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Jay Chou - Capricorn

Capricorn, le neuvième album du petit génie de la mandopop et acteur taiwanais Jay Chou, était tellement attendu qu’il fut piraté plusieurs semaines avant sa sortie officielle comme le précédent On The Run en 2007. Repoussé au 14 octobre 2008, notamment le temps de produire de nouveaux goodies-cadeaux pour remotiver un maximum d’acheteurs, Capricorn (dont le titre original évoque à la fois le signe zodiacal du chanteur et la sorcellerie) avait déjà été téléchargé un nombre incalculable de fois dans tous les pays du monde. Ça ne l’a pas empêché de se vendre à plus d’un million d’exemplaires en deux semaines. Tour à tour magicien ou clown, le nouveau Jay Chou mérite-t-il tout ce tapage médiatique et cette gloire presque acquise par avance ?

En Asie, de plus en plus d’albums se retrouvent sur le net avant leur commercialisation. La star masculine du R&B taiwanais a elle aussi été victime du phénomène, et pas qu’un peu ! Pour contre-attaquer, ses producteurs ont multiplié les goodies offerts en prévente, comme le Rubik’s Cube ou les cartes à jouer Jay Chou, et fait croire au caractère non finalisé de la version piratée. Il s’agissait évidemment d’une feinte, la production ayant déjà été lancée, et seules les pistes ont été renommées. Les précommandes ont tout de même dépassé le chiffre record de 90.000 copies. Il faut dire que le packaging de la Metal Case Limited Edition, contenant l’album et un DVD de deux clips, a été particulièrement soigné. Les trois séances de dédicaces organisées dans l’urgence ont elles aussi rencontré un gros succès populaire, avec des posters exclusifs offerts aux fans.



A l’image des photos officielles, où le beau Jay troque sa casquette R’n’B contre le costume classieux d’un magicien (sa nouvelle lubie), le chanteur-compositeur essaye de nous étonner avec des morceaux aux ambiances très variées, plus ou moins bien maîtrisées. Le spectacle commence comme une superproduction : l’introduction symphonique de Long Zhan Qi Shi rivalise avec les bandes originales cinématographiques les plus magistrales par ses violons, ses roulements de tambour... Scotché, l’instrumentale laisse rapidement place à une fusion pop-rock new wave dynamique au refrain catchy, entrecoupée de couplets hip-hop avec une nappe moyenne orientale et du jumbé en bonus à mi-piste. Beaucoup voient dans ce morceau le hit de l’album alors que la ballade Dao Xiang en assure la promotion ; à écouter de toute urgence pour vous forger un avis. Au chapitre des bonnes surprises, l’effet oriental de She Wu, interprété en duo avec la chanteuse Lara Veronin de Nan Quan Mama, est extrêmement bien réussi et nous plonge dans une ambiance mi-urban, mi-hindou, limite goa. Avec ses cassures brutales et son chant féminin suave, il suffit de fermer les yeux pour s’imaginer devant une danse du ventre. En plage 5, la délirante Mo Shu Xian Sheng, véritable ovni, est un mix improbable de chant tyrolien (on repense à l’une des scènes cultes du film Je suis un Cyborg de Park Chan-Wook), de fanfare de cirque et de charleston. Un morceau qui laisse bouche bée entre deux authentiques ballades et, au moins à la première écoute, complètement mort de rire.

Certains essais sont malheureusement moins bien réussis. Ainsi, Lan Ting Xu, qui fait référence à l’ancien poème éponyme du calligraphe Wang Xizhi (4ème siècle), mise une instrumentalisation traditionnelle chinoise avec de l’ehru, mais ne parvient pas à marquer les esprits. Liu Lang Shi Ren démarre bien avec un harmonica très country mais retombe comme un soufflet dès le premier couplet. Ce duo avec Gary Yang est trop pauvre, trop peu inspiré et sans conviction. Qiao Ke Shu Shu, quant à elle, se frotte au hip-hop avec un accompagnement piano/synthé, des petits essais de scratch et des rires sardoniques d’un hypothétique joker vraiment intrigant. L’instabilité ambiante et l’atmosphère un tantinet inquiétante finissent par irriter l’auditeur, étrangement mal à l’aise.

Cette diversité part d’un bon sentiment mais malgré tout, que vaut ici le maître incontesté de la ballade romantique tendance R’n’B, distillée tout au long de Capricorn ? C’est avec bonheur qu’on laisse la voix grave et sensuelle de Jay nous ensorceler avec la mélancolique Hua Hai (un style en totale opposition avec la précédente She Wu) dont la musicalité divinement harmonieuse et l’intensité croissante donnent des frissons. Shuo Hao De Xing Fu Ne est agrémentée d’un violon déchirant, rejoint au final par une flopée d’instruments qui mettent en relief la tristesse et la détresse du protagoniste. Dao Xiang, utilisée dans la promotion, et Gei Wo Yi Shou Ge De Shi Jian (les fans de boysbands coréens ne devraient pas être dépaysées) possèdent une pointe d’originalité en plus ; la première avec sa flute et ses bruitages bucoliques (idéale pour terminer l’album sur une note apaisante) ; la seconde avec ses notes et chœurs typiques des slows des années 70. A l’inverse, Shi Guang Ji n’a pas plus d’intérêt que la bluette pour adolescente du film La Boum (on sortirait presque les briquets)…



Rapide survol du maigre et décevant DVD (all zone) qui ne renferme que deux clips d’une simplicité presque ennuyeuse : les ballades Dao Xiang et Gei Wo Yi Shou Ge De Shi Jian. On donnera un petit avantage à la mise en images de Dao Xiang qui conte le retour d’un homme et de sa famille à la campagne, à ses racines. Une histoire en adéquation avec les paroles inspirée des récentes catastrophes naturelles survenues en Chine.

Capricorn est un album qui se veut innovant et aussi éclectique qu’une série de sketchs en one man show. Son originalité est incontestable mais pâtit d'une désorganisation générale et d’une trop grande proportion de chansons de qualité moindre. Ces dernières laissent une impression d’abandon face à une tâche difficile à maîtriser ; sentiment renforcé par la disposition des meilleures pistes en début de CD. Dao Xiang rattrape un peu le coup mais ne suffit pas pour effacer la morosité des morceaux précédents. Cartes sur table, Capricorn est donc un bon album, qui tient aisément la comparaison face aux nombreux concurrents Cpop actuels, mais qui ne parvient ni à atteindre le statut de chef d’œuvre, ni à égaler les précédentes créations du chanteur. Il devrait cependant satisfaire les inconditionnels de Jay Chou qui saura les amuser par ses tours de passe-passe. Quant aux nouveaux venus, mieux vaut peut-être leur conseiller les CD sortis au début des années 2000 : Fantasy, Eight Dimensions, Ye Hui Mei

Gwenaelle Durand


Sortie : 14 octobre 2008
Site officiel :
www.jay2u.com

Tracklist CD :
01 - Long Zhan Qi Shi
02 - Gei Wo Yi Shou Ge De Shi Jian
03 - She Wu
04 - Hua Hai
05 - Mo Shu Xian Sheng
06 - Shuo Hao De Xing Fu Ne
07 - Lan Ting Xu
08 - Liu Lang Shi Ren
09 - Shi Guang Ji
10 - Qiao Ke Shu Shu
11 - Dao Xiang

Tracklist DVD :
01 - Dao Xiang (clip)
02 - Gei Wo Yi Shou Ge De Shi Jian (clip)

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Visuels © SpeedStar Technology.

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