe, tout juste sortis d’un étroit couloir tapissé de cadres – l’occasion d’admirer une énième fois les orbites des deux Romanesques. Le fait de les trouver à l’entrée est-il peut-être une façon pour l’Asian de dire à ses clients que ce n’était qu’un amuse-gueule, que le meilleur reste à venir ? Quoiqu’il en soit, l’à venir s’appelle ce soir Tomoe Shinohara. Le rapport qualitatif avec les Romanesques étant sans doute un problème sans réponse au même titre que l’origine de l’univers, on se concentre sur les cocktails. Au-dessus de nous, cachée dans les murs, Ayumi Hamasaki en trance gémit de sa voix de crécelle enrhumée un remix revitalisant. Font-ils le Blue Lagoon, à leur bar ? Mieux, il font le Goa Goa (Banane, lait de coco, vanille, crème fraîche, ananas), sans alcool, parce que l’alcool c’est mal.

La clientèle hétéroclite de l’Asian garde les yeux rivés sur les particules de lumière multicolores qui s’agitent entre les colonnes, les spots de night club lambda, les feuilles de bambou et les idéogrammes précieux. L’objet d’entertainment varie. L’Asian fait dans l’arty ; ce qui implique que les artistes seront forcément parfois éméchés et underground, et que les vidéos projetées auront forcément le son maladroit, l’image floue, le teint pâle. Mais l’Asian n’est pas une brasserie caverneuse de Beaubourg dans laquelle officient des troubadours en haillons et banjo : le luxe appelle le luxe ; aussi quand la pop, en d’autres termes ce qui est populaire, lui fait de l’œil, il ne peut refuser la danse. Mais avant cela, un pont artificiel est fait entre l’arty et la pop : c’est le butô, danse née du traumatisme nucléaire dans le Japon en ruine de l’après-guerre. Ce soir, le groupe Yamatonatto qui exhibe sa fleur du chaos, dans une chorégraphie très proche de ce qu’est le butô originel, que l’on qualifie de danse des ténèbres.



Musique expérimentale et danse butô avec les Yamanonatto

Sur du gros son de basse comme un rythme cardiaque, la guitare électrique, électromagnétique, rappelle que le temps des premières manifestations de butô est loin, le play-back peut-être trop présent, mais les accords des cordes donnent le ton. Entouré des deux instrumentistes graves comme des crises cardiaques nipponnes, Hosaka Ippei, fardé, le visage blanc, les larmes violettes, les cheveux pas là, reste immobile. Lui aussi grave, mais ce n’est pas grave : ce qui compte, c’est le flottement qu’il inspire, comme porté par le bruit constant. Rien de concret ne sort des tréfonds de l’homme, c’est un danseur, c’est par ses mouvements tantôt brusques et disloqués, tantôt unis et lents, qu’il donne extatique sa signification du butô. Sa danse viscérale, parfaitement maîtrisée, évoque avec un charme d’un autre temps la décrépitude et l’effroi séduits, apprivoisé par l’acceptation du destin selon le manuel shinto. La grâce que ses grands gestes lui confèrent, en parfaite harmonie avec ses deux acolytes silencieux et gratteurs, impressionne, relègue le Goa Goa au rang de plaisir simple de la vie. Tandis que les passionnés de danse peuvent y voir toute l’influence de l’ausdruckstanz, et du cours de l’histoire nipponne, le néophyte ne peut qu’être séduit par l’érotisme mécanique et autodestructeur de cette sarabande improvisée, bouleversée. Le Butô semble connecter le conscient à l’inconscient, opérant ainsi une harmonie totale, inédite et personnelle avec l’espace entourant le danseur. Celui-ci n’est plus un homme ni une femme, mais avant tout un être humain, un être pensant, traduisant dans sa gigue cataclysmique des sentiments allant au-delà de son identité. Cela, Hosaka Ippei la réalise admirablement pour qui n’a assisté qu’à très peu de représentations de cette danse. Son intérieur s’est exacerbé le temps d’une démonstration extérieure ; les couleurs disco de l’Asian ont épousé son maquillage funeste, il s’est lui-même mué en caméléon absorbé par l’environnement, et les sons de guitare nerveux et résolus de ses deux camarades. La fleur du chaos se fane à cet instant, pour se ranimer lorsqu’on l’appellera au grand jour. Le play-back continue son show ; la métamorphose, base du Butô, a donné un aperçu de ses charmes à un public occidental/occidentalisé peut-être imperméable à ses hurlements, mais ce n’est pas grave, il a parlé. Hosaka Ippei peut aller se passer le visage au white spirit, ça lui apprendra à séduire tout en gestes.

Alexandre Martinazzo





Le mini-concert de Tomoe Shinohara : un premier live jpop délirant en plein Paris

Une demi-heure après la performance mystique des Yamatonatto, et accessoirement après une petite pause au comptoir du bar pour se désaltérer, le public s'agglutine encore plus nombreux autour de la petite scène et de l'écran géant. "Faites place, reculez s'il vous plait". La foule docile s'exécute avec le sourire (on est loin de la cohue musclée habituelle des concerts de visual-rock) et l'accès menant au restaurant du sous-sol se dégage. M. Chameaux, avec le panache d'un Nickos Aliagas, annonce avec fierté l'arrivée imminente de la star du soir.

Le beat électronique démarre aussitôt suivi de la mélodie très dance ; un cri strident retentit dans les haut-parleurs. On n'a à peine le temps de comprendre ce qui arrive et d'où vient ce hurlement qu'un ovni bariolé en jupette avec un micro déboule du sous-sol. "BonnsSOOOIIIIIIrrrrr !" Plus excitée qu'une fillette lâchée dans un magasin de jouets à Noël, Tomoe Shinohara, le sourire jusqu'aux oreilles, transperce le public et bondit sur la scène. Entrée spectaculaire, la chanteuse interpelle le public stupéfait pas encore remis du choc. "Comment çaa vaaaAAAA ???", "BiieeeEENNN ! Et vous !?". En un éclair, Tomoe fait tout toute seule : questions et réponses en français (avec un accent et un style burlesque qui rappellent beaucoup les Romanesques), saute partout comme un Pikachu et enchaîne avec le début de sa plus célèbre chanson : Ultra Relax, le générique de Kodomo no Omocha. WOW !




L'annonce de ce mini-concert jpop de vingt minutes nous avait laissé dubitatifs quant à l'intérêt d'un live aussi court. Et là, devant tant d'énergie et d'enthousiasme, on ne peut qu'applaudir ! Tomoe se trémousse sur scène, jette des confettis et fait exploser des bombes à serpentins tout en chantant : quelle ambiance, les Mini Moni n’auraient pas fait mieux ! Son sourire se propage sur le visage des spectacteurs, encore surpris, mais qui tapent des mains au rythme d'Ultra Relax et du nouveau single AsoFEVER. Non seulement bien choisi pour leur côté délirant et leur dynamique, ces deux titres sont aussi très bien interprétés par Tomoe qui continue de courir et de sautiller dans l'allée mise à sa disposition devant la scène. Le mini-concert se termine par Stereo Phonics, ce qui nous donne un spectacle d'une vingtaine de minutes, certes concis, mais animé par une ambiance de folie. Des cosplayeuses françaises invitées par Euro Japan Comic remettent alors un gros bouquet de fleurs à la chanteuse. Puis une grande photo de "famille" réunit Tomoe et son public devant une pléiade de journalistes japonais et français. Rendez-vous est pris le 21 juin 2006 dans les rues de Paris pour la fête de la musique, Tomoe Shinohara y fera son grand retour avec cette fois beaucoup plus de monde : un concert encore une fois gratuit, à ne pas louper.



Après avoir posé pour une photo souvenir avec de nombreux spectateurs, Tomoe Shinohara rejoint les loges. Elle y offre une dizaine d’exemplaires dédicacés de son dernier single avant d’accueillir les journalistes et de nombreux invités pour une conférence de presse d’une demi-heure. Kenji Nishiyama d’Euro Japan Comic prend alors le rôle d’animateur et de traducteur. Les deux premiers tiers de la conférence, soit une vingtaine de minutes, seront alloués aux questions d’Orient-Extrême préparées par Kevin et Eric…

Eric Oudelet






Le site officiel de Tomoe Shinohara : http://www.takeitag.co.jp/tomoe/
Remerciements : Euro Japan Comic & Asian
Crédit photo : Eric Oudelet
Toute reproduction partielle ou totale de cet article, du compte-rendu de la conférence ou des photos est strictement interdite.
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