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GARI : interview de la révélation musicale de JAPAN EXPO 8 le 7 juillet 2007

Au lendemain de son concert enflammé devant plus de 2.500 personnes à JAPAN EXPO, GARI, le groupe de fusion électro-rock amené et distribué par le label Soundlicious, se prête au jeu de l'interview. Dans une salle isolée de l'agitation de la convention, on réquisitionne une table et aligne quatre chaises. Les trois musiciens, Dokko (guitariste, à droite sur la photo), Fujimoto (bassiste, à gauche), et Kusakabe (batteur, 2ème en partant de la gauche) s'installent en prenant soin de laisser une place vide entre eux pour leur chanteur, YOW-ROW, qui erre dans les couloirs alentours à la recherche d’une bouteille d’eau... Sa cruelle déshydratation ne l'empêche pas de s'exprimer : il répond à lui seul à toutes nos questions, les trois musiciens acquiescant gravement à chacun de ses mots.




Orient-Extrême : Pour commencer, quelles sont vos impressions sur le fantastique accueil que vous a fait le public français au concert d’hier ?
YOW-ROW : Le public français est différent du public japonais. En plus, je crois qu'il y avait beaucoup de gens qui ne nous connaissaient pas hier, mais c’était très animé et l'atmosphère était chaude. Le public français est très chaud.

Orient-Extrême : En effet, beaucoup ne vous connaissaient pas, mais ont cependant été totalement conquis. Il y avait tellement d’ambiance dans la fosse improvisée [NDLR : JAPAN EXPO semblait imaginer que le public d’un concert rock profite du spectacle en restant sur ou devant sa chaise… Rapidement, ce fut la ruée contre la scène en T] que l’on avait parfois du mal à vous entendre jouer, sans parler du fait que le staff de sécurité du festival ait été totalement submergé. Est-ce que cela ne vous a pas gêné ou impressionné de vous retrouver face à une telle agitation ?
La remarque fait rire l’ensemble du groupe.
YOW-ROW : On a surtout été surpris ! Même au Japon, il n'y a pas ce genre d'ambiance. Les Japonais sont plutôt calmes et pas vraiment expansifs en concert ; ils ne lèvent pas les mains tout le temps comme ça. Le public français fait tout ça très naturellement.

Orient-Extrême : Comme Dokko avait tendance à jouer dos au public pendant le concert, on se demandait si c'était lié à une possible appréhension vis-à-vis du désordre français...
Dokko, en riant : Ce n’est pas que j’avais peur… Au Japon aussi, je joue en tournant le dos à la salle. C’est une habitude de jouer comme ça.

Orient-Extrême : C’est pour vous concentrer ?
Dokko : Il y a de ça oui, mais c’est essentiellement pour ne pas faire comme les autres. Personne ne jouait comme ça, alors j’ai trouvé intéressant de jouer dos au public. Et paradoxalement, les regards se tournent vers moi. Donc c’est aussi pour cela : pour me faire remarquer !
Orient-Extrême : On vous le confirme : on vous a remarqué !
Dokko : [rires] Ça a marché !

Orient-Extrême : YOW-ROW, pendant que les musiciens faisaient la balance, on a pu vous voir allonger sur le dos au milieu de la scène. A quoi pensiez-vous à ce moment là ?
YOW-ROW : [rires] C'était la première fois que j'allais faire un concert sur une scène et dans une salle aussi grande. Et quand j'ai regardé en haut, ça m'a fait une impression d'immensité. Je prenais conscience... comment dire... que GARI pouvait jouer dans un endroit aussi grand.
Orient-Extrême : C’est aussi pour ça que vous faisiez des allers-retours sur l'avancée de la scène avant le concert ?
YOW-ROW : Oui. Je prenais mes marques en quelque sorte.

Orient-Extrême : Pour parler des concerts plus généralement, beaucoup de groupes qui utilisent l'électro dans leurs compositions avouent avoir du mal à être satisfait du rendu en live car c'est obligatoirement très différent des enregistrements studio. Est-ce que aussi vrai dans votre cas ?
YOW-ROW : Oui, évidemment. On ressent clairement la difficulté à retrouver un son proche du studio en concert. Par exemple, il nous arrive après les concerts de nous dire "là, on aurait pu faire mieux, ici, on aurait pu faire comme ça". Pour le concert d’hier, un ingénieur du son venu du Japon était là, mais c’était la première fois qu’il jouait avec nous, donc c'était assez compliqué… Ainsi, on fait des erreurs, mais ce sont des expériences qui nous font progresser.

