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Dir en grey - concert à L'Olympia & interview

Dimanche 24 juillet 2005, ciel gris, petite pluie intermittente… une longue file se dessine boulevard des Capucines, dans le 9ème arrondissement parisien. La noirceur de l’attroupement ne manque pas d’attiser la curiosité de quelques passants : que font tous ces jeunes gens, la plupart sombrement vêtus (maquillage, chaînes et autres bracelets cloutés pour quelques-uns, costume de gothic lolita pour d’autres…) et parlant autant de langues différentes : français, anglais, espagnol, italien, russe, polonais, japonais… ? En tendant l’oreille, on entend d’étranges exclamations : "Kyooooo !", "tu as vu les chaussettes diru ?" et autres "il est trop bôôôôôôôô"… Tous convergent vers L’Olympia, quelque chose s’y prépare… Sur la façade, trois mots dessinés par de brillants néons rouges vifs : Dir en grey.



Chacun pour soi, Diru pour tous

Le groupe de néo-metal japonais adulé dans l’archipel et par ses fans européens aura réussi un gros coup en remplissant la mythique salle parisienne : 2500 spectateurs, une vingtaine de média présents (chaîne de télé, magazines et journaux spécialisés ou grand public), une boutique goodies dévalisée… Doit-on encore parler de mouvement intimiste underground ? Certains ont passé la nuit devant la salle, d’autres sont arrivés très tôt l’après-midi. Le public de Dir en grey, jeune et en majorité féminin, n’a pas attendu la dernière minute pour s’agglutiner devant L’Olympia : se donner la chance d’accéder aux premiers rangs pour approcher ses idoles vaut au moins le sacrifice d’une grâce matinée. L’ouverture des portes a donné lieu à une chevauchée comique pour l’observateur, où les premiers arrivés se ruèrent jusqu’à la fosse. Le sprint d’une centaine de mètres se transforma pour certaines en saut de haies, quelques groupies tombées au champ d’honneur ont en effet peiné à passer de la phase "parc à bestiaux" (les premiers fans s’étaient d’eux même entassés au plus près de l’entrée pendant des heures) à cette soudaine interlude sportive, à moins que les New Rock à semelles compensées ne soient moins pratiques dans l’exercice qu’une paire de Nike. 19h, une fois la foule massive plaquée contre les barrières de sécurité au pied de la scène et les plus craintifs restés en retrait (de malins calculateurs guettant les abandons sur le front ?), les lumières se sont éteintes et le show pouvait commencer…

Après leurs concerts en Allemagne, dont un éprouvant live à Berlin, Kyo, Kaoru, Die, Toshiya et Shinya investissent donc l’un des temples français du spectacle musical. Pour l’occasion, les artistes innovent en acceptant une première partie assurée par un groupe de metal français qu’ils ont eux-mêmes choisi : Eths. Le quintet marseillais de plus en plus médiatisé doit relever un sacré défi : se faire accepter par un public souvent néophyte en matière de live, qui ne les connaît quasiment pas, et qui peut même s’avérer hostile à en juger l’attitude déplorable de quelques fangirls extrémistes ne jurant que par Diru. Pari gagné, avec une prestation musclée et pleine d’énergie : Eths étonne et réussi à s’imposer avec un déluge musical lourd et violent servi par un jeu de scène dynamique. Le son est puissant et bien équilibré. Le chant guttural d’une Candice conquérante, proche de celui de l’italienne Cadaveria, surprendra même les japonais dans les loges. Les rares fans présents regrettent de ne pouvoir pogotter faute d’espace viable, une partie du public apprécie, la majorité se contente d’applaudir poliment le travail du groupe. Curieux de connaître le point de vue des marseillais sur cette soirée, Orient-Extrême a pu interroger leur chanteuse une semaine après le concert…



Candice, chanteuse et porte parole de Eths

Orient-Extrême : Comment vous êtes-vous retrouvés en 1ère partie de Dir en grey ? Free-Will-Europe vous a contactés ou vous avez déposé spontanément une candidature ?
Candice : C'est assez surprenant d'avoir ouvert pour Dir en grey. On a su 10 jours avant que nous faisions la date. Quand on nous a proposé cette première partie, Dir en grey nous était totalement inconnu alors qu'ils sont des super-stars chez eux. En revanche il est vrai qu'il y a une recrudescence de groupes japonais dans le paysage français. Je pense que les gens sont de plus en plus attirés par un visuel dérangeant. Ce qu'ils appellent le "visual-kei", chez eux se rapproche d'un look androgyne à la Marilyn Manson.
Orient-Extrême : Être choisi par ce groupe, ça procure un sentiment particulier ?
Candice : C'est très gratifiant surtout de faire L'Olympia devant tant de personnes avec un groupe étranger. Ils nous ont peut-être choisis pour notre côté sombre qui tend à se rapprocher du leur.
Orient-Extrême : Compte tenu de la "fan-ittude" extrême d'une bonne partie du public, aviez-vous une crainte particulière avant votre passage ou celà a-t-il été une motivation supplémentaire pour vous transcender et convaincre un auditoire qui ne vous connaissait pas ?
Candice : Je dirais que cela a été un peu des deux. La première impression était du stress étant donné que nous n'étions pas prévus sur l’affiche et les billets, et quand les lumières se sont éteintes, le public scandait "Dir en grey". Mais en montant sur scène, ça nous a boostés et, à notre grande surprise, l'accueil a été chaleureux.
Orient-Extrême : Vous aviez quelques fans dans le public, vous avez pu les remarquer ? Une jeune fille avait même écrit "I love Candice" au marqueur sur son bras.
Candice : Non !!! Ce n'est qu'après que le concert soit fini qu'on a remarqué certains t-shirts Eths et ça nous a touché. Merci à eux de nous avoir suivis sur cette date.
Orient-Extrême : Quel bilan tirez-vous de cette soirée, par rapport à votre prestation, l'attitude du public, les retombées éventuelles ?…
Candice : Que du bien ! La production a tout fait pour que l'on soit à l'aise pendant cette date et même si on a eu quelques problèmes techniques sur scène on a pris notre pied pendant 40 minutes et c'est le principal. On a fait découvrir notre musique à des gens qui n'étaient pas là pour nous et peut-être iront-ils un jour à un de nos concerts. Ce fut une expérience fort intéressante !
Orient-Extrême : Merci.

Dir en live

Après quelques dizaines de pertes civiles au front et une petite heure de pause, le salle replonge dans l’obscurité. Instant magique où impatience et excitation à leur paroxysme deviennent palpables, cris et larmes, les corps en transe semblent vaporiser leur trop plein d’adrénaline. La foule impressionne pour un concert de metal japonais en France, mais on ne ressent pas une passion aussi intense et profonde que celle qui caractérisait l’entrée en scène de Moi dix Mois à la Locomotive, où l’assistance aussi électrisée que béate semblait attendre l’arrivée de Dieu sur terre. Une pénombre mystérieuse envahit la scène, le son de la rythmique retentit et cinq silhouettes apparaissent. Débuts des hostilités.



Le public frémit et une forêt de bras se lève. Merciless Cult suivi de C et Saku inaugurent une set list composée de morceaux issus de Vulgar et Withering to death. G.D.S aurait été plus percutant pour rentrer dans le vif du sujet, mais c’était sans compter sur l’hystérie de la salle qui pousse Dir en grey à exploser d’entrée de jeu. La foule bouillonnante, peut-être chauffée par la performance d’Eths, vibre et saute dès les premières secondes. Die, l’un des deux guitaristes, le confirmera dans notre interview : les fans ont dégagé une telle énergie dès l’opening qu’elle a transcendé le groupe. Oubliés les débuts pénibles et manquant de sérénité du concert en Allemagne devant un auditoire anéanti par la canicule, Dir en grey se lâche à Paris et cela se sent ! Kyo, charismatique leader à la crinière dorée, bondit d’un bout à l’autre de la scène : un véritable showman indomptable. Il harangue le public et multiplie les poses torturées et regards provocateurs. Les fans l’accompagnent au chant pour Jesus Christ R'n'R avant de hurler sur Machiavelism où Kyo se livre joyeusement au wrist-cuting. Moment fort, tout L’Olympia reprend en chœur "tenooo" de The Final. Impressionnant. C’est le délire complet, un très bon point pour l’ambiance évidemment mais, dans l’euphorie générale, Dir en grey se relâche un peu, après avoir tant donné. Kyo se perd dans une sorte d’improvisation verbale et le jeu de scène du groupe s’essouffle. Kodoku ni shisu, yue ni kodoku et Dead Tree se succèdent, sans vraiment convaincre musicalement. Le chant part sérieusement à la dérive, il faut dire que Kyo, en transe et monté sur une cage, est trop occupé à se griffer hargneusement le torse et à se frapper à grands coups de micro, un classique très attendu par les fans extatiques se délectant à la vue de son sang…

"Ma langue a touché la sueur de Kyo !"

Voilà le genre d’expression qu’on pouvait entendre à la sortie du concert, les fangirls sont gatées ! Chose plus inattendue, les autres membres du groupe ne sont pas en reste ! Certes, loin de rivaliser avec l’extravagante sauvagerie du chanteur, les musiciens vont tous successivement jouer avec la foule, excepté Shinya, discret derrière sa batterie. Des vagues se forment à chaque fois dans la marée humaine, déferlant jusqu’à s’écraser au bas de la scène où le staff de sécurité éprouve quelques difficultés à allier ravitaillement en eau et évacuation des victimes. Toshiya est le premier à venir tester le public, suivi de Kaoru, pourtant si posé d’habitude, devenu headbanger no.1 du groupe pour un soir.



