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SUIKA - RIPE STRIPES

L’été 2007 s’annonce chaud, et le label Soundlicious a eu la bonne idée d’importer RIPE STRIPES, deuxième album hip hop très jazzy et rafraîchissant du groupe SUIKA. Fidèle à sa passion pour la musique enjouée, rythmée et poétique, SUIKA marie ici de nouvelles chansons à des reprises instrumentales des meilleurs titres de son prédécesseur HARVEST FOR THE STRIPES (qui était fondé sur des samples). Les sujets sont toujours aussi ancrés dans la réalité ou au contraire fantasques, passant de l’un à l’autre en un simple… bond de grenouille(1). Takatsuki (MC et contrebassiste) et ATOM (MC) accélèrent le débit lors des joutes verbales, la voix de la poétesse Toto charme toujours autant, l’elepian (piano électrique) de Kaztake Takeuchi est beaucoup plus présent, et c’est avec un plaisir sans fin que l’on redécouvre l’extraordinaire éventail sonore du cajon(2) de Yuko Takahashi.



Quand on pense à SUIKA, on se rappelle d’abord l’enivrement procuré par la poésie déclamée, aussi nommée slam. Dès le deuxième titre Nichyô Kichijôji 6ji han, on comprend que les rimes caractériseront l’ensemble de RIPE STRIPES. Le slam est une discipline dans laquelle SUIKA excelle, notamment grâce à son interprète et compositrice de charme, la poétesse Toto. Sa voix sensuelle donne un ton profondément tendre aux chansons telles deep bubble, Luna (reprise de Bamboo Moon qui n’a pas le même charme que l’originale) ou encore RIPE STRIPES. Cela tranche particulièrement bien avec le ton impliqué d’ATOM et dans une moindre mesure avec celui de Takatsuki, qui a une intonation moins agressive que son collègue. Toto sait cependant se faire plus sèche et incisive, comme sur Jetset 360. Sa voix est très souvent supportée par le piano délicat de Kaztake, dont on pourra regretter une trop grande timidité lors des introductions. En effet certaines chansons de SUIKA débutent sur des grésillements, des conversations presque murmurées ou des notes de piano légères, comme portées par le vent. De délicats effets qui ne s’apprécient qu’au calme, sans pollution sonore et donc loin des transports en communs par exemple. Les petits chants d’oiseaux au début et à la fin de Giant Korobokkuru, titre hip hop viril et ensoleillé, mené tambour battant par un ATOM en pleine forme, enchanteront les petites oreilles féminines. ATOM retrouvera d’ailleurs cette ambiance urbaine de breakers dans la vive et pétillante Shûshuposu dx wo bibun seyo.

SUIKA, c’est aussi l’harmonie du jazz et la diversité des percussions. Takatsuki est un maestro de la contrebasse qui assourdit un peu les chansons, les rendant plus duveteuses qu’un rap ou hip hop pur et dur. Elle est particulièrement efficace sur 315 West 44th St NY, avec ses répétitions tantôt instrumentales tantôt vocales, où elle est en parfaite symbiose avec le piano. L’autre instrument marquant est le cajon très root de Yuko Takahashi avec ses percussions formidables, qui sont véritablement l’âme de la musique de SUIKA. Chaque titre de l’album possède ses propres vibrations, son propre souffle. C’est notamment remarquable sur Jitensha ni notte où se mélangent maracas et cajon, ainsi que sur l’excellent Flying Books sora tobu koshoten. Bien qu’il s’agisse d’une reprise de l’une des chansons les plus pimpantes d’HARVEST FOR THE STRIPES et qu’elle ressemble à s’y méprendre à son originale, sa bonne humeur s’avère toujours aussi communicative. Le groupe semble vraiment s’éclater sur ce titre. Autres petits effets sympathiques : le xylophone en bois de Luna, une petite flûte sur RIPE STRIPES ou encore de petites cascades féeriques de crécelles dispersées un peu partout sur l’album.



Le rap s’affirme comme une autre forme de prose maîtrisée cette fois-ci non pas par Toto mais par les deux MC du groupe : Takatsuki et ATOM. Leur rap a de la verve, ce qui est particulièrement marquant lorsqu’ATOM chante, même si Takatsuki s’en sort très bien lui aussi. Reflected – Reflection en est une preuve concrète. Reprise complètement différente de l’originale, on passe d’un univers jazzy à un monde 100% rap. Le chant est assez lent et présente une insistance significative sur toutes les syllabes prononcées. Le rap d’ATOM et Takatsuki est tranchant et avisé ; heureusement, la jolie Toto est là pour les apaiser avec un chant doux et maternel. Autre titre, autre ambiance avec attack my life, voyage my life, dont le rap et le slam sont agrémentés de petits effets électro très hip hop. Le clip de ce morceau (disponible sur le site de Soundlicious) met en scène le groupe dans la librairie Flying Books, là où a été enregistré le CD. Les membres de SUIKA ne sont pas avares de sourires et ATOM nous gratifie même de quelques mouvements d’art martiaux improvisés. Pas de fioritures ici, juste des Japonais heureux de faire de la musique ensemble (la poétesse Toto est décidément ravissante). On retiendra aussi Shûshiposu dx wo bibun seyo où ATOM nous démontre bel et bien qu’il est un rappeur de talent, en articulant parfaitement tout en maintenant un débit ultra rapide… sans oublier les rimes.



RIPE STRIPES est l’évolution logique d’HARVEST FOR THE STRIPES, toujours aussi agréable et amusant à écouter. Si le style se faisait homogène dans le premier album, il est ici plus individualisé avec des tendances différentes selon les chansons : rap pour la reprise de Reflected ~ Reflection, jazz pour 315 West 44th St NY ou encore hip hop sur Giant Korobokkuru, le tout unis par une cohérence instrumentale qui pouvait faire défaut au premier album. Les reprises, loin d’être ennuyeuses, donnent un nouveau ton à des créations déjà très personnelles et révèlent ainsi une face cachée des compositions. RIPE STRIPES est un album ensoleillé qui se déguste un verre à la main et entouré d’amis. Takatsuki et ATOM viennent de faire un petit tour en France dans le cadre du festival HIP HOP JAZZ et de la Foire de Paris. On espère que l’expérience leur a plu et qu’ils reviendront vite (en septembre peut-être…), cette fois accompagnés de leurs partenaires pour nous offrir l’une de leurs soirées SUIKA YAWA ("Les histoires du soir de SUIKA") dont ils ont le secret.

Gwenaelle Durand


Sortie : 2 juillet 2005
Référence : FNSR-004
Le site officiel de SUIKA : www.suikaweb.com
Le site officiel de Soundlicious : www.soundlicious.com

Tracklist :
01 - Johakyû
02 - Nichyô Kichijôji 6ji han
03 - Shûshuposu dx wo bibun seyo
04 - Reflected – Reflection
05 - attack my life, voyage my life
06 - 315 West 44th St NY
07 - Jitensha ni notte
08 - deep bubble
09 - Jestset 360
10 - Giant Korobokkuru
11 - Luna
12 - Flying Books sora tobu koshoten
13 - RIPE STRIPES

Notes :
(1) Petit clin d’œil au flyer de Soundlicious présentant la venue des deux MC de SUIKA en France, où Takatsuki est représenté en chat et ATOM… en grenouille !
(2) Le cajon est un instrument de musique inventé par les esclaves et tsiganes péruviens privés de leurs percussions traditionnelles. Son timbre rend le son de cet instrument proche de celui de la caisse claire de la batterie. (source : Wikipedia).

Visuels © SUIKA
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