Orient-Extrême : Cela veut dire que vous n’êtes pas convaincus par votre performance d’hier ?
YOW-ROW : Je n’étais pas dans la salle donc je n’ai pas vraiment pu me rendre compte du son côté public, alors je ne sais pas trop… Mais disons que, pour le temps de préparation et le matériel dont on disposait, je pense que c’était une très bonne performance.
Orient-Extrême : Effectivement, c’était une très bonne performance ! Toute la rédaction d’Orient-Extrême vous le confirme, et les réactions du public semblent très positives.
GARI au complet : Merci !

Orient-Extrême : YOW-ROW, dans une interview, vous disiez que si ce n’était pas vous qui composiez les mélodies et écriviez les paroles, vous sentiez comme un "décalage". De quelle sorte de décalage parliez-vous ?
Yow Row : Quand je suis entré dans le groupe, j'ai commencé à réfléchir à mes propres mélodies... Avant, je ne faisais qu'apposer des paroles déjà écrites sur une mélodie déjà préparée. Et ça, ça ne me satisfaisait pas en tant que chanteur. Mais en participant à mon propre groupe, je voulais chanter mes propres paroles sur une musique qui correspondait à mon style. C'est normal de vouloir chanter ses propres textes. Et le décalage dont je parlais, c'est ça : ne pas pouvoir m'exprimer réellement si je ne chante pas les paroles que j'ai écrites.

Orient-Extrême : Ce décalage concerne donc surtout les paroles alors ?
YOW-ROW : Oui, ça concerne surtout les paroles. Dans l'état actuel des choses, c'est impensable pour moi de chanter les textes de quelqu'un d'autre. Et pour GARI aussi, c'est impensable.

Orient-Extrême : C’est donc vous qui écrivez toutes les paroles et qui composez les mélodies ?
YOW-ROW : Pour la composition des morceaux, on fonctionne à quatre. En fait, les paroles et les mélodies sont créées en parallèle : on compose les mélodies tous les quatre, ensemble, pendant que je réfléchis aux paroles. Nous faisions les deux en groupe, au même moment.

Orient-Extrême : En ce qui concerne le groupe justement, il existe depuis dix ans maintenant et a du beaucoup changer. Quel est le plus grand changement selon vous ?
YOW-ROW : Le moment le plus marquant est celui où l’on est arrivé à faire la musique que l’on joue maintenant. Il y a dix ans, il y a eu une sorte de boom de la fusion au Japon. Mais ça n'a duré qu'un temps. Nous, on a profité de ce boom, mais quand la mode de la fusion est retombée, il fallait qu’on continue et qu’on se réinvente en tant que groupe. Donc, on a beaucoup réfléchi à la fusion et à quel genre de fusion on pouvait et voulait faire. Et c’est pour cela que, par la suite, on a ajouté des séquenceurs, qu’on a utilisé des samples de dance music. Je pense que c’est ce moment-là, le plus grand changement pour GARI.

Orient-Extrême : Vous souvenez-vous de la formation de GARI ?
YOW-ROW : C'était dans les années quatre-vingt dix... [NDLR : YOW-ROW a visiblement un petit trou de mémoire, ce qui fait rire ces camarades musiciens]. En 1996, les membres, excepté moi, se sont rencontrés pour la première fois et ont formé un groupe. C’est là qu’a commencé GARI. Puis, à peu près un an plus tard, j'ai vu une de leur petite annonce et j'ai rejoint le groupe. GARI a changé à ce moment-là ; enfin... il était différent par rapport au tout début, mais il n'était pas encore ce qu'il est aujourd’hui. Il restait des éléments de base, mais ce n'était déjà plus la même musique que lorsque GARI n'était composé que de trois membres.

Orient-Extrême : Aucun de vous n'a eu envie de changer le nom du groupe après l'arrivée de YOW-ROW, pour marquer la naissance d’un nouveau groupe ?
YOW-ROW : Effectivement, on s’est posé la question à de nombreuses reprises au début [rires]. Mais quand est venu le moment de sortir des CD, etc., ça faisait un peu bizarre de changer de nom. Personnellement, je n’avais pas vraiment d’opinion franche… Je ne trouvais pas forcément notre nom bon ou mauvais. On l’a donc gardé, et c’est un bon choix finalement. Maintenant, on joue à l’étranger !

