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Ai OTSUKA - LOVE COOK

Certains voyaient l'avenir du marché musical japonais reposer sur ses frêles épaules, la comparant même avec Ayumi Hamasaki dont elle était présentée comme la grande héritière. Mais c’était sans compter sur la fourbe Kumi Koda, sortie sans prévenir (et à moitié à poil) de sa coquille en cette année 2005, qui s’est accaparée rapidement toute l’attention des media. Et c’est là que les fans d’Ai se retrouvèrent confrontés à la dure réalité du potentiel très limité de leur protégée, une fois qu’avex a décidé de retirer ses billes du jeu pour tout miser sur la bombe Koda. Si bien qu’à sa sortie ce LOVE COOK, troisième opus de l’artiste, n’est déjà plus à proprement parler un évènement. Et sans la fièvre qui entourait les albums précédents, même les fans perdent de leur ferveur.

La constatation est presque unanime dans la communauté des fans de la jeune Ai : ce LOVE COOK est une déception. Moins de fun, moins de personnalité : la chanteuse a souhaité proposer un travail un cran plus mature –on ne l’en blâmera pas-, mais pour beaucoup il s’agit là d’une dommageable renonciation à ce qui faisait tout le charme d’Ai Otsuka : son irrévérence, sa kawai-attitude, son tempérament déjanté… Le résultat est que si les ventes ne seront en aucun cas ridicules, elles n’ont pas permis à Ai de marquer l’actualité comme elle l’avait fait avec son opus précédent. Les quatre éditions dans lesquelles sont proposées le disque (CD simple, CD+DVD et deux éditions limitées accompagnées de Picture Books illustrés par Ai elle-même) n’y changeront rien.

LOVE COOK s’ouvre sur une intro surprenante intitulée 5:09a.m.. Le morceau démarre étonnamment bien sur quelques notes synthétiques qui placent d’emblée dans une atmosphère nocturne et intimiste, sur laquelle la voix susurrée d’Ai Otsuka vient doucement se placer. L’on se réjouit alors de voir que la furie semble avoir fait le choix du calme, mais c’était bien trop espérer : après 80 secondes le naturel reprend le dessus, et Ai de brailler à tout va sur une base rock chargée pourtant bien amenée. A 5h10 du matin, c’est la défenestration qui l’attend la petite, ni plus ni moins… Par chance le calvaire sera de très courte durée, puisque la piste 2 est une ballade mignonnette très sobre, sans prétention mais globalement réussie, dans le plus pur style de celles d’Every Little Thing. Mais si l’interprétation d’Ai a les intonations de celles de Kaori Mochida, elle n’en a malheureusement pas la musicalité. Et la crécelle Otsuka de nous démontrer une fois de plus l’étendue de son talent pour gâcher des morceaux qui auraient pu être jolis.



On est toutefois loin du pire : car celui-ci arrive maintenant. Passons sur Biidama qui a tout de la petite chanson pop d’idol qui aurait toute sa place dans la discographie d’Aya Matsuura, pour arriver directement à sa consoeur SMILY, sortie sur le même single durant l’été 2005. SMILY est une nouvelle représentante de l’horreur Otsuka dans toute sa monstruosité, comme l’était Sakuranbo. A ceci près que là où Sakuranbo se contentait d’être une insulte à tous les professeurs de chant et de musique du monde, SMILY se double d’une portée anti-éthique qui dépasse les limites de l’acceptable. Par respect pour le public qui a découvert et adoré Ai à ses débuts avec des chansons de ce genre, nasillardes et criardes comme pas croyables, baignant dans un univers tout rose à vous dégoûter à jamais des chamallows, nous n’irons pas plus loin dans la description musicale de cet immonde déchet que même le 2nd, le 3ème ou le 3000ème degré ne peuvent permettrent d’apprécier dignement pour qui a plus de 12 ans… Par contre nous ne pouvons faire l’impasse sur le clip de SMILY, véritable crime contre l’humanité exhibant tel des animaux une bande de polynésiens dans des tenues ridicules, que l’on a réussi à convaincre qu’il était de bon ton d’exécuter des chorégraphies avilissantes au point de les leur faire faire avec un sourire franc jusqu’aux oreilles. Honteux, et c’est encore pire en live…

