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mimika - marugoto mimika

Un zeste de magie, beaucoup de fantaisie et mimika enjolive votre vie ! A 21 ans, là où commence le déclin de nombreuses chanteuses pop japonaises, cette petite chipie, surexcitée à l’idée d’imiter ses idoles, est lâchée dans le monde professionnel avec un mini album de cinq titres délicieusement sucrés, marugoto mimika, lancé par la petite boîte de production de Shibuya, AtoNO Records. A l’âge où beaucoup de ses consoeurs dansent de façon suggestive en mini-jupe ras des fesses, avec le nombril à l’air et un doigt dans la bouche (ou sur une fesse de la voisine), la pile électrique mimika s’amuse à chanter dans le registre des ados-stars de 14/15 ans : voix et attitude de gamine, pop acidulée et délires musicaux over-kawaii. Son premier CD fait souffler un vent de fraîcheur dans le milieu de la "sweet Jpop", monopolisée par avex trax et Tsunku (le maître du Hello!Project) qui commencent tous les deux à avoir des cheveux grisonnants…

Pas forcement super mignonne, courte sur pattes mais très motivée, mimika n’a pas hésité à faire le tour du pays, micro et ampli sous le bras, pour chanter dans les rues sous le froid piquant des nuits d’hiver nippones, afin de se faire connaître et essayer de vendre aux badauds un petit CD démo à cent yens. Dans un pays où la vie active suit une cadence folle, une petite chanteuse qui redonne sourire et énergie aux salarymen de base, ça ne peut qu’attirer l’attention ; et de l’énergie, mimika en a à revendre !

mimika, chanter elle aime ça !

Avec une telle motivation (aveugle ?) et le talent vocal d’une star de karaoké box (sic), mimika fusionne pourtant avec une réussite miraculeuse le meilleur du genre de ces dernières années : Ai Otsuka, Mini Moni, Dicot… Un mélange explosif qui ne laissera personne indifférent. Bien que la petite folle-dingue ait tout pour secouer la Jpop kawaii en déclin, ce marché n’en sera pas bouleversé pour autant. Les Japonais commencent un peu à saturer : les modes changent et même les lycéennes, clientes numéro un de ce genre de musique, se tournent de plus en plus vers les boys bands et les Coréens. C’est dans ce contexte difficile que mimika essaie de percer. Son producteur AtoNo ne prend pas trop de risques pour tester le potentiel commercial de sa chanteuse en décidant de sortir le 9 mars 2007 un mini album croustillant en guise de premier CD "officiel". Mais AtoNO n’ayant pas la puissance d’une major comme avex, la promo a été timide…

Alors, que nous propose-t-on ? Dans le fond, rien de nouveau ni d’original : des chansons riches en glucose, des textes gnangnan à souhait, une voix bénigne comme il en existe des millions au Japon, une maîtrise vocale limitée… Mais la musique est tellement prenante, l’orchestration miraculeusement si efficace (en toute simplicité et avec un budget ridicule), et mimika insuffle tant de gaieté, de spontanéité et de dynamisme, que l’on en oublie les approximations et maladresses, jusqu’à s’en amuser et à les apprécier ! C’est comme les bonbons, on sait que c’est mauvais pour la santé, mais qu’est-ce que c’est bon. Chaque piste propose des sons et des instruments différents, référant à des genres éclectiques, comme si la chanteuse (qui est aussi compositrice) voulait prouver sa polyvalence. Comme les grandes (Ayumi Hamasaki, Koda Kumi, BoA…), mimika touche un peu à tout : elle fait sa propre pop en la mariant à des riffs de guitare rock, à des scratchs hip hop (très tendances en ce moment avec mihimaru GT, AAA…), tout en évitant de devenir de "pâle copie" de ses grandes sœurs, Ai Otsuka, Mini Moni et consorts. Dans le cas précis de ce premier CD cinq titres marugoto mimika, force est de constater qu’elle le fait toujours avec bon goût, en ayant pleinement conscience de ses limites (qu’elle pourra progressivement repousser).



Orient-Extrême décline toute responsabilité sur les effets secondaires...

