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BoA - EAT YOU UP

Révélation, frénésie, patience, impatience, doute, inquiétude, lamentation, suspense et espoir ; voilà qui résume le parcours de BoA depuis son lancement coréen en pleine adolescence jusqu’à son récent premier single américain EAT YOU UP, disponible dans une trentaine de pays - dont la France - en téléchargement légal. Popstar R&B en Corée, guimauvisée par les Japonais, la chanteuse se métamorphose en Britney bridée pour les States et c’est à grands coups de pompe que la chanteuse s’attaque au marché de la dance urbaine, savatant les portes sur son passage. Un coup de sabre dans les eaux internationales ou une réelle chance de s’immiscer entre les grosses pointures américaines ?

Élevée et présentée il y a quelques années comme la nouvelle prodige de la Kpop, BoA avait été désignée par S.M. ENTERTAINMENT comme la future ambassadrice de la Corée du Sud sur le marché mondial. Après des débuts très prometteurs au pays, la belle s’en allait faire ses armes au Japon, tentant la conquête du plus puissant des bastions musicaux d’Asie, second marché mondial. Hélas, malgré une jolie percée au milieu d’une concurrence féroce alors qu’elle incarnait la vague coréenne, BoA est peu à peu formatée comme les idoles locales, s’enlisant en même temps que ses chansons perdent force et originalité. Dégringolade dans les charts et à trop vouloir attendre le moment opportun, S.M. est en train de laisser dépérir sa star, même pas invitée à la sauterie du Kouhaku 2008 ! C’est décidé, BoA prend plus ou moins le même train (avion) que ses compatriotes Rain et SE7EN. S.M. ENTERTAINMENT ouvre un pied-à-terre aux USA et lance sa choupinette sur le terrain des chaudasses ricaines. Gare aux crocs !

EAT YOU UP nous aura fait peur jusqu’au dernier moment : l’extrait audio brut de décoffrage et les premières images d’un clip - honteusement cheap - présentés en avant-première sonnaient le glas de toute sensibilité asiatique, si chère à la niche asian-pop internationale. BoA retrouvait par contre les baggy et casquette de ses pulsants débuts coréens. Cool et enthousiasmant certes, mais on ne reconnaissait plus le "son BoA". Il ne fallait pourtant pas prendre
Bloodshy & Avant à la légère, car la société suédoise, associée à S.M. ENTERTAINMENT USA, refaçonnait BoA à l’image de ses pouliches à succès : Madonna, Jennifer Lopez, Kylie Minogue ou encore Britney Spears… Et pour ne rien laisser au hasard, le management a été confié à Max Gousse, un ancien vice-président d’UNIVERSAL, Sony BMG et MTV, qui s’est occupé des carrières de Beyonce, Destiny's Child, Shakira, Kelly Rowland et Jay-Z entre autres. Excusez du peu !



En version intégrale et avec le caisson de basses adéquat, EAT YOU UP fonctionne très bien ; on a affaire à un titre dance / R&B impactant que Britney Spears aurait très bien pu chanter, dans le même style urban contemporain résolument mainstream. La BoA new generation, customisée jusque dans son timbre descendu de quelques tons (bonne nouvelle car elle commençait à nous casser les oreilles…), rappelle de ce point de vue ses heureux débuts. Refrain efficace, tempo lourdement marqué par le battement du pied d’un diplodocus, attitude incisive et positivement agressive… EAT YOU UP, évidemment en anglais, a tout d’un tube américain. S’il ne s’agit pas d’une révolution, le chant étant - de plus - facile et la compo basique mais entêtante, on tient là une vraie petite bombe, puissamment amorcée par un excellent clip, à défaut de deux…

