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Mai Kuraki - FUSE OF LOVE

Ah, Mai Kuraki, en voilà une qui n'a vraiment pas de chance… Cela fait maintenant 6 ans que l'artiste a fait ses débuts sur la scène japonaise, dans un registre pop/RnB très commercial qui lui valut d'être sacrée meilleure vente de l'année 2000 avec son premier album. Mais voilà, le temps passe et les goûts musicaux du public évoluent. Le problème pour Mai, c'est qu'elle est signée par Giza Studio, sans doute le label le plus incapable de renouvellement que compte l'archipel. Et dans un style musical qui a connu une évolution drastique en l'espace de quelques années, il est impossible de survivre si l'on se contente de faire du sur place. Chronique d'une lente mais irrémédiable descente aux enfers déjà amorcée…


Début 2000. Mai Kuraki est au top. Lancée par le tout jeune label Giza Studio sur un créneau RnB commercial un cran plus pop que celui de la pionnière Hikaru Utada, l'artiste a touché le gros lot. Grâce notamment à une promotion intensive servie par un partenariat avec l'anime populaire Detective Conan, elle enchaîne les succès et son premier album s'écoule à plus de 2 millions d'exemplaires. C'est en 2003 que s'amorce la chute, avec singles en 3 mois qui ne convaincront personne, en particulier les deux ballades rudement insipides qui figurent dans le lot. Le 4ème album, malgré sa première place au Top Oricon, réalise des ventes décevantes. Mais c'est surtout dans le cœur des fans que Mai a le plus perdu, car si ceux-ci plébiscitent le best-of sorti début 2004, la nouvelle ballade imbuvable qui constitue la seule sortie single de Mai en 2004 peine également à trouver son public. Et pour son grand retour en 2005, Mai rame comme jamais, en assurant tout juste quelques dizaines d'exemplaires vendus à ses singles grâce aux quelques fans de la première heure qui lui sont restés fidèles, avant de sombrer rapidement dans les profondeurs abyssales des charts. Pas très engageant pour une chanteuse qui, maintenant que ses études sont terminées, venait d'annoncer vouloir se consacrer pleinement à sa carrière d'artiste…

Sur un format standard de 12 pistes pour un peu moins de 50mn, "FUSE OF LOVE" est une démonstration éloquente du boulet que constitue, pour Mai Kuraki, son contrat avec Giza Studio. Car sur ce disque il y a deux bonnes pistes, et pas une de plus. Attention donc, il va y avoir du ménage ! On attaque le massacre avec "Honey feeling for me", un pur sous-produit de hard discount musical. Mixage pathétique de pauvreté, arrangements ridicules composés de petits samples synthétiques tout droit sortis d'un synthé Bontempi d'entrée de gamme, interprétation pâlotte affaiblie par la présence du même filtre vocal que l'effet warm des quatre albums précédents, et surtout, surtout, cette immonde, cette atroce, cette insupportable boîte à rythme caractéristique de 95% des titres édités par ce label sur ces 6 dernières années : voilà ce qui compose ce morceau tout juste bon à servir de musique d'attente pour le standard téléphonique de dieu sait quelle marque de bonbons. A jeter.

"P.S. MY SUNSHINE" aurait pu être une exception à la succession de déchets de cet album, mais devra finalement se contenter du statut d'occasion manquée. On y retrouve les éléments constitutifs de "DANCING" (un autre titre, bon celui-ci, dont il sera question plus tard) : guitare funky, petite rythmique disco-dance, et arrangements tout à fait potables. Le problème est ailleurs : en l'occurrence une mélodie édulcolorée, qui n'a pas la moindre once d'un petit quelque chose ressemblant vaguement à un soupçon de charisme. A jeter. A jeter également "You look at me, one", une fausse ballade pop elle aussi d'une pauvreté affligeante qui dégage autant d'émotion qu'une asperge sans mayonnaise dans l'assiette d'une ado au régime. Et ce n'est pas fini, le pire est à venir. Avec "Kakenukeru inazuma", on touche à l'indicible tant il faudrait de qualificatifs pour dire à quel point cette chanson est affligeante. Ca démarre pourtant bien, avec une courte intro qui n'est pas sans rappeler celles d'un certain Michael Jackson. Et puis très vite… On parlait de synthé Bontempi, cette fois Giza en a pris l'incontournable morceau de démonstration (mais si vous savez, celui sur lequel on fait semblant de jouer pour épater les badauds tandis qu'il se déroule tout seule sur simple pression d'un gros bouton rouge marqué DEMO), l'a convertie en midi, et a collé par-dessus l'interprétation d'une Mai Kuraki qui fait ce qu'elle peut pour paraître enthousiaste. A jeter, et plutôt deux fois qu'une des fois qu'il en reste un bout résistant caché quelque part.

