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Takatsuki - Tokyo, Kyoto, N.Y.

Pour comprendre et apprécier la musique de Takatsuki à sa juste valeur, il est essentiel de savoir ce qu’est le hip hop jazz : un courant musical qui s’est développé à la fin des années 80, connu pour ses paroles intellectuelles aux thèmes sociopolitiques, traités de manière très sérieuse ou à l’inverse de façon humoristique voir ironique. C’est une musique qui se crée dans un esprit calme et zen et qui porte souvent un regard critique sur la société. Le hip hop jazz fusionne harmonieusement les rythmes et paroles hip hop aux mélodies du jazz. Armé de sa contrebasse, de sa platine et de son synthé, Takatsuki, avec la participation de différents artistes comme Kato Keita sur la chanson 13 hours, ou encore Peach Iwasaki aux percussions sur last jazz / lust jazz, nous offre ici un album poétique teinté d’humour, parfait pour entrer doucement dans l’univers d’un hip hop jazz à tendance bœuf et joyeuse bien affirmée.

Un album qui dégage une douce chaleur

Lorsque l’on a l’album de Takatsuki entre les mains, on remarque tout de suite la pochette du CD. Le fond en laine bordeaux et les dessins donnent une impression de convivialité. Takatsuki se représente comme un musicien des rues, avec pour spectateur un petit chat irrésistible (celui de sleepless black cat ?), la touche en plus qui fait que l’on a d’emblée un a priori positif sur l’artiste. Notez le dessin de la ville qui réunit les trois mégapoles en une.
Au verso se trouve la liste des 15 titres du CD en japonais et en anglais. Les noms sont d’ailleurs différents selon les langues, mystère qui laisse songeur. Le fascicule à l’intérieur est très soft : trois petites pages en noir et blanc avec les paroles des chansons en kanji et des dessins noirs stylisés des trois villes Tokyo, Kyoto et New York. A noter l’hommage délicat et respectueux fait aux victimes du 11 Septembre 2001, avec deux petites fleurs dessinées en haut de feu les Twin Towers. On peut regretter de ne pas avoir la traduction de toutes les paroles en anglais, ce qui nous permettrait de comprendre plus facilement le message que veut nous faire passer l’artiste.

Tempos harmonieux et mélange des genres

Sur fond de contrebasse et de tempo cristallin, le disque commence par une petite intro qui énumère tous les styles musicaux qui ont influencé Takatsuki et dont on retrouvera des traces tout au long de l’album : ragga, ska, rap bien évidemment, funk… Vient ensuite fu-ri-bo qui nous met dans le bain en douceur avec un rythme hip hop paisible entrecoupé de petits éclats vifs de synthé et de scratch lors des refrains. On se retrouve à remuer tranquillement sur le rythme alanguis de cette chanson, qui est une reprise d’hameln de Gen Ueda. Cependant, Takatsuki n’est pas un petit gars mollasson qui se contente de musiques lancinantes et calmes. Il sait aussi se montrer dynamique comme avec timeless mind qui a un rapport direct avec le titre de l’album (écoutez bien). C’est l’une des chansons les plus travaillées du CD. Cette chanson nous rappelle les origines de Takatsuki qui est avant tout un rappeur. On retrouve un aspect répétitif dans la déclinaison des paragraphes qui est typique du genre. Takatsuki évite de rendre la chanson monocorde en utilisant son synthétiseur pour créer des interludes qui viennent casser la rythmique. On retrouvera ce même pattern sur Onaji tsuki wo miteiru qui est pratiquement une chanson à cappella.

Avec le 5e morceau, 13 hours ou Ready to go (titre japonais), on rentre véritablement dans le hip hop jazz tel que le définissent les pros du genre. Le synthétiseur faisant office de piano offre un jazz pur sur lequel se calque le rythme hip hop sourd de la contrebasse de Takatsuki. Les paroles sont poétiques et douces, la musique remplie de l’espoir d’un homme qui souhaite que la femme qu’il aime le retienne et ne le laisse pas partir. Takatsuki nous démontre tout son talent d’orateur avec un débit rapide et toujours très compréhensible, nous donnant une impression de parlé alors qu’il chante réellement. De même, les voix féminines qui agrémentent la piste suivante the razier, the better ne sont pas sans rappeler les choristes jazz des années cinquante. Le refrain de ce morceau est celui qui nous reste le plus dans la tête et l’on remarque avec joie qu’il nous met immanquablement de bonne humeur lorsqu’on le fredonne. Ces deux chansons sont parmi les meilleures de l’album. Takatsuki décide ensuite de nous étonner avec le bref morceau kurayami scope qui nous entraîne dans un univers étrange et quelque peu déroutant (kurayami signifie obscurité). Les percussions résonnantes très élaborées et futuristes se mélangent à du piano jazz contemporain, nous donnant l’impression de flotter dans une réalité alternative que les sons rap et le synthétiseur rendent légèrement inquiétante.

