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YOSHIKI : conférence publique à JAPAN EXPO 8 le 8 juillet 2007, compte rendu

Est-il encore nécessaire de présenter YOSHIKI, batteur, pianiste et compositeur de légende du mythique groupe X Japan, fondateur du visual kei ? Malgré un large panel de musiciens nippons s’étant déplacés pour se produire à l’édition 2007 de JAPAN EXPO, c’est sans surprise que la simple venue de la rock star attire le plus d’attention, avec les débuts actuels de son nouveau groupe SKIN et sa mystérieuse "annonce" censée révolutionner la scène rock internationale comme arguments infaillibles. Néanmoins, même si JAPAN EXPO a bien créé l’événement avec sa conférence publique, celui-ci est resté en deçà de nos espérances, avec des questions plutôt communes, des réponses pas plus inattendues, une "annonce" à peine insinuée… et un public de fans finalement sage, peut-être anesthésié par les heures d’attente.

Dimanche 8 juillet 2007 à 16h30, dans une grande salle de spectacle à peine remplie de 3.000 places assises, s’agglutinent plutôt calmement curieux et fans de longues dates, souvent reconnaissables à leurs t-shirts floqués d’un X rouge. Ces derniers ont patienté toute la journée dans une fille d’attente à l’extérieur, en plus d’une nuit passée devant le Parc des Expositions pour les quelques dizaines de plus fervents passionnés (certains, musiciens, ont même joué quelques titres en nocturne pour l’occasion). L’excitation est palpable : plus que quelques minutes avant que n’apparaisse YOSHIKI, l’un des artistes musicaux nippons les plus connus au niveau international.



En attendant, et comme pour légitimer son statut de superstar, une courte biographie grandiloquente est projetée sur trois écrans géants. Nous revisitons avec émotion les grands moments de sa carrière, de sa collaboration avec le grand George Martin à l’apogée de sa popularité pendant la période X Japan, en passant par sa carrière solo. Le but premier de la vidéo étant de mettre le public en conditions, séquence frissons garantie pour qui a pu vibrer au son de X Japan avant sa séparation. La salle, rapidement dans l’ambiance, salue d’une salve d’applaudissements admiratifs chaque apparition de YOSHIKI. Au programme, par exemple : des extraits de sa majestueuse prestation au piano pour l’anniversaire des dix ans de règne de l’empereur Akihito, du mythique Last Live de feu X Japan, ou encore des funérailles de hide (membre de X Japan), qui n’ont pas manqué d’émouvoir les nostalgiques, parfois jusqu’aux larmes.

A quelques secondes de la "rencontre", la tension monte d’un cran. Deux animateurs apparaissent, et après quelques balbutiements d’une présentatrice visiblement émue, l’apparition de YOSHIKI est immédiate, copieusement ovationnée par le public – douce litote. La conférence débute aussitôt, les présentations classiques étant expédiées avec un "Bonjour, enchanté, je suis YOSHIKI" presque timide. Dès la première réponse, la couleur est annoncée : son propos sera clair et concis, et on devine l’importance de l’événement, extrêmement lissé, en terme d’image/marketing/communication : une simple petite bouteille d’eau à peine déposée sur la table sera aussitôt dégagée par la star aux Rayban… Lui faisait-elle un peu trop d'ombre ? Ou peut-être qu'il ne s'agissait pas de SA marque d'eau minérale ?... Bref.



YOSHIKI commence par déclarer succinctement, à propos de l’appréhension de son parcours, qu’il ne pense pas être en mesure de jeter un regard rétrospectif sur sa carrière, étant donné qu’il ne la considère pas comme achevée. D’emblée, et jusqu’au bout, ses mots sont imprégnés de son amour pour la musique, "toute sa vie", selon ses termes. Cela dit, même si son goût pour le classique n’est pas inconnu de ses fans, YOSHIKI confesse sa préférence pour le rock : "Quelle est la chose que vous désirez le plus au monde ?", demande la speakerine. "I just wanna rock !" répond l’artiste après un silence calculé. "You rock !" hurle-t-on dans l’amphithéâtre. C’est dit.

Mis à part ces inévitables cris d’amour, et contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, le public a gardé un calme exemplaire, pendant toute la durée de la conférence. Aucun débordement, rien que des applaudissements aux moments opportuns, et quelques déclarations, de ça de là, auxquelles YOSHIKI s’est amusé à répondre en français, enflammant la salle de ses "Je vous aime". Dès lors, cette complicité touchante entre l’artiste et son public ne cessera de croître. "Comment savez-vous ?" s’étonne-t-il par exemple à la question "Continuez-vous de pratiquer le karaté ?". "On sait tout de toi, YOSHIKI !" réplique quelqu’un dans la salle. Et quelqu’un d’autre de surenchérir, bientôt imité par les trois quarts de l’assemblée : "We are X !". "I love you", répond-il en riant. Cette connivence, cette "connexion", pour reprendre les mots utilisés dans la dernière question de notre interview, ne sera interrompue qu’à son départ de scène, sobre, discret.



Seulement voilà. Quand un tel monument de la musique se présente à une éminente convention comme JAPAN EXPO (83.000 visiteurs cette année selon les organisateurs), on comprend que même le spectateur le moins expectatif s’attendait à une conférence un peu plus spectaculaire.

