Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Kelly Chen - Eternal Sunshine

Etant donné qu’il s’agit d’une des plus grandes stars de Chine, qui comprend mine de rien près d’un milliard cinq cent milles fans potentiels, on serait tenté de ne plus présenter Kelly Chen, éternelle sirène de la canto-pop, la pop cantonaise, dont le quartier général est sans surprise Hong-Kong la démesurée. Mais puisque l’exportation n’est pas l’objectif primordial dans un pays qui a tant à faire avec ses propres gens, et qu’ici bas, rare sont ceux qui payeraient pour écouter une chinoise chanter, on va remettre ce plan là à plus tard, et se contenter de la présenter. Gosh, c’est fait. Bon, il ne reste plus qu’à parler de son album, chanté intégralement en mandarin, ce qui demeure chez la chanteuse polyglotte (cantonais, anglais, japonais). D’aucun trouveront qu’elle devrait se limiter au cantonais, qui sied peut-être mieux à sa musique. Mais pour les amateurs étrangers de la langue, c’est très convaincant, on vous assure.

Eternal Pop-star

1995-2005… n’importe quel album sortant cette année peut donner lieu à un bilan plus ou moins tendancieux de la carrière fulgurante de la grande fille de l’ex-colonie, au charme astigmate, farouche et assez irrésistible. Un bon moyen pour le non-initié de s’en faire une idée serait peut-être de lire cet article en parallèle avec la chronique d’un album précédent, Love in Spain ; les autres peuvent suivre le guide…

Track 1 ! De la même façon que les derniers albums de la diva, Eternal Sunshine démarre sur une piste dynamique, mixée à l’overdose, bardée de figures de style sonores plus ou moins heureuses ; c’est sans vrai génie, ça rappelle parfois le malheureux souvenir du dernier album-épitaphe de Cher avec ses voix déformées « pour l’effet », mais ça a le mérite de ne comporter aucune réelle faute de goût : Kelly Chen que ce soit en cantonnais, anglais, japonais ou mandarin maîtrise le beat, et met le feu au studio comme elle le ferait sur scène dans ce qui pourrait s’apparenter à un équivalent chinois d’un Britney Spears… en mieux. Le titre est un peu trop grandiloquent pour un morceau de cet acabit, mais ça, pour donner envie de liberté… ! A ce sujet, la dernière piste de l’album est la version cantonaise de Freedom, dont les textes ont été également remaniés par Wynman. Pas énormément de changements pour les misérables ratés qui ne comprennent pas le chinois (dont votre serviteur – sic)… avant d’entendre du cantonais ou du mandarin, on entend d’abord la voix de Kelly Chen, tirez-en les conclusions que vous voudrez.

Track 2 ! Là, ça rigole déjà moins : chanson titre d’un feuilleton coréen ultra-populaire en Sud-Corée, Dae Jang Geum, cette chanson ouvre le bal de ce qui s’annonce comme du bon Kelly Chen ; le synthé Bontempi et ses trois jolis accords sans risque accompagne sans peine la voix de la belle, qui la pousse la chansonnette loin dans le ciel, et c’est beau comme un dorama. Ceux qui aiment ce titre classique mais efficace prendront un grand plaisir à écouter l’avant-dernier album de Kelly, Grace & Charm, on y trouve la bande-originale du feuilleton dors et déjà culte. Sur la lancée de la piste précédente, le titre suivant, Liang Ge Shi Jie, en bon morceau de pop romantique séduit les amateurs hardcore de la chanteuse. Entre les violons discrets et la guitare glucose, il est amusant de noter combien Kelly Chen aime préparer ses climax de sa douce voix affirmée : avant la montée en puissance, il y a le simili-slow, calme avant la tempête, et le timbre de la chanteuse n’est jamais aussi irrésistible que lors de ces montées, courtes (trop courtes ?). Là-dessus, on imagine aisément le final cliché de toute bonne romance cantonaise, dans lequel le héros courrait sous la pluie retrouver sa moitié qu’il prenait pour un quart… bô, mais faut pas s’éterniser non plus ; le titre a d’ailleurs l’intelligence de ne pas dépasser les trois minutes cinquante.

Wo Shi Yang Guang De est un premier virage : il s’agit là d’un des titres les plus intéressants de l’album... ni de la pop-trance hystérique que Kelly donne en pâture à ses sponsors, ni un de ces monuments violonistes 100% variétés dans lesquels elle semble se complaire depuis quelques temps, à notre grand plaisir cela dit. Non, ici on ne trouve ni envolée lyrique, ni DJ Chenzhen ponctuant ses poussées vocales de ouech ouech* (traduits ici pour des besoins de lisibilité) tendances. Juste la diva, quelques voix féminines en lointain accompagnement, un rythme lent, le synthé (très important)… quelque chose de nostalgique, de doux, de très ressemblant à cette ballade qu’elle avait chanté dans un de ses albums de 2001, dont le titre reviendra un jour à la rédaction, a fortiori s’il est traduit, on garde espoir. A côté, la track 5 de l’album fait réfléchir ; il est toujours étonnant de réaliser combien la vedette, qui mène à présent depuis dix ans une carrière sans accrocs, réussit toujours à rendre appréciable le plus paresseux de ses titres : pas que la chanson soit particulièrement mou, simplement, il ne traduit aucune réelle inventivité, et fait un peu office de bis repetita pour qui connaît bien l’œuvre de Kelly Chen. Et pourtant, il y aura toujours deux ou trois détails qui feront du morceau en question quelque chose d’éminemment plus agréable à écouter que la moyenne du genre. Artiste torturée dont le génie créateur précipitera la mort en solitaire, Kelly Chen ne l’est pas ; chanteuse terriblement talentueuse, en revanche, elle l’est. Difficile de ne pas profiter d’une voix pareille…

