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V.A. Omnibus Compilation - Sakurabana

Sakurabana est une compilation réalisée par des connaisseurs du milieu underground japonais (le label NANIMATO), dans le but de nous faire découvrir l’univers fantasque, rock et gothique de ces derniers. Son packaging au format DVD (assez commun au pays du soleil levant), qui se pare de branches de cerisier roses sur fond noir, donne tout de suite le ton. Le choix des artistes est judicieux, offrant un très bon équilibre à l’écoute. De bons groupes comme Euthanasie, 2BULLET ou encore Crisis côtoient trois nouveaux talents français et un duo belge influencés par le monde du visual kei. Ils s’en sortent honorablement, bien qu’ils ne soient pas tout à fait au niveau de leurs confrères nippons, et se distinguent par leur différence culturelle qu’ils essaient d’apprivoiser. Cerise sur le gâteau, parmi toutes ces formations se trouve un "girls band", ce qui est plutôt rare dans le milieu indie. Toutes ces révélations ne peuvent que donner envie de découvrir une compilation riche et harmonieuse nous présentant un rock japonais décapant et engagé.



Sakurabana est un CD bien dosé qui commence en douceur et accélère progressivement le rythme. Dès la première chanson, Tale of cruel, on officie dans le dark rock chic, romantique et un brin débridé. Juri de Arte Alice nous plonge dans une ambiance d’outre-tombe qui sera reprise par d’autres groupes tel que Diabolica et son très bon lucifer’s illuminaty, chef d’œuvre gothique qui nous emmène tout droit dans l’antre de Satan. Après cette introduction purement instrumentale vient Cross Cradle et son Inner Child. Les vocalises aiguës de la chanteuse Say ne sont pas sans rappeler le groupe finlandais Nigthwish (du temps de Tarja), ceci avant que la batterie d’Akito ne vienne secouer un peu tout ça. On reste dans la douceur avec le piano de In Need, premier titre français de la compilation interprété par Closer (le groupe en première partie de Calmando Qual à la Scène Bastille). Niveau musical, c’est rondement mené, il faudrait juste que le chanteur donne un peu plus de coffre et fasse passer un peu plus d’émotions à travers sa voix pour que le tout soit splendide. Les paroles en anglais sont délicates et toute en retenue, une très bonne composition. Arrive ensuite Antracyde, autre groupe de l’hexagone, qui nous offre un bon exercice de style musical avec des coupures brutales à la punk et des morceaux de piano qui font fortement penser aux orgues des cathédrales. Le chant est agréable à écouter, fait remarquable sur cette compilation. C’est le seul groupe à chanter en français, on retient d’autant plus facilement sa mélodie et ses refrains.
Le cinquième groupe est Kaidan-light. Les demoiselles de l’Omnibus s’en sortent plutôt bien dans ce monde d’hommes avec leur Insubunkai M3. Il faut dire que les trois jeunes femmes s’en donnent à cœur joie. Les riffs d’Aya sont rapides et accrocheuses, donnant une furieuse envie d’headbanguer. Elle nous offre aussi des petits solos de gratte absolument jubilatoires. Ses gueulantes sont loin d’être ridicules et les changements de ton sont bien gérés. Yanai avec sa batterie survoltée et Asuka avec une bonne basse bien lourde supportent avec élégance Aya dans ses débordements hystériques. Un morceau qui vaut le détour bien qu’il ne dure que 2 minutes 48. La chanson suivante, Steroid Addict des Black Flower Child (troisième groupe français du CD), opère une transition délicate avec le reste des morceaux nettement plus rock. Les riffs sont répétitifs et le chant est parfois presque parlé. Un mélange étrange qu’il faut écouter plusieurs fois avant de se forger une opinion, qui sera positive. C’est l’une des chansons les moins accessibles de l’album pour un néophyte mais cela vaut le coup de l’étudier.

The Lizard Skin est aussi l’une des bizarreries de cet Omnibus indies avec son @FLASHBACK BABY. L’introduction est fracassante avec Dai Hime et sa voix rauque aux connotations très hard rock à la limite d’un Sepultura… japonais. Cela surprend. A noter que Dai a un accent anglais tellement pourri qu’on remercie les producteurs d’avoir inclus une petite fiche avec les paroles des chansons, sans ça, on ne se serait pas aperçu que Dai chantait dans la langue de Shakespeare. Mais cela n’enlève rien au charme martelant de la chanson, rassurez-vous. Vient ensuite toute une série d’excellents titres commençant par l’un des uppercuts du CD avec Diabolica et son superbe lucifer’s illuminaty ~ Extended Darkness Version. La voix de Kaie est vampirique et gutturale à souhait, les guitares de Dyu-ra-theta et Senyou se complètent merveilleusement, devenant leader à tour de rôle et faisant varier les atmosphères sombres de cette musique infernale. Un pur bonheur pour les adorateurs des créatures de la nuit.