Car quand les lumières se rallument, un arrière-goût d’inachevé envahit la plupart des membres du public. Au-delà d’un talk-show très bien géré et maîtrisé par le staff, arrivent plusieurs déceptions, à commencer par le choix des questions. Envoyés par les fans à nos confrères de JmusicEuropa, organisateurs de la conférence, les sujets auraient été sélectionnés et traités par YOSHIKI et son management, écartant tout hypothétique effet de surprise ou question déstabilisante venue du public, de la presse ou des présentateurs. Pas de fraîcheur, pas de piquant, l’originalité a fait défaut, altérant quelque peu la qualité de l’échange. Du même coup, on déplore à regrets la banalité des répliques, heureusement rattrapée par ce fameux lien entretenu entre les fans indulgents et la star au micro.



Deuxième déception : les spéculations à propos de la fameuse annonce que YOSHIKI était censé dévoiler ne se sont pas matérialisées par un quelconque effet, il fallait piocher celle-ci dans les quelques informations communiquées par l’artiste, souvent restées au stade de la suggestion. Prenons l’exemple de l’éventuel événement commémoratif des dix ans de la mort de hide. Brièvement, YOSHIKI rappelle que le décès de l’ancien guitariste de X Japan fut et reste particulièrement douloureux pour lui. Pendant un moment, il aurait songé à organiser une telle célébration ; son état émotionnel, encore fébrile, l’aurait empêché de passer à l’acte. Au bout d’une décennie, motivé par des proches, il se décide à franchir le pas. Néanmoins, les modalités d’un tel événement n’ont pas été révélées. En clair : des pistes, mais rien d’officiel.

D
u même coup, la repartie passe-partout devient "Why not ?", proférée plusieurs fois d’un air mystérieux. Ouvrir son fan-club aux fans étrangers ? Pourquoi pas. Une éventuelle tournée européenne du X Japan reconstitué (reformation destinée à donner une belle fin à ce groupe, selon lui) ? Pourquoi pas. Un concert ou une tournée SKIN (son nouveau groupe très médiatique formé avec Gackt, miyavi et SUGIZO) en Europe ? Pourquoi pas. Mais quand on lui demande s’il organisera un deuxième festival Jrock Revolution, dont la première édition rassemblait le mois dernier à Los Angeles une dizaine de groupes de rock nippon, la réponse est claire : en Europe ! On peut donc très facilement imaginer dans un futur proche un Jrock Revolution 2 sur notre continent avec la participation de SKIN, l’Allemagne paraissant le pays tout indiqué pour l’accueillir. L’ensemble de ces réponses laisse beaucoup d’espoir aux fans, sans pour autant confirmer précisément quoi que ce soit. Ce flou artistique laisse perplexe : Violet UK, SKIN, la reformation de X Japan, les compositions pour l’anime The Rose of Versailles, les recherches à propos des effets de la musique sur le cerveau humain, l’intention de rédiger une biographie… A cumuler les projets, YOSHIKI ne se laisserait-il pas submerger ? Cette interrogation se fait problématique lorsqu’il ajoute ne pas savoir exactement lequel de ces projets aboutira le premier… Pour l’anecdote, le batteur avoue son secret pour affronter un emploi du temps aussi chargé : "En fait, j’adore le chocolat. Pour garder la forme, le but est d’éviter d’en manger… et de faire beaucoup de sport". A bon entendeur…

En fin de compte, cette conférence publique, ce talk-"show" qui depuis des mois fait couler tant d’encre et qui fut tant mis à contribution dans la promotion du festival, nous laisse sur notre faim : manque de panache et hésitation dans la mise en scène (hormis l’introduction vidéo triomphante), brièveté des réponses évasives de YOSHIKI -acteur de son propre rôle- décidément plus bavard en privé, comme vous pourrez le constater en lisant notre interview privée. Cependant, la venue presque inespérée d’un tel personnage à JAPAN EXPO est loin d’être regrettable, ne serait-ce que pour les perspectives d’avenir de ses projets… Dans tous les cas, ses fans ne diront pas le contraire, eux qui n’auraient peut-être jamais imaginé voir leur idole en chair et en os il y a cinq ans…

Deux cents chanceux parmi ces hordes de passionnés vous le reconfirmeront d’ailleurs après avoir réussi à décrocher une dédicace. "Chanceux", car pour pouvoir approcher l’un des membres les plus adulés de X Japan, il fallait postuler et être tiré au sort… ou racheter le précieux pass à un gagnant plus charmé par l’idée de renflouer son portefeuille que par celle de serrer la main de YOSHIKI. En effet, la controverse à propos de la sélection impitoyable par tirage au sort, probablement la solution la plus pertinente pour répondre aux contraintes, a rapidement amplifié avec le tapage provoqué par la revente de tickets gagnants, parfois au-delà de 200 euros (phénomène tout à fait logique et prévisible, qui continue aujourd’hui avec la revente d’objets signés, notamment sur ebay). Dans l’ensemble, la séance s’est déroulée sans anicroches et, au moment de plier bagages, les plus patients ont pu accompagner YOSHIKI à pied et entouré de ses gardes du corps jusqu’aux backstages… pour grapiller des signatures bonus ! Bien entendu, l’émotion était au rendez-vous, et c’est tantôt souriant, tantôt pleurant, que chaque "élu" est reparti en serrant contre lui son précieux bien ; et qu’il s’agisse d’un DVD du Last Live vendu 30 euros au stand de merchandising, d’une box collector, d’un photobook, d’un t-shirt, d’un poster, ou parfois d’une photo avec Yoshiki, le souvenir reste le même : impérissable… pour les fans uniquement.

Aurélie Mazzeo





A lire également : l'interview privée de YOSHIKI à JAPAN EXPO 8

Photos : Eric Oudelet, Sophie Héry et Alice Barthelémy
Toute reproduction des photos et/ou du reportage est strictement interdite.
Remerciements : JAPAN EXPO et JmusicEuropa
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