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Azian Z - Za Gaijin

En France, les chansons paillardes sont rentrées dans les mœurs, au même titre que du Brel ou du Brassens. Comme l’a encore rappelé l’affaire DJ OZMA au Kouhaku Utagassen 2006, la situation autour du sexe est tout autre au Japon. Si l’on peut se procurer des magazines et DVD X à l’épicerie du coin le plus naturellement du monde, aborder la sexualité en musique ne fait absolument pas partie de la culture locale. Un groupe d’expatriés nippons installé à Lyon a fait le pari de rebondir sur ce thème en chantant tout haut ce que les gens pensent tout bas même dans nos verts pâturages ! Plus fashion qu’un Pierre Perret car totalement fondu dans la vague manga, Azian Z invite à explorer les vierges forêts et les collines rebondies en charmante compagnie. Un pari réussi à son commencement, en démo et surtout en concert, mais un concept qui s’enlise petit à petit dans Za Gaijin, leur premier album qui aurait du être celui de la confirmation… A la place, un petit CD pop rétro qui a perdu son charme et son humour.

Azian Z, c’est avant tout un homme, Takeshi Yoshimura. En provenance du pays du soleil levant, il débarque dans notre bel hexagone avec un concept : faire de la porno pop. En 2000, il fonde Azian Zob avec un ami, Koji Itoh. Ils ne se quitteront dès lors plus. Comme le bassiste de Dreams Come True, Koji Itoh a une bonne tête de gagnant et apporte une touche délirante et sucrée au duo par sa bonne humeur communicative. Très vite, le premier nom du groupe fait place à celui, moins agressif, d’Azian Z. Le besoin d’étoffer la formation se fait vite sentir : ils ont au moins besoin d’un troisième homme. L’histoire se complique alors puisque de nombreux candidats -obligatoirement japonais, ce qui ne facilite pas les choses- vont successivement jouer les membres de session, la plupart ne demeurant qu’un temps très limité au côté du duo fondateur. Trois d’entre eux se font néanmoins remarquer : le bassiste Takashi Sensaki, puis Yoko Higashi qui participe au premier mini CD 5 titres auto-produit (Porno Star en 2002), et enfin Rumi Okubi qui prend une part active dans la création de ce premier album. Cependant, comme leurs prédécesseurs, ils ne restent pas et c’est finalement Ko Kimura qui finalise l’équipe. D’abord danseuse lors des nombreux concerts, elle prend la place de Rumi en novembre 2006.



Nous avons découvert Azian Z le 15 octobre 2001 à Lyon à l’occasion de leur concert au Ninkasi. Un dépucelage auditif et visuel marquant. Les spectateurs reçoivent une double claque. Les chansons aux thèmes sans ambiguïté sont abordées avec un naturel et un amusement surprenants, les paroles sont en plus traduites et affichées sur grand écran, comme au karaoké (une bonne occasion d’enrichir son vocabulaire japonais…). Sur scène, les danseuses habillées en lycéennes japonaises (les fameux sailor fukuu ici "faits-maison", alors qu’elles sont presque trentenaires) ne laissent pas indifférent… Ces "Come on Girls" du groupe jouent les importatrices et professeurs de parapara, la danse avec les bras made in Japan. Le public estudiantin adhère immédiatement au concept et à la musique électro pop simpliste, avec son synthé rétro kitsch vintage et cette vigueur rafraîchissante. Hélas, pas de CD à la sortie de ce concert étonnant, il faudra attendre le départ de Takashi et l’arrivée de Yoko pour voir arriver fin 2002 le mini CD cinq titres Porno Star. A son écoute, nous regrettons les ajouts sonores qui alourdissent les morceaux découverts en live. Mais qu’importe, nous avions enfin notre disque d’Azian Z !

