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Dio - distraught overlord : interview et reportage sur le concert de JAPAN EXPO 2007

Les portes de l’amphithéâtre s’ouvrent tardivement en ce dernier jour de JAPAN EXPO 8. Un petit quart d’heure avant l’arrivée sur scène du jeune groupe de visual kei Dio - distraught overlord, amateurs et curieux s’amassent dans la grande salle, particulièrement remplie puisque le concert sera immédiatement suivi du défilé de cosplay groupes, et c'est bien connu : quand on projette d'assister à cet événement particulièrement couru, mieux vaut se lever tôt pour espérer accéder à l'une des 3000 chaises. Cela dit, et même si Dio n’existe que depuis un an, les fans sont déjà nombreux - certains d’entre eux sont allés jusqu’à attendre devant le Parc des Expositions dès les premières lueurs du jour. Pourtant, rien n’est acquis : sans grande originalité au demeurant, le groupe devra faire ses preuves et convaincre la rédaction sceptique. Bingo ! A l’issue de cette petite heure de show, on n’espère qu’une chose : les revoir dans le cadre d’une tournée pour un concert plus long… espoir visiblement partagé par les artistes, comme vous le constaterez dans notre interview.

Prémisses houleuses, l’organisation trébuche très vite sur un premier heurt ou malentendu… qui sera cependant oublié quelques secondes plus tard dans le feu de l’action. Il semblerait en effet que JAPAN EXPO s’attendait à ce que le public de ce concert metal, à l’évidence potentiellement plus agité que GARI la veille, suive tranquillement un tel show assis sur sa chaise… Hahaha… Nous ne sommes pas là pour écouter KOKIA ! A peine les premières notes résonnent-elles que tous se ruent dans la fosse improvisée : le pourtour de l’ensemble de la scène en T. Un responsable staff tente vainement d’éteindre la mèche en levant les bras et en agitant une loupiote, mais c’est trop tard, Dio entre en piste et s’empare des lieux où règne désormais le chaos. Apparemment, la sécurité, tout le monde (mis à part les organisateurs dépités) s’en moque gaiement, et avouons-le, comment pourrions-nous apprécier autrement l’événement !?



epileptic overlord

C’est dans cette ambiance électrique que les premières mesures de -M- embrasent instantanément la foule. Le hurlement bestial de mikaru provoque un frisson collectif : sa voix, beaucoup plus puissante qu’en studio, confère un dynamisme indéniable à chaque titre, y compris les moins concluants des deux maxis. -M-, à l’origine chanson passablement répétitive et inutilement bourrine, contracte le charisme des musiciens de Dio. Les dés sont jetés : c’est ce charisme-là qui compensera l’insuffisance de leurs compositions qui nous faisait appréhender ce concert.

D’emblée, le podium qui s’avance dans la fosse donne lieu à de nombreuses interactions avec le public. Tandis qu’ivy, le bassiste réservé, et erina, le guitariste en robe somptueuse, s’y donnent en spectacle comme des mannequins, mikaru reste devant les premiers rangs, et les invite à lever le poing (et le doigt…) au rythme de ses cris. kei, le deuxième guitariste (blond), n’hésite pas de son côté à s’avancer près du bord de la scène, laissant l’occasion à ces demoiselles - et ces messieurs, sans doute - de le palper. Les moins bien placés pourront se rabattre sur les grands écrans pour admirer les tenues travaillées de chacun, des ailes de chauve-souris du chanteur aux gambettes dévoilées de kei. Un vrai défilé de mode… et d’ailleurs, le régisseur lumière l’avouera à la fin le sourire au lèvres : il se fait plaisir.



Battant le fer tant qu’il est encore chaud, Dio enchaîne avec Garasu no Umi, tiré du même maxi-single que –M-. Cette fois, mikaru surprend encore en démontrant qu’il parvient tout aussi bien à maîtriser les deathvoices que le chant clair, avec lesquels il jongle sans difficulté. Les autres musiciens n’hésitent pas à sauter avec la fosse tout en continuant à jouer, sans jamais être décoiffés. On sourira néanmoins en apercevant erina, la poupée du groupe, en train de headbanguer comme un vrai garçon, ou encore en observant un mikaru épileptique s’agiter sous nos yeux, comme électrocuté. Dès lors, les doutes s’envolent ; on se surprend même à s’agiter en rythme, et à se prêter volontiers au jeu du vocaliste qui hurle "Give me a D ! Give me a I ! Give me a O ! DIO !!" à plusieurs reprises.

Paris décadence

Quand arrivent les titres plus calmes, notamment Last Dance et Yukihana, on décèle (enfin ?) les premières faiblesses de la voix de mikaru, heureusement rattrapées par la justesse du jeu des autres musiciens. Seul ivy ne semble pas à sa place, sans doute discrédité par son rôle non stratégique de "cinquième membre", en retrait entre le vocaliste et erina. C’est d’ailleurs vers eux que notre attention se porte indéniablement quand GOD Forsaken, chanson phare, débute ; d’un côté, le riff entraînant, de l’autre, la voix claire rondement maîtrisée, alliée à celle du public qui reprend les paroles du refrain. Les jérémiades insupportables de mikaru sur la version CD prennent une toute autre ampleur en live, et l’impression de "déjà-entendu" s’estompe, pour ne pas dire disparaît.



Cependant, au détour d’une des trois chansons inédites qui figureront sur leur prochain maxi-single, l’ambiance dégénère légèrement… Les journalistes placés du côté gauche, travaillant tant bien que mal dans la marée humaine, sont bousculés par une poignée de fans agressifs ; de l’autre côté, l’air manque, et une jeune fille est contrainte de grimper sur scène pour ne pas se faire écraser… ce qui ne semble pas lui déplaire puisque cette dernière ne se gêne pas pour prendre des photos sous le meilleur angle en s’étalant aux pieds d’un kei quelque peu surpris. Premier mouvement de recul du blond, qui malgré ses signes négatifs de la tête ne parvient pas à dissuader les jeunes excitées du premier rang de détacher ses lacets. Mésaventure similaire avec erina et ses admiratrices, bien décidées à rapporter chez elle un bout de sa robe pour trophée… A la sortie, certaines iront même jusqu’à surprendre le discret denka en l’enlaçant sans lui demander son avis. Loin d’être anecdotique, ce genre de situations se banalise, conférant au public français une réputation dichotome : chaleureux, sûrement, mais aussi terriblement impoli -pour ne pas dire vulgairement sauvage-, surtout pour des Japonais !



En fin de compte, ces quelques désagréments n’ont pas réussi à ternir la bonne représentation de Dio - distraught overlord devant une foule déchaînée. S’ils ne sont pas des monstres de technique et ne révolutionnent absolument rien musicalement, ils ont séduit par leur aura rayonnante et un sens certain du spectacle, sans oublier d’apporter une touche unique de bestialité à l’histoire de JAPAN EXPO. C’est ce que l’on tentera de retenir de ce concert d'une heure -sans surcoût-, nonobstant leur surprenante flegme en interview quelques temps après le show, et l’indifférence manifeste d’une partie de l’auditoire venue d’avance pour le cosplay. Logique : ce genre musical "gueulard ou bruitesque" ne se veut pas populaire mais méritait amplement sa place au festival, et Dio l’a plutôt bien représenté.

Aurélie Mazzeo


Setlist :
01 - -M-
02 - Garasu no Umi
03 - Yukihana
04 - GOD Forsaken
05 - Magokoro
06 - Last Dance
07 - Final
08 - Fuzai to Iu Genjutsu E
09 - Dantoudai ha ta ga tame ni yureru






Petite interview de Dio - distraught overlord à JAPAN EXPO 2007, planning surchargé oblige...

Orient-Extrême : Dio est une groupe récent sur la scène visual kei japonaise. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?
denka : Je suis denka, le batteur.
ivy : ivy, le bassiste.
erina : erina, guitariste.
mikaru : Je suis mikaru, le chanteur.
kei : kei, l’autre guitariste.

