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101A - LETHE

La puissance divine de one day, précédent opus du groupe japonais de trip-hop 101A, plaçait la barre bien haut. Mieux structuré, plus puissant, toujours aussi envoûtant, LETHE n’a rien à envier à son prédécesseur. Si l’un était une lente montée vers les cieux, l’autre sera une longue chute vers le centre de la terre.

Létal

Un fin digipack de carton coloré en vert sombre, où se croisent trois étoiles griffonnées, l’ombre d’un cheval, et quelques volutes noires. Pas de livret, des paroles dont on ne peut assurer l’authenticité, simplement au dos de la couverture. Un CD couleur nuit, ponctué par un minuscule croissant de lune. Avant la première écoute, LETHE, édité en Europe par Higashi Music (et disponible dans sa boutique en ligne à 14 euros), pourrait, au choix, paraître peu avenant, ou particulièrement intrigant. Qu’en est-il de son contenu ?

Lorsqu’on écoute 101A, l’immersion peut ne pas être immédiate. De manière générale, les compositions restent musicalement dépouillées, mais le travail de composition n’est pas si négligé et superficiel qu’il n’y paraît : même si le trio instrumental n’accomplit aucune prouesse technique, il cultive l’inattendu en jouant sur les arrangements, et la structure de ses musiques, et ici sur la structure de l’album LETHE tout entier.



Flux et reflux, 101A et ses ondes sonores. Yuki no sekai ouvre ce nouveau voyage, laissant poindre, sous un voile mystérieusement trouble, les origines du pouvoir hypnotique de la musique du groupe. Les accords simplistes de la guitare de Noah, presque dissonants, servent de support écorché à sa voix surnaturelle. Avec sa grâce habituelle, la chanteuse psalmodie en décalé, ses mots résonnent comme un écho escaladant les hautes parois d’une abîme… et entraînent l’auditeur vers le fond.

La chute, d’abord, reste douce, comme lorsqu’on sombre dans le sommeil : les premiers instants de MIGRATION ne sont marqués que par la voix de Noah qui s’élève, seule, répétant encore et encore la même phrase. S’installent alors les instruments. La batterie de Sally, à présent membre officiel de la formation, accélère le rythme, tandis que la basse de the K s’affirme, de plus en plus obsédante. Certainement pas en reste, Noah hausse également le ton de son chant et de ses cris étouffés.

L’opus entier suit ce même schéma, ces mêmes vagues, alternant accalmies et montées en puissance. Après la nerveuse ligne de basse qui clôt MIGRATION viennent donc HEAT et LETHE, qui en profitent pour rappeler les racines trip-hop de 101A. HEAT, d’abord, est parsemée de rares paroles, sur une instrumentale paisible. Batterie régulière, quelques ajouts électro, un accord de guitare ici et là. Et puis, c’est le mystérieux néant avec LETHE et ses sonorités caverneuses, comme autant de gouttes glissant d’une stalactite.

"Lost sky, why are you so pure ?"

Les titres EUGENE et MIRANDA LETHAL WEAPON, rock sans équivoque, dévoilent un autre des talents de la formation. Sur des notes nerveuses, Noah impose une voix grave, canaille, et pousse ces petits cris ambigus dont elle a le secret. Dans la même lignée viennent s’inscrire SERPENT, chanson sale lacérée par un son inhumain, entre le cri et le grésillement, et les hurlements étranglés de la chanteuse, mais également SEX SLAVE, chanson dérangeante de one day dont l’enregistrement live est disponible en piste bonus. Ambiance décadente et thème racoleur, on y retrouve cette voix d’homme proférant "sex slave" d’un ton neutre, à intervalles réguliers, accompagnée des cris réverbérés et des respirations laconiques de Noah.

Néanmoins, prouvant une fois encore que le mélange des genres réussit toujours au groupe, quelques moments délicats éclairent les chansons les plus sombres : les aigus dans le refrain d’
EUGENE rappellent ainsi les sirènes ensorceleuses d’Ulysse, alors que la seconde minute de MIRANDA LETHAL WEAPON est marquée par un break inattendu, où les soupirs et les murmures surgissent comme une douce lumière. 101A choisit de conclure LETHE sur l’ambiguïté inverse. En effet, si la voix presque enfantine de Noah détend l’atmosphère tendue des précédents titres, l’étrange grésillement de SERPENT vient à nouveau hanter les toutes dernières notes de SHELLFISH… Cœur battant.

Avec LETHE, 101A signe un album complexe aux multiples entrées, sans jamais trancher entre immaculée pureté et décadence outrancière. Plus encore que le schizophrène one day, ce dernier opus dérange, intrigue, et ne s’oublie pas. A écouter de bout en bout, bien accroché à sa chaise, ou allongé dans le noir.

Aurélie Mazzeo


Sortie : 16 janvier 2008
Site officiel : www.101a.org

Tracklist :
01 - Yuki no sekai
02 - MIGRATION
03 - HEAT
04 - LETHE
05 - EUGENE
06 - MIRANDA LETHAL WEAPON
07 - shi hen
08 - SERPENT
09 - SHELLFISH
10 - LULL
Bonus track - SEX SLAVE (live)


Photos 101A © Higashi Music
Packshots © Orient-Extrême
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