"Don't leave me alone", c'est la ballade langoureuse de l'album, avec samples de piano électrique et strings probablement sélectionnés sur un CD type "100 sons pour vos créations musicales" de Micro Applications. La mélodie n'a rien pour elle, et si elle renonce à attirer l'oreille il lui restera peut-être une chance d'éveiller l'attention d'une ou deux mouches sourdes qui passeraient dans le coin. A jeter ! Sur "Love, needing", grâce à une sortie single, Mai a eu droit à un rab de budget ! Mais attention à ne pas abuser, il ne manquerait plus que par inattention cette chanson ait la mauvaise idée de devenir un tant soit peu intéressante ! La rythmique que l'on aurait pu espérer percutante reste donc fadasse, les arrangements pitoyables, l'instrumentation d'une pauvreté qui ferait même honte à une Morning Musume. A jeter aussi !

Et puis soudain, l'incroyable se produit. Manque de bol, on connaît déjà, pour l'avoir entendue sur un single sorti il y a quelques semaines, cette chanson qui vient tenter l'impossible challenge de relever le niveau de cette daube infâme. "DANCING" n'en est pas moins une piste très plaisante. Exit la boîte à rythmes, remplacée, ô miracle, par une véritable batterie, sommaire mais qui a le mérite d'exister. Exit également les instruments tous droits sortis de la boîte à sons d'un bruiteur de dessins animés, et place à une vraie guitare funky et une ligne de basse solide, toutes deux placées sur une rythmique disco-funk entraînante. Mai nous livre alors une interprétation rafraîchaissante, faisant de cette piste un morceau qui n'a rien d'une bombe, mais fait figure de véritable chef d'œuvre au milieu de ce "FUSE OF LOVE". Alors celle-là, on la garde ! Par contre, bien évidemment, on jette la suivante, "Tell me what", qui comme la très grande majorité des compositions de Aika Ohno se démarque par sa platitude à côté de laquelle une raie passée sous les roues d'un 33 tonnes serait bonne pour aller s'habiller au rayon très grandes tailles.

C'en est assez, à ce stade de l'écoute n'importe quel auditeur humain normalement constitué aura probablement déjà lâché l'affaire. Dommage pour lui, il passera à côté d'un "LOVE SICK" tout bonnement honteux dans un registre purement pop (à jeter), d'un "Ashita e kakeru hashi" en dessous de tout tant ses arrangements pop ridicules au possible viennent pourrir le tableau d'une ballade qui ne s'annonçait pourtant pas si mal (mais à jeter aussi, donc), et d'un "chance for you" vaguement écoutable qui possède le charisme d'un tronc d'arbre en hibernation (à jeter, évidemment). Mais attention : car pour les courageux il y a une récompense ! Noyée entre ces bouses fétides de fin d'album figure en effet une jolie petite perle à côté de laquelle il serait dommage de passe. "I sing a song for you" est la traditionnelle ballade au piano des albums de Mai, un exercice dans lequel l'artiste s'en sort généralement plutôt bien. Celle-ci est particulièrement réussie, très sobre, avec notamment une aérienne montée dans les aigus sur les refrains qui impose le respect. Allez pour la peine, celle là on la garde aussi. Deux pistes conservées, le compte est bon.

Nul besoin d'être un élitiste aux goûts très difficiles pour voir en ce cinquième album de Mai Kuraki une erreur de la nature qu'il vaudra mieux, pour le bien de tous, éradiquer de la surface de cette planète. Sur ce coup, Giza mérite doublement le fouet. La première raison, c'est bien sûr celle d'avoir pondu un album absolument imbuvable à son artiste phare en espérant que la popularité de la chanteuse allait suffire à le faire vendre. Et la seconde raison, c'est pour avoir laissé sur ce disque deux très jolis morceaux dans des styles différents, qui vont probablement finir aux oubliettes avec le reste du CD. Ces deux pistes qui démontrent que lorsqu'on lui met une composition de qualité et des moyens techniques dignes de ce nom à disposition, Mai reste tout à fait capable du meilleur… Mais force est de constater que Giza ne peut ou ne veut pas se donner les moyens de sa réussite. Une chose est sûre : tant que Mai sera condamnée à travailler sur les compositions des créateurs attitrés de chez Giza, dont la capacité de renouvellement est proche du néant, la descente aux enfers poursuivra son impitoyable cours...

Kévin Petrement


24-08-2005 – GZCA-5070 – 3059 Yens

Tracklist :
01 - Honey, feeling for me
02 - PS MY SUNSHINE
03 - You look at me~one
04 - Kakenukeru inazuma
05 - Don't leave me alone
06 - Love, needing
07 - DANCING
08 - Tell me what
09 - LOVE SICK
10 - Ashita e kakeru hashi
11 - I sing a song for you
12 - chance for you

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