Orient-Extrême : D’emblée, quelles sont vos impressions par rapport au concert assez enflammé de tout à l’heure ?
erina et kei ouvrent la bouche en même temps

erina : Qui répond en premier ?
Orient-Extrême : Comme vous voulez ! [rires]
erina : En effet, nous venons de terminer notre premier concert en France.. J’ai été très touché par le public français qui est vraiment très chaleureux. J’ai l’impression que ce n’est que le début d’une longue histoire avec votre pays, et on espère revenir ici tant qu’on veut !
Orient-Extrême :
C’est ce que nous espérons aussi !

Orient-Extrême : Chacun de vous a déjà joué dans un autre groupe avant de rejoindre Dio (erina est particulièrement connu pour avoir joué dans CHELSEA). Comment en êtes-vous finalement arrivés à vous associer ?
erina : ivy et mikaru sont à la source de la formation du groupe, c’est eux qui ont décidé de le monter. Ensuite, je les ai rejoints, suivi de kei, l’autre guitariste, et denka, le batteur, en dernier lieu. En fait, entre nous, il s’agit d’une histoire d’amitié !

Orient-Extrême : Et en quoi l’expérience personnelle apportée par vos anciens groupes a profité à la musique de Dio ?
erina : Quand nous avons créé le groupe, chacun de nous avait une conception singulière de la musique, par rapport, justement, à ces différences dans notre histoire. Mais même si nos idées musicales respectives différaient lorsque nous nous sommes rassemblés pour former Dio, nous avons tout de suite été en adéquation, à propos de nos projets d’avenir, et ce indépendamment des divergences de nos passés respectifs. Le fait de partager le même point de vue nous a donné l’énergie nécessaire pour continuer, et nous a permis d’aller de l’avant.

Orient-Extrême : Diriez-vous alors que Dio correspond à l’image que chacun d’entre vous se faisait du groupe qu’il avait envie de fonder, image qui au final semble être partagée par tous ?
erina, en hochant la tête :
Voilà. Au moment où le groupe a été créé, il y avait d’emblée cette énergie qui nous poussait vers l’avenir. Maintenant que Dio existe depuis un an, cette idée commune a évolué au même rythme que nous, tant du point de vue musical que visuel. On pourrait dire que Dio est toujours un groupe en mutation.

Orient-Extrême : A propos, quel lien peut-on tisser entre votre musique et votre look, sachant que votre son comme vos vêtements sont vecteurs d’une ambiance plutôt sombre ?
erina :
La musique est une chose, et en effet, il y a dans nos chansons une réelle recherche musicale. Mais la recherche visuelle en est une autre. Nous ne pensons pas particulièrement cette relation entre le son et le look. Dans notre musique, nous visons le meilleur, sans concession, en nous donnant corps et âme. Du côté visuel, nous laissons libre court à notre sens des couleurs… [il hésite] C’est une toute autre histoire.

Orient-Extrême : Un autre dualisme, au sein même de vos titres : votre musique est violente, oppressante, sans pour autant négliger le versant mélodique et harmonieux. Pourquoi cette dichotomie ?
erina :
La partie sombre, un peu underground, de nos titres représente les aspects
obscurs de l’être humain. L’autre extrême, les aspects plus lumineux de l’homme, est incarné dans cette quête de beauté dans nos mélodies. Chaque être porte en lui ces deux aspects, nous ne pouvions pas choisir l’un ou l’autre, il fallait concilier les deux.
Orient-Extrême : En clair, cette dualité est l’expression du paradoxe humain ?
erina :
Oui. Des deux côtés qui cohabitent naturellement chez tout le monde.

Orient-Extrême : Vous refusez souvent de vous inscrire dans un mouvement particulier, le visual kei, auquel votre look s’apparente, et en même temps, vous revendiquez appartenir au "kote kei". Pourriez-vous nous en dire plus ?
kei, en traçant les kanjis sur un bout de feuille :
En fait, "kote" s’écrit en deux kanjis dont "ko", qui signifie "sombre", "foncé", "grave". C’est ce qui est exprimé dans notre look.

