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Dir en grey - THE MARROW OF A BONE

Dir en grey, l’un des groupes de metal japonais les plus connus au niveau international, a imposé une longue période de vache maigre : près de deux ans d’attente et seulement trois singles comme toute ration de survie. C’est donc avec les crocs qu’on a dépecé leur nouvel album, et tant pis si, dans notre impatience, on a laissé échapper un filet de bave sur le beau disque noir. Puis l’angoisse de la première écoute (renforcée par l’intérêt plus que discutable des deux derniers singles…) nous a serré les tripes, on savait pertinemment que l’on aurait du mal à avaler du premier coup ce huitième opus graissé au beurre de cacahouète. Les deux semaines qui sont passées depuis sa sortie japonaise n’auront pas été de trop pour digérer THE MARROW OF A BONE et son metal qui tombent lourd et gras dans nos oreilles sensibles…

Qu’il chante ou qu’il se taise à jamais

Quelques notes au piano sur un fond de sons inquiétants, CONCEIVED SORROW est une excellente introduction qui pose, dès les premières secondes de l’album, une ambiance oppressante nuancée d’une étrange douceur. La batterie roule lentement, rejointe par quelques arpèges de guitares et un chant soufflé. On est pris dans le refrain, fort, et on reste admiratif devant l’enflammée toute en finesse de la fin.

LIE BURIED WITH A VENGEANCE nous extirpe violemment de notre béatitude avec des riffs bien gras et un Shinya lourd sur ses grosses caisses. La deuxième guitare vient coller quelques accords pointus pour piquer ce métal massif, mais le petit chanteur vient déchirer cette coopération des guitaristes d’un hurlement bestial. On s’extasie quelques secondes sur son habilité à s’égosiller avant d’aller faire une razzia d’aspirine pour tenir les 2 min 43 de cris, braillements, beuglements jusqu’à l’enfilade de "fuck" des dernières secondes sans saigner des oreilles. Après ce premier déballage de cordes vocales éraillées, on trouve un semblant de mélodie dans THE FATAL BELIEVER, plus conforme à la production habituelle du groupe avec des refrains chantés et des couplets crachés sur quelques accords plaqués nerveusement, mais Dir en grey a déjà fait bien mieux dans ce genre qu’il a visité et revisité maintes fois.



On est coupé dans nos réflexions sur la carrière du groupe (qui enchaîne les concerts aux USA en délaissant un peu le reste du monde) par la soupe de riffs déstructurée bien connus du single Agitated Screams of Maggots. On a eu quelques mois pour réussir à sentir la ligne (presque) mélodique qui se débat dans tout ce bruit, et au final, on apprécie les changements de tempo qui ponctuent et donnent du relief à la composition. Mais c’est définitif : Kyô nous saoule… Et ce problème concerne de la plupart des morceaux brutaux de cet opus. Les compositions toutes guitares sorties ne sont pas mauvaises, au contraire, mais elles sont toutes irrémédiablement couvertes par une bouillie d’anglais vomie. Le son saturé de GRIEF ou de REPETITION OF HATRED aurait assurément mérité d’être contrebalancé par un chant travaillé et plus léger.

Quelques morceaux choisis

Alors qu’on commence à se lasser de chercher les cinq secondes de génie qui pourraient sauver chaque titre, le single RYOUJOKU NO AME, qui nous avait paru si fade à sa sortie, arrive en salvateur. Enfin, le chanteur retrouve l’usage de la mélodie. Mais c’est DISABLED COMPLEXES qui nous redonne confiance en l’album avec son introduction cadencée par une basse qui refait surface avec une ligne audacieuse. La rengaine des guitaristes se poursuit et s’alourdit à mesure que le soufflement de Kyô se déforme sous l’effet des aigus pour retomber dans un hurlement, cette fois, très bienvenu ! Mais c’est le combo Namamekashiki Ansoku, Tomadoi ni Hohoemi et THE PLEDGE qui parvient à nous convaincre que l’achat de THE MARROW OF A BONE n’est peut-être pas qu’une erreur de fan aveuglé. Le premier morceau est proche du style de composition découvert dans Withering to Death, un rythme lent et peu marqué, une mélodie douce-amère et un chant qui joue la carte de l’émotion. THE PLEDGE est plus déchirante car plus grave et profonde, et s’avère être la seule chanson sur les treize titres à nous donner ce qui ressemblerait de loin à la chair de poule. THE MARROW OF A BONE se clôt brutalement dans une orgie de violence avec CLEVER SLEAZOID, un redoutable (et jouissif si l’on aime le genre) mais trop court morceau qui achèvera les deniers tympans sensibles encore en vie.



L’autre consolation (récompense même, vu l’effort fourni pour écouter l’album d’une traite) est le CD bonus de la first press japonaise (car la version européenne en sera dépourvue). L’intérêt majeur de THE MARROW OF A BONE réside dans les trois pistes négligemment abandonnées sur ce bout de disque. Elles reprennent les meilleurs morceaux de l’album : Namanekashiki Ansoku, Tomadoi ni Hohoemi et CONCEIVED SORROW jouées au piano (avec un Kyô tout miel qui nous prouve qu’il lui reste de la voix et même de la sensibilité) et THE PLEDGE en version unplugged. Dir en grey n’étant plus un groupe dont on s’arrache les albums en prévente, cette édition est encore à la portée de ceux qui ont le porte monnaie bien nourri.

Malgré sa très bonne première piste, THE MARROW OF A BONE a du mal à nous convaincre. Il est très difficile d’accrocher à cet album très compact dont la première partie apparaît terriblement uniformisée par les cris ininterrompus du chanteur. Il faut persister un peu pour saisir les petites détails qui font frémir : un cri plus déchirant que les autres, un riff plus puissant… Dir en grey a toujours le potentiel pour subjuguer et les cinq musiciens le prouvent en quelques mesures sur le CD unplugged de l’édition limitée. Mais il semble cette fois qu’ils aient préféré nous fendre les tympans plutôt que l’âme. Alors on savoure la première piste avant de dégainer la télécommande de la chaîne hi-fi et zapper sur nos quelques morceaux choisis. Pour tous les autres, on préférera en écouter un par-ci, un par-là, quand l’humeur nous force, histoire de vider la haine de la journée. Mais par instinct de préservation, on évitera d’écouter l’album d’une traite…

Lorraine Edwards


Date de sortie japonaise : 7 février 2007
Date de sortie française : 6 mars 2007
Référence Limited Edition japonaise (2CD) : SFCD-48
Référence Regular Edition japonaise : SFCD-50
Site officiel : www.direngrey.co.jp

Tracklist CD :
01 - CONCEIVED SORROW
02 - LIE BURIED WITH A VENGEANCE
03 - THE FATAL BELIEVER
04 - Agitated Screams of Maggots
05 - GRIEF
06 - RYOUJOKU NO AME
07 - DISABLED COMPLEXES
08 - ROTTING ROOT
09 - Namamekashiki Ansoku, Tomadoi ni Hohoemi
10 - THE PLEDGE
11 - REPETITION OF HATRED
12 - THE DEEPER VILENESS
13 - CLEVER SLEAZOID

Tracklist Unplugged Disc (édition limitée japonaise uniquement) :
01 - Namamekashiki Ansoku, Tomadoi ni Hohoemi
02 - CONCEIVED SORROW
03 - THE PLEDGE

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