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Saya Chang - Missing your song

Say hello ! Après deux ans d’absence, Saya Chang, petite sœur de la star taïwanaise de la chanson A-Mei, refait surface. Money ? Money ? vous avait plu ? La chipie au physique singulier sort à nouveau ses griffes hip-hop… pour les rentrer le temps de phases romantiques parfois fort étonnantes. Return of the queen ?


La chanson-titre, Missing You, ouvre le bal avec les honneurs : à grands renforts de violons puissants, de basse très, très basse et d’interventions spéciales de gratte judicieusement placées, Saya Chang joue à Barbra Streisand. Et s’en sort bien, la petite (enfin pas si petite que ça vu ses photos en pied) ! Egalement appelée A song to miss you (ce qui ne veut plus dire la même chose du tout, mais on les excuse), le single est la reprise en mandarin de Endless Story, chanté par Yuna Ito pour le blockbuster japonais NANA, qui a au passage révélé la jeune chanteuse (critique de l’album ici.); et la présente version chinoise est presque tout autant un smash-hit pour tout amateur de slow vivifiant. Saya Chang, on l’entend et on le sent, a autant dans le cigare que d’éventuelles grandes et illustres sœurs de Hong-Kong comme Kelly ou Sammi Cheng ; ses poussées vocales sur une batterie sachant se faire discrète sont remarquables - bien qu’en dessous de celles de Yuna Ito ; le titre est une ouverture d’album fort intelligente.

Après nous avoir démontré par A+B qu’elle sait chanter comme une grande fille, Saya Chang profite d’un break pour chanter… différemment. Au cas où le pourcentage avide d’émoluments dance dynamités s’apprêtait à se tailler, Love oh oh arrive, et casse la baraque. Démarrant sur les relents agressifs d’un instrument traditionnel plaçant bien le décor, le beat se déballe ; c’est mixé à mort, les halètements chevauchent les chœurs radiophoniques, le hip-hop cède un temps à de la dance pure, c’est résolument moderne et absolument irrésistible dans un contexte… chaud. Alors que la chanteuse nous préparait à du mélo classieux d’aquarium, elle renvoie mémé à l’hospice, donne des effets inédits à sa voix, joue avec les assonances, et fait au passage aimer le mandarin à qui ne s’attendait pas à. Love oh oh, par son titre, fait thématiquement écho au premier titre de l’album, et annonce une grande diversité de répertoire qui ne sera pas le seul argument du nouvel et meilleur album de Saya Chang.

Comme on s’y attendait, Ai shang ai ni di mimi marque un deuxième changement catégorique de style, alors que l’on a pas encore dépassé la troisième piste. Méthode éprouvée, dira t-on ; sauf que là, on ne se sent pas à la foire comme c’est parfois le cas : après un début smooth et limite neuneu avec voix sucrée et chœurs n’économisant pas ses « wouhouhou » comme dans le jingle d’une mauvaise émission de variété, Saya Chang entre en scène, et arrive à faire aimer à peu près n’importe quoi. Parce que c’est un fait qui mérite d’être noté, mesdames et messieurs ! A ce titre, mélodiquement sans surprise et techniquement idem, est conféré dès les trente premières secondes l’atmosphère d’une tendre ballade des préliminaires amoureux, à la fois ouatée et malicieuse, par la simple voix de la chanteuse, cette fois-ci chaleureuse et presque sage.

Après ces deux digressions de qualité, Jue zhan xingqiwu, qui signifie “tu étais toujours présent”, remet les choses à leur place. Sa nature de grande romantique revenant au galop, Saya Chang donne ses lettres de noblesses à la grande chanson de variété mandarine, telle que la population de là-bas l’aime, surtout lorsqu’elle est montée sur des scènes bien mélodramatiques où l’héroïne court sous la pluie rejoindre l’homme qu’elle aime et qui a tout fait pour elle alors qu’il souffrait d’un cancer en phase terminale, etc. L’introduction est cinématographique, la voix douce, le timbre émouvant, et le ton exalté. Et, encore une fois, sans refaire le monde, le charme opère simplement, mais durablement.

Tout album a ses baisses de régime, Missing your song a les siennes, mais comme pour faire le malin, il a décidé de les regrouper ensemble. Le milieu de l’album est donc un peu son désert des tartares à lui. Bien que l’expression soit exagérée, l’image est belle : aux portes de ce désert, il y a deux morceaux de hip-hop ; au milieu, du slow diabétique : Tianqi rang ai qiguai, autrement dit "le temps a une étrange influence sur moi", parle certainement du temps qui passe, des amours influençables, de la vie, etc., et ce serait bien si on ne s’en foutait pas tant.