Orient-Extrême : Au niveau musical, que faisiez-vous avant la formation de GARI ?
YOW-ROW : Je faisais de la musique chez moi. J'utilisais une console : un DTM de base. C'était de la musique plutôt pop...
Dokko : Moi, j'étais déjà dans un groupe avant GARI. C'était un groupe de pop-rock composé de trois membres et je m’occupais de la guitare et du chant. A la période où il a commencé à être question de séparation, Naoki [NDLR : Fujimoto] m’a proposé de faire un groupe ensemble. Il avait déjà choisi un batteur, Kusakabe. A trois, on a fait de la scène, on a répété, on s'amusait.
Fujimoto : Moi aussi, j’avais un groupe avant GARI, mais ce n’était pas vraiment du rock. C’était un groupe pop avec une chanteuse, rien à voir avec la fusion. Avec le temps, j’ai commencé à trouver ça ennuyeux et ça ne me convenait plus. Ce n’était plus ce que je voulais faire et j’ai décidé d’arrêter. En fait, je voulais faire une musique qui mélangeait plusieurs genres. Et c'est à ce moment-là que j'ai rencontré Kusakabe. On a discuté, puis on a décidé de monter un groupe ensemble. Dokko nous a rejoint plus tard. C’est lui le dernier arrivé dans la formation à trois de GARI. En fait, la formation de GARI, c’est vraiment une question de timing, on s’est retrouvé tous les trois, puis un an après YOW-ROW est arrivé.
Kusakabe : Quant à moi, j’avais un groupe qui faisait de la musique très pop. Et je crois que c’est mon groupe qui est mort le premier [rires]. Puis, j’ai été roodies pour le groupe de Naoki, je filais un coup de mains [rire des trois autres larrons]. Et quand Naoki a voulu faire un autre groupe, il s’est adressé à moi.
Orient-Extrême : Et c’est au moment où vous vous êtes retrouvés tous les trois que vous avez cessé la pop et avez fait du rock ?
Fujimoto : C’est cela, oui.

Orient-Extrême : Puis, plus tard, GARI a sorti son premier album "complet", qui est aussi le premier album major : e.go.is.tick. Dans la première chanson, vous annoncez tout de suite "je vais devenir opposant" (against ni narô), mais… opposant à quoi ?
YOW-ROW : [rires] En fait, le premier morceau de e.go.is.tick, OPEN EYES, est le tout dernier morceau qui a été ajouté à l’album. Il est né à la toute fin et a été ajouté tout juste avant la sortie de l’album. Et avec ce morceau, on voulait effectivement exprimer un sentiment d’opposition, une opposition vis-à-vis des majors alors que, paradoxalement, c’était notre premier album major. Mais on voulait exprimer ce sentiment d’opposition.

Orient-Extrême : C’est vrai que dans les autres titres de l’album aussi, le thème de l’opposition au star system, aux majors ou même aux média de masse revient assez souvent. Vous leur reprochez quoi exactement ?
YOW-ROW : Hum... Cela vient peut-être d’une sorte de complexe. C’est que tous ces groupes pop, rock… on voulait être différent, montrer que l’on ne fait pas la même chose qu’eux.

Orient-Extrême : Un complexe par rapport à quoi ?
YOW-ROW : Par rapport aux autres groupes japonais : 90% d’entre eux produisent des chansons d’amour qui parlent de situations que tout le monde a vécues. Nous n’avons pas du tout la même approche, nous sommes plus dans l'optique de s’attaquer à la société, à la politique...

Orient-Extrême : Et dans Masked, votre dernier album, vous êtes toujours "against" quelque chose ?
Les quatre artistes rient…
YOW-ROW : Notre sentiment n’a pas vraiment changé en fait. Nous ne sommes pas tout à fait satisfaits de ce que nous avons en tant que groupe aujourd’hui. On voudrait plus de succès, et plus d’argent aussi, pour économiser !

Orient-Extrême : Les paroles de Masked sont-elles aussi centrées sur le même complexe que pour e.go.is.tick ?
YOW-ROW : Oui, c’est le même sentiment, mais par rapport à e.go.is.tick, on a voulu l’élargir. Par exemple, pour revenir sur ce que je disais tout à l’heure à propos des chansons d'amour, nous ne sommes plus dans une opposition totale mais dans l’idée de faire une chanson d'amour à la GARI, de se baser sur une façon de penser spécifique et une façon de faire spécifique à GARI.

Orient-Extrême : Et en ce qui concerne votre dernier mini-album qui est sorti quelques mois seulement avant Masked : Neo radio station, vous aviez un concept spécial ?
YOW-ROW : Comme le nom l’indique, c’est un album pour présenter la radio du futur, et les sept morceaux de Neo radio station sont le genre de chansons qu’il faudrait y passer. En bref, c'est la radio du futur comme on aimerait qu’elle soit. Il y a un morceau plutôt jazz, un autre plutôt dance, un autre qui reprend le style de ballade que faisait GARI au début… ces sept morceaux très différents, comme une radio qui passe différents artistes. En fait, l'idée vient du fait qu'à l’époque de e.go.is.tick, on nous avait dit que nos morceaux n’étaient pas faits pour la radio. C’est aussi pour répondre à ça que nous avons voulu mettre plein de morceaux différents et faire notre propre radio.

