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Super Junior-T - ROKUKO

On connaissait le grand boys band coréen Super Junior pour ses chansons pop survitaminées ou ses rythmes R&B plus ou moins réussis (davantage "moins" que "plus"…). On a pu découvrir en juillet 2006 le trio K.R.Y, une sous-unité créée pour un single, formée par les trois plus belles voix du groupe… En ce début 2007, voilà que le label S.M. Entertainment monte une deuxième petite équipe : Super Junior-T (Super Junior Trot). Les fans n’attendaient pourtant qu’une chose : un nouvel album avec les treize membres réunis. Ce ne sera donc pas pour cette fois ; place aujourd’hui à Super Junior-T et ses six garçons qui nous promettent de faire revivre le trot d’entant (musique populaire il y a quelques dizaines d’années, l’équivalent coréen de l’enka au Japon) dans les chaumières. Le pari est-il réussi ? Non. L‘horrible soupe ROKUKO est plus une source de maux de tête qu’elle ne rajeunit avec plaisir et romantisme un genre autrefois populaire au pays du matin calme.

Après notre critique sévère du single U des Super Junior l’an passé, on va croire qu’Orient-Extrême en veut au groupe coréen. Pourtant, même en réécoutant en boucle ROKUKO (priez pour notre cerveau), impossible d’en tirer une conclusion positive, si ce n’est avec la piste 3 sur laquelle nous reviendrons plus loin. Le morceau phare du CD, ROKUKO, aurait à peine mérité sa place au fond d’une face B d’un single : composition lobotomisante, surdose de bruitages électroniques, rythmique eurodance sortie d’une fête foraine de village des années 90… On dirait que la compositrice Yoon Myung Sun s’est amusé avec le synthé bon marché que son petit cousin a reçu du père Noël (bien arrosé), à moins qu’elle n’ait recyclé un titre d’une compilation disco dance vendue 50 centimes chez le Lidl local. De plus, les cris des six garçons n’aideront pas à apaiser vos oreilles mises à rude épreuve dès les premières notes. Ça beugle, ça chantonne trop aigu et pas toujours en rythme, et ça se répète surtout beaucoup. On pense notamment au moment ou ils récitent l’alphabet coréen, lorsqu’ils comptent ou encore lors de leur deuxième réplique : "Ahmandah mandah mandah manah !... Dah ee-bbeun-ee bbeun-ee bbeun-ee-dah !" qui signifie "Ah il y a beaucoup il y a beaucoup il y a beaucoup il y a beaucoup !... Il y a beaucoup de jolies jolies jolies jolies filles !"… Bref, comment remplir une chanson de presque trois petites minutes ? En répétant tous les mots quatre fois, évidemment ! Aaah, ils sont forts ces Coréens ! Il faut chercher le soupçon d’intérêt du titre ailleurs, sous un aspect qui ne le rendra amusant que pour les auditeurs comprenant la langue, puisque ROKUKO est un jeu de mot renvoyant à la notion de "sens inverse", d’où des textes chronologiquement inversés dans la chanson, l’alphabet récité à l’envers, etc.



Côté clip, à visionner sur le site officiel, on reste perplexe : décors fluo en carton pâte, réplique d’un plateau de La Roue de la Fortune -en plus miteux-, vestes colorées à paillettes… et chorégraphies que l’on aurait presque préféré inexistantes car bien ridicules, le tout parsemé de petites histoires/scénettes jouées par les Super Junior-T… Eeteuk et Heechul (déguisé en fille) miment par exemple une scène de séduction en voiture. Ravi d’avoir charmé le travesti, Eeteuk croque une sorte de… gros saucisson (?) à pleines dents devant sa conquête émoustillée…, tandis que Sungmin et Eun Hyuk portent des cœurs en plastique en arrière-plan… A voir par curiosité et au trente-sixième degré !

La deuxième piste du single, FIRST EXPRESS, reprise aux sonorités disco pop de Seoul Sister, permettra de se remettre d’un début de crise d’épilepsie. Elle pâtit elle aussi d’une surcharge de bruitages électroniques, mais les voix y sont plus posées. Une invitée se joint pour l’occasion à Super Junior-T, la vocaliste trot Bang Si-ri, qui vient pousser la chansonnette avec les six idoles masculines. Elle donne un peu plus d’authenticité et un soupçon de crédibilité au suffixe "trot" du groupe. Pourtant, on ne se rappellera au bout du compte pas trop de ce titre pauvre et sans saveur pour privilégier le suivant.

La troisième chanson est elle aussi une reprise, de Chu Ga Yeol cette fois. Na gat eun geon eob neun geon ga yo en V.O. (DON’T GO AWAY en version internationale) porte peut-être un nom barbare et imprononçable pour nous autres, pauvres incultes de la langue coréenne, mais il s’avère être de loin le titre le plus supportable. Est-il vraiment réussi ou est-il bonifié par une comparaison flatteuse avec ROKUKO et FIRST EXPRESS ? Voilà une énigme difficile à élucider. Tout comme ROKUKO, il faut vraiment chercher pour en dégager les sonorités trot. L’ambiance latino, chaude et exotique, fait plutôt penser à une samba remixée à la sauce pop contemporaine, sans oublier les inévitables passages rap à la mode (Eun Hyuk et Shin Dong sont en pleine forme tout au long des huit ou neuf minutes de ce single…). L’ensemble fait bonne impression. Plus légère, plus fraîche, cette troisième piste est un peu comme un bol d’air dans une boite de nuit enfumée. Et à choisir, c’est elle, sans hésiter, que l’on emmènera avec soi sur son baladeur. On la préfèrera peut-être même à l’originale de Chu Ga Yeol, plus douce avec son accompagnement à la guitare et au violon sur un tempo relâché. Question de goûts et d’atmosphère.



Les Super Junior-T avaient l’intention de surprendre, c’est chose faite avec ce concept de single en crescendo qualitatif (mais en décrescendo pour les décibels…) qui commence par l’un des pires morceaux sortis de l’usine S.M. pour finir sur une agréable mais courte plage tropicale rythmée. Les trois dernières pistes étant les versions instrumentales des précédentes, nous vous laissons imaginer la jouissance potentiellement provoquée par un karaoké de ROKUKO

Le premier single de Super Junior-T commence bien mal, mais parvient à se rattraper acrobatiquement aux branches sur la fin. Au moins, ils ont l’air heureux, et ce bonheur sera communicatif si le niveau musical ne vous atteint pas (attention cependant aux risques de liquéfaction du cerveau). Les Super Junior continuent de surprendre par leur musique et par le talent de leurs compositeurs/producteurs/arrangeurs… qui ne cesse de baisser. Le single, et surtout son titre principal, rejoignent le rayon des mauvais plans de ce début d’année.

Alice Barthélemy


Sortie : 26 février 2007
Site officiel : www.t.super-junior.co.kr

Tracklist :
01 - ROKUKO
02 - FIRST EXPRESS feat. Bang Si-ri
03 - DON’T GO AWAY
04 - ROKUKO (instrumental)
05 - FIRST EXPRESS (instrumental)
06 - DON’T GO AWAY (instrumental)


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Visuels © S.M. Entertainment
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