Deux ballades permettent à tout le monde de reprendre ses esprits quelques instants : Itoshisa wa fuhai nitsuki et Higeki wa mabuta o oroshita yasashiki utsu. Le show reprend ensuite de plus belle avec Audience Killer Loop, Beautiful Dirt, The IIIrd Empire, Spilled Milk et Kodou (un des titres forts de Withering to death, très bon en live) : joli combo de titres musclés. Dir en grey prend énormément de plaisir à jouer en communion avec son public qui l’accompagne en chantant autant qu’il le peut. L’euphorie est telle dans la fosse qu’elle gagne la scène et l’interprétation de certains morceaux part quelques fois en live. Complètement halluciné, Kyo déraille parfois et se décale par rapport au rythme ou se perd dans ses textes (quand il n’oublie pas carrément de chanter). Ce n’est pas si catastrophique, mais ça fait désordre. Le plus regrettable est sans aucun doute la qualité du rendu sonore, une déception dans une salle aussi prestigieuse. Depuis le début du concert, le son est confus, tassé, surtout dans la fosse ; depuis la mezzanine et les balcons, c’est un poil meilleur. Malgré l’enthousiasme de Kyo, son chant au volume faiblard se noie, écrasé par les guitares. Même problème avec la basse, trop effacée dans l’ensemble. La situation s’améliore heureusement après la longue pause de trente minutes qui précède le premier rappel. Cette attente interminable est pénible à (sur)vivre pour le public compacté devant la scène, et soporifique pour les spectateurs plus éloignés ou installés aux balcons.



Le public ne s’est pas refroidi pour autant, le show continue dans l’hystérie collective avec trois titres issus de Vulgar : Shokubeni, New age Culture (qui remplace Byo Shin de la set list allemande) et Obscure. Le son est meilleur, le chant enfin à la bonne hauteur. Les fans exultent et le sol de L’Olympia devient un véritable trampoline. Dans le feu de l’action, Kyo refait une petite bourde dans la dernière des trois chansons. Deuxième rappel et c’est parti pour le rush de fin… et quel final ! Mr Newsman suivi d’Increased Blue embrasent la foule. Les musiciens se succèdent sur l’avant de la scène, déclenchant autant de mini-émeutes. On assiste même à un duel de guitares entre Kaoru et Die sur le côté gauche. Ultime morceau et non des moindres : Child Prey déchaîne une dernière fois la foule au paroxysme de son excitation. Le public reprend évidemment le refrain et Kyo savoure pleinement l’instant. On voit son regard parcourir le public, son doigt pointe certains spectateurs comme pour les remercier. Les médiators, baguettes, serviettes et bouteilles d’eau voleront parfois jusqu’aux balcons, ce qui déclenche systématiquement une monstrueuse mêlée. La serviette du chanteur finira dépecée et le service de sécurité de la fosse aura le "privilège" de recevoir de plein fouet la bassine d’eau glacée de Kyo.



La nuit est tombée et le calme revient. Petit à petit, L’Olympia se vide. Les fans en ont eu pour leur argent. Il leur en restait même apparemment beaucoup quand on connaît le montant des recettes de la boutique prise d’assaut. Même si certaines regrettent de n’avoir pu approcher (toucher ?) leurs idoles et l’absence de séance de dédicaces, le spectacle était au rendez-vous. Dir en grey quitte L’Olympia en s’arrêtant quelques secondes devant le public encore massé sur le trottoir. A voir leurs sourires éclatants au travers des vitres de la voiture, on devine que le plaisir fut largement partagé.


Encore plus fort que Moi dix Mois au printemps dernier, ce concert a vraiment impressionné par la fougue et l’hystérie de tous ses participants : public et artistes. Une belle réussite qui en appelle d’autres. Diru reviendra-t-il en France ? Il y a fort à parier que oui, peut-être l’année prochaine pour la tournée correspondant au nouvel album. On espère que cette fois, la musique et le rendu sonore un peu décevant seront au niveau de la puissance du show visuel.

Eric Oudelet







Set List du concert :

Merciless Cult
C
Saku
-
Jesus Christ R'n'R
Machiavelism
Garbage
The Final
-
Kodoku ni shisu, yue ni kodoku
Dead Tree
-
Itoshisa wa fuhai nitsuki
Higeki wa mabuta o oroshita yasashiki utsu
-
Audience Killer Loop
Beautiful Dirt
The IIIrd Empire
Spilled Milk
Kodou

Rappels :
Shokubeni
New age Culture
Obscure
-
Mr Newsman
Increased Blue
Child Prey


Remerciements : Free-Will-Europe, Die et Toshiya de Dir en grey, Candice et Musclor de Eths
Live report, interviews et photos : Eric Oudelet
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