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Vivian Hsu - Vivi and...

Si l'on considère les catégories de musique en fonction de la langue chantée, alors cet album de Vivian Hsu doit être classé en C-Pop, en dépit de la situation de Taiwan. De toute façon, personne n'a jamais recensé la T-Pop, qui devrait alors être associée à la musique pop thaï (vénérons tous Nicole Theriau !). Mais revenons à notre si beau sujet : le dernier album de Vivian Hsu, trublion photogénique et ingénue troublante. Si vous trouvez que, généralement, la C-Pop est encore plus sirupeuse que la K-pop, elle-même peuplée de Lorie-like et de Poetic Lovers joliment bridés, rassurez-vous (ou pas, c'est votre goût après tout), Vivi and... est un album doux, mais agréablement relevé de pistes ingénieuses, de sourires innocents, espiègles ou provocateurs et d'oeillades charmeuses.

Vivi and... le Japon

Pour qui ne connaîtrait pas déjà ce nom, miss Vivian Hsu a été découverte très jeune dans son île natale, Taiwan, en posant quasiment nue pour deux photobooks qui lui permirent de commencer une carrière d'actrice... nue, bien évidemment ! Elle s'exporte dès 1996 au Japon, souhaitant faire peau neuve et s'attaquer au plus gros marché commercial de la zone extrême asiatique de l'époque. Elle abandonne son image sulfureuse à la douane et devient, paradoxalement, une icône de la kawaii-attitude dans l'archipel nippon. Effectivement en 1997, après quelques singles taiwanais, elle est intégrée au duo de comiques Amazan et Kyoya Nanami pour former le groupe Black Biscuits, rivaux parodiques du trio Pocket Biscuits (comme les deepS concurrençaient les Speed). Les Black Biscuits cartonnent avec des singles joyeux présentant le trio comme des extraterrestres, tantôt en pâte à modeler, tantôt sous forme humaine, accoutrés de jogging improbables et sur-colorés ! Comment ne pas craquer devant un tel débordement d'énergie et la bouille uber-kawaii de Vivian. Elle semble prendre alors un malin plaisir à en rajouter avec ses mimiques, sans jouer la cruche de service comme, à l'époque, Yoshikawa Hinano (ex-femme de Izam de Shazna, reconnue pour sa voix ultra-sonique et sa cruchotterie excessive) ou Kahala Tomomi (ex-idol de Komuro Testuya, incapable de comprendre des paroles qu'elle ne pouvait chanter sans boîte à rythme et playback). Mais l'aventure Black Biscuits arrive bien vite à sa fin après un album survitaminé, et Vivian, rattrapée par son statut d'expatriée malgré sa charmante bride, sera obligée d'être intégrée à différentes formations qui se planteront les unes après les autres. La miss repart à la conquête de l'Asie en continuant ses activités de chanteuse en solo, pas très glorieuses au Japon et plus remarquables à Taiwan, ainsi qu'une carrière d'actrice à Hong Kong... habillée cette fois, et aux côtés de Jackie Chan dans The Accidental Spy.



Vivi and... le golden retriever manquant

L'éclectisme étant une des menues caractéristiques de Vivian, l'album Vivi and... s'ouvre sur une piste R'n'B mid-tempo où elle susurre la réplique à Nicky Lee sur So So. Les codes du genre sont tellement bien décalqués d'une production lambda que ce premier morceau est, si ce n'est merveilleux, au moins respectable. Avec plus de dix ans de carrière et une voix adorable, légère sans être trop aigue, on peut faire confiance à Vivian pour la qualité de son interprétation. Dommage que Mei Ren Yu vienne nous rappeler une ballade convenue, jouant sur un doux piano, une guitare acoustique et des violons pleureurs, après avoir offert une intro si intéressante avec des effets sonores empruntés à l'électro. Heureusement Mei Ren Yu n'est pas totalement une ballade, rapidement le scratch d'un disc-jockey vient idéalement perturber la chanson, un improbable rap apparaissant entre les tremolos tragiques de la chanteuse. Mei Ren Yu est un slow décalé, presque drôle, qui rassure quant à la suite de l'album. Ainsi, on appréhende un peu moins Qin Ai De, qui pour le compte ne s'éloignera pas d'un iota de la ballade saturée en glucose et en sécrétion lacrymale. Violons, piano et beat-box en mode slow sont à la fête et, si on fait fi de la langue (pour la plupart d'entre nous), on appréciera ce bon vieil incontournable de la boum de celle qui fête la fin de son appareil dentaire.
Quelques guitares électriques accompagnent la calme mélodie suivante, Nu Ren Xi Ji, qui s'en trouve agréablement étoffée. Vivian maîtrise décidément l'art de surprendre en pleine chanson, puisque celle-ci est entrecoupée de silence, ou bien rejointe par quelques sonorités traditionnelles et surprenantes. Mais ce tournant amorcé dans la playlist n'est finalement qu'un virage un 360° puisque le duo suivant, I still believe feat Gary Cao, ressemble à du Elsa et Glenn Meideiros échoués sur une plage taiwanaise... et sans le chien filmé au ralenti. Tellement plus glamour que Mers-les-Bains ! La batterie et la pauvre guitare électrique perdue en fond sonore supportent admirablement et caricaturalement le passage critique où les deux artistes joignent leurs deux voix déchirantes d'amour vainement vécu, avant de faire mourir la piste d'une façon typiquement "Disneyland-Princess" à renfort de violons émouvants et de clochettes cristallines et tintinnabullantes. On reste dans le over-kitsch, et c'est ça que l’on aime !