Orient-Extrême : Plus particulièrement à propos de vos sorties, à présent. Votre premier maxi-single Byakuya ni Moyuru Hana est sorti simultanément en Europe et au Japon. Pourquoi avoir fait ce choix ?
erina réfléchit quelques temps puis… :
Initialement, la sortie au Japon était déjà programmée. Mais entre temps, nous avons eu l’opportunité de rencontrer une société [NDLR : J-Music Distribution] qui voulait bien distribuer le CD en Europe. Cet interlocuteur nous a expliqué que notre style de musique pourrait entrer sur le marché européen. Du coup on s’est dit "super ! Pourquoi ne pas lancer un défi à la fois japonais et mondial ?". Voilà comment nous avons décidé de faire coïncider les dates au Japon et en Europe.

Orient-Extrême : De plus en plus de groupes japonais, particulièrement de Jrock, s’exportent en Europe ou aux Etats-Unis. Certains commencent par être appuyés par des majors tels qu’avex ou Sony (OLIVIA, Nana Kitade, HALCALI, etc.). Quelle est la marque spéciale de Dio, comment vous différenciez-vous de ces autres groupes ?
erina : Il est vrai qu’en Europe, comme au Japon, il existe un nombre important de groupes de rock : se différencier devient un véritable défi. En bref, nous associons le côté visual kei au genre du heavy metal. De plus, comme vous l’avez dit tout à l’heure, nous visons à jouer avec deux aspects extrêmes : ce qui est glauque, grave, et ce qui est léger, beau et mélodieux. Sur le plan graphique, chaque CD, chaque morceau, représente un concept, qui au fil des sorties construit une histoire. Nous ne nous cantonnons pas à la création musicale, nous travaillons également notre visuel, en bâtissant tout un univers qu’on peut immédiatement identifier à Dio - distraught overlord.

Orient-Extrême : Et cette histoire, alors ? Quel effet vouliez-vous produire avec les DVD qui accompagnent vos maxi-singles, parmi les donjons, les vampires, et autres cadavres ?
erina : Nous avons sorti deux maxi-singles, c’est dans le deuxième que l’on peut voir le château. Mais nous en préparons un troisième… Et quand on voit les DVD du premier jusqu’au troisième, on comprend enfin l’histoire…
Orient-Extrême : Aha ! Alors on ne pourra découvrir le pourquoi du comment qu’avec le troisième maxi !
erina, souriant : Exactement.

Orient-Extrême, tentant de démanteler la placidité des autres membres : Pourquoi avoir choisi une blonde occidentale pour le rôle de la victime du méchant vampire ?
Le groupe rient puis montre mikaru du doigt, qui tient le rôle du "méchant vampire" dans le deuxième DVD…
mikaru, d’une voix très grave :
Oui, c’est moi le vampire [sourire]. Ma véritable identité n’est révélée que dans le deuxième maxi. Mais vous savez, il faut vraiment voir les DVD jusqu’au troisième, là vous comprendrez tout…

Orient-Extrême : Un dernier mot sur un éventuel retour en France ? Avez-vous été assez séduits par le public français pour revenir ?
Tous :
Nous voulons revenir en France, sans hésitation !






Interview réalisée par Aurélie Mazzeo le 8 juillet 2007, avec la participation de Julie Carvalho.
Photos du concert : Sophie Héry et Eric Oudelet
Photos de l'interview : Fatiha Zeghir
Vidéo Dio à JAPAN EXPO 2007 filmée par Eric Oudelet et Alice Barthelémy, réalisation par Eric Oudelet
Toute reproduction ou réutilisation de l’interview, du reportage de la vidéo et/ou des photos est strictement interdite.
Remerciements : J-Music Distribution, Dio et leur traductrice.

Le site officiel de Dio : http://dio-0514.com
Le site officiel de J-Music Distribution :
www.jmusicdistribution.com
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