Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Nami Tamaki - Make Progress

Propulsée sur le devant de la scène grâce à son interprétation des génériques de Gundam Seed, Nami Tamaki s’est rapidement et logiquement imposée dans le peloton de tête des charts japonais. La bonne fée marketing a bien fait son boulot, mais il faut reconnaître que le deuxième album de la nouvelle étoile préfabriquée de Sony est un produit relativement bien ficelé.


Nami Tamaki, 17 ans aujourd’hui, fut sélectionnée en 2003 parmi 5000 candidates lors d’une audition visant à élire l’interprète de Believe, troisième générique d’ouverture de Gundam Seed (une série très populaire au pays des sushis, en cours de parution chez nous, en DVD). Bien encadrée, Nami a pu sortir des titres punchy, dynamiques et optimistes, convainquant non seulement les nombreux amateurs de la série qui l’a révélée, mais aussi le grand public. Sa voix mélange la hauteur et le timbre d’Ayumi Hamasaki à la puissance et la spontanéité de Megumi Hayashibara. Techniquement, il lui reste beaucoup de travail. Make Progress, son deuxième album, est une démonstration flagrante de ses limites et de son manque de maîtrise : chant criard sans finesse, amplitude très limitée et contrôle hasardeux. Cependant, la direction assistée de série dans les productions de ce genre fait des petits miracles, et à défaut de dessiner une belle trajectoire, la voix "légèrement" trafiquée de Nami s’impose par son énergie et son enthousiasme juvénile sans compromis.



Make Progress est un album électro pop assez long (14 tracks dont la moitié déjà sortie en single), speed, massif et saturé : il laisse rarement le temps de souffler en maintenant un rythme effréné et une musique extrêmement chargée en sons. Bref, on en prend plein les oreilles du début à la fin et cela peut s’avérer fatiguant. Le CD rassemble d’une manière surprenante de nombreux éléments issus des productions grand public de ces dernières années : Ayumi (période LOVEppears, Duty et I am…), Morning Musume et autres sous-groupes made in Tsunku, move… On retrouve donc des sensations familières : une voix, une résonance et un début trance ayu-esques dans Reason, une sonorité, une rythmique bégayante limite énervante et un ton faussement grave rappelant Crazy about you des Mini Moni et d’autres productions Momusu dans Future Step, un chant globalement brut de décoffrage balayant les concepts de finesse et de subtilité qu’on rapprocherait des génériques de Slayers de Megumi Hayashibara… Ce côté revival à la sauce électro eurobeat, flirtant avec la trance et recyclant un melting pot d’artistes aujourd’hui en déclin, amuse par l’aspect ludique et nostalgique (déjà ?) de ses inspirations.

Démarrage sur les chapeau de roue : le premier titre -Fly Away- et son intro rappelle directement la bande originale de l'animé Initial D : de l'eurobeat extrêmement rythmé et entrainant. La musique s’affirme certes basique en misant sur une boite à rythme percutante, la voix de Nami dopée à l'electronique, la construction banale (refrains puissants, solo de guitare puis de synthé à la japonaise, pont...) mais ça marche indéniablement bien. Cette track, qu’on jugerait idéale pour un DDR ou se défouler au karaoke, est vraiment une mécanique bien huilée qui résume le contenu de l’album et le soin dont il a bénéficié au niveau de sa production.
Les chansons suivantes conservent une base synthétique, mais alternent les ambiances : planante et plus calme (toutes proportions gardées) pour Daybreak, un rythme martien parkinsonien, hypnotique et une voix arrogante pour Future Step, un Daitan ni Ikimashou -Heart & Soul- girly et d’une niaiserie tsunku-esque (des chœurs et effets d’écho dignes des Morning Musume)…
La piste 7, faisant office de transition et d’intro, excite diaboliquement, faisant monter la pression et laissant entrevoir un passage trance orgasmique. Malheureusement, il n’en sera rien, mais la déception sera vite balayée par Heroine, un titre dance redoutable et addictif. Le refrain marque dès la première écoute, en faisant l’un des hits incontestables de l’album avec Fortune. On pourrait les rapprocher d’un Boys and Girls ou d’un evolution d’Ayumi Hamasaki par leur montée en puissance crescendo jusqu’aux explosions des refrains et un final en apothéose.
Une balade reposante s’incrustera même en fin d’album avec une instrumentalisation rassemblant piano et cordes. La voix braillarde dénuée de subtilité de Nami s’y ajustera difficilement, sans parler de sa justesse plus que douteuse. Dans DreamerS, on croirait même entendre chanter Aya Ueto !



Toute cette énorme masse sonore est expédiée sans temps mort ni logique apparente dans un joyeux bazar. Il y a du bon et du moins bon. On se laisse plutôt facilement entraîner par les passages dynamiques ou délirants, emporté par une avalanche de beats ; alors que d’autres laissent perplexes par leur fadeur ou agacent par leur répétitivité.
Il ne fait nul doute que les chansons de cet album ont été pensées et calibrées pour correspondre à une hypothétique recette du succès commercial. La quasi totalité des titres suit une même construction ultra-classique caractéristique de la jpop "fin des années 90 / début 2000" : couplet, refrain, couplet, refrain, solo de guitare rock (à 2/3 d’un morceau généralement dance) suivi d’un instant planant destiné à nous aspirer pour le puissant rush de fin. Cela est tellement systématique et caricatural qu’on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire moqueur aux moments clés de chacun des titres.


Malgré quelques tracks anecdotiques, voilà donc un album positivement dopant, une bonne dose d’adrénaline sonore à portée de main, idéale pour se booster en cas de fatigue. Make Progress se revèle musicalement correct, mais si dense et chargé qu’il pourrait d’étouffer par saturation sonore. Il comblera certainement les amateurs d’eurobeat et les nostalgiques des Fly High et autre Boys and Girls de miss Hamasaki. Par contre, il laisse un arrière goût post-écoute assez amer : du son accumulé en pagaille sans réelle cohérence ni organisation. Chose surprenante, on a l’impression d’avoir écouté du vent car on ne retient rien de toute cette profusion, pourtant tonique et énergisante dans le feu de l’action. A part peut-être un ou deux refrains ("Heroine…") et quelques paroles niaises ("gambatte", "shinjite"…), c’est le vide intergalactique, comme une étrange amnésie auditive temporaire.

Eric Oudelet


Site officiel : http://www.tamakinami.com
Sortie : 11 mai 2005
Référence Regular edition : SRCL-5908
Référence Limited Edition (CD+DVD) : SRCL-5906

tracklist CD :
01 - -Fly Away-
02 - Reason
03 - Daybreak
04 - Future Step
05 - Truth
06 - Daitan ni Iki Mashou ~Heart & Soul~
07 - Make Progress -Instrumental-
08 - Heroine
09 - Kurayami Monogatari
10 - You
11 - Fortune
12 - DreamerS
13 - Distance
14 - Reason Reproduction ~Flash-Forward Mix~

tracklist DVD :
01 - Daitan ni Ikimashou ~Heart & Soul~ (clip)
02 - Reason (clip)
03 - Fortune (clip)
04 - Heroine (clip)

Visuels © Sony Music Records (Japan)
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême