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BRAHMAN : reportage sur le concert du 30 novembre 2005 à Paris et interview

Mercredi 30 novembre. Devant l’entrée de La MAROQUINERIE s’amasse sans se presser une petite foule, il est tout juste 20 heures, heure de l’ouverture des portes. En cette froide soirée d’hiver, le public est venu voir La Ruda, bouger, boire et fumer sur le ska français de cette formation des Pays de la Loire. La file d’attente découvre à l’ouverture du guichet qu’il y a une première partie, un groupe du nom de BRAHMAN. Et c’est pour ces quatre japonais au punk rock gentillet que nous sommes là ce soir.


Être groupe de première partie…

La petite salle se remplit calmement, chacun se cherche une place convenable dans la fosse, dans les escaliers ou dans les balcons. L’ambiance est celle d’une terrasse de café : assis un peu partout, ça papotte un grand verre de bière dans une main, une cigarette dans l’autre. Les lumières s’éteignent, la musique commence ; des chants de femmes vaguement mystiques. Les occupants de la fosse se lèvent sans grande conviction plus par politesse pour les musiciens qui entrent en scène que dans l’idée d’acclamer ces inconnus. BRAHMAN s’installe dans un relatif silence.

C’est Kohki qui ouvre le concert avec un beau solo de guitare, quelques secondes d’arpèges qui nous prépare à un morceau planant, TONGFARR. Le public dans les balcons et le fond de la salle reste dissipé et discute joyeusement dos à la scène. Seul le devant de la fosse regarde perplexe ces musiciens trop concentrés sur leurs instruments pour penser à lui jeter un coup d’oeil et un chanteur étrangement pendu à son micro. Mais force est de constater que la performance est bonne : chant juste et agréable, musique plutôt originale et entraînante. On n’est loin d’être face à des amateurs, au contraire on sent l’expérience des garçons et la salle ne rechigne pas à applaudir sincèrement à la fin de ce premier titre.



BRAHMAN enchaîne rapidement avec A WRITE DEEP MORNING, un titre du même acabit. Enfin, c’est ce qu’ils essayent de nous faire croire avec leur nouvelle série d’arpèges mais le refrain arrivant ils passent en une fraction de seconde de la ballade bien posée aux riffs débridés. Toshi-Low qui jusqu’ici se balançait gentiment, est soudain pris de spasmes violents. Makoto donne brusquement deux ou trois coups de tête et de pieds dans l’air, Ronzi bourrine sa batterie, seul Kohki reste profondément dans son trip, serein. La fosse sursaute mais le reste de la salle a à peine le temps de se retourner que les 4 compères, l’air de rien, ont repris le cours de leur rock tranquille. Surpris de la tournure que prennent les évènements, le public est désormais attentif à ce qui se passe sur scène bien qu’il faille encore quelques morceaux pour que les premières têtes se mettent à bouger sur la musique de BRAHMAN.



"BRAHMAN from Japan… thank you"

Le contraste entre le public qui se balance mollement et l’énergie de BRAHMAN sur scène est hallucinant, les 4 bonhommes semblent vouloir bouger pour les quelques 500 personnes amorphes en face d’eux. Suivant le rythme de leurs morceaux, ils s’amusent à alterner les moments de flottement et ceux d’intense excitation où les sandales volent et les cheveux giclent. Toshi-Low passe de gauche à droite de son micro à une vitesse éclair, se tortille un peu, nous gratifie de quelques magnifiques sauts, se roule par terre... Il adresse ses plus belles paroles à la paume de sa main avant de reprendre sa pause initiale de gorille, le torse bombé et le dos cambré. Makoto, qui était entré sur scène presque coiffé arbore au bout d’une quinzaine de minutes une coiffure révolutionnaire où l’on ne distingue plus les cheveux de la barbe des sourcils. Kohki est relativement plus calme, bien concentré, il donne de temps en temps des petits coups de tête pendant que Ronzi, caché derrière sa batterie, se déchaîne en tout simplicité. Les trois musiciens accompagnent Toshi-Low dans son chant, tous trois spécialisés dans le cri rauque.

Après près d’une demi heure de concert, BRAHMAN prend enfin le temps de se présenter au public qu’ils ont petit à petit rallié à leur cause, les applaudissements accompagnés de cris encore timides s’élevant désormais entre chaque morceau. Sans plus de cérémonie, ils reprennent leur live où ils l’avaient laissé. Les morceaux de "punk pop rock" s’enchaînent à nouveau à un rythme effréné mais la construction des titres étant souvent la même, couplets gentils et refrains forts, et les mélodies assez proches, on finirait presque par se lasser. Pourtant le jeu scénique est tellement captivant qu’il nous empêche à lui seul de sombrer dans l’ennui.



Si les premières minutes sur scène avaient été discrètes, les dernières se font sous les acclamations du public. Toshi-Low avec toute son humilité salue bien bas son public de la soirée, les mains jointes au dessus de sa tête, un joli geste pour une belle sortie de scène. Ils auront joué près de 50 minutes.

La tête d’affiche : La Ruda Salska

Pour une grande partie de la salle, c’est maintenant que le concert commence. Les huit français de La Ruda n’ont qu’à monter sur scène pour être ovationnés. Une bonne partie des personnes restées dans les balcons descendent dans la fosse, et ceux jusqu’alors cramponnés au bar font leur apparition dans la salle pour profiter de l’ambiance de feu qui s’y est installée en quelques minutes ; un morceau aura suffit pour sonner le début des pogots et autres slams. Le ska franchouillard de La Ruda s’avère être parfait pour faire sauter le public qui reprend en coeur les paroles de chaque chanson.

On aurait bien aimé une ambiance pareille pour accueillir BRAHMAN plus dignement. Certes quelques fans du groupe étaient là pour remuer la tête, crier leur joie et un irréductible gaulois s’était décidé à pogotter seul contre tous, mais la salle était restée de façon générale désespérément statique. C’est que le public est celui de La Ruda, et seuls les français semblent capables d’électriser La MAROQUINERIE ce soir. Le public a d’ailleurs du mal à les laisser repartir : ils feront un premier rappel, long, et un deuxième d’un seul morceau, pour la route.


Tous les ingrédients semblaient réunis pour passer "une excellente première partie de concert" : une musique sympathique, un groupe qui se donne à fond et encore plus, un son impeccable, une salle plutôt bien agencée si on ferme les yeux sur certains énormes poteaux gêneurs de vue. Pourtant le public n’a pas daigné bouger et les traditionnels "rentrez chez vous" ont été lancés. On ne lui jettera pas la pierre, on a tous plus ou moins cette attitude boudeuse face aux inconnus des premières parties quelque soit leur qualité. Il ne reste plus maintenant qu’à remercier BRAHMAN pour leur excellente prestation parisienne malgré la réserve des 500 personnes face à eux.

Lorraine Edwards


Set List :
01 - TONGFARR
02 - A WHITE DEEP MORNING
03 - CAUSATION
04 - SHADOW PLAY
05 - ANSWER FOR…
06 - THE VOID
07 - DEEP
08 - BASIS
09 - BEYOND THE MOUNTAIN
10 - LOSE ALL
11 - FOR ONE'S LIFE
12 - ARRIVAL TIME
13 - FAR FROM...

Le site officiel de BRAHMAN : www.tc-tc.com






Après la balance (et donc peu avant le concert), Toshi-Low le chanteur de BRAHMAN vient nous rejoindre à la sortie de la salle pour une interview commune Orient-Extrême/JmusicEuropa. Il s’emballe dans une grosse doudoune, met un bonnet qu’il ne lâchera plus et nous sortons, direction le restaurant de la Maroquinerie. C
’est donc autour d’une petite table avec un fond sonore un peu trop fort que se déroule cet entretien avec pour interprète Naoko, membre de l’équipe organisatrice.

Orient-Extrême : Pour que le public français connaisse mieux BRAHMAN, pouvez-vous présenter le groupe et vous-même ?
Toshi-Low : Je suis le chanteur de BRAHMAN, je m’appelle Toshi-Low. BRAHMAN a été formé en 1995. J’avais un groupe à cette époque là, mais on s’est séparé. Au même moment Makoto (l’actuel bassiste de BRAHMAN) a aussi quitté sa formation, donc on a décidé de former un nouveau groupe ensemble. Maintenant, ça fait 10 ans que BRAHMAN existe.
Orient-Extrême : Le nom "BRAHMAN" ainsi que le titre de votre dernier album The Middle Way ont un rapport direct avec l’idéologie hindouiste. Y a t-il une raison particulière ?
Toshi-Low : On n’a pas de religion particulière, mais quand on cherche à exprimer ce qu’on pense, qu’on essaye de mettre des mots sur nos sentiments… on cherche dans le dictionnaire et au final, on tombe toujours sur des notions bouddhistes.
Orient-Extrême : C’est inconscient ?
Toshi-Low : Oui (le chanteur se gratte le bonnet). En fait, lorsque je lis le journal ou un livre, il y a des mots qui retiennent mon attention et quand je vérifie dans le dictionnaire, ça a souvent un lien avec le bouddhisme. Mais, on n’est pas du tout croyant !
Orient-Extrême : a forlone hope a récemment bénéficié d’une sortie américaine. Pourquoi avoir choisi un album qui date de 2001 et non le plus récent, Middle Way ?
Toshi-Low : C’est Revelation Distribution, la maison de disque américaine, qui a choisi de lancer cet album.
Orient-Extrême : Et vous avez envie de sortir votre dernier album ?
Toshi-Low : Si il y a une possibilité de faire distribuer Middle Way, aux États-Unis ou même en Europe, on est tout à fait partant. Merci de nous présenter une maison de disque française (rires).
Orient-Extrême : Pour la sortie du CD a forlorn hope aux USA, les ventes ont été bonnes ?
Toshi-Low : C’était un peu difficile au début mais ça va maintenant (il sourit discrètement). On fait des concerts en France alors qu’on sort des albums aux Etats-Unis et qu’on n’y est jamais allé… C’est étrange…
Orient-Extrême : Il n’y a donc aucun projet de distribution d’un de vos CD en France ?
Toshi-Low (qui tripote encore et toujours son bonnet en réfléchissant) : Non, mais si vous avez un éditeur intéressé à nous présenter…
Orient-Extrême : La plupart des groupes nippons qui trouvent le succès sur leur territoire national s’en contente. Qu’est-ce qui vous motive à vouloir exporter votre musique ?
Toshi-Low : On a cherché partout dans le monde une maison de disque. En Europe, on n’en a pas trouvé, seuls les Etats-Unis nous ont proposé de distribuer notre album.
JmusicEuropa : Vous semblez avoir eu du succès assez tôt dans votre carrière comment l’expliquez vous ?
Toshi-Low : Ça a tout de même pris 10 ans.
JmusicEuropa : Vous avez quand même fait pas mal d’albums ?
Toshi-Low : On n’a fait QUE 3 albums. Je ne pense pas que le groupe ait assez de qualités pour en sortir plus. On est content d’avoir enfin sorti un troisième album mais on s’excuse de n’en avoir fait que trois !
JmusicEuropa : C’est rare de voir des artistes aussi humbles.
Toshi-Low : Non…
Orient-Extrême : Comment vous êtes-vous retrouvé à faire des tournées en France, ce sont les français qui vous invitent ou c’est vous qui demandez à venir ?
Naoko discute quelques instants avec Toshi-Low avant de répondre elle même.
Naoko : C’est Eric Rico et moi qui montont les tournées. Chaque fois, on a contacté tous les groupes possibles en France, surtout des amis, en leur proposant BRAHMAN en première partie. L’année dernière c’était avec Seven Hate (qui n’existe plus) et cette année, c’est La Ruda qui a accepté.
Orient-Extrême : Jusqu’à maintenant, vous n’avez fait que des premières parties lors des tournées européennes, envisagez-vous d’en faire une en One Man ?
Toshi-Low catégorique : Non, pour l’instant il n’y a pas de possibilité.
Orient-Extrême : Appréhendez-vous vos tournées européennes différemment de celles au Japon ?
Toshi-Low : Non, où que ce soit, on garde le même état d’esprit.
Orient-Extrême : Et quel donc est cet état d’esprit ?
Toshi-Low : Hummm… (le chanteur se prend le visage dans les mains et finit par enlever son bonnet) On se concentre sur nous et pas sur le public pour pouvoir offrir le même show à chaque fois, et même s’il n’y a pas beaucoup de public, on s’efforce de réussir la tournée.
Orient-Extrême : Toshi-Low, nous avons pu voir des photos et vidéo de vous en concert sur internet. Comment faites-vous pour sauter aussi haut !?
Toshi-Low : (rires) C’est une question d’exercices. Moi, ça fait 10 ans que je saute… alors petit à petit, ça monte.
Orient-Extrême : Quels sont vos projets après cette tournée ? Un nouvel album en préparation, un nouveau single à venir ?
Toshi-Low : A la fin de l’année, on participe à un grand festival au Japon, le Countdown Japan, qui accueille environ 500 000 personnes. Mais pour l’année prochaine, on ne sait pas vraiment encore…
Orient-Extrême : En dehors de la musique, quelles sont vos passions ?
Toshi-Low : Le K-1 !
Orient-Extrême : Et quand vous êtes à l’étranger, en dehors des concerts que faites-vous ?
Toshi-Low : Hmm… On dort… (Toshi-Low reste pensif un moment) Qu’est-ce que vous auriez à me conseiller ?
Orient-Extrême : Hmm… Il ne doit pas y avoir pas de compétitions de K-1 à Paris… Mais que pensez-vous de la France et des Français ?
Le chanteur tripote ses cheveux maintenant qu’il n’a plus de bonnet.
Toshi-Low : En fait, les Français avaient l’air froids et pas très agréables, mais en fait, c’est tout le contraire, tout le monde est gentil !
JmusicEuropa : En 2003, lors d’un concert en Chine, vous avez été hués, comment avez-vous vécu cet incident ?
Toshi-Low : En fait, il y avait 5000 personnes devant nous et, quand on a fait la balance, on nous a jeté des cailloux… Enfin on ne savait ce que c’était mais ça faisait mal, mal au cœur et mal physiquement. L’organisateur nous a demandé si on voulait tout de même faire le concert et on a décidé de le faire. Ça a été dur parce qu’on nous a lancé beaucoup de choses mais on a pris sur nous et le temps est vite passé. Finalement, à la dernière chanson, les gens ont applaudi. Après le concert, beaucoup sont venus s’excuser. Je pense qu’on a bien fait de rester et de jouer.
JmusicEuropa : Quels sont les thèmes dans vos chansons ?
Toshi-Low : Il n’y a pas vraiment de thème, on écrit ce qu’on pense sans essayer de forcer les gens à penser comme nous. C’est plus comme un petit mot à l’attention du public : il y a des mots mais c’est à chacun de les assimiler avec ses propres sentiments. Il n’y a pas vraiment de "message".
JmusicEuropa : Si vous aviez quelque chose à changer, à faire autrement dans votre carrière, qu’est-ce que ce serait ?
Toshi-Low : Il y a plein de choses que j’aurais du faire et que je regrette… Peut-être que j’ai tout faux sur ce que j’ai fait et sur ce que je ferai…
JmusicEuropa : Vous avez joué dans beaucoup de festivals, quels sont les groupes aux côtés desquels vous avez joué et qui vous ont le plus impressionnés ?
Toshi-Low : C’est difficile… Je dirais les Red Hot Chili Peppers. Quand on est à côté de la scène à les regarder, avec le chanteur devant nous… C’est assez impressionnant !
Orient-Extrême : Où est-ce que vous aimeriez jouer ?
Toshi-Low : Partout ou nous ne sommes jamais allés !
Orient-Extrême : Ca fait beaucoup d’endroits…
Tochi-Low : hmm… Ce n’est pas qu’on aime particulièrement voyager, mais on veut rencontrer des gens, aller dans les endroits qu’on ne connaît pas. On veut montrer de quoi on est capable et même si c’est pour ne vendre qu’un CD, c’est important pour nous de rencontrer les gens des pays qu’on ne connaît pas.
Orient-Extrême & JmusicEuropa : Merci beaucoup.
Pendant qu’on se rhabille pour affronter le froid de ce début de soirée de novembre, Naoko pose une dernière question à Toshi-Low…
Naoko : Pourquoi vous écrivez votre nom Toshirou avec "Low" ?
Toshi-Low : C’est à cause de mon caractère, je suis lent.
Orient-Extrême : Pourtant au niveau musique et sur scène, c’est plutôt le contraire…
Toshi-Low sourit et remet son bonnet.


Interview réalisée par Eric et Lorraine pour Orient-Extrême, ainsi que Tanja pour JmusicEuropa (www.jmusiceuropa.com).
Remerciements :
Toshi-Low de BRAHMAN, Naoko et Rico qui ont organisé le concert, et Gwenaelle Durand qui a participé à la préparation de l’interview.
Photos du concert :
Eric Oudelet

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