Orient-Extrême : Et actuellement, est-ce que vous travaillez sur un nouvel album ?
YOW-ROW : Nous n’avons pas encore de planning prédéfini, mais nous allons commencer à écrire et à composer. Nous n’avons pas encore décidé d’une quelconque date pour commencer à enregistrer, mais ça va se faire assez rapidement.

Orient-Extrême : Il semblerait que dans un de ces morceaux en préparation, vous utilisiez la guitare folk, il y aura beaucoup de surprises comme celle-ci dans le prochain album ?
YOW-ROW : Oui, effectivement on utilise la guitare folk. En fait, dans le prochain album, il y aura une sorte de traîtrise dans la musique de GARI, mais une traîtrise dans le bon sens ! On va utiliser des instruments qu’on ne pense pas retrouver dans une musique électro-dance habituellement, comme la guitare folk. C’est pour provoquer un peu les gens, pour qu'ils se disent "ah ouais, ils ont fait ça ?". C’est un peu le but de ce prochain album.

Orient-Extrême : Avez-vous l’intention de faire à nouveau des collaborations avec d’autres artistes comme pour le CD de remix de e.go.is.tick, al.tru.is.tick ?
YOW-ROW : C’est vrai qu’il était très intéressant de voir comment des artistes transformaient et faisaient évoluer la musique que l’on avait composée tous les quatre. J’aimerais bien le refaire, si possible avec des artistes français ! [rires]

Orient-Extrême : Et quels musiciens avez-vous en vue pour faire ces remix ?
YOW-ROW : Récemment, je m’intéresse pas mal à la scène musicale française. Je pense que le Japon est, avec la France, un pays qui, en opposition à l’Angleterre et aux Etats-Unis qui ont une scène musicale assez formatée, jouissent d’une certaine liberté de création. Je n’ai pas d’artistes précis en tête, mais j’aimerais voir ce que peut donner le remix d’un morceau de GARI fait par un artiste français !

Orient-Extrême : Et Soundlicious n’a pas d’idée ? Le label a déjà fait faire des remix par des artistes français pour SUIKA...
Responsable de Soundlicious : Ça, c’est autre chose… [NDLR : nous n'en saurons pas plus pour aujourd’hui... Suspense !]

Orient-Extrême : Pour finir, comment "sentez-vous" le concert parisien de jeudi à la Scène Bastille ? Les conditions sont très différentes d'hier : petite salle, entrée payante, etc. Vous n’appréhendez pas un peu ?
YOW-ROW : Nous avons surtout pas mal d’attentes. Contrairement au concert d’hier à JAPAN EXPO où le public etait acquis, jeudi, il ne le sera pas. Là, c’était pour la culture japonaise, jeudi ce sera pour la musique. Le public se sera déplacé pour la musique.

Orient-Extrême : Une question de dernière minute pour vous, YOW-ROW. D'où vient votre nom de scène, "YOW-ROW" ?
YOW-ROW : C’est un surnom qui est apparu un peu au hasard. En fait, mon prénom c’est Yôichirô, mais il n’est pas facile à prononcer. Alors quand le public criait mon nom en concert, ça le déformait en "yow-row". En fait, ce sont les fans qui l’ont créé petit à petit. De toute façon, je trouve ça un peu honteux de se choisir soi-même son surnom, alors ça m'arrange que le public m'en ai trouvé un. C'est spontané et ça créé un lien avec le public.

Orient-Extrême : C’est donc pour cette raison que vous êtes le seul à utiliser un nom de scène.
YOW-ROW : Oui, c’est pour ça. Il vaut mieux laisser les autres décider de son nom de scène !



Ci-dessus, GARI en dédicaces à JAPAN EXPO. Le stand Soundlicious ayant été pris d’assaut et dévalisé après le concert du samedi, un grand réapprovisionnement et une nouvelle séance de signatures ont eu lieu le dimanche.


Interview réalisée par Lorraine Edwards le dimanche 8 juillet 2007 à JAPAN EXPO
Photos : Sophie Héry
Toute reproduction de l’interview et/ou des photos est strictement interdite.
Remerciements : Soundlicious et GARI.
Le site officiel de GARI : www.gari.net

A lire également :
- La critique du double album européen e.go.is.tick / al.tru.is.tick
- Le reportage sur les concerts de GARI à JAPAN EXPO 2007 et à la Scène Bastille
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