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Aoyama Thelma - DIARY

Des nouvelles pseudo stars et autres buzz instantanés dans la musique japonaise, il en naît toutes les deux semaines. Mais des artistes qui arrivent à s'imposer grâce à une voix, une interprétation ou une musique qui, à défaut d'être innovante, plait à un très large public, c'est déjà plus rare. Pour l'instant, c'est un sans faute pour Aoyama Thelma, jeune métisse américano-trinidado-japonaise qui devient l'égérie montante du R'n'B japonais après seulement deux singles et un album, DIARY, troisième de l’Oricon hebdomadaire à sa sortie derrière les top-scorers EXILE et Utada Hikaru.

Le point fort d’Aoyama Thelma, à l'inverse des jeunettes pop littéralement produites par leur maison de disques, est d'avoir fait reconnaître son talent par les artistes du milieu nip-hop, avant de se lancer dans une carrière solo. Elle a fait le bon choix de s'imposer auprès des grands noms du R'n'B japonais, grâce à plusieurs séries de collaborations avec SPHERE of INFLUENCE, SoulJa, Dohzi-T, VERBAL, ou le collectif DS455. Ainsi, quand sort son premier single ONE WAY, le nom d’Aoyama Thelma n'est pas complètement inconnu et grimpe rapidement les marches de l'Oricon chart. Elle retourne ensuite poursuivre ses collaborations avec le rappeur chanteur SoulJa, et lui offre la voix féminine de son Koko ni Iru yo. C'est surtout avec sa réponse, Soba ni Iru ne feat. SoulJa, une version plus soft, moins rappée et plus pop (une ballade empreinte de R'n'B soulignée par la voix profonde et chaude de SoulJa), que Thelma s'impose auprès du public, le titre étant légalement téléchargé à plus d’un million d’exemplaires en un temps record ! En cette fin mars 2008, la chanteuse profite de cette vague de popularité pour sortir, un an à peine après ses débuts de choriste, son propre album : DIARY.

La première bonne nouvelle de ce premier opus, c'est qu'il propose un nombre impressionnant de pistes inédites. DIARY compte en effet quatorze morceaux, dont les très attendus ONE WAY et Soba ni Iru ne, ainsi qu’une précédente collaboration de Thelma : this day feat. Dohzi-T. Le reste est inconnu ou inédit, tel ce remix de GOOD TIME (du single ONE WAY) par MIKU de YA-KYIM. La seconde bonne nouvelle, c'est que le tout est très bon !

La fille cachée de Janet Jackson et d'Utada Hikaru (devinez qui fait l'homme…)

Dans son registre musical, Aoyama Thelma serait un mix approximatif entre AI (Japonaise ayant fait ses classes aux USA) pour son flow et son héritage du gospel, et Eriko Imai (ex-membre du girlsband SPEED) pour son côté maigrichon et ses tenues improbablement colorées ! Malgré tout, on ne peut s'empêcher de la comparer à Utada Hikaru, qui a fait une percée fulgurante en 1999 en important au Japon les bases d'un R'n'B accessible au grand public avec la réussite qu'on lui connaît. Avec ses deux premiers succès, ONE WAY et Soba ni Iru ne, Thelma réactualise de manière transversale le R'n'B japonais. Inspirée par Janet Jackson et la musique gospel dont elle est déjà star à dix ans, elle grandit avec la musique afro-américaine de ces trente dernières années. Elle propose une musique qui rejoue les poncifs du genre en lui insufflant une bonne humeur à mi-chemin entre la chaleur de la Californie et l’esprit urban-kawaii du Japon.

Grâce à ses nombreuses racines musicales, afro-américaines, caribéennes et japonaises, Aoyama Thelma prouve une fois de plus que le métissage apporte beaucoup aux productions nipponnes. Même si la chanteuse a, comme toutes ses prédécesseurs, dû se faire remarquer grâce à des notes perforeuses de tympans, il se trouve, pour notre plus grand bonheur auditif, que DIARY contient surtout des chansons mid-tempo, avec des mélodies parfois calmes, typées ballades, soit enjouées, typées hip-pop ; mais jamais de notes ou de hurlements traumatiques. On appréciera donc cette modération qui permet également de faire la part belle aux vraies performances vocales de la chanteuse, comme ses vocalises ou son flow, simples mais parfaits.