Track 6 ! Zai Jian Bei Ji Xue débarque dans l’arène… warning, méga-hit. Il ne s’agit pas là d’une nouveauté surprise, mais de la reprise d’un carton commercial déjà vieux de quelques années. Kelly Chen, qui ne rate jamais ses duos, en réalise un de très grande qualité avec Zhou Chan. Ici, on ressent sans peine la fièvre qui unit les deux voix, les tourbillons de signalisation, les feux de paille et tout une armada de symboliques plus ou moins bien digérées par l’étranger qui se demande encore jusqu’où l’Asie ira sur le chemin du mélo : que ce soit dans la variété chinoise, coréenne ou japonaise, le premier degré inquisiteur semble engendre autant de mièvreries insupportables que de perles incroyables, tandis que les anglais deviennent cyniques, les américains rappeurs et les français… Johnny Hallyday. On est bien sûr loin de la symbiose qui s’opérait dans son duo passé avec Hacken Lee, mais le classicisme hard boiled en maîtrisé jusqu’à la batterie en font un hit assuré.

Passé la première moitié de Eternal Sunshine, et un hit central attendu, la pression retombe avec ce titre light mais assez séduisant : la folk music lancinante fait écho symétriquement à la piste 4, de par son absence prononcée de climax dans toute sa première moitié et l’émotion retenue qu’inspire la voix de Kelly… ; ici, la pièce maîtresse est le piano, et trois notes. Les plus belles chansons sont les plus simples, et on en regrette presque la montée du dernier tiers, que la chanteuse réalise à la perfection, mais qui manque pour le coup de surprise. Ni Tai Leng, la piste suivante, numéro 8, fait un peu écho au titre précédent dans son utilisation d’une petite mélodie au piano donnant tout son piment à l’ensemble, mais s’engage en revanche dans une mélopée emballée et sucrée dès la fin de sa première minute. Un titre agréable, mais peu prégnant, à l’instar de la piste 9… tandis que la fin est proche, l’artillerie pop remonte à la surface et brise un peu l’harmonie. Les chœurs boys & girlsband s’agglutine autour de la princesse Kelly, jouant sa Mariah Carrey au bord d’une piscine, c’est du moins ce que ce titre évoque. Convenu, prévisible, et à la maigre dimension hip-hop mal remixée, cette piste n’a pas lieu d’être dans l’album, et ne sert que de faire-valoir/entracte avant la chanson suivante, d’une qualité bien supérieure.

Track 10 ! Fidèle à sa pop que les variantes de folk ou de dance ne trahiront sans doute jamais, Kelly Chen s’est toujours amusée entre deux morceaux classiques à toucher à quelque chose d’inhabituel dans sa discographie. Ici, elle joue les ethnologues mélomanes et réalise un score ethnique et tribal, à base de tambours africains, de rythmes enlevés, de flûte de pan, de chœurs exotiques. Et le pire est qu’elle s’y montre aussi à l’aise, et donne un aperçu de ce que canto-pop + Adiemus peut donner de réussi. La voix de la diva n’y est bien sûr pas pour rien, mais quelque chose d’autre imprègne ce titre d’une malice communicative. On tient ici une chanson qui ne prétend pas au chef d’œuvre, mais emporte sans mal l’adhésion de l’auditoire… en préparant le vrai final (la piste 12 étant la même chanson que la piste 1). A propos de vrai final…warning, méga-hit numéro deux. Dans la piste 11, les sonorités typiquement chinoises rappellent qu’on a pas affaire à de la soupe de la west coast, évoquent pourquoi pas une scène de théâtre, s’installent toute en flottement, en flous artistiques, en gongs puissants, et se marient magnifiquement à la prestation de Kelly, car dans tout un album, on peut bel et bien parler de prestation. Le mélo revient, mais en finesse, sûr de lui, certain de ses effets ; Kelly Chen est seule face au micro ; les chœurs sont inutiles ; la diva de la canto-pop maîtrise le beat.

Le message semble clair : Kelly Chen, sans pour autant nous avoir livré un album qui fera date, a accompli un miracle ; un miracle auquel elle s’est déjà frottée à plusieurs reprises, et qu’elle viendra encore à toucher, on l’espère : il s’agit tout simplement d’arriver encore à produire des albums de très bonne qualité dans le paysage de la pop. Et le DVD qui accompagne le très joli emballage, présentant les Music Video des titres phares, confirme l’évolution de Kelly : alors que la belle ne s’était jamais caractérisée par des clips de qualité, la plupart étant affreusement plats, on a ici de vraies réalisations originales, un travail d’écriture, une mise en avant de la Kelly Chen artiste – elle que peu encore de cinéastes ont réussi à filmer à sa juste valeur. A dix ans, on est plus une petite fille… et puis dehors, le soleil brille !

Alexandre Martinazzo

Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême