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Dir en grey - RYOUJOKU NO AME

La précédente sortie d’un single de Dir en grey remonte déjà à septembre 2005 : CLEVER SLEAZOID avait su déchirer nos tympans par sa surpuissance bestiale. Sans grande surprise, le nouveau single RYOUJOKU NO AME calme le jeu en se dédiant aux ballades avec un titre inédit dans le style de l’album Withering to death. Celui-ci est associé à trois enregistrements live en Allemagne, histoire de remplir un minimum le disque. Il faut dire que la production musicale de Dir en grey s’est considérablement réduite depuis que le groupe de metal japonais se consacre à ses tournées internationales.

Après leur concert à L’Olympia en juillet 2005, Dir en grey nous avait averti en interview : ils allaient marquer leur discographie avec la sortie prochaine de leur plus violente composition depuis la création du groupe en 1997. Point de tromperie sur la marchandise : CLEVER SLEAZOID divise même les fans par sa rage décérébrée. La scène metal nipponne avait pourtant bien besoin d’un peu de mordant au milieu d’une prolifération de groupes molassons. D’un autre côté, quand on connaît le chanteur Kyo, on se dit que CLEVER SLEAZOID ne sera hélas probablement jamais interprété correctement en concert… Depuis, un an s’est écoulé et le nouveau titre RYOUJOKU NO AME s’est fait attendre. C’est finalement en toute logique qu’on découvre aujourd’hui une ballade lourde et sombre. Il s’agit de contraster avec le CD précédent mais aussi de satisfaire le public préalablement acquis depuis plusieurs années. Retour donc à un style déjà connu et exploité par le groupe, si bien que RYOUJOKU NO AME ne réussit à surprendre qu’un instant par son acoustique grésillante. Le reste fait preuve d’un grand classicisme à la limite de l’ennui.



Dir en grey réussit régulièrement ses introductions, et celle de RYOUJOKU NO AME attire la curiosité en misant sur l’arrivée progressive de la seule caractéristique originale du titre : une musicalité électro avec des grattes qui créent une vibration et un grésillement sonores dérangeants, mais paradoxalement intrigants, aguicheurs et presque hypnotiques. Ceux-ci sont rapidement rejoints par la mélodie lourde, massive et oppressante, puis par le chant lascif de Kyo qu’on imagine toujours aussi désorienté et proche de la folie. La basse et les percus marquent alors lourdement le rythme. A l’écoute de cette sombre marche, on imaginerait bien Dir en grey en excursion à Silent Hill (le jeu horrifique de Konami), sensation matérialisée de façon étonnamment proche dans le clip. Pour le duo de guitares, les couplets sont des moments propices à créer un climat à la fois familier et perturbant (conjugaison de la mélodie claire et du grésillement) ; décidément, la touche d’Akira Yamaoka n’est pas loin. Kyo murmure comme sorti du lit, ce qui rend le premier refrain audible… Il se réveille ensuite doucement et le monstre qui sommeillait en lui se met à brailler avant de se perdre dans une ridicule envolée trop aigue. Sa complainte hystérico-depressive hurlée devient rapidement lassante car gratuite, permanente, voire insupportable pour les non-initiés. Ses gémissements vomis devenus incontrôlés sont surtout une solution de facilité récurrente, un piège dans lequel Kyo tombe trop (et de plus en plus) souvent, malheureusement. En manque d’inspiration et trop court pour exploiter son atmosphère, RYOUJOKU NO AME aurait sûrement gagné à développer ses séquences instrumentales. De là à dire que Kyo flingue cette ballade musclée… nous n’irons pas jusque là puisqu’il est l’un des éléments clés de l’identité de Dir en grey, mais comme le dit si bien monsieur Pirelli : "sans maîtrise, la puissance n’est rien".



Comme de coutume, trois titres live complètent ce disque, c’est facile et ça ne coûte rien. Ce serait même fort sympathique si ces chansons enregistrées le 27 mai 2006 en Allemagne au ColumbiaHalle avaient toutes été correctement interprétées… Ce qui n’est pas franchement le cas. L’aura, la puissance dégagée par le groupe et le charisme du chanteur sur scène n’étant pas de mise sur un CD audio, les arguments musicaux sont les seuls qui s’expriment ici, ce qui ne joue pas souvent en faveur de Dir en grey lors des concerts. Une nouvelle fois, les connaisseurs ne seront pas surpris : Kyo… "part en live". Outre les cinq membres du groupe, un sixième acteur participe activement et enrichit ces trois ballades : le public.

THE FINAL
commence très fort avec une foule surexcitée qui chavire au son des guitares… décalées. Joli début, bien qu’un peu manqué côté instru donc, même si la basse gronde méchamment pour le plaisir des spectateurs. Kyo ne s’en tire pas trop mal dans la justesse de son chant. Il lutte pour monter ou descendre les tons, mais il a déjà fait pire et sa voix reste bien placée. Le public passionné reprend en chœur le refrain, dommage qu’on ne l’entende pas un peu plus fort car cette chorale improvisée fonctionne parfaitement ! On aurait aimé retrouver une prestation de qualité équivalente dans le titre mélancolique et plaintif suivant : Higeki wa Mabuta wo Oroshita Yasashiki Utsu. Cette ballade à la mélodie attachante se trouve complètement massacrée par un chant totalement à la dérive. Un ivrogne en crise éthylique n’aurait pas fait mieux (ou pire). Kyo se révèle à nouveau incapable de chanter juste dans Mr NEWSMAN malgré son timbre pertinent. Après un début excitant, il faut donc se contenter d’un bon accompagnement pour ce morceau de metal assez lent, avec des passages instrumentaux rageurs et jouissifs. A la fin du morceau, les premières mesures et les hurlements de l’explosif Child Prey retentissent avant une coupure nette et terriblement frustrante. Une conclusion guère heureuse pour un CD.



RYOUJOKU NO AME ne révolutionne en rien la production de Dir en grey. Trop classique, trop facile, sans surprise et vite lassant, il ne suscite aucun engouement et ne mérite pas qu’on s’y attarde en stand-alone. Peut-être trouvera-t-il sa place au milieu de pistes plus consistantes dans un futur album. En attendant, inutile de compter sur les chansons live aux interprétations médiocres (malgré un sympathique THE FINAL) pour susciter un quelconque intérêt supplémentaire vis à vis de ce single. Les fans collectionneurs seront éventuellement intéressés par l’édition française avec son livret traduit dans la langue de Molière.

Eric Oudelet


Sortie japonaise : 26 juillet 2006
Sortie française : 15 août 2006
Référence Regular Edition japonaise : SFCD-43
Référence Limited Edition japonaise : SFCD-42
Site officiel : www.direngrey.co.jp

Tracklist :
01 - RYOUJOKU NO AME
02 - THE FINAL [LIVE]
03 - Higeki wa Mabuta wo Oroshita Yasashiki Utsu [LIVE]
04 - Mr NEWSMAN [LIVE]

Visuels © sun-krad Co.,Ltd.
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