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Moi dix Mois - Beyond the Gate

Depuis NOCTURNAL OPERA en 2004 et la fin de la tournée Invite to Immorality en 2005, Moi dix Mois a perdu son chanteur, son bassiste et son batteur. Ne restaient plus que le charismatique guitariste K et bien évidemment Mana, créateur, leader et compositeur du groupe, bref : la pièce maîtresse qui déplace ses pions sur son échiquier. Les spéculations sur ce nouveau mini-album n’ont pas cessées ces derniers mois, mais à l’arrivée, au-delà de l’évolution majeure du style et du changement de line-up peu spectaculaire, il s’est produit ce que personne n’attendait vraiment : Beyond the Gate est mauvais.

Depuis le précédent album, on imaginait Mana nous préparer une nouvelle épopée dramatique riche en sombres péripéties mélodiques, une production encore plus ambitieuse que NOCTURNAL OPERA, apte à éclipser les départs de Juka, Kazuno et Tohru. Surprise, Beyond the Gate chamboule l’ordre établi en imposant sa force de frappe façon metal européen, parfois associée à des accompagnements électroniques fadasses. Il relègue orgue et clavier au rang de simples figurants, et se débarrasse de la vocaliste qu’on espérait plus présente… On reste tout simplement pantois à la première écoute. En fait, il n’aurait pas fallu prendre à la légère unmoved, le nouveau titre qui avait laissé le public parisien un peu dubitatif lors du concert à la Locomotive en 2005. Dans ce mini-album, les grattes et la batterie dominent, dopées par un accompagnement massif plus industriel et électro.



Nouveauté beaucoup moins bouleversifiante mais remarquée et attendue avec angoisse par les fans, le chanteur Seth remplace Juka dans la continuité du style. Son timbre est plus grave et plus profond, mais aussi plus clair et lisse, donnant encore davantage l’impression d’entendre un chanteur de variétés échappé d’un casting de Pascal Sevran, plutôt qu’un lead vocal d’une formation metalleuse. Peu exploité dans l’ensemble, son chant passe bien sur certains morceaux (Eternally Beyond et unmoved), mais la frontière entre "contraste original et saisissant" (par rapport à la musique) et "ridicule" est bien mince…

Beyond the Gate est commercialisé en deux versions : une Regular Edition de sept pistes, et une Limited Edition incluant en supplément les versions instrumentales des cinq morceaux principaux. Bonus sympathique ? Compte tenu de la qualité des compositions et du plaisir d’écoute, on parlera plutôt de remplissage… Dans ce mini-album, seuls deux titres valent le détour : Eternally Beyond et unmoved, auxquels peut s’ajouter l’introduction The other side in blood (SE), petite merveille qu’on croirait issue d’un film de Tim Burton, au point de se demander si on n’a pas malencontreusement inséré un CD de Danny Elfman, son compositeur attitré. Cette intro sera recyclée en outro piste 7, sur un tempo plus rapide et un accompagnement synthétique peu inspiré. On a connu meilleure fin d’album…



Cinq véritables morceaux composent donc Beyond the Gate. Mana a voulu cracher ses sentiments avec violence et hargne ; cela se ressent avec des guitares beaucoup plus incisives que par le passé et un jeu de batterie lourd bien épaulé par la boite à rythme. Le côté metal prime même s’il subsiste quelques rares plages plus douces réservées aux claviers. Premier réel titre de Beyond the Gate, Eternally Beyond pourrait se comparer à un Shadow Temple-x avec des couplets ténébreux emmenés par la deathvoice de K, auxquels répond Seth de sa voix lumineuse lors des refrains (en rappelant parfois Juka lorsqu’il se contient). Cette chanson réussie est la plus proche, dans le style, des albums précédents. Lui succède deus ex machina et là, c’est la consternation… On passe à de la fusion électro/metal bas de gamme aux relents industriels. Les choeurs gutturaux plats et ternes desservent la prestation de Seth, laquelle semble complètement pompée sur du Yearning (groupe de metal progressif finlandais) ou du The Provenance (groupe de metal gothique suédois). Pourtant, Mana nous affirme ne pas vraiment connaître la production du vieux continent. Fade, brouillon et ennuyeux, on passe vite à Vain. Hélas, le constat n’est guère plus positif : les grattes rugissent répétitivement et sans inspiration (comment faire un morceau avec trois riffs moribonds…), tandis que K est toujours et encore bridé en post-production… Un morceau d’une banalité assommante que Seth sauve tant bien que mal par sa voix dansante (même si d’un point de vue européen, on a déjà entendu des chants comparables). Deflower prolonge le trip électro de cet album, mais sur un rythme assez lent. Le clavecin et les rares chœurs féminins font leur réapparition sans pour autant nous sortir du désarroi. Deflower est aussi charismatique qu’un veau mort en putréfaction. Heureusement, unmoved arrive et, bien que peu convaincant en live l’année dernière, ce titre se révèle ici salvateur. Il ose créer la surprise avec une intro doucereuse brisée par un clash silencieux, lequel lance les guitares à l’assaut dans un échange stéréo suivi d’une charge brutale et massive, épaulée de K. Le tempo est rapide, la rythmique crépite et Seth s’impose lors des refrains. Le mariage black metal / pop "à la Moi dix Mois" re-fonctionne enfin ! Dommage, c’est déjà la fin de l’album…



Mana a voulu innover, c’est au moins une chose qu’on ne pourra lui reprocher. Avec une approche plus violente et des sonorités différentes, Beyond the Gate se démarque des premiers albums et singles, délaissant sûrement trop la marque de fabrique gothique et les atmosphères envoûtantes qui ont fait la réputation du groupe. Cette production maladroite se perd dans des compositions peu inspirées et non charismatiques, tout le contraire d’un Dix infernal ou d’un NOCTURNAL OPERA, même si Eternally Beyond et unmoved valent le détour. Une simple erreur de parcours, espérons-le.

Eric Oudelet


Sortie : 1er mars 2006
Référence Regular Edition : MMCD-42
Référence Limited Edition : MMCD-42LE
Site officiel : http://midi-nette.com/mdm

Tracklist :
01 - The other side in blood (SE)
02 - Eternally Beyond
03 - Deux ex machina
04 - Vain
05 - Deflower
06 - Unmoved
07 - The other side of the door
08 - Eternally Beyond [instrumental]*
09 - Deux ex machina [instrumental]*
10 - Vain [instrumental]*
11 - Deflower [instrumental]*
12 - Unmoved [instrumental]*
* inclus uniquement dans la Limited Edition

Visuels © Midi:Nette Co.Ltd
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