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Fake? - SONGS FROM BEELZEBUB

Lorsque l’on découvre Fake? pour la première fois, on est loin de se douter que l’on écoute un groupe de rock nippon. Le leader, Ken Lloyd, métisse anglo-japonais, chante en effet dans un bon anglais, et la musique de Fake? sonne très américaine. SONGS FROM BEELZEBUB est le premier album du groupe depuis le départ d’Inoran (ancien membre de feue Luna Sea) cofondateur de Fake? avec le jeune Ken. Ce dernier, toujours soutenu par Pablo à la guitare, Morrissey à la basse, Kaoru à la batterie et DJ Bass aux platines, a repris Fake? à bras le corps et s’en sort très bien. Leur musique se distingue par son côté touche-à-tout : rares sont les chansons rock pur et dur. Elles intègrent toutes un soupçon d’autres styles, comme le funk, le rap ou encore le blues. Une diversité qui réjouit nos petites oreilles.

Ça démarre tranquille et pourtant…

L’album de Fake? surprend continuellement, on ne s’ennuie pas un iota tout au long des 50 minutes du disque. De prime abord, la musique peut paraître banale. Dans la première chanson par exemple, $500, la guitare électrique est bien présente et certaines sonorités font penser à Red Hot Chilly Peppers. Rien de convainquant dans ce titre, ni dans le troisième : AUTOMATIC, qui est pourtant plus rythmé et combine même de l’électro et du scratch à du bon vieux rock pêchu. DISCO, la deuxième piste, interpelle beaucoup plus notre curiosité. L’ambiance est effectivement disco mais elle a quelque chose d’étrange, de futuriste. Entrecoupée de salves brutales d’un rock à moitié rappeur, elle nous plonge dans des années 80 irréelles. Ensuite, changement de décor radical avec BUS STOP no.74 qui, bien que pas spécialement agréable à écouter, s’avère extrêmement bien réussi au niveau lyrique et nous fait véritablement vivre les scènes décrites. Elle parle tout bonnement du détachement des gens face à ce qu’il peut arriver autour d’eux : tant que cela ne les touche pas directement, ils ne s’impliquent pas. C’est la chanson la plus américanisée de l’album, avec des bruits de voitures, d’ambulances et des sons hip hop qui nous font penser aux rues (anciennement) animées de la Nouvelle Orléans.



… le choc est là

BABY BLUE AND THE TWO HEADED MONSTER, la cinquième chanson de l’album, est le meilleur morceau du CD. Cette mélodie surprend de bien des façons. Elle commence par une superbe rythmique lente très orientée blues. La voix de Ken se fait rauque, on penserait presque écouter un nouveau slow d’Elvis Presley. La chanson conte l’histoire de Baby Blue, jeune fille se croyant seule et pourtant… Un monstre est près d’elle, juste à côté. D’un seul coup l’enfer se déchaîne. On se dit alors que le monstre à deux têtes devient fou et découvre sa vraie nature. Mais que va-t-il donc arriver à Baby Blue ? La déclaration d’amour fait place à un rock agressif et guttural où Ken pousse de bonnes gueulantes et emploie un ton maniaco-dépressif très approprié. Soudain, c’est le retour du blues calme et la chanson se termine. Le monstre à deux têtes représenterait-il les pensées horribles de Baby Blue, renfermée sur elle-même et saignant de l’intérieur ? Ou bien aurait-il en fait deux âmes, l’une angélique et l’autre démoniaque ? Que croire ? Ce morceau est vraiment la pièce maîtresse de l’album au niveau lyrisme.

Une petite pause (dont on se serait bien passé) et ça repart

La chanson suivante, BOOM BOOM EVERYONE, casse un peu l’élan de créativité. Le niveau musical est nettement moins bon et reprend un peu le pattern du titre précédent, avec la même cassure de rythme. Cela nous déçoit légèrement, on s’attendait à mieux de la part du groupe. Notons quand même une deuxième voix tendance rap qui agrémente très bien le morceau, comme c’est le cas aussi sur DISCO. MONEY MONEY, la 7e piste, nous réconcilie avec Fake? dès les trois premiers accords si tant est qu’on aime un peu la new wave. Ken, Pablo, Morrissey, Kaoru et DJ Bass sauront bien sûr se démarquer en gardant un style très rock sur ce tempo synthétique, notamment grâce à de bons morceaux de metal. Cela nous ramène à l’époque nostalgique d’Oblivion Dust, l’ancien groupe de Ken. MONEY MONEY introduit assez bien la suite, l’une des meilleures chansons de l’album, à savoir DEVIL GOT MY SOUL. Là encore les membres de Fake? nous montrent tout leur talent en nous faisant entrer directement dans l’esprit gluant du possédé. Les riffs de guitare sont lourds, pesants et de plus en plus bruyants face à la voix de Ken qui reste toujours assez basse et en retrait. La chanson embraye ensuite sur une phase plus rapide et désespérée qui traduit la révolte de l’individu qui a malheureusement perdu d’avance contre le Malin. On imagine très bien le Diable en train de s’installer dans l’esprit du pauvre bougre en perdition. L’avant-dernier titre est EJECT, un autre must du CD qui regroupe à lui seul trois tendances musicales : le rock, le punk et le slow. Il fallait le faire ! Une expérimentation très riche et nouvelle qui caractérise plutôt bien le style de Fake?. L’album se termine doucement avec un chant triste qui décrit des pensées suicidaires. C’est une chanson assez banale mais très belle par sa musicalité et ses paroles, typiques des bons groupes rock comme The Smashing Pumpkins, Eels ou encore… Fake?.



Un effort de diversité qui mérite d’être applaudi

Les chansons de SONGS FROM BEELZEBUB sont des petites surprises bien empaquetées. Lorsque l’on écoute le début de l’un de leurs morceaux, il est impossible d’en deviner la fin. La musique de Fake? est étonnante et intrigante, un rock éclectique qui mélange beaucoup de styles musicaux. Cette richesse, cette alchimie des genres, les rend originaux et aussi plaisants à découvrir. Notons que la véritable force des chansons du groupe réside dans les paroles qui sont toutes très recherchées et bien pensées. La musique de Fake? ne peut plaire que lorsque l’on comprend les paroles qui lui donnent tout son sens. A écouter seulement, le CD peut paraître un peu expérimental et pas franchement harmonieux. Pourtant chaque accord signifie quelque chose. La seule chose que l’on puisse regretter est que le chanteur ne s’exprime jamais en japonais, ce qui les démarquerait encore plus des autres.

Gwenaelle Durand


Sortie : 24 mai 2006
Référence : TKCA-73022
Site officiel : www.hedfuc.com

Tracklist :
01 - $500
02 - DISCO
03 - AUTOMATIC
04 - BUS STOP no.74
05 - BABY BLUE AND THE TWO HEADED MONSTER
06 - BOOM BOOM EVERYONE
07 - MONEY MONEY
08 - DEVIL GOT MY SOUL
09 - EJECT
10 - THE END
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