Ce premier album joue néanmoins la sécurité en proposant un maximum de ballades (Soba ni Iru ne, Last Letter, Kono Mama de, Mama e et DIARY) en s'appuyant sur l'omniprésence d'un piano qui squatte tous les morceaux. Anata ni Aete Yokatta change la donne puisque c'est une guitare sèche qui porte la chanson, dans un style plus folk, pour les raisons qui seront expliquées pour bas. Le reste de DIARY captive par l'esprit festif de titres tels que ONE WAY, GOOD TIME, HIGHER ou Paradise. De manière générale, c'est un instrument seul qui ouvre un morceau, rapidement rejoint deux ou trois mesures plus tard par une boite à rythmes, des claps ou des instruments falsifiés par une machine. Le flow est lui accéléré, très haché, rythmant une fois de plus le morceau. Parfois, Thelma se lance dans un pont musical rappé, parfois ponctué de "Hey !" ou de "Ha !" gonflés par les harmoniques, comme le ferait une Rihanna.

DIARY est donc à l'image de la production urban actuelle : en partie traditionnel avec un ou deux instruments accompagnant une mélodie portée par la voix suave de la chanteuse, en partie métallique à cause de l'ajout de sonorités synthétiques. Parmi les quatorze pistes proposées, on appréciera très particulièrement les deux premières chansons. Soba ni Iru ne d'abord, qui ouvre l'album sur cette magnifique ballade, portée par un piano, la voix et les harmoniques de Thelma et le rap très old school de SoulJa (comme avait su le faire globe il y a dix ans) ; puis ONE WAY, dont la post-production laisse filtrer des scratchs, comme si le morceau avait d'abord été enregistré sur un vinyle. C'est totalement vintage, et c'est génial ! Enfin, Anata ni Aete Yokatta se démarque avec sa guitare acoustique à la fois douce et rythmique, à l'image du folk rock de la East Cost, représenté par Jack Johnson, Jason Mraz ou Tristan Prettyman.



Inspirations et recyclage à la mode

Pour réussir le pari de fédérer autour d'un style finalement pas si représenté par des artistes féminines japonaises, Thelma Aoyama cuisine les recettes des succès occidentaux : la reprise ! Chose finalement peu en vogue dans l’archipel jusqu'il y a peu. On avait bien vu nombre d'artistes reprendre des succès japonais ou occidentaux lors de performances lives (Utada Hikaru Take on me de A-ha ou I Love you d’Ozaki Yutaka) mais au final, seules quelques rares artistes avaient fait le pari de la reprise avant les années 2000. Outre la japonisation de quelques tubes (Saturday Night de Whigfield chanté en japonais par MAX, ou l'adaptation borderline de Paint it black des Rolling Stones par Hikki), Koda Kumi a certes réinterprété quelques chansons thèmes de Disney (Ce rêve bleu, It's a small world...) de manière plus drôle que sérieuse, alors que PUFFY commence juste à s'intéresser aux standards du rock (Basket Case de GreenDay ou Girls just wanna have fun de Cindy Lauper). Les Japonais préfèrent classer de manière rigoureuse les choses. On se souviendra donc de la reprise de Roppongi shinju -bonne et injustement boudée- par Nanase Aikawa d'un titre d'Ann Lewis et surtout de The Hit Parade de PUFFY ou du duo Sayaka Ichii et Yuuko Nakazawa (ex-Morning Musume) avec Folk Song, deux très beaux albums de reprises japonaises.

Dans le même esprit de réactualisation, Aoyama Thelma propose une réinterprétation du très prisé Anata ni Aete Yokatta (une des chansons d'amour les plus plébiscitées au Japon, selon un sondage de 2006) originellement chanté par l'actrice Koizumi Kyoko. Pour le reste de l'album, Thelma s'inspire très largement de la production mondiale en apportant une touche de fraîcheur aux standards du genre, comme Christina Aguilera et son back to basics, Amy Winehouse et son album back to black ou Rihanna (SOS et Don't stop the music). On avait bien vu Tsunku tenter l'exercice avec Mister Moonlight ou The Peace! (Never can say good-bye des Jackson Five, puis de Gloria Gaynor) et Hikaru Utada de reprendre les accords de guitare de Shape of Heart de Sting.

L'intérêt des samples, quand ils sont utilisés à bon escient, est de donner un arrière goût de déjà entendu à une chanson "neuve", et de présenter au public une chanson qu'il retiendra ainsi plus facilement. My dear friend s'ouvre ainsi sur une mélodie archi connue, et GOOD TIME sample les "Whooh" préenregistrés des productions R'n'B de la fin des années 80, assaisonnés avec un peu de Salt'N'Pepa dans la plupart de la composition musicale. Subtil et efficace.



Pour HIGHER, elle reprend la phrase musicale d’A view to a kill, tube culte de Duran Duran et B.O du film du même nom de la saga 007, sur lequel elle appose un beat métallique, quelques discrets effets appréciés dans le rap new-yorkais des années 80 et sa voix puissante sur une mélodie résolument actuelle, et même de nombreux "yeah hey ooh" en forfait voyelle pour la fin. Paradise reprend quant à lui note pour note une partie du refrain de Can get my eyes off you de Gloria Gaynor, avant de devenir un morceau plus passe-partout, style Whitney Houston remixé disco version XXIème millénaire. En gros, une chanson qui ressemble à la production mondiale actuelle, incapable de réinventer quoi que ce soit et qui puise son inspiration dans le disco, le R'n'B (Rythm and Blues, la définition originale, des années 60) et les productions rap des années 90.

Avec à peine vingt printemps, Thelma a réussi, en moins d'un an, à se faire une place de choix sur le marché du disque japonais. Un exploit qui nous rappelle le succès -en version miniature ici- d'une certaine Utada Hikaru. Mais la ressemblance ne s'arrête pas là, elle surfe également sur la vague du R'n'B américain à la sauce nipponne avec son look détonnant dans la débauche franfreluche de la Jpop. Si l'on réécoute First Love d'Hikki, on retrouvera en partie les ingrédients du succès d’Aoyama Thelma : des ballades rythmées et des titres sautillants pleins de bonne humeur, l'utilisation de samples discrets ou la réinterprétation de titres déjà connus. Jusque dans son look improbable, Thelma affiche son amour des années 90 : ses shorts-salopettes, ses t-shirts over-colorés, voire fluo, ses boucles d'oreilles over-sized... Le clip de ONE WAY est on ne peut plus éloquent, on dirait une SPEED en solo ! Le succès de DIARY, déjà troisième des ventes pour sa première semaine d’exploitation avec environ 110.000 CD écoulés, s’inscrit dans le virage emprunté par la production pop japonaise : moins sexy, moins show-off et plus urban. Ce ne sont pas les ventes désastreuses des artistes féminines déjà sur le marché qui contrediront ce constat ! DIARY est un album qui vaut absolument l'écoute, en espérant juste que ce ne soit pas qu'un one-shot, et qu’Aoyama Thelma continuera de nous abreuver de ce R'n'B soft et joyeux, sans tomber dans la caricature de la ballade.

Wendy Roeltgen


Sortie : 26 mars 2008
Référence édition limitée CD+DVD : UPCH-9419
Référence édition simple CD : UPCH-1593
Site officiel : www.thelma.jp

Tracklist CD :
01 - My Beginning
02 - Soba ni Iru ne feat. SoulJa
03 - ONE WAY
04 - My dear friend
05 - Last Letter
06 - Rhythm
07 - GOOD TIME REMIX feat. MIKU from YA-KYIM
08 - HIGHER
09 - Paradise
10 - This Day feat. Dohzi-T
11 - Kono Mama de
12 - Anata ni Aete Yokatta
13 - Mama e
14 - DIARY

Tracklist DVD :
01 - Soba ni Iru ne feat. SoulJa (Music Clip)
02 - My dear friend (Director's Edition) (Music Clip)

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Visuels © thelma.jp
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