Mais exit le voyage dans les sulfureuses ténèbres, on est aussi là pour faire swinguer son petit corps sur le tempo joyeux de GA-MI-KU de Crisis. C’est l’une des chansons les plus typiquement rock de Sakurabana avec de bons refrains et une basse bien mise en avant. Zin a une voix très agréable et légère qui change des deathvoices destructives de ses prédécesseurs. On se rafraîchit et on se ragaillardit en écoutant ce titre. On reste dans la mouvance rock avec Celia’Xeno et Cardinal, un morceau rythmé mais qui aurait gagné en mélodie sans le brouhaha des refrains. Une surprise nous attend alors avec amBivalence eve, le groupe belge, et son morceau… électro ! Après une petite plage de douceur un tempo rapide se déclenche accompagné d’une programmation planante et de la voix particulière de +Hi+ qui ne chante pas vraiment juste, il faut bien l’avouer. Il faut s’y faire pour vraiment apprécier. Tout comme les Black Flower Child, le duo chante en japonais.

Débarque ensuite le titre qui déchire par excellence : Kombat Zone de 2BULLET, un groupe qui monte au Japon. Le chanteur K a un timbre qui fait penser à Marilyn Manson, la batterie est hyper rapide et frappée avec force, les guitaristes sont déchaînés et les refrains étonnamment mélodieux font penser à du Rammstein à s’y méprendre. La chanson, de part son nom, impose la guerre, et c’est d’ailleurs le sujet… Le groupe amplifie cette image en portant des habits de militaires et de fausses mitraillettes. Contrairement à Dai de The Lizard Skin, K a un bon accent anglais et sa deathvoice est percutante. Un must de la compilation suivi par un autre titre tout aussi puissant : Delusions a go go ! d’Euthanasie (bientôt en concert en France). Des sirènes en début de chanson, un tempo à la limite de la techno, un chanteur androgyne à la voix sensuelle et envoûtante, une programmation électro en balance parfaite entre la douceur et la décadence et deux guitares techniques pour parfaire le tout. Ajoutez-y des paroles torturées et désillusionnées et vous obtenez un titre original et réjouissant qui se dévore dès le petit déjeuner. Un seul bémol : la chanson est trop courte, on en voudrait plus ! Enfin, on ne se plaint pas trop car l’avant-dernière chanson de l’album, Mai hime de Hagakure, est dynamique et très joyeuse avec une nette tendance pop rock. La musique redonne le sourire et l’envie de sautiller partout. Le seul hic est que Kaya a une voix très particulière qui peut esquinter certaines oreilles sensibles aux premières écoutes… On s’apaise ensuite avec Mind Mess, dernier morceau de piano magnifique composé par Guillaume de Closer qui nous incite à fermer les yeux pour nous envoler au pays des rêves doux-amer. Une dernière note remplie d’émotions.



Sakurabana est l’une de ces compilations qui se bonifient avec le nombre d’écoutes. Si on l’aime déjà la première fois, le risque est grand de devenir complètement accro les fois suivantes. Il y en a pour tous les goûts si tant est que l’on reste dans l’univers gothique/rock. La compilation est cependant loin d’être uniforme, chaque groupe ayant sa spécificité propre et son "esprit" propre. Les artistes français sont plus approximatifs que les japonais dans leur technique et leur style, on voit qu’ils tâtonnent encore et qu’ils n’ont pas réellement trouvé leur identité. Gageons que cela ne tardera pas. Petite alerte toutefois, Sakurabana n’est pas un CD à conseiller aux néophytes. Il sera beaucoup plus apprécié par des initiés qui connaissent déjà bien le visual kei et la musique gothique en général. Pour ces derniers, on ne peut que leur conseiller de se ruer sur cette compilation tirée à 300 exemplaires seulement : elle est idéale pour effectuer une plongée dans l’univers musical fantasmagorique des petits groupes nippons indies voués au succès. Prochain CD sur le même concept : Disastrous Madness en janvier 2007, toujours chez NANIMATO.

Gwenaelle Durand


Sortie : 1er septembre 2006
Référence : NAN-001 (limitée à 300 exemplaires)
Site officiel de Nanimato : www.nanimato.com

Tracklist :
01 - Arte Alice / Tale of cruel
02 - Cross Cradle / Inner Child
03 - Closer / In need
04 - Antracyde / 50 Ode à l’un décence
05 - Kaidan-light / Insubunkai M3
06 - Black Flower Child / Steroid Addict
07 - The Lizard Skin / @FLASHBACK BABY
08 - Diabolica / lucifer’s illuminaty ~ Extended Darkness Version
09 - Crisis (ex Vergil) / GA-MI-KU
10 - Celia’Xeno / Cardinal
11 - amBivalence eve / Go Back !
12 - 2BULLET / Kombat Zone
13 - Euthanasie / Delusions a go go !
14 - Hagakure / Mai hime
15 - Closet / Mind Mess (Piano solo)
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