Après la sortie en édition limitée de Porno Star, la formation adopte un nouveau concept visuel en se rapprochant des sentai japonais (les célèbres escadrons de justiciers colorés qui défendent la Terre des forces du mal). Ils abandonnent du même coup le style graphique rétro traditionnel pour laisser place à des super héros colorés en SD (personnages Super Deformed) : ce sera PornoRed pour Takeshi, PornoBlue pour Koji et PornoPink pour Rumi… qui sera remplacée par PornoBee alias Ko. Le 5 Février 2007, le premier album d’Azian Z est mis en vente sous le nom de Za Gaijin (L’étranger) ; sur le CD, quinze titres et une vidéo live de Porno Star en bonus Rom. Sorti du blister, le packaging séduit : joli digipack, livret/poster tout mignon avec l’intégralité des textes en japonais, romanji, français et anglais. La grande classe et pour seulement treize euros environ !



C’est avec jubilation et envie que nous insérons le disque dans la fente du lecteur… Mais l’excitation est de très courte durée, c’est même la débandade ! Le thème d’Azian Z a été remplacé par une indigeste introduction de 45 secondes, constituée de quelconques termes japonais et de leur traduction en français, débités de façon distante et mécanique. Plus l’écoute se poursuit, et plus le constat s’impose : de moins bonne facture que le précédent, ce CD n’a plus la petite touche loufoque des premières créations. Les sons sont passés de la simplicité à la pauvreté, les textes s’avèrent beaucoup moins pertinents, voire fades, loin de l'expressivité nous a fait délirer en live. Du synthé partout, des accords basiques… le charme a disparu. Nous étions tout de même heureux de retrouver Inspecteur X, chanté depuis 2001 en concert mais qui, pour une raison obscure, n’apparaissait pas dans le mini CD. Il s’agit bien évidemment la meilleure piste de Za Gaijin. Du côté des nouveautés, Sentimental Journey sortirait du lot par son côté ovni et ses sonorités. Bien que rébarbatif et lourd, il passe assez bien par rapport au reste, mais pas de quoi en faire un tube, évidemment. Force est de constater avec ces inédits qu’aucun refrain ne reste en mémoire. Où sont passés les airs entêtants avec un zeste d’insolence que l’on pouvait trouver dans Porno Star !? Où sont passées les paroles choc mais festives dans leur interprétation -et donc irrésistibles-, telles les "Chinge, Mange…" ("poil de bite, poil de chatte…") de Labyrinth (chanson qui n’a d’ailleurs toujours pas été distribuée et que l’on ne peut entendre qu’en concert) ou l’éloge de la masturbation (également oublié lors des enregistrements) ? Azian Z n’en aurait-il plus assez entre les jambes pour éditer leurs titres les plus percutants (mais aussi les plus dérangeants pour les âmes prudes et over sensibles) qui restent parmi leurs meilleures productions ? Finie la folie champêtre et la paillardise kawaii, place à l’insipide. On en regrette Azian Zob.

Soyons optimiste... on peut se dire que le groupe tâtonne encore, et on espère de tout cœur qu’il rebondira pour revenir au concept jubilatoire et aux sonorités disco pop d’origine, nettement plus funs. En attendant, vous pourrez toujours aller découvrir Azian Z dans toute la France en 2007 : plusieurs dates sont programmées et annoncées sur le site officiel. C’est sur scène qu’ils arrivent à s’exprimer pleinement en créant une ambiance débridée comme nulle autre pareille. Autant dire que leurs prestations valent le déplacement. Ne les loupez pas.

Pierre-Yves Tonin


Sortie française : 5 février 2007
Site officiel : www.azian-z.com

Tracklist :
01 - Intro
02 - Theme From Samurai Z
03 - Slow And Fast
04 - Urban Life
05 - Inspecteur X
06 - Rêve Sans Fin (Samenai Yume)
07 - Interlude’
08 - Sentimental Journey
09 - Drink or Die
10 - Pardon Brother
11 - Stairway To Hell
12 - Interlude’’
13 - Baka Rock
14 - Let Bite Be
15 - Azian Ondo

Photos du groupe © Loll Willems
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