Les deux gardiens rouleurs de mécanos sont moins cataclysmiques. Yuanlai ni yizhi du zai nous renvoie à la power pop aux accents moitié hip-hop moitié dance que nous avait promis Love oh oh !, ce malheureusement sans la moindre once d’originalité qui fait la qualité de cette dernière. Ici, dans une ambiance beaucoup moins meugnonne et plus street dance, Saya Chang en fait beaucoup trop pour se faire passer pour une black : la guitare pugnace rappelant les génériques de séries télé américaines de la fin des 70’s, le rappeur pas très utile, les riffs disco, tout ça c’est techniquement nickel, mais spirituellement très peu stimulant, comme dirait l’autre. Quant au titre Huai piqi, qui en rajoute dans les accompagnements masculins RnB, il réveillera les épaves et rapprochera les corps dans les boîtes de nuit chanteuses ; mais certainement pas chez vous. Repassez plutôt du Aretha Franklin !

Halte là, malheureux ! Le désert est derrière toi, les trois pistes à venir ne sont que du bon. Women zhijian renoue avec le mélo soft. La chanteuse cesse de se prendre pour une obscur influence passée, redevient ce que les fans attendent d’elle, et pousse la chansonnette dans un titre d’un classicisme à double tranchant : parce que c’est au demeurant très joli, on peut le percevoir comme un ambassadeur fédérateur ; inversement, on peut aussi voir la flûte de pan, les chœurs mainstream comme dans Le Roi Lion, et tout le tralala, comme une concession au grand démon mondialiste. Vos goûts jugeront. Et ça change de vitesse ; on commençait à penser que c’était mieux avant, Fen hong bao nous rappelle qu’on ne peut pas tromper mille fois une personne (air connu), et en musique. Proactif, n’hésitant pas à appuyer davantage sur le champignon après chaque refrain, la piste 8 est la digne héritière de Love oh oh dans l’empire de Saya Chang. En d’autres termes, bourrée d’accompagnements jusqu’à l’overdose, passés au mixeur sur un son que l’on sent typiquement chinois derrière tous ces arrangements modernes… ; Fen hong bao est le versant jingle pub de ce qu’on a pu entendre de Saya Chang depuis le début de l’album, tant elle part dans tous les sens, sans (trop) perdre le nord.


Don’t say goodbye, chanson de générique de fin sur un plan de péniche filant dans la baie de Taipei, sous le soleil couchant (comment ça y a pas de baie à Taipei). Après le mélo miaulant, la dance explosive, le slow cinégénique, et le hip-hop light, Saya Chang pour son baisser de rideau revient à ses premières amours, et livre un hit romantique dont le titre plutôt bien trouvé nous renvoie à l’image des relations amoureuses que nous a véhiculées son album, exagérément, passionnément, stéréophoniquement. Ici, on se dit baibai (selon la retranscription officielle du gouvernement taïwanais), et c’est pour toujours, et c’est zoli comme le regard amande profond de Cecilia Cheung. Don’t say good bye, porté par une mélopée doucereuse, la fébrilité de sa micro-cantatrice, et son air de rien qui en dit long, ce n’est pas le tube de l’hiver, c’est mieux : ça s’étend sur plusieurs saisons, saisi d’un parfum de fin de journée où l’on écoute un vieux disque les yeux aux ciels fuyant une absence encore trop présente ; et ça n’a rien à envier aux meilleurs arguments de la canto-pop telle qu’elle est sanctifiée par là-bas. Perchée sur son île, Saya Chang est de retour, et en dépit de quelques petits ratés fait oublier sa grande sœur A-Mei… pour le meilleur de la variété chinoise ?

Alexandre Martinazzo


Sortie : 12 décembre 2005
Editeur : Sony BMG Music Entertainment (TW)

Tracklist :
01 - Xiang nian ni di ge
02 - Love Oh Oh
03 - Ai shang ai ni di mimi
04 - Jue zhan xingqiwu
05 - Yuanlai ni yizhi du zai
06 - Tianqi rang ai qiguai
07 - Huai piqi
08 - Women zhijian
09 - Fen hong bao
10 - Don't say goodbye

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