Vivi and... la surprise-party mid-orientale

Xiao Nu Zi est une seconde ballade R'n'B qui s'adjoint les services d'instruments traditionnels chinois, ce qui rend la compo très intéressante et exotique. Mid-tempo et lancinante, la chanson n’en fait ni trop, ni trop peu, Vivian dose délicatement sa voix, alors que deux rappeurs s'occupent des chorus additionnels. Ca n'est toujours pas transcendantal, mais relance l'intérêt pour ce qui se déverse dans nos oreilles.
Lai Dian Darling se joue également dans le registre hip-hop, avec un rythme beaucoup plus enlevé que Xiao Nu Zi. De nombreux claps viennent agrémenter une reverb agréable de la voix de Vivian. Quand, après à peine trois minutes, le morceau se clôt sans plus de ménagement, nos mains sont bizarrement attirées vers la fonction repeat du lecteur afin de profiter une nouvelle fois de ce morceau dont la mélodie enchanteresse, grâce à des envolées douces mais puissantes dans les aigus, trouve un magnifique médium en Vivian Hsu. On trouve ensuite Bie Ai Wo, une nouvelle ballade au piano, accompagnée de violons et autres effets sonores à l'américaine pour symboliser tout le romantisme neuneu de la chose. A zapper... surtout que Chou Pi Jiang est une chanson qui mêle codes R'n'B et mélodie arabisante, en beaucoup mieux maîtrisé que Tsunku et ses divers essais qui ont suivis le succès solo de Maki Gotô (Ai no bakayarou). Vivian s'en sort ici brillamment dans cet exercice de style plus risqué que l'énergique pop ou la ballade somnifère. Les chorus sont habilement arrangés, et il suffit d'omettre cet effet de bouchon de champagne qui se répète trop souvent pour obtenir une piste rigolote qui se laisse écouter avec plaisir.
La dernière piste se lance déjà et on découvre sans surprise une dernière ballade au piano, Yin Wei Ni. Sauf que dans cette composition la mélodie est vraiment travaillée, à la manière d'un Yuna Ito, les violons un peu plus réactifs et le piano plus jazzy (sans toutefois être un modèle d'up-beat), ponctuée par des phrasés anglais aussi caricaturaux que redondants.



Vivi and... la conclusion

Vivi and... est résolument un bon album. On y retrouve une qualité vocale, instrumentale et artistique indéniable. Vivian n'est plus une idole sans expérience, elle écrit ses textes et compose régulièrement avec d'autres auteurs. Elle a gagné en maturité depuis son passage au Japon où l'industrie du disque était la plus florissante d'Asie orientale avant 1999, et prend désormais le temps de faire ses albums, au détriment de sorties single qui s'espacent d'un à deux ans selon le cas. Après, c'est une histoire de goût. Les aficionados de jolies voix et de jolies mélodies bien sirupeuses et dégoulinantes d'amour et/ou d'amitié trouveront forcément leur compte dans cet album. Les curieux pourront toujours y prêter une oreille plus ou moins attentive afin de découvrir la petite perle rare qu'est Lai Dian Darling ou les sonorités moins grand public de la C-Pop.

Wendy Roeltgen


Sortie : 19 septembre 2006
Référence CD : AVTCD 95920
Réference CD+VCD : AVCCD 90085/A
Site officiel : www.avex.com.tw/vivian

Tracklist :
01 - So so, feat. Nicky Lee
02 - Mei Ren Yu
03 - Qin Ai De
04 - Nu Ren Xin Ji
05 - I still believe, feat. Gary Cao
06 - Xiao Nu Zi
07 - Lai Dian Darling
08 - Bie Ai Wo
09 - Chou Pi Jiang
10 - Yin Wei Ni

Visuels © avex Taiwan
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