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Kelly Chen - Love

Kelly Chen part en voyage. Phénomène made in Hong-Kong, la chanteuse est une star au parcours typiquement asiatique, mélangeant depuis maintenant dix ans premiers rôles au cinéma et albums à un rythme frôlant l’épilepsie. Et s’est même permis de le faire mieux que les autres : son entrée au cinéma s’est faite avec un premier rôle, dans le populaire Whatever will be, will be, en 1995, et certainement par esprit pratique, la production l’a autorisée à pousser la chansonnette pour le film, permettant à la jeune femme de démarrer deux carrières simultanément. Son premier album en cantonais, Dedicated Lover, sorti quelques mois plus tard, annonçait déjà la couleur : Kelly Chen Wai-Lam serait la princesse de la canto-pop, ou ne serait pas…


2003. Le genre lui a grand ouvert ses portes depuis déjà longtemps, et la chanteuse a déjà une trentaine d’albums à son actif – sans compter les best of, les karaoke vcd, les concerts, etc. Ce qui ne l’empêche pas d’être toujours au top, malgré ses récents problèmes de voix. En cantonais, en mandarin, en anglais (elle a étudié à New York), ou même en japonais, rien ne semble arrêter la sirène, qui semble toucher un peu à tout sans pour autant changer de style musical. Et Love semblerait être un de ses meilleurs albums.

Ca démarre pourtant chaotiquement : l’album, sorti dans un somptueux packaging incluant un photobook et des cartes postales, nous présente la diva en Espagne, apprenant les mouvements de toréadors et la salsa entourée de son équipe intégralement chinoise. Les photos sont magnifiques, Kelly Chen très belle, mais à la voir parodier les bribes d’une culture qui nous est d’un coup plus familière, on se prend à craindre la suite : Love ne serait-il pas l’égarement type de la starlette se mettant, dès qu’elle a un certain nombre d’heures de vol au compteur, à chercher sa voie, dans le shamanisme, auprès des petits enfants d’Afghanistan, ou dans une obscure secte malaisienne ? Le vedettariat, ça rend maboule… voilà que l’album démarre, et que Shake Shake, premier titre, semble concrétiser toutes nos peurs. Rappelant les singles les plus commerciaux, il mixe sons et rythmes latinos avec des éléments de dance cantonaise, dans un grand bordel touristique et superficiel. Mais lorsqu’on apprend qu’il s’agit d’un morceau chanté pour la chaîne de fast-food Mcdonald’s, on devient tout de suite plus tolérant !



Les choses sérieuses démarrent réellement à la deuxième piste, She doesn’t look as good as me, une des chansons phare de l’album ; version cantonaise d’une chanson de son album en mandarin You don’t mean it, sorti également en 2003, le morceau regroupe une grande partie des éléments qui ont fait le succès de la chanteuse : sur des textes joliment mélo à l’image de l’équivalent cinématographique que produit Hong-Kong (du romantisme premier degré exacerbé), la douce et nuancée voix de Kelly Chen, une mélodie enlevée et mélancolique, un judicieux accompagnement aux violons… l’absence de réel dynamisme fait manquer de peu au morceau le statut de hit. Bien mis en condition, on ne tarde de toute façon pas à en avoir pour notre argent, puisque la piste 3 porte le nom d’un des duos en cantonais les plus réussis de ces dernières années : To love a person, puissamment chanté en duo avec l’excellent Hacken Lee, est l’acmé d’une classe musicale mainstream, où la diva maîtrise pleinement ses effets sur un rythme frénétique, en réponse au chanteur, dans une structure en dialogue fabuleusement montée. Kelly Chen reprendra la chanson en solo sur la piste 12, avec une détermination et un charisme valant presque pour deux…

Sitôt la piste 3 finie, la pression redescend avec Greatly and completely admire, pop miaulante joliment agencée, mais apparaissant plus comme une page de publicité qu’autre chose. Des morceaux de ce genre, il y en aura dans le reste de l’album : les pistes 7 et 11, soit bien peu sur l’intégralité d’un CD, lorsqu’on est habitué à acheter certains albums pour une seule chanson valable.