Premier titre, dododonmaii est une excellente chanson pop dans un style proche de SMILY d’Ai Otsuka, avec des "prout-prout" électroniques d’extra-terrestres en fond sonore, un pont très bien placé suivi d’une belle reprise de rythme. Tout est rondement mené… jusqu’à Let's hitori Party qui débute en fanfare avec tambour, cuivres et bruitages de shoot-em-up de salle d’arcade des années 80… C’est un peu Mini Moni au cirque, avec une orchestration improbable -parfois carrément bordélique- mixant "blip blip" de jeux vidéo, trompette, synthé et batterie à deux euros… mais c’est totalement kawaii, euphorique et addictif. Le chant de mimika sonne à moitié faux (comme la musique par moment) mais vous le savez bien, plus c’est débile, plus c’est amusant, et le refrain reste en tête pour longtemps… A la fois génial, hallucinogène et donc terrifiant. On met le turbo pour un troisième morceau plus rock boosté aux guitares électriques. Dans le genre, il rappelle aitsu de Dicot, le générique de Super GALS!. Comme des crétins hypnotisés, tel le public d’un concert des Morning Musume, on brandit les poings en rythme sur le refrain au texte honteusement ridicule… Un constat absolument affolant, preuve de la terrible efficacité de la mélodie. turbo nous assène même le fameux solo hard rock à la guitare, marque de fabrique de la Jpop des années 2000 (dont abusait Ayumi Hamasaki), étonnamment convaincant et pertinent ici. Après trois chansons aussi speed, on baisse légèrement de régime pour du mid-tempo avec kuttsukinbo. Place aux scratchs hip hop façon mihimaru GT ou Ayumi dans Startin’. mimika massacrerait sa fin de refrain… si l’instrumentalisation vacillante ne surfait pas sur cette maladresse pour la retourner à son avantage, comme on réaliserait une figure artistique en glissant sans tomber sur un excrément nonchalamment abandonné par un chien malpropre. Pont jazzy au piano, tintements de cloches… kuttsukinbo est simplement très sympathique ; peut-être la chanson la moins marquante du CD, mais y mérite tout à fait sa place. La ballade au piano romance car démontre pour finir que mimika ne fait pas que dans la power pop braillarde. Avec une petite envergure vocale (son chant décroche dès qu’elle s’aventure trop loin dans les graves ou les aigus), elle réussit à se montrer sensible, voire touchante, avec tendresse… Un petit miracle fait avec trois fois rien : une voix qui charme même quand sa justesse titube, accompagnée par quelques notes de piano et d’accordéon synthétiques. Très prometteur.

marugoto mimika est un CD "plein" : frais, amusant, cartoonesque, délirant, bourré de qualités, efficace à tous niveaux, ingénieux dans ses changements de rythme, sans temps morts, et touchant avec sa ballade finale. Il donne le sourire, fait rire, et qui aime le genre l’écoutera volontiers en boucle. Que demander de plus à une production Jpop ? Les titres les plus péchus de ce mini-album conviendraient parfaitement à des openings d’anime, bouées de secours de certains chanteurs pop-rock qui n’arrivent pas à percer ou à se maintenir. La télé est un passage incontournable pour qui rêve du star-system et d’une bonne place dans l’Oricon ; mimika restant encore absente des media nationaux et inconnue du grand public, peut-être que le déclic viendra de là. En attendant, la jeune chanteuse continue avec le système-D, en assurant quotidiennement son auto-promotion dans son blog… où certaines de ses vidéos-trottoir pourraient devenir cultes. Un blog à visiter… et un CD à acheter. Vivement la suite !

Pierre-Yves Tonin et Eric Oudelet


Sortie : 9 mars 2007
Référence : ATNR-45
Site officiel : www.atono.co.jp

Tracklist :
01 - dododonmaii
02 - Let's hitori Party
03 - turbo
04 - kuttsukinbo
05 - romance car

L'interview de mimika (avril 2007) : www.orient-extreme.net/index.php?menu=musique&sub=artistes&article=799

Visuels © mimika

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