Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Nana Kitade : portrait, du rouge et noir au rose bonbon

Tout le monde semble connaître Nana Kitade, sa voix particulière, son patronyme simple à retenir et surtout son mythique titre Kesenai Tsumi, générique de l’anime FullMetal Alchemist (série sortie en DVD chez Dybex et diffusée sur Canal+). Néanmoins, Nana Kitade n’affiche dans sa discographie que deux albums et un mini-album d’un projet quasi avorté. Née charismatique, avec cette fraîcheur juvénile qui plait tant aux Japonais, Nana Kitade arrive sur le marché musical en 2003, révélée par une audition Sony Music Japan. Elle n’affiche alors que seize printemps et tente de percer avec des morceaux rock et punchy, un genre qui s’étouffe par manque d’une relève aux épaules suffisamment solides…

Petite moue boudeuse et frange écarlate, Nana Kitade débarque sur la scène pop japonaise avec son titre Kesenai Tsumi, un peu comme était apparue Nanase Aikawa neuf ans plutôt avec son yume miru shôjô ja irarenai : même image d’ado rebelle, même énergie rock, ça ne pouvait que démarrer en trombe ! Nana Kitade devient le petit buzz de l’époque : le single s’empare de la quatrième place de l’Oricon chart. Quand les chanteuses à tendance rock étaient toutes tombées, ou moribondes dans l’enceinte du studio GIZA, elle relance le phénomène de l’égérie pop-rock qui pèse aussi lourd que sa guitare avec un titre qui cartonne dès son lancement. Phénomène FullMetal Alchemist ou non, on ne peut enlever au morceau une rythmique particulière, un cocktail sonore dense mais fluide, et surtout la voix flûtée de la petite Japonaise. Non contente de posséder un timbre reconnaissable entre mille, Nana Kitade bénéficie de cette aisance à nasiller dans les aigus sans en devenir insupportable à l’oreille (d’autres ont essayé, avec diverses déconvenues à la clé…).



De manière linéaire, Nana Kitade imprime son début de carrière par une imagerie et un look très sobre, à la limite d’une idole lambda, appuyés par des textes tristounes (qu’elle écrit elle-même) et mis en valeur par des mélodies pop-rock. Son premier album 18-eighteen- sort le 25 août 2005. Il reflète parfaitement toute cette ambiance à la fois punchy, grâce à l’énergie de la jeune fille et sa voix pleine de trémolos, mais d’ores et déjà gothique. Parmi les titres phares de l’album, il y a bien évidemment Kesenai Tsumi (pêché indélébile) mais d’autres comme kanashimi no kizu (cicatrice de la tristesse), pureness (pureté), utareru ame (la pluie vaincue), et surtout Alice qui renvoie à l’héroïne de Lewis Caroll. Pop oblige, Nana Kitade se voit contrainte d’adapter ses textes sur des balades suaves et mièvres (eighteen sky). Ce n’est pas le style dans lequel elle excelle, et elle n’a d’ailleurs pas persisté dans cette voie. On connaissait bien des groupes japonais (Cure et Indochine étant d’emblée hors catégorie), Plastic Tree en première ligne, qui avaient réussi à faire coexister la mélancolie gothique avec un style sobre, mais dès février 2006, la petite Nana s’émancipe et abandonne son look trop sage, finalement, malgré ses mèches folles et teintées de rouge. Place dès lors à la vraie Nana, qui doit tenter une reconquête de son auditoire.

Avec le maxi-single SLAVE of KISS en février 2006, qui reprend un de ses précédents titres, KISS or KISS pour trois nouveautés sur le thème du baiser (chacune des quatre pistes porte le mot KISS dans son intitulé), Nana s’inscrit dans la continuité de son art : le rock, tout en imprimant sa nouvelle identité visuelle avec un savant dosage de réserve et d’audace. La pochette nous présente la jolie poupée qu’est devenue Nana, relookée en punkette anglophile à la limite de la goth-loli japonaise. Ou comment passer du pop-rock au style gothic lolita !



SLAVE of KISS est un maxi single sympathique grâce à des petites perles de power pop enjouée. Pas véritablement un retour gagnant après son album 18-eighteen- mais suffisamment pour la remettre en selle. Il lui faut désormais sonner plus vrai, à l’heure où aucune maison de disque ne recule devant un effeuillage parcimonieux de ses pouliches pour faire vendre un single (merci Kumi), Nana Kitade mise sur un style que seuls quelques mâles travestis et Kana -Moon- avaient jusqu’alors réussi à tourner en art : le gothic lolita ! Pour se lancer à fond dedans, Sony mise sur des reprises du répertoire japonais avec une série de sept singles devant sortir sous forme de chaku uta (en téléchargement) chaque jour portant le chiffre 7 dans la date… Finalement, après l’écueil du Lum no Love song (thème principal de l’animé Urusei Yatsura sorti en 1979), la compilation Cutie Bunny -Nanateki ROCK taisaku codename wa C.B.R.- sort le 12 juillet 2006 avec six titres enregistrés. Et non des moindres ! Outre Lum no Love Song, on retrouve deux autres thèmes d’animes que sont Moonlight Densetsu de Sailor Moon et l’ultime Bara wa utsukushiku chiru tiré de Versailles no Bara (Lady Oscar, déjà repris par les extravagants du feu-groupe LaReine). Parmi les titres pop-rock, Nana Kitade s’attaque encore à du lourd avec le Roppongi Shinju d’Ann Lewis (déjà repris par Nanase Aikawa en 2002), Arashi no Sugao de la très pop Kudou Shizuka (la femme du champion en titre des bôgoss' japonais, Kimura Takuya) et YOU MAY DREAM de Sheena and the ROKKETS (rien à voir avec Shëna Ringo, si ce n’est l’esprit glamrock des années 80 parfaitement incarné par la première Sheena, espèce d’hybride entre Lynn Minmei et Patti Smith). Si certaines des reprises se contentent de karaoké avec la voix de Nana (Moonlight Densetsu, Roppongi Shinju, YOU MAY DREAM), et que certaines réorchestrations sonnent faussement (Lum no Love Song, trop ou pas assez survolté), on applaudira des mains et des pieds si possible le superbe Bara wa utsukushiku chiru, qui se distingue des deux précédentes versions. Là où Kamijô (LaReine) avait poussé le lyrisme à la française à l'extrême avec une compo très classique et classieuse, Nana offre un morceau saturé de basse où s'échappe sa petite voix nasillarde. Tout en contraste, Bara wa utsukushiku chiru finit ce mini album de manière théâtrale et somptueuse... Et là, on se dit que, malgré les erreurs qu'entraîne une reconversion visuelle, l'essence de Nana Kitade la rockeuse est toujours là ! On adore !
Pour marquer le coup, ou le sur-médiatiser, Sony met en place un partenariat fondé sur l’alliance visuelle de Nana Kitade et d’une marque de créateur réputé : BABY, THE STARS SHINE BRIGHT. Ainsi, Nana doit devenir la nouvelle icône de la mode gothic lolita, quoique défunte au pays du soleil levant, en posant pour des magazines ou des publicités, sans oublier les showcases au centre commercial Laforet…



C'est donc sans appréhension que l'on attend Kibou no kakera, en octobre 2006, premier vrai single de Nana Kitade depuis Kanashimi no kizu en juillet 2005. La révélation ! Le style de Nana Kitade, et ses guitares surtout, explosent. Il rappelle tous ces groupes de Jrock qui ont flirté de manière plus ou moins flagrante avec le visual kei. On retrouve l'éternelle batterie bourrine et monotone pour supporter un morceau qui étonne par la voix de plus en plus gamine de celle qui ne cesse de gagner en maturité. This is a GIRL rappelle d’ailleurs la production actuelle en matière de rock indépendant japonais avec des accords et des sonorités à la BEAT CRUSADERS... enfin jusqu'au refrain, où l'on déplorera une ligne mélodique beaucoup trop pop pour finir d'enfoncer le clou d'un vrai Jrock qui se respecte. Nana Kitade assume son nouveau look jusqu'à la pointe de ses boucles et ne tombe pas dans le piège de la midinette bercée par une pop sucrée et l'abus de Ben&Jerry's.

Fin 2006 sort son second album, I scream, qui rappelle furieusement un titre et l'univers glucosé de Tommy heavenly6 (I'm gonna SCREAM), mais les treize pistes de ce second album sont tout sauf lénifiants ! Même Star Killer et akai kami no onna no ko (la fille aux cheveux rouges, un auto-portrait ?), qui rappelle une petite musique de nuit ou un manège parisien (évoqué par l'utilisation d'une espèce d'orgue de barbarie pour akai kami no onna no ko) réussissent à marier une part de l’esprit visual kei et la Jpop conventionnelle grâce à l'alliance de la voix de Nana Kitade, proche par moments d'une Naomi Tamura ou Megumi Hayashibara, et la batterie qui rythme ce Star Killer. Le reste de l'album ne propose pour ainsi dire que des nouveautés (si l’on exclut la balade sweet frozen kiss sur SLAVE of KISS, Lum no Love Song, la moins bonne des reprises de Cutie Bunny et Kibou no kakera son dernier single). Tout est toujours très typique du Jrock tel qu'on le connaît : très mélodique, avec profusion de guitare et une batterie monotone. Le petit ovni de I scream reste BASKET CASE, du groupe américain Green Day (qu'avait déjà repris PUFFY sur l'édition japonaise du Splurge). Cette dernière chanson qui clôt le CD est la plus intéressante de l'album, rejoignant les riff punk d'une YUKI (Judy and Mary) sous acide plutôt que la power pop habituelle, et ce grâce aux égosillades torturées de Nana Kitade. I scream est un album qui, musicalement, ne rompt pas complètement avec 18-eighteen- mais qui imprime une nouvelle image et marque de fabrique, désormais plus proche des mélodies du Jrock qu'une power pop maîtrisée. Les aficionados de Jrock kawaii et de bouts de chose qui prennent des risques avec leurs cordes vocales vont adorer (dark snow angel, 13 hi no nichiyoubi).



En 2006, la rareté des sorties CD s’explique par le début des virées internationales de la petite Nana, invitée d’honneur de l’Otakon (Baltimore, USA). Elle y fait une mini tournée marathon composée de deux concerts sur les deux jours de l’exposition et de nombreuses séances de photos et de dédicaces, dont une particulièrement mythique dans le magasin Virgin de la ville. Galvanisée par cette première expérience plus que réussie de la scène hors Japon, Sony décide de lancer Nana Kitade dans une campagne de promotion en Europe…

Après ce petit tour d'horizon de la carrière musicale de Nana Kitade, nous pouvons affirmer que ce petit bout de femme est à suivre, malgré une image de gothic lolita ostentatoire et probablement rédhibitoire pour ceux qui préfèrent la simplicité visuelle et exigent une certaine qualité de composition. Sans écouler beaucoup de CD pour autant, elle réussit cet exercice périlleux et s'offre le luxe de prendre son temps entre ses albums, luxe que n'ont pas les plus grosses vendeuses du top 50 japonais qui doivent se plier à un rythme éreintant de sortie afin d'être le plus rentable possible. La qualité des morceaux et des arrangements s'en ressent, on est ainsi agréablement surpris de réaliser que la surenchère de dentelle et de froufrou dans les costumes de Nana Kitade ne grève en rien le budget audio. Ses morceaux gagnent en maturité et en profondeur. Il suffit d'écouter le francisé m'aider (I scream) pour apprécier la voix si particulière et parfaitement maîtrisable de Nana Kitade. D’ailleurs, la "princess Nana from Japan" semble avoir conquis un large public lors de sa très récente venue à JAPAN EXPO 8 à l’occasion de son concert pour le défilé Laforet HARAJUKU in Paris. Peut-être l’avez-vous aussi rencontrée là-bas lors de sa conférence publique organisée par Orient-Extrême !

Wendy Roeltgen





Le site officiel de Nana Kitade : www.sonymusic.co.jp/Music/Info/nanakitade
L'interview de Nana Kitade 15 jours avant JAPAN EXPO 2007 :
www.orient-extreme.net/index.php?menu=musique&sub=artistes&article=934
La conférence publique de Nana Kitade à JAPAN EXPO 2007 :
www.orient-extreme.net/index.php?menu=musique&sub=artistes&article=977

Discographie
Kesenai Tsumi (single), générique de l’anime FullMetal Alchemist - 29 oct. 2003
Kesenai Tsumi ~raw "breath" track~ (single) - 3 déc. 2003
Utareru Ame (mini-album) - 4 fév. 2004
HOLD HEART (single) - 22 juil. 2004
pureness/nanairo (single), générique de l’anime Beet the Vandel Buster - 17 nov. 2004
KISS or KISS (single) - 1er juin 2005
Kanashimi no Kizu (single) - 20 juil. 2005
18-eighteen- (album) - 24 août 2005
NANA KITADE 18MOVIES (DVD clips) - 7 déc. 2005
SLAVE of KISS (single) - 8 fév. 2006
Cutie Bunny ~ Nana teki rock daisakusen code name ha C.B.R.~ (mini-album) - 12 juil. 2006
Kibou no Kakera (single), générique de l’anime The Powerpuff Girls Z - 4 oct. 2006
I scream (album) - 6 déc. 2006
Antoinette Blue (single), générique de l’anime D.Gray-man - 5 sept. 2007




Visuels © SME Records Japan Inc. (sauf photos JAPAN EXPO et packshot)
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême