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Moi dix Mois - NOCTURNAL OPERA (version européenne)

Le second album de Moi dix Mois en version européenne est aujourd’hui disponible dans les bacs, accompagné d’un second CD rassemblant tous les singles sortis au Japon. Trisol, le label européen à l’origine de cette édition, nous propose un packaging cartonné inédit, classieux, riche en contenu et à un prix très abordable. Être européen a parfois du bon ! Quid de la musique ? Depuis le premier album Dix infernal, le groupe de Mana a accueilli un nouveau guitariste/chanteur à la voix gutturale, K ; les mélodies tourmentées de Moi dix Mois ont gagné en puissance, en profondeur, et le style se rapproche encore un peu plus des groupes de black metal symphonique européens, tout en préservant son identité gothic pop.



Après la version française de HomuraUta de MUCC réalisée par Soundlicious, cette édition européenne de NOCTURNAL OPERA made in Germany franchit un nouveau palier en matière de packaging qualitatif. Le coffret mat au cartonnage épais s’ouvre sur quatre volets avec les deux CD audio au centre. Les deux livrets couleur (celui de NOCTURNAL OPERA et un deuxième compilant ceux des trois singles japonais) sont enfichés dans les volets externes, protégés et bien fixés. On évite ainsi l’écueil du booklet volant préjudiciable à HomuraUta. C’est joli, bien fini (sans atteindre la perfection car il reste notamment des bandes blanches non imprimées aux jointures des volets) et on a vraiment le sentiment d’en avoir pour son argent (contrairement à un certain DVD dit "collector"…).

Venons-en au plat principal, à savoir l’album NOCTURNAL OPERA. Au moment de l’enregistrement, le groupe était composé de Juka au chant, associé à la deathvoice du guitariste K, le grand gourou Mana assure évidemment sa partie à la gratte, et on a enfin Kazuno à la basse et Tohru à la batterie. Moi dix Mois joue un metal symphonique ténébreux et gothique, mais avec une élégance et une délicatesse toute personnelle, un côté pop même, qui les distingue des nombreuses formations européennes officiant dans un style comparable (on se demande d’ailleurs si un groupe européen accepterait la voix maniériste un peu efféminée de Juka). NOCTURNAL OPERA accentue le contraste des teintes préalablement entendues dans Dix infernal : les parties douces le sont davantage, et les parties violentes plus puissantes (le chant bestial de K y est pour beaucoup).



Contrairement à ce que pourrait annoncer l’intro lourde et sombre, comme une marche funèbre et guerrière suivie d’un déluge sonore au clavier et à la batterie, la première moitié de l’album met en avant le côté glamour et féminin du faux boys band metalleux (osons !). Nocturnal Romance en piste 2 aura tout de même donné le ton : c’est un album de metal sympho ; mais suivent ensuite des titres emprunts de douceur et d’élégance, mêlées à une brutalité retenue. monophobia verse dans le gothic pop quand vestige et ses violons nous charment par leur mélodie lancinante. Moi dix Mois crée une atmosphère unique et captivante, la qualité des compositions et l’utilisation maîtrisée des nombreux instruments et des voix en sont la clé de voûte. Encore plus originale, la piste 6 est une valse lente, larmoyante et draine avec elle une montagne d’espoirs déchus. Le moment est idéal pour trancher dans le vif et faire parler la poudre, MAD INGRAIN sonne la charge par son martèlement et ses cris belliqueux : la deuxième partie du CD ne fera pas dans la dentelle.

Grondement puis explosions de puissance, the Prophet sonne la charge ! Appuyée par le jeu ravageur du bassiste, la deathvoice de K déchire de part en part le paysage musical théâtral qui se construit dans notre esprit. Encore plus surprenant, la nouvelle vocaliste (jamais présentée par Mana) qu’on a timidement entendue au début de l’album, accompagne le lead vocal Juka lors des refrains pour un duo prodigieux à donner la chair de poule. Après ce titre excellent, Perish instaure une ambiance plus lourde, pesante et malsaine, bienvenue pour préparer le dernier gros titre de l’album : Shadows Temple-x. Ce titre, comme the Prophet, c’est du lourd : on est emporté dans un tourbillon d’orgue, clavecin, batterie, basse, guitare, ne sachant plus où donner de l’oreille. Les chants, les claviers, les cordes… tous rugissent et se répondent à tour de rôle. Les couplets calmes font ressortir toute la puissance des parties sauvages, auxquelles succèdent des instants pop dansants. Unique. Seul Moi dix Mois propose un tel patchwork mélodique qui fonctionne aussi bien. Le morceau de fin au piano et à l’orgue avec ses chants vaporeux est étrange : on dirait une transition, on s’attend à une suite, et une fois la sensation de mystère au paroxysme… Plus rien ! Peut-être est-ce pour inciter à relancer l’album du début, et là, ça fonctionne très bien. Mana inciterait-il à l’écoute en boucle de sa musique ?...



NOCTURNAL OPERA, album ultime ? Ce serait oublier deux défauts, sans même évoquer le potentiel des compositions susceptibles d’être transcendées avec des moyens plus importants. Le premier point dommageable réside dans certains enchaînements d’ambiances musicales un peu maladroits, et donc perfectibles. Mais le plus regrettable, sans être dramatique loin de là, c’est un certain déficit en refrains puissants et charismatiques. On a l’impression d’avoir beaucoup de couplets, d’introductions, de transitions… de qualité certes, mais on se retrouve frustré de ne pas avoir plus de refrains ou de passages forts qui auraient véritablement donné une assise à cet album et lui aurait permis de s’imposer magistralement. Citons Vizard comme exemple parfait en illustration.

Deuxième galette de ce box : la compilation des singles nous permet surtout d’écouter d’excellents titres non inclus aux albums (mais joués en live) à commencer par l’hypnotique forbidden. On l’écouterait bien en boucle avec ses roulements de batterie, ses riffs tranchants et son chant entrecoupé de flashs silencieux qui semblent nous aspirer comme des trous noirs. Night breed, venimeux et agressif, souffre du syndrome "manque de refrain" évoqué plus haut. Enfin, deux titres emblématiques du mouvement gothic lolita connus pour faire chavirer la foule en concert : Pageant précédé de son intro Secret longing. C’est goth, pop et kawaii à la fois, un OVNI indispensable à la discographie de Moi dix Mois. Toutes ces chansons et d’autres sont disponibles en version instrumentale sur ce même CD, ça s’écoute très bien tel quel, et nous permet d’analyser la construction et la composition de la musique selon Mana. Très intéressant. Derniers bonus à remplir cette copieuse édition : deux extraits vidéo de concert (qualité moyenne) sont accessibles en Rom via votre ordinateur. Perish tout d’abord, choix étrange car c’est loin d’être le titre le plus représentatif ni le meilleur du live parisien… unmoved ensuite, un inédit qu’on retrouvera sur le troisième album du groupe, ici proposé sur un montage du concert de Tôkyô, avec un Juka blond pour ses adieux.



Que retenir de NOCTURNAL OPERA version européenne ? L’édition proposée avec ses singles et ses vidéos en impose par sa qualité, sa finition et son contenu très riche : oubliez les versions japonaises hors de prix. L’album en lui-même est une nouvelle fois réussi, avec une production un cran au dessus de celle de Dix infernal. On se prend alors à imaginer ce que pourrait créer Mana avec un budget plus conséquent : orchestre symphonique, chorale, etc… NOCTURNAL OPERA et son CD de singles méritent amplement l’attention des amateurs de black metal symphonique européens, même si ces derniers n’adhéreront pas forcément à ses côtés "féminins" et pop. La tournée qui a suivi l’album en 2005 aura connu le départ du chanteur, du bassiste et du batteur. Quelle orientation va prendre la musique de Moi dix Mois ? Réponse dans la critique du troisième album : Beyond the Gate.

Eric Oudelet


Sortie Europe : 2 décembre 2005
Référence : 5773.000
Site officiel : http://midi-nette.com/mdm


Tracklist CD1 :
01 - Invite to Immorality
02 - Nocturnal Romance
03 - monophobia
04 - vestige
05 - Vizard
06 - Mephisto Waltz
07 - MAD INGRAIN
08 - the Prophet
09 - Perish
10 - Shadows Temple-x
11 - silent omen

Tracklist CD2 :
01 - Dialogue Symphonie
02 - forbidden
03 - Dialogue Symphonie (Instrumental)
04 - forbidden (Instrumental)
05 - Shadows Temple
06 - Night breed
07 - Shadows Temple (Instrumental)
08 - Night breed (Instrumental)
09 - Secret longing
10 - Pageant
11 - Pageant (Instrumental)

Bonus Rom CD2 :
01 - unmoved (live)
02 - Perish (live)

Visuels © Midi:Nette Co.Ltd
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