S.M. USA et Bloodshy & Avant ont réquisitionné les talents de Misha Gabriel (qui a travaillé avec Beyonce et Justin Timberlake) pour chorégraphier deux vidéos promotionnelles (deux "PV") avec la participation de sa team de danseurs. Deux visions d’EAT YOU UP ont donc été imagées, l’une par le Coréen Cha Eun-Taek (réalisateur du drama If in Love... Like Them avec Lee Hyori), l’autre par Diane Martel (réalisatrice spécialisée qui a beaucoup œuvré pour Maria Carey, ainsi que pour une pléthore de stars). L’Occident contre l’Orient sur le terrain de la vidéo ? Un peu… et les résultats sont effarants : les mêmes bases de chant, de musique et de danse aboutissent à deux productions totalement opposées ! Et ce n’est pas par favoritisme envers l’Asie que seules des captures du clip de Cha Eun-Taek illustrent cette page : le film de Martel (celui dont les extraits nous avait inquiétés en septembre) est simplement d’une nullité absolue ! BoA et ses danseurs gesticulent dans un décors de synthèse bidon (désertique et/ou neigeux), conséquence d’un compositing désastreux. Les collages ratés sautent aux yeux ; tout sonne faux et pas une ligne de scénario pour détourner l’attention de cet affligeant bilan visuel, juste des plans incongrus avec d’autres costumes / looks, jeté au hasard du montage… Direction artistique inexistante ; pire qu’une honte, c’est presque un sabotage. Heureusement, et en espérant que S.M. égare malencontreusement les fichiers de cette première vidéo, le réalisateur coréen vise dans le mille avec un clip profilé pour toucher sa cible. Basée sur un synopsis clair, concis et désarmant de pertinence (pourquoi se compliquer la vie ? BoA sort du néant urbain pour participer à un casting, soufflant le jury jusqu’alors mortellement blasé par une démonstration explosive…), le PV réussit presque tout : cadrages et mouvements stylés en parfaite adéquation avec le son jusque dans les moindres détails comme les tremblements de caméra lors des ondes de choc, montage frais, dynamique et percutant, expressions faciales engagées et complices des protagonistes… Tout ce que Martel n’a pas su gérer ! En plus de sa chanson calibrée pour les USA, BoA tient là le clip-uppercut idéal pour passer sur les chaînes branchées et se révéler aux yeux du jeune public.



On pourra évidemment pleurer sur le sacrifice de l’asian touch (la langue, la sensibilité…) et déplorer la direction artistique ultra commerciale accouchant d’une Britney brune aux yeux bridés (un choix respectable compte tenu du résultat), on ne s’attendait pas à conclure sur une aussi franche réussite pour les débuts américains de BoA. S’il lui manque la miraculeuse et ultime carte de la révolution, la miss fait jeu égal avec ses rivales déjà en place, et la réussite de son entreprise va reposer sur la puissance de promotion et de communication de ses protecteurs. En jouant à l’extérieur, le match s’annonce rude et les paris très risqués… Mais pourquoi pas !? Déjà classé 42ème au Billboard pour ses mix en boîtes, EAT YOU UP est très encourageant après la décrépitude nipponne, et BoA en défendra les couleurs durant deux showcases, un premier le 3 décembre 2008 au MTV Times Square Studios de New York (vingt-cinq fois deux places à gagner pour les fans, retransmission en direct sur écran géant HD dans le célèbre carrefour, puis sur la chaîne dans plusieurs pays - mais pas en France…), un second le 6 décembre au Jingle Ball ’08 (avec les Pussycat Dolls, Chris Brown, Katy Perry, Tokio Hotel…). A ces occasions sera interprété l’inédit Look Who's Talking, qui rejoindra EAT YOU UP sur le premier album prévu début 2009. On a évidemment hâte de l’écouter, souhaitant que BoA se lance ensuite dans une tournée promotionnelle mondiale avec un petit concert en Europe, de préférence à Paris, n’est-ce pas ? Après tout, son single est vendu numériquement sur notre continent tout comme aux States !

Eric Oudelet


Sortie américaine en téléchargement légal :
21 octobre 2008
Sortie mondiale en téléchargement légal :
22 octobre 2008
Site officiel :
www.boaamerica.com

Tracklist :
01 - EAT YOU UP

Visuels © S.M. ENTERTAINMENT Co.,Ltd.

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