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Moi dix Mois - Dix infernal

Alors que Pucca, Pikachu et Hello! Kitty, tous exhibés fièrement sur les sacs à mains kawaii de nos copines (et de notre rédactrice Sara) continuent de répandre joie et bonne humeur, une force obscure venant elle aussi de l'est déferle inexorablement sur l'Europe. De sombres nuages montent, le vent souffle et, dans une marche funeste, des silhouettes tourmentées brandissant un noir étendard se détachent. Le visual kei, metal extrême japonais à l'imagerie très travaillée, s'attaque au vieux continent et le groupe emblématique de ce mouvement porte un nom : Moi dix Mois.


Comme de plus en plus de formations metalleuses nippones, Moi dix Mois est distribué officiellement en France, en l'occurrence par la société Mabell. Moi dix Mois, voilà un nom français bien énigmatique et incompréhensible pour nous, mais sûrement chic et mystique à l'autre bout du monde. A la tête du groupe se dresse fièrement Mana, personnage fantasmagorique déifié par ses fans. Leader, compositeur et guitariste, il a créé Midi:nette, sa boite de prod, popularisé le look gothic lolita et lancé les boutiques et lignes de vêtements associées.



Moi dix Mois est l'illustration parfaite du visual kei (ou visual rock) : un metal gothique interprété par des artistes androgynes torturés, à la frontière du réel. Que peut bien apporter un groupe japonais apparemment aussi décalé, sur notre territoire déjà dominé par nombre de formations talentueuses (souvent scandinaves) comme Cradle of Filth, Marduk, Dimmu Borgir ou encore Nightwish ? La réponse pourrait se résumer en une formule magique, combinant les ingrédients occidentaux classiques du dark metal à quelques touches d'élégance, de raffinement, une voix unique et déconcertante, une ambiance sophistiquée, le tout magnifié par des compositions de hautes volées.

On découvre avec "Dix Infernal" une épopée tragique portée par des mélodies puissantes et mouvementées. Pour ce premier album, le groupe n'était alors composé que de 3 membres officiels : Juka au chant, Mana à la guitare et Kazuno à la basse, auquel s'ajoutait Tohru à la batterie. Pas de performance technique hallucinante à l'horizon, mais une redoutable efficacité de tous les instants, au service d'une ambiance sombre et diabolique. Des claviers complémentaires viennent enrichir et transcender l'univers musical. Un orgue, un clavecin et un piano, jouant chacun de leur timbre spécifique, viennent dialoguer avec les autres instruments plus brutaux. Ce jeu permanent fascine avec ces sonorités s'imposant ou s'effaçant les unes après les autres, phrases musicales douces ou féroces répondant aux cascades symphoniques. Grâce et violence se mêlent et se repoussent, créant un paysage contrasté et surprenant, où tristesse et désespoir s'expriment par agressivité ou mélancolie planante. Toutefois, et c'est là une des grandes originalités, on sent presque constamment transparaître une teinte optimiste à travers cette sinistre atmosphère, un concept qui serait complètement blasphématoire pour un groupe goth ou black européen.

Autre caractéristique fondamentale de Moi dix Mois pour cet album : le chanteur (ce dernier ayant quitté le groupe après la tournée 2005). Juka possède une voix grave si claire qu'elle dégage une certaine féminité, d'autant plus accentuée par le maniérisme de son style. Ce timbre de voix courant dans le visual kei aura tendance à faire fuir les amateurs européens habitués aux hurlements et autres chants gutturaux. Il s'agit donc d'un point crucial quant à l'acceptation de "Dix Infernal" dans nos contrées. Certes, le côté efféminé de la musique est moins présent que chez Malice Mizer, précédent groupe de Mana ; certes, le son est autrement plus puissant, agressif et donc beaucoup plus proche des standards occidentaux ; mais la performance vocale du chanteur est si particulière qu'une rapide écoute-test s'imposera au néophyte. Quelques secondes suffiront à un verdict sans appel : on adhère ou on ne supporte pas.

L'album s'ouvre comme il se doit par une courte intro mystérieuse. Des voix caverneuses, semblant comploter, résonnent dans les ténèbres avant de déclarer officiellement le macabre bal ouvert d'un venimeux "Dix Infernal".
"La Dix Croix", avec son départ puissant et rythmé sonne la charge avec frénésie. Juka profite d'une courte pause dans ce déluge pour apparaître et dévoiler la couleur de sa voix. Force et douceur se mélangent, dans un contraste saisissant où chevauchées infernales se succèdent comme les vagues d'une mer démontée. Un morceau très bien pensé avec ses multiples niveaux d'écoute.
"Front et Baiser" continue de plus belle, faisant l'effet d'un marteau-piqueur en pleine poitrine, avec une furieuse rythmique invitant au headbanging. Le chant se fait plus impérial et le groupe continue de se déchaîner dans ce théâtre mélodique. Le titre suivant, "Ange", sera du même calibre, avec une batterie redoutable et des grattes lourdes. Quelques explosions de silence délicieuses créent toujours un effet de montagnes russes musicales jubilatoire, un relief renversant au service d'un élégant bourrinage.
"Tentation" se révèle relativement plus calme, comme un chant d'adieu, ampli de tristesse et de détresse. La musique devient dansante et la voix de Juka plaintive. Un très beau morceau, avec un orgue devenant solennel comme dans "Suspiria" du groupe Darkwell. Prolongeant ce titre léger, "Solitude" est un morceau aérien, avec un piano virevoltant qui met en lumière la performance de Juka s'aventurant haut dans les aigus.
Démoniaque avec ses choeurs monstrueux et saturés, "Pessimiste" résonne la charge en lançant une lame de fond acérée. Attaquant simultanément sur plusieurs niveaux, ce titre carnassier, sombre, avance comme une armée invincible. Avec un peu d'imagination, on se sentirait prisonnier d'un manège hanté donnant le tournis. Des prières invoqueront ensuite les riffs massifs de "Gloire dans le silence". Lacérant comme des coups de fouet, l'instru se montre terrifiant et, pris dans l'ambiance survoltée de ce titre black, on ne remarquerait même pas un Juka vomissant des hurlements rageurs.
Une petite interlude voluptueuse lève ensuite lentement le voile sur la dernière partie : une fin en apothéose. "Detresse", "Priere" et "Dialogue Symphonie-x" reprennent tous les concepts de l'album pour un final grandiose : des ruées débridées, de brusques temps morts à couper le souffle, des cascades dramatiques, un son alternant sans ménagement puissance et légèreté... et toujours ces instruments jouant chacun leur mélodie pour un ensemble pyrotechnique riche en émotions...



Peu de choses à reprocher globalement : un album un peu court, des silences longuets entre les chansons qui cassent le rythme et font retomber l'excitation ; et on déplorera la qualité de certains bruitages au rendu douteux durant ces périodes trop reposantes (orage, ruissellement...). Le chanteur parvient à cacher astucieusement ses limites dans les aigus, il faut reconnaître qu'il s'envole parfois très haut au risque de tomber bien bas... Ridicule pour les uns, élégante ou originale pour les autres, sa voix est vraiment sujette à polémique.


Epique. "Dix Infernal" est une fresque musicale où s'affrontent détresse, poésie, peur et mélancolie. Une véritable bataille de 44 minutes, avec ses assauts foudroyants, ses trêves reposantes et ses retournements de situation soudains. Du gothic metal symphonique flamboyant et étonnant, à la fois puissant et raffiné, qui apportera un peu de sang frais à la scène européenne. Méfiance tout de même, le chanteur-lover fait peut-être rêver les lolitas, mais pourrait épouvanter les metalleux les plus conservateurs…

Eric Oudelet


Site officiel : http://midi-nette.com/mdm/
Sortie : 19 mars 2003
Référence CD japonais : MMCD-31
Référence CD français : MAFR CDA 8005

Tracklist :
01 - Dix infernal
02 - La dix croix
03 - Front et baiser
04 - Ange
05 - Tentation
06 - Solitude
07 - Pessimiste
08 - Gloire dans le silence
09 - L'interieur dix
10 - Detresse
11 - Priere
12 - Dialogue symphonie-x
13 - Dix est infini

Visuels © Midi:Nette Co.Ltd
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