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ORANGE RANGE - musiQ

En moins de 3 ans, ORANGE RANGE s'est imposé comme le nouveau groupe chouchou du public nippon, propulsé rapidement en tête des charts, tout en conservant l'authenticité de sa brève carrière en Indies. Baignant dans ce prolifique mélange de cultures propre aux natifs d'Okinawa, le groupe est considéré par son public comme un idéal d'ouverture d'esprit, aux références variées et tout autant piochées dans le patrimoine musical japonais que dans la culture occidentale. A l'image de l'orientation musicale revendiquée par les lycéens et étudiants de l'archipel. Ces références constituent d'ailleurs une source d'inspiration intarissable pour les six artistes, aujourd'hui au coeur d'une polémique leur reprochant de piller samples et autres lignes de basses aux standards du rock US et de la folk nippone. Mais loin de renier ces accusations, la musique d'ORANGE RANGE revendique son statut de fourre-tout culturel, non sans talent.

"musiQ" est le deuxième album du groupe, et a confirmé de bien belle manière le succès du premier opus en s'écoulant à plus de 2,5 millions d'exemplaires, accumulant par ailleurs les récompenses. Plus encore que son prédecesseur, ce disque est un melting-pot impressionnant de richesse et de fraîcheur, une véritable définition de ce que se veut être la musique destinée aux jeunes Japonais d'aujourd'hui, et un compromis de génie entre une dimension commerciale omniprésente et une confection empreinte d'une forte touche artisanale.



L'album s'ouvre sur "KA RI SU MA", une intro OVNI 100% électro rappelant les grandes heures du happy hardcore allemand façon Scooter. Déroutant ! Sans transition, on enchaîne sur l'un des titres sortis en single : "CHEST". Un pur produit hard punk typique de la scène Indies japonaise, mêlant raps à la Dragon Ash et un refrain calqué sur celui de "Hades" de Dir en Grey, pour un résultat peut-être un peu trop brouillon. La piste suivante est un coup de maître, promu tube de l'été 2004 au Japon. Parodiant l'intro ultra-visitée de "Trouble" du groupe Shamploo, avec son choeur de midinettes en bikini, "LOCOLOTION" est un hymne au lézardage sur les plages d'Okinawa marqué par une interprétation inventive à l'enthousiasme communicatif, et une référence explicite au "The Locomotion" de Kylie Minogue qui évite avec brio le ridicule qui la guettait. Toujours dans registre dynamique, l'un des meilleurs morceaux de l'album : "Ishin Denshin". Un titre entêtant au possible dont le refrain, chanté à trois sur la mélodie inoubliable du jeu Dr. Mario sur feu la Game Boy de Nintendo, est d'une efficacité taillée pour le live.

La course à la référence poursuit sur sa lancée avec "ZUNG ZUNG FUNKY MUSIC", une chanson directement inspirée du "Play That Funky Music" de Wild Cherry. Les paroles de cette chanson sont une invitation à se lâcher le temps d'une soirée passée à danser pour attirer l'oeil des jolies filles : comme quoi le groupe est très proche des préoccupations de son public...! Autre ode au retour du 'man power' dans l'ordre social régissant les relations adolescentes : l'excellent "City Boy", porté par une ligne de basse ravageuse et des samples électro du meilleur effet. Un peu moins engagé et engageant, "Xie Xie" mêle tout de même avec une certaine habileté ambiance jazzy et rythme funky. Dans un registre funky, on retrouve également "Dancing Session", qui lorgne sans complexe du côté de James Brown et surprend par sa construction originale. Pour finir avec ce cycle de curiosités, citons encore "Beat Ball", une chanson dont le seul défaut est de manquer de charisme. D'autant plus dommage que sur un plan purement technique il s'agit d'une petite merveille, mariant superbement plusieurs types de chants avec un accompagnement épuré mais des plus pertinents.



Les titres qui vont suivre bougent moins, mais n'en sont pas moins intéressants pour autant : "Michishirube" et "Hana" sont les deux grandes ballades de la discographie d'ORANGE RANGE. Michishirube marque par ses couplets déchirés entre la High Vox de Yamato et la Low Vox de Ryô sur quelques notes de guitares électrique et basse. Ces couplets trouvent ensuite écho dans des refrains plus chargés en accompagnement, alourdissant l'ambiance par leur rengaine reprise en choeur par le trio de chanteurs. "Hana" joue dans un registre plus symphonique, avec pour la première fois sur ce disque l'apparition de violons. Il s'agit du seul single de l'année 2004, tous artistes confondus, à avoir dépassé le million d'exemplaires vendus au Japon, et en effet tous les ingrédients du succès sont réunis sur ce titre : les couplets très softs rappés sur quelques notes de guitare, et l'envolée instrumentale au service d'un superbe mariage vocal sur le refrain, qui déclame avec pudeur une déclaration d'amour des plus romantiques.

La suite de l'album ne manque pas d'originalité, mais est peut-être un peu en dessous par manque d'efficacité. "FULL THROTTLE" est une piste rock rapide et chargée à l'instrumentation très brouillonne, tandis que "Matsuri Danshaku" fait explicitement référence à un autre classique : "Matsuri" de Jitterin'Jinn. Petite exception à la série des pistes décevantes : "papa" est un exercice de style excellent dans son genre. Sur un accompagnement mélodique à la richesse croissante, les trois chanteurs déclament des paroles bourrées de jeux de sonorités et de noms d'animaux, pour un résultat qui vaut l'écoute rien que pour son aspect complètement atypique. "HUB*STAR" fait dans le rock aussi easy listening qu'easy writing, tandis que "Oh!Yeah" joue la carte de la folk d'inspiration 70's, sans réellement marquer les esprits.



Pour clore l'album, on trouve d'abord une nouvelle ballade plutôt bien fichue, "SP Thanx". Et en guise de conclusion, une piste purement synthétique et instrumentale intitulée "JIPANG 2 JIPANG", dont la description la plus éloquente sera sans doute de dire qu'elle serait parfaitement à sa place en intro d'un jeu de baston type Streets of Rage ou une n-ième mouture de Tekken.

Au final, un album bien rempli donc, avec pas moins de 19 pistes dans des registres variés. Alors oui, ce disque fleure bon la reprise de vieux standards, dont je n'ai cité ici qu'une petite portion. Mais il n'est nullement question d'un pillage intensif : il s'agit là de véritables hommages, des inspirations mixées avec une inventivité et un savoir-faire qui ne cessent d'étonner. Ce disque est un interrupteur à sourire, qui constitue une démonstration éloquente de ce talent inégalable qu'ont les Japonais pour aller chercher le meilleur chez les autres, et se l'approprier avec LA touche personnelle qui fait toute la différence. Il semble toutefois qu'une telle variété ne se fasse pas sans heurts : le batteur du groupe a récemment annoncé son départ, pour cause de désaccords irréversibles sur les choix artistiques d'ORANGE RANGE. Un coup dur pour la formation dont le futur troisième album se fera donc à cinq, sauf remplacement express de l'élément défaillant.

Kévin Petrement


01-12-2004 - SRCL-5850 - 3059 Yens

Tracklist :
01 - KA RI SU MA
02 - CHEST
03 - LOCOLOTION
04 - Ishin Denshin
05 - ZUNG ZUNG FUNKY MUSIC
06 - PADI BON MAHE
07 - City Boy
08 - Shei Shei
09 - Dancing Session
10 - Beat Ball
11 - Michishirube ~a road home~
12 - Hana
13 - FULL THROTTLE
14 - Matsuridansyaku
15 - papa
16 - HUB*STAR
17 - Oh! Yeah
18 - SP Thanx
19 - JIPANG 2 JIPANG

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