On repart sur d’excellentes bases pour deux morceaux incarnant parfaitement l’alternance permanente de la chanteuse entre ses deux genres de prédilection, la ballade et le R&B technoïde. Kiss Me Goodbye, plus beau titre de Love, est une ballade nostalgique que sa composition simple rend encore plus belle ; portée par la voix en état de grâce de la chanteuse, elle évoque une route, et les harmonieux tintements de batterie les kilomètres parcourus, loin de l’homme qu’elle aime ; tandis que Freud laughs at me, morceau ultra-dynamique de hip hop à la sauce Chen, semble répondre fièrement au mélo précédent par l’éructation jouissive d’une Kelly Chen on the beat, accompagnée d’un rappeur cantonais à l’intonation de voix aussi variée que les rôles de Sammo Hung. C’est fait pour : efficace, rythmé et populaire, on a là un titre dont le binôme qu’il forme avec le morceau précédent lui donne tout son intérêt.



Love, sur la piste 8, semble être la chanson la plus populaire de l’album auprès du public cantonais. Il ne s’y est pas trompé : le morceau, de la même trempe que Kiss me goodbye, est doté de la même douceur jusque dans les instants tumultueux, fort d’une instrumentalisation céleste, fournie sans débordements ; c’est classique, comme l’utilisation impeccable de la flûte en fond discret, et ça se revendique comme tel. L’oscillation entre morceaux soft et vigoureux est une formule qui semble plaire à Kelly Chen - ou plutôt Mark Lui, le réalisateur de ses albums, puisque la piste 9 relance la sauce bukadance. Don’t protect me, dont le titre et la rythmique agressifs inspirent un élan de féminisme tendance, ne sort pas foncièrement du lot des productions Kelly Cheniennes habituelles ; simplement, il est doté d’une figure de style rythmique, dans son refrain, qui fait la force et le renouvellement léger mais en apparence infini de la diva. Rien que pour cela, il mérite d’être écouté. Et le rythme redevient plus lent, le temps de la dernière chanson mémorable du CD. Lover’s Queen, jolie ballade, est une reprise un peu arrangée d’une chanson de pop coréenne populaire de ces dernières années. Quand on connaît un peu la pop coréenne, surtout celle qui accompagne les feuilletons télé du pays, il est aisé d’en reconnaître certaines intonations ; la chose va comme à un gant à la chanteuse, préfigurant peut-être l’album coréen qu’elle réalisera près de deux ans plus tard…


Sorti dans un été torride, au milieu d’une dizaine de produits à son nom qui ont contribué à faire de l’année 2003 une année Kelly Chen de plus, Love aurait pu s’appeler tout simplement Love, bien que cela fût un peu prétentieux, le Spain apparaissant là comme un simple argument de vente pour jeunes femmes éprises d’horizons lointains (y a ça, en Espagne ?). Pourquoi pas ? Au final, on a là un album dominé par des ballades plus ou moins rythmées, d’un niveau presque toujours supérieur à la moyenne cantonaise. La reine de la canto-pop a encore de beaux jours devant elle, en espérant qu’elle continuera de se renouveler ainsi. Pari tenu.

Alexandre Martinazzo


Site officiel : http://kellychen.stareastnet.com/en/main/main.html
Sortie :
22 août 2003

Tracklist :
01 - Shake Shake
02 - She doesn't look as good as me
03 - To love a person ft. Lee Hacken
04 - Greatly and completely admire
05 - Kiss Me Goodbye
06 - Freud laughs at me
07 - Still wanna be a woman in the next life
08 - Love
09 - Don't protect me
10 - Lover's Queen
11 - Love Reward
12 - To love a person
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