U-Boat reprend le flambeau derrière SMILY en plaçant cette fois les délires d’Otsuka sur une base punk dépouillée mais présentable, bien évidemment complètement pourrie par les gémissements de l’artiste qui semble prendre un plaisir incroyable à effectuer ses grimaces vocales insupportables. Mention spéciale pour les aboiements de chihuahua très bon goût qui ponctuent les refrains. Après un tel calvaire on est heureux d’avoir enfin droit à un peu de calme, avec un Neko ni Fuusen creux mais qui a au moins le mérite de ne pas être (trop) désagréable. Mieux, Ai nous offre même, enfin !, une bonne piste à se mettre sous la dent avec Cherish, un morceau qui figurait sur l’album hommage au manga NANA sorti début 2005. Pour une fois l’artiste se débarrasse de ses accents braillards, pour le plus grand bonheur de nos oreilles qui prennent alors plaisir à l’entendre chanter –juste !- des couplets doux amenant de sympathiques refrains de ballade rock classique mais efficace. Et comme nous le disions dans la critique de Planetarium il y a de cela quelques mois, cela n’en est que plus frustrant : comment une artiste capable, sinon du meilleur, au moins de très bonnes choses, peut-elle délibérément faire le choix de la médiocrité ?



On passera sur Ramen 3 Fun Cooking, improbable délire dont le titre est sans doute la composante la moins ridicule, mais qui a le mérite de ne pas tromper sur la marchandise. On passera aussi sur Tokyo Midnight, d’une platitude infinie dans un registre ska inhabituel et pas trop massacré, mais dépourvu de la moindre once d’originalité. Pour en arriver justement à Planetarium dont il était question plus haut et dans une critique publiée à la sortie du titre en single. Sans atteindre le niveau d’excellence du superbe Daisuki da yo que nous avait offert Ai Otsuka en 2004, cette chanson douce n’en est pas moins un véritable bol d’air frais au milieu de cet album, sobre, bien interprété, ponctué d’une mélodie à la flûte bien trouvée. A quand un album de ballades ?

Pour finir l’album, Ai nous livre deux derniers morceaux dans des registres radicalement différents. On commence par Birthday Song, une chanson d’anniversaire donc, relativement audible même si musicalement dénuée de tout intérêt, qui aurait pu servir de générique de fin à feu la série TV Punky Brewster. Et enfin LOVE MUSIC, une nouvelle ballade qui semble tout droit sortie d’un album d’aiko tant sur le plan instrumental que vocal, à ceci près que contrairement à son aînée, Ai a ici la bonne idée de nous épargner ses gémissements nasaux. Ca se laisse écouter, mais ne suffira pas à donner envie de remettre une deuxième fois le CD dans le lecteur.

Bilan des courses : LOVE COOK est un album doublement décevant. Décevant d’abord parce qu’à l’exception de l’atroce SMILY, il ne donne pas aux détracteurs de l’artiste suffisamment de matière braillarde et déjantée pour se moquer des pauvres petites fans transies devant la kawaiitude de leur petite furie préférée. Décevant ensuite parce là où était annoncé un travail plus mature, l’on assiste à un flot de pistes insipides, d’une platitude sans nom, d’autant plus frustrantes que l’on sait que l’artiste est tout à fait capable de faire du bon travail. Nous ne retiendrons de cet album que deux pistes : un Cherish surprenant de crédibilité dans un registre de ballade rock tout sauf innovant mais réussi, et un Planetarium aux vertus apaisantes bienvenues. Bilan bien maigre pour une prétendante au titre suprême. Cuisiner avec amour ne suffit pas pour remplir un restaurant, surtout quand la médiatisation ne dure pas : encore faut-il que la mangeaille soit bonne…

Kévin Petrement


Sortie le 14-12-2005 – AVCD-17839~42 – 3619 / 2913 Yens

Tracklist CD :
01 - 5:09a.m
02 - Hane ari tamago
03 - Biibama
04 - SMILY
05 - U-BOAT
06 - Neko ni fuusen
07 - Cherish
08 - Ramen Sanpun Cooking
09 - Tokyo Midnight
10 - Planetarium
11 - Birthday Song
12 - LOVE MUSiC

Tracklist DVD :
01 - Biidama (PV)
02 - Cherish (PV)

Visuels © avex

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