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Ayumi Hamasaki - Secret

C'est l'histoire d'une fille que rien ne prédisposait à être chanteuse, ni sa stature de crevette, ni sa voix nasillarde à l'extrême. Elle a néanmoins réussi à faire son trou parmi les idoles de papier, celles qui posent toute l'année en bikini et fréquentent des boites de nuit afin de se faire remarquer par un producteur pour quitter le milieu pourri de prostitution sur papier glacé. Un soir donc, Max Matsuura, producteur habituellement très avisé de chez avex, mais certainement bourré ou ayant perdu un pari, lui proposa d'enregistrer un single, puis un deuxième… et la machine s’est emballée. Même Tsunku, dont nous connaissons les goûts imparables en matière de voix, a écrit un single rien que pour elle : Love~Destiny. Ayumi Hamasaki, c'est le triomphe du charisme, du marketing, des arrangements studio et de la chirurgie esthétique sur les qualités vocales de la chanteuse. Mais soit, la sauce ayant prise un peu partout dans le monde, penchons-nous sur son neuvième et dernier album...

Cela fait déjà bien longtemps qu'Ayumi Hamasaki ne fait plus l'unanimité. Adulée, encensée par tous à ses débuts, puis lentement redescendue de son piédestal, chaque faux pas lui coûte de dithyrambiques critiques de ses ex-fans. Son précédent album, (miss)understood, a divisé : ses touches rock sont loin de ne recueillir que des opinions favorables, et on reproche à Ayumi l’impersonnalité de ses productions. De leur côté, ses détracteurs se sont rapidement accommodés du fait qu'elle ne soit plus la numéro 1 des ventes. Ayu et avex ne lâchent pourtant pas l'affaire et, face à la concurrence sérieuse des petites nouvelles, décident de miser sur un concept plutôt original : faire du neuf avec du vieux et donner de la patine à du neuf. Compliqué ? Pas tant que ça si on écoute et regarde Secret.



Tout d'abord annoncé comme un mini-album, Secret se pare finalement de quatorze titres, dont seulement sept sortis en single. Un premier exploit à l'inverse du principe de rentabilité actuellement en vogue. Ensuite, on ne pourra qu'être étonné de la diversité des ambiances qui règnent sur cet album. Malgré son mètre 56 et ses cannes de serin, Ayumi effectue ici un grand écart intéressant, à défaut d'être réussi. En effet, Secret se décompose en trois parties parfaitement maîtrisées et articulées autour de LABYRINTH et taskinst. Les ballades (JEWEL, momentum, Secret) font suite aux titres pop-rock (until that day, 1 LOVE, Startin', It was), avant de sombrer dans le n'importe quoi (Born To Be…, Beautiful Fighters) et les morceaux les plus vintage (BLUE BIRD, momentum, kiss o'kill). Mais le véritable exploit vient de la voix d'Ayumi Hamasaki. Non, que les fans se rassurent, elle ne s'est pas faite dénasaliser comme elle s'est faite débrider, mais elle a désormais compris que les aigus traumatiques n'étaient pas donnés à tout le monde. N'est pas Keiko (du groupe globe) qui veut.

Secret commence par un titre déroutant de deux minutes, Not yet, espèce de réminiscence bâtarde de la période où Ayumi était remixée à tout va. Cette introduction pour le moins bizarroïde lance véritablement le CD avec un second inédit, until that day, un morceau très pop-rock, privilégiant les guitares et une rythmique suffisamment soft, comme aurait pu en interpréter Nanase Aikawa en 1998, le talent en plus. Puis s'enchaînent les morceaux les plus rocks : Startin' et 1 LOVE. Enfin, rock… n'abusons pas ! C'est rock pour la discographie d'Ayumi Hamasaki mais ça n'a de rock que le nom à côté des standards du genre. Startin' est la première manifestation de la mue de Ayumi où, mis à part les refrains, elle poursuit calmement une mélodie dans un ton en dessous de ses braillements habituels. Pour 1 LOVE, sa nouvelle bonne résolution n'exclut miraculeusement pas le refrain. De ce fait, 1 LOVE est lyriquement plus audible, mais complètement atone. Musicalement, elle est trop loin de la vraie pop ou du rock pour que l'on puisse s'y intéresser. It was est agréablement mélodique et équilibrée, se reposant sur une guitare aux accords softs lors des couplets et des riffs puissants pendant les refrains. On déplorera toujours cette voix nasillarde dès qu'Ayumi frôle les aigus, mais It was reste un titre qui vaut son pesant dans la discographie de la chanteuse.



Si JEWEL est aussi mièvre que caricatural, cette ballade fait la part belle aux accords d'un piano plus romantique que Vigny et démontre toute la haine que porte Ayumi au monde entier. Non contente de braire dans les aigus, elle rajoute à notre souffrance quelques trémolos aussi maîtrisés qu'un virage de Jean Alesi. Reste que le clip se regarde avec plaisir (mais sans le son) pour y découvrir Ayumi en clone virginal de Kumi Koda, avec des faux cils et des strass pleins les ongles évoquant vaguement l'univers de Kumi dans Butterfly. Ayumi s'extasie même sur un petit papillon de glace (ou diamant) qui s'envole près d'elle. Ironie ou référence ? Les premières notes de momentum rappellent avec une certaine nostalgie la grande époque de la Jpop en 1996-1997, avec les compositions de Tetsuya Komuro confortablement installé derrière son piano cristallin, avant d'enchaîner sur un refrain purement "hamasakien". Une bonne petite ballade en somme, sympathique et vintage comme il fait bon en écouter de temps en temps. La troisième ballade de l'album, Secret, semble avoir bénéficié des plus jolis arrangements, pléthore d'instruments synthétiques et repompe des très mélodieux arrangements déjà disponibles en 1968 sur Julia des Beatles. Malheureusement, Ayumi n'est pas John Lennon, et Secret s'enlise très rapidement dès qu'elle se met à chanter, pour au final rendre le morceau transparent voire poussif.

La troisième partie de l'album est une espèce de fourre-tout où se retrouvent des horreurs comme Born To Be…, un souffle d'air pur avec BLUE BIRD (encore faut-il avoir zappé son fairyland en 2005…) et le très décalé Beautiful Fighters avec lequel Ayumi teste sa kawaii-attitude telle une Mariah Carey dans Loverboy (un flop mondial qui a pourtant eu son succès au Japon). Dans le clip correspondant, l'âge de la retraite guettant, Ayu abuse du botox et finit par se retrouver en mini-short de vinyle blanc à faire sa bimbo dans un clip qui repique tous les standards american college du genre. Beautiful Fighters est le croisement improbable mais finalement hypra-drôle d'un clip de Britney avec une composition de Tsunku pour les Morning Musume. A voir plus qu'entendre. Pour clore Secret, Ayumi nous a réservé trois sympathiques titres que sont BLUE BIRD, Kiss o'kill et Secret. BLUE BIRD est le dernier rescapé de la période eurobeat d'Ayumi Hamasaki qui renoue pendant quatre minutes avec les titres bondissants et finalement tellement commerciaux qu'ils sont sans prétention aucune, mis à part celle de vous faire passer un bon petit moment. Cela restera toujours la voix d'Ayu et il y a des allergies dont on ne peut guérir ou se faire désensibiliser, mais on pourra surtout penser que ce BLUE BIRD est une photocopie de son tube estival de l’an passé, fairyland ; et oui, c’était mieux avant. Kiss o'kill a certes des accords de déjà-vu mais son sérieux tranche avec BLUE BIRD qui le précède. Ayumi persiste en essayant, merci mon dieu, de maîtriser sa voix dans les graves. On pourra apprécier le soin apporté aux back vocals, assurés par Ayu également, qui donne plus de relief et de pêche à l'ensemble.



Secret, c'est tout un concept. Réussir à conserver une certaine image d'Ayumi pour contenter la masse des fans purs et durs, tout en la faisant sensiblement évoluer pour correspondre aux exigences du marché et les nouvelles tendances. A savoir : une voix plus grave (Koda Kumi, ayaka, Yuna Ito), un peu plus de glamour et de dénudé (Kumi et ses suivantes erokakkoi) et le retour du pop-rock (l'effet NANA et son univers musical plus que représenté : Mika Nakashima, OLIVIA…). Ayumi alterne donc avec des looks raccourcis de la jupette (Beautiful Fighters, 1 LOVE ou elle exécute un numéro de pole dance vêtue d'un corset), les débauches de vinyle, strass, paillettes et look improbables (Startin', JEWEL) ou bien les grandes robes ultra pieuses qui rappellent que, même à 28 ans, on peut aussi s'habiller comme grand-mère (momentum, Born To Be…, et même BLUE BIRD) ! Bref, même si on sent le soin mis dans la production, celui-ci n’efface pas un sentiment persistant de dispersion, à la fois un manque d’unité, de force et d’originalité à la conséquence fatale : on passe vite à autre chose.
Une certaine ironie peut faire sourire quand on se souvient qu'il y a trois ou quatre ans, quand Kumi faisait ses débuts, on lui reprochait de s'inspirer beaucoup trop de l'univers visuel d'Ayu, avant de trouver son style en tombant la chemise. Kumi a même plagié les extensions digitales chères à Ayu en les rallongeant et les surchargeant de strass et parfois de plumes. Désormais, Ayumi doit calquer son style vestimentaire et vocal sur son petit clone afin de se maintenir au niveau. Secret n'est-il pas le nom d'un album de Kumi ? Et aviez-vous remarqué qu'Ayu a copié le motif d'ongle de Kumi dans Shake it up pour son Beautiful Fighters ? Ca va loin, n'est-ce pas...

Wendy Roeltgen


Sortie : 29 novembre 2006
Référence édition CD+DVD : AVCD-23178
Référence Regular Edition (simple CD) : AVCD-23179
Site officiel : www.avexnet.or.jp/ayu

Tracklist CD :
01 - Not yet
02 - until that Day
03 - Startin'
04 - 1 LOVE
05 - It was
06 - LABYRINTH
07 - JEWEL
08 - momentum
09 - taskinst
10 - Born To Be…
11 - Beautiful Fighters
12 - BLUE BIRD
13 - kiss o' kill
14 - Secret

Tracklist DVD :
01 - Startin'
02 - Born To Be…
03 - BLUE BIRD
04 - Beautiful Fighters
05 - 1 LOVE
06 - JEWEL
07 - momentum
08 - Startin'
09 - Born To Be…
10 - BLUE BIRD
11 - Beautiful Fighters
12 - 1 LOVE
13 - JEWEL
14 - momentum

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