L’influence latine souffle sur le hip hop de Takatsuki

Takatsuki est un maître de l’ambiance. Ses rythmes et mélodies nous entraînent dans différents univers et sa musique est toujours en parfaite adéquation avec le thème de ses chansons. C’est le cas par exemple de 92,93,94,95 dont le nom plutôt original n’est pas sans rappeler les "J’habite dans le neuf cinq !" des banlieues parisiennes. Le monsieur nous ferait-il un petit clin d’œil ? En tout cas la chanson est très orientée rap avec le trio de voix Takatsuki, semmy et meteor, les deux rappeurs de session. Les scratch de la platine sont omniprésents et font tout le rythme et l’ambiance. Alors que les autre chansons de Takatsuki offrent plutôt une atmosphère cosy d’intérieur, 92,93,94,95 est une véritable chanson de rue qui donne furieusement envie d’aller assister à une compétition de breakers dans le Bronx. La vivacité retombe avec la chanson suivante, last jazz / lust jazz, qui mélange habilement le synthé doux à la platine de DJ Nabe. Takatsuki fait là aussi participer d’autres rappeurs pour offrir un quatuor de voix bien différentes, ce qui confère de l’intérêt à la chanson, somme toute banale en ce qui concerne la musicalité.

Heureusement, on retrouve un rythme enlevé et joyeux qui fait fortement penser au ska avec sleepless black cat. Les paroles décrivent les errances d’un chat noir insomniaque et de son "necoism", jeu de mot raffiné sur le mot "neko" qui signifie chat en japonais. L’effet est plutôt réussi, vu que l’on s’imagine facilement en train de déambuler de nuit dans les rues de la cité. the origin of winds rappelle 13 hours à cause de la voix espagnole qui revient en début de chanson, mais elle se distingue de suite avec la guitare de Peach Iwasaki et le tempo latino qui nous mène tout droit à Cuba. Les percussions de DJ illgambler se mettent en route vers le milieu de la chanson et apportent un air de salsa ensoleillé. Musicalement, ce vent semble chaud et agréable… Cependant, les paroles sont très sérieuses et pas franchement joyeuses, relatant le désespoir d’un protagoniste laissé sur le bas-côté, regardant les autres qui entreprennent un voyage qu’il attend en vain. Cet antagonisme donne un ton très original à la chanson. Un contre-pied travaillé et très réussi. L’album se termine officiellement sur une petite touche jazzy avec goin’ back on the ntrain, avant de passer aux quatre pistes bonus qui sont là pour que l’on puisse "libérer notre imagination" sur les différents rythmes hip hop qui ont ponctué le CD. A vous de vous faire vos propres chansons sur les créations de Takatsuki.

Un album a écouter en déambulant tranquillement dans les rues citadines

Takatsuki nous offre ici un hip hop généreux auquel sa contrebasse confère une douce chaleur. Sa voix posée et rapide nous promène aux quatre coins de la planète, ses paroles exposant avec plus ou moins de légèreté et d’humour des problèmes communs à tous. L’effet de la contrebasse est radical : on se sent presque bercé par la musique. On se surprend à l'écouter dans une sorte de demi transe et c’est dans cet état second que le message de l’artiste nous parvient le mieux.
Tokyo, Kyoto, N.Y. convient surtout aux initiés japonisants qui sauront apprécier toutes les qualités de l’album. Ils s’amuseront à retrouver les influences musicales de chaque chanson, commenteront les jeux de voix et le choix des instruments, salueront les efforts poétiques et humoristiques des paroles et créeront leur propre hip hop sur les dernières pistes. Vous n’êtes jamais allés à Tokyo, Kyoto ni New York ? Pas besoin d’avoir un billet d’avion pour y faire ses premiers pas, l’album de Takatsuki vous y amène tout droit.

Gwenaelle Durand


Sortie : 9 juillet 2003
Référence : NRCD006
Site officiel : http://sound.jp/nrecords

Tracklist :
01 – real rock intro
02 – fu-ri-bo
03 – timeless mind
04 – wehyacominfrom ?
05 – 13 hours
06 – the razier, the better
07 – kurayami scope
08 – 92,93,94,95
09 – last jazz / lust jazz
10 – the theme is…
11 – onaji tsuki wo miteiru
12 – sleepless black cat
13 – wehyugoin2 ?
14 – the origin of winds
15 – goin’ back on the ntrain
16 à 19 